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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Dorothée  |  Livre I – L’Invasion de la Plaie du Monde (Modérateur: Dorothée)  |  Donner et recevoir
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Auteur Sujet: Donner et recevoir  (Lu 756 fois)

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Hors ligne Valaar

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Donner et recevoir
« le: avril 19, 2016, 02:38:09 am »
Citer
"Quand on a que l'amour
A s'offrir en partage"
Jacques Brel

(en vert : traduit de l'elfique)



Drezen.


La soirée à l’auberge d’Ali et Freerick battait son plein. Chaque victoire des héros, chaque grand événement religieux signifiait invariablement une fête très arrosée au Coeur de Shélyn.

Aërys était installé avec Athiel, un peu à l’écart du gros de la fête. La prêtresse avait bien sentie que le prince était préoccupé et finit par apprendre de quoi il retournait.

« Elle a refusé de me répondre. »

Elle, Sirÿe Sirindor, cette soeur qu’Aërys était venu trouver dans la Plaie du Monde. Elle qui était ici depuis tant d’années. Le mage avait fini par percer le secret du sortilège capable d’adresser un message à une personne connue en tout lieu et dans n’importe qu’elle plan d’existence. Il avait tenu à la contacter lui-même, malgré le fait que cette magie était plus simple pour les prêtres que les magiciens.

Une part d’Athiel songea qu’Aërys abandonnerait sans doute son projet de convaincre sa soeur de rentrer au Kyonin puisqu’il fallait un héritier présent sur les terres Sirindor. Il lui faudrait sans doute du temps pour accepter qu’il ne pourrait pas la convaincre.

Le Kyonin, songea Athiel. Elle en venait à craindre d’oublier à quoi ressemblait les forêts majestueuses, la fraicheur du matin, le chant des sylphes, les fées virevoltant autour des arbres plusieurs fois centenaires. Et elle le vit. Zacknamael… Zack buvant avec Ulf. Sa mâchoire carrée, ses mains larges…

Elle se rendit compte qu’Aërys la regardait et se reprit en affichant un air navré. Le mage eut un sourire aimable pour son amante.

« Ne t’inquiètes pas pour moi. Je suis au courant.
- Ah… Ecoutes, c’est… fini. Il n’y a rien…
- Il n’y a rien à expliquer, Athiel. D’ailleurs, je serais mal placé pour critiquer ton histoire avec… un humain.
- Songes-tu encore à elle?
- Non. Elle était égoïste. »


Le commentaire fit sourire la prêtresse. L’égoïsme… Quelle différence il y’avait-il entre ce que l’on désire et ce que l’on est en droit d’espérer? Aimer et égoïsme étaient deux choses différentes. Elle aimait Aërys parce qu’elle souhaitait le meilleur pour lui tout en recherchant sa compagnie.

« Alors, pourquoi? tenta-t’elle. Voulais-tu comprendre une humaine?
Non. Elle était juste spéciale. »


Athiel sourit en jetant un regard vers Zack, et n’eut pas besoin de prononcer « comme lui ».

Rassurée sur le fait que son aventure passé avec le paladin n’engendrerait pas de problèmes entre eux, elle posa délicatement sa main fine sur celle d’Aërys. Leurs gestes étaient légers comme la chute d’une plume, les doigts se frôlèrent avec une douceur dont seuls les elfes étaient capables. Leurs esprits tournés l’un vers l’autre, le brouhaha environnant s’estompait. Le mage affichait ce visage paisible baignée d’une douce lumière dont elle ne se lassait pas. Aërys murmura trois syllabes qu’elle déchiffra en lisant sur ses lèvres.

Les yeux vert émeraude d’Athiel brillèrent d’émotion tandis qu’elle serrait plus fort sa main. Celui qu’elle aimait venait de lui révéler son nom secret, celui que l’on réserve à son amante, à sa dame de coeur. Il sentit à travers la pulpe des doigts d’Athiel l’emballement de sa respiration. Savourant et jubilant avec discrétion, elle eu un léger mouvement de cils, emprunt d’une grande sensualité, pour sa gratitude devant cette marque de confiance.

Ils quittèrent sans un bruit le coeur de Shélyn pour rentrer dans la bâtisse qui leur servait de nouvelle résidence. Les travaux avaient été rapidement réalisés grâce à l’aide des nains qui s’étaient succédés à la tâche, propageant entre eux un bouche à oreille très efficace concernant les plans dessinés par Aërys, truffés d’annotations pertinentes rédigées dans leurs langue qu’ils commentaient en grands spécialistes. La maison des elfes n’était semblable à aucune autre. Bien que construite en pierre, les ornementaux donnaient une impression florale à l’ensemble.

Ils s’installèrent confortablement dans la grande salle commune autour de laquelle étaient articulées quatre chambres.

« C’est à moi de te remercier, repris Aërys. Sans la force de ton amour malgré les obstacles qui m’ont tenu à l’écart de toi, je serais certainement très seul. Ton indéfectible foi en moi malgré le fait que je ne partageais pas ton amour à eu raison de mes inquiétudes et de ma réserve.

J’ignorais alors tout le bonheur d’être ainsi choyé… et j’aurais eu tord de ne pas vouloir entendre ce que ton coeur exprimait.

