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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Dorothée  |  Livre I – L’Invasion de la Plaie du Monde (Modérateur: Dorothée)  |  Adieu, Mère
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Auteur Sujet: Adieu, Mère  (Lu 1626 fois)

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Hors ligne Celena

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Adieu, Mère
« le: juin 06, 2016, 22:44:52 pm »
Xéna bu d’un coup sec son verre. A combien en était-elle? Elle n’aurait su le dire et elle s’en fichait. Ses yeux ne se détachaient pas du rouleau de feuilles posé sur son bureau.
Reyan avait eu beaucoup de mal à le lui donner.
« Tu n’y apprendras rien de plus tu sais. Juste de la douleur. »
Le jeune homme avait tenté de la protéger, de lui épargner cette lecture.
La protéger… un sourire amer glissa sur son visage. Elle ne méritait nullement d’être protégée. Encore moins de son destin.
Elle serra un peu plus fort le verre qui céda en un milliers d’étoiles. Elle ne sentit ni la douleur blesser sa chair, ni la chaleur de son sang s’écoulant lentement des entailles.
D’une main qu’elle voulait assurée, elle se saisit du rouleau et fit glisser le ruban, libérant le passé.

Elle n’entendait plus, ne voyait plus.
Seuls les coups sourds de son coeur la liaient encore à la réalité.
Les feuilles glissaient une à une au sol en lettre morte. Elle respirait à peine. L’âtre de la cheminée s’était endormi depuis longtemps et seule la lumière posée sur une pierre veillait silencieusement la prêtresse.
Elle porta la main à la bouche et vomi une nouvelle fois. Son estomac n’était plus que douleur. Un frisson la parcourut de part en part tandis qu’elle se redressait, le souffle court.
Elle avait perdu la notion du temps. Depuis combien d’heures était-elle assise ici à même le sol?
La vapeur de sa respiration attestait du froid ambiant. Plusieurs heures assurément.

Elle tendit la main et se saisit des dernières pages.
Les mêmes mots revinrent avec autant de force: viols, tortures, brulures, fractures. Ils se répétaient page après page en une longue litanie de violences perpétrées méthodiquement pendant des années.
Sept. Sept longues années de souffrance. Sept longues années de résistance et de foi indéfectible envers leur déesse. Puis la délivrance. L’opportunité d’y mettre un terme. La déception des bourreaux.

La dernière page glissa au sol.
La jeune femme resta seule dans le silence du temple, le regard fixant un point imaginaire, quelque part entre les lignes.
Machinalement, elle regroupa les feuilles, les roula et renoua le ruban, puis se releva et sortit.

Les gardes haussèrent un sourcil d’étonnement. Ce n’était pas souvent que l’on dérangeait le roi à une heure aussi indue. Mais aucun d’eux ne s’essaya à le dire et ils s’écartèrent devant leur prêtresse.
Ulf grommela, enfila son pantalon et alla ouvrir.
Depuis quand frappait-on sans s’annoncer? Il jeta un oeil par la fenêtre. Le jour se levait à peine.
Il n’y avait que Zack pour se permettre ça.
Il ouvrit la porte et se figea net. Xéna se tenait sur le seuil. La pâleur de son visage l’interpella aussitôt.
Sans un mot, il s’effaça et la laissa entrer.

La jeune femme laissa courir son regard dans la pièce. Le lit défait en hâte attestait qu’elle l’avait réveillé. Ulf se déplaça lentement, comme s’il eut craint de la sortir d’une sorte de torpeur. Elle était vraiment pâle. Ses traits tirés ne laissaient aucun doute sur la nuit qu’elle venait de passer.
Il l’observa, attendant qu’elle se décide à parler.
Le regard de Xéna s’arrêta sur lui. Il y lut de la surprise. Comme si elle avait oublié qu’il était là.

« Il y aura une cérémonie ce soir. »
Elle avait prononcé ces mots d’une voix monocorde, absente.
« … Très bien. Quelle en est la raison? »
Elle planta un regard vide dans le sien.
« Pour prier au repos éternel de la grande prêtresse de Pulura qui n’est plus. »
Et elle déposa le rouleau sur la table.
Ulf accusa le coup mais n’en montra rien. Il avait à présent l’explication de l’état de la jeune femme.
Au delà de la grande prêtresse, Xéna venait de perdre sa mère.
 
« Pourquoi suis-je celui que tu es venu voir? »
Elle l’observait avec détachement, comme si seul son corps se trouvait dans cette pièce.
« Tu es le roi non? Te voir en premier est dans l’ordre des choses. »
Elle tendit la main pour se saisir du rouleau.
« Où vas-tu? »
« … voir le Général. L’informer pour ce soir et… lui demander l’autorisation de brûler ceci. »
Elle avait prononcé ces derniers mots dans un murmure, comme se parlant à elle-même.
Devançant la jeune femme, Ulf se saisit du rouleau.
Ce geste eut pour effet de sortir instantanément Xéna de son état second.

« Le Général n’a pas besoin de donner son avis sur le sujet.»
Et joignant le geste à la parole, il jeta le rouleau au feu.
Xéna observa les flammes dévorant les feuilles qui se tordaient de douleur sous leurs assauts flamboyants.
Le sol vacilla, sa vue se brouilla sans parvenir à se détacher de l’ âtre. Il lui semblait que les flammes la dévoraient également. De lourdes larmes glissèrent sur son visage tandis que le poids des heures passées s’abattait soudain en un flot intarissable de souffrance étouffée.
Ulf s’approcha, l’attirant doucement dans ses bras où la jeune femme déversa sa douleur sans retenu.

La respiration de la prêtresse devint calme. Il écouta encore un instant. Elle s’était endormie.
Depuis combien de temps la maintenait-il contre lui sans bouger? Au vu de ses muscles tétanisés, un bon moment.
Mais il tint encore. Il ne voulait pas la réveiller. Il patienterait encore avant de la déplacer.
Lorsqu’il fut certain qu’elle dormait profondément, il la déposa dans son lit.
D’une main, il écarta doucement la chevelure, lui dégageant le visage, tandis que de l’autre il remonta le drap sur elle.

Les gardes sursautèrent lorsque la porte s’ouvrit.
Ulf fit semblant de ne rien voir et ordonna que l’on cherche Broggan.
Lorsque ce dernier se présenta, il lui commanda de mander des hommes auprès des membres du conseil. Ce soir, ils seraient tous conviés à une cérémonie de commémoration.
« Commémoration de qui? »
« Ils verront bien. Transmet les invitations c’est tout. Et que personne ne me dérange aujourd’hui. »
Sans plus de cérémonie, il tourna les talons et referma la porte derrière lui.

Il saisit une buche, raviva le feu dans la cheminée puis revint vers le lit.
Il posa sa main sur le visage de la jeune femme, sur ses bras. Elle se réchauffait peu à peu.
Il prit une fourrure qu’il posa au-dessus des draps, puis, doucement, attrapa une chaise et s’assit auprès d’elle. A une distance convenable.
Les heures s’écoulèrent ainsi sans qu’il ne quitta sa place, la veillant sans relâche, guettant le moindre signe d’éveil.

Xéna ouvrit les yeux et fixa le plafond. Elle mit quelques secondes à se situer. Ce n’était pas le plafond de sa chambre.
Le rouleau, Ulf…. les dernières images lui revinrent.
Elle tourna la tête et le vit assit là, l’observant. Elle réalisa soudain où elle dormait et se redressa, gênée.

« Je… merci d’avoir été là. »
Elle écarta les draps et se leva.
Ulf l’imita.
« Viens manger. »
Et d’un geste, il lui indiqua la table où attendait un repas qu’il lui avait fait porter.
« La cérémonie. Quelle heure est-il? »
« Tu as le temps de manger ce repas et de te préparer. »
Xéna l’observa et se dirigea vers la table.
« Et les autres? je dois les inviter. »
« C’est fait. J’ai envoyé des hommes ce matin. Ce n’était pas à toi de le faire. Tout est prêt.»
Elle ne releva pas et mangea.

La porte s’ouvrit mais cette fois, les gardes ne sursautèrent pas. Sans un mot, ils observèrent la prêtresse et le roi s’éloigner.
Ulf la laissa sur le seuil du temple avant de s’en retourner pour rassembler les hommes.
Xéna se retrouva seule. Méthodiquement, elle nettoya le bureau, prépara la cérémonie, puis se déshabilla, se purifia, se lava avant d’enfiler sa robe.

Calmement, elle remonta la nef, posa un genou à terre, joignit les mains et pria Pulura.
Elle la remercia de lui avoir appris la vérité, d’avoir accompagné sa mère dans les épreuves. Elle lui demanda de veiller sur son père, sa mère et son frère, de leur transmettre son amour. Un jour prochain, elle les reverrait.
Mais en attendant, elle leur faisait le serment de ne plus fuir ses responsabilités. De ne plus entacher leur nom.

Elle se releva. Au-dehors, les murmures indiquaient que les gens arrivaient.
Elle s’avança, ouvrit les portes du temple. Une foule se tenait en demi cercle autour d’un bucher immense dressé pour la circonstance.
Elle sentait la présence de ses compagnons d’armes. Zack, Aly, Aerys et Reyan avaient répondu présents.
Son regard se posa sur Ulf. Paré des attributs royaux, il l’attendait devant le bucher.
Elle avança dans la fraicheur de la nuit et débuta la prière.
Les volutes arc-en-ciel ondulèrent dans le ciel, en réponse aux chants de deuil.

Xéna ne chanta pas, se laissant transporter par les voix profondes et graves des guerriers.
Ulf saisit une torche et, d’un geste solennel, embrasa le bucher, illuminant les ténèbres de la nuit, avant de reculer et de reprendre place à ses côtés.

Elle observa les flammes s’emparer de l’offrande.
Non, elle ne fuirait plus.
Elle honorerait le pacte. De par cette union, elle assiérait définitivement le trône de Ulf faisant de lui le roi incontesté du Sarkaris.


Tous comme ses ancêtres, et sa mère avant elle, l’Héritière d’Iz assumera son devoir. 


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Ulf


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