La beauté de tes sentiments m’a ouvert les yeux et ton amour a fait naitre le mien. »


* * *

Lothor était en pleine compétition de fléchettes contre un paladin et un barbare. Autant dire que le concours était tout sauf disputé. Le plus adroit des fidèles de Iomédäe était au mieux un lourdaud en comparaison de l’elfe et le plus délicat des adorateurs de Pulura lançait les projectiles comme s’il voulait détruire la cible.

Burgh’Ond, un barbare bien éméché s’exclama avec joie quand il vit approcher la grive nommée Eté : « les oiseaux sifflent, le printemps siffle et jamais ne renaît ! »

Pour suivre Eté, Lothor dut abréger le concours en plantant ses dernières fléchettes dans le rond central de la cible… sans les lancer. Elles avaient flottés comme mues par un serviteur invisible.

« Tu as triché, grommela le paladin.
- Non, répondit le magus en partant. Demandes à ton général : j’ai gagné. »

Non loin, Reyan expliquait à Amina qu’il s’agissait d’un sort mineur qu’elle pourrait apprendre facilement. Avec son aide.

***

Quand il arriva à la maison des elfes, Lothor trouva Aërys et Athiel assis à même le sol sur le gazon varisien que le mage avait ramené en même temps que la dresseuse de griffons. Le prince l’invita à les rejoindre et fit voler vers eux trois gobelets ainsi qu’une bouteille que le magus examina avec intérêt avant d’avoir un grand sourire en humant son nectar.

« C’est la meilleure des bières naines, expliqua Aërys. Stanton Veihn gardait ce trésor pour lui. J’ai gardé une bouteille pour nous et ai donné les autres en ma possession aux nains pour les remercier.
- Ils ont apprécié?
demanda Lothor.
- On aurait dit moi quand j’ai eu mon premier livre de sorts. »

Les elfes passèrent un délicieux moment, ravivant ensemble l’image de leur terres d’origines, priant un peu, chantant également et se laissant aller à rire aux éclats puisque qu’aucun humain n’était présent pour les voir. L’élixir nain faisait effet, les joues d’Athiel rosirent en premier. Séduit, Aërys déposa un tendre baiser dans le creux de la main de la prêtresse en la regardant.

Athiel sourit à ce geste intime qui signifiait à la fois donner et recevoir et caressa doucement l’avant-bras du mage en retour dans un geste d’une sensualité troublante. Comprenant qu’ils allaient se retrouver plus avant, Lothor s’apprêta à se lever pour rejoindre sa chambre quand Aërys le retint.

« Non. Reste. »

Le magus fut surpris l’espace d’un instant. Le regard interrogateur d’Athiel allait d’Aerys à Lothor.

Elle s’arrêta pour détailler le visage de ce dernier. Surpris, Lothor la regardait le souffle court, conscient plus que jamais qu’il n’existait en Golarion aucune beauté égale à la sienne. Athiel ressentit l’émoi de Lothor et en fut troublée, donnant soudainement un sens à tant de non dit et de regards fuyants du magus, comprenant que c’est moins pour Aërys que pour elle qu’il était encore dans ce pays de désolation. Le regard de la prêtresse devint triste puis tendre.

La beauté de tes sentiments m’a ouvert les yeux et ton amour a fait naitre le mien.

Son regard alla de Lothor à Aërys qui s’était rapproché d’eux. Les yeux clairs du prince lui souriait et lui témoignait la plus grande des confiances, tout en passant ses doigts dans ses cheveux d’or avant de descendre vers le creux de ses reins. Le magus fit mine de se lever quand elle l’arrêta en posant sa main sur la sienne.

Non, expira t’elle sans vraiment s’en rendre compte tandis qu'elle sous ses doigts les frissons du magus.
Le coeur de Lothor battait à tout rompre alors qu’il se sentait incapable de bouger. Il n’existait en Golarion aucune beauté égale à la sienne.

Perdant un a un tout ses sens, il n’existait que le contact délicat de la main d’Athiel. Et une sensation d’ivresse quand elle déposa un tendre baiser dans le creux de sa main en le regardant.
Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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Déjeuner en paix
« Réponse #1 le: avril 22, 2016, 21:35:20 pm »
Drezen. Auberge du Coeur de Shélyn. Le lendemain matin.

« …et alors, le dragon a mis ses ailes devant sa gueule pour se protéger de mes flèches mais c’est pas ça qui peut arrêter une archère de mon niveau alors j’ai tiré à l’instinct oui parce que j’ai des super sens super développés et donc ma flèche elle a transpercé son aile et puis elle a filé tout droit dans son oeil pour le crever bon en fait c’était pas nécessaire vu que le dragon était aveugle mais ça c’est pas grave c’est la beauté du geste qui compte n’est ce pas et donc ensuite j’ai tiré huit flèches la première dans son deuxième oeil non parce que je vous explique un dragon ça a deux ailes deux yeux tout ça et après j’en étais oui je sais donc je disais ma deuxième flèche directement dans sa gueule même qu’elle a rebondit contre une dent oh là ces dents immenses vous avez jamais vu des pareilles mêmes elles sont plus grandes que les dents de Zack rendez vous compte alors donc après le rebond bah c’est parti direct dans sa gorge et après bah il a jamais pu cracher du feu… »

Prenant le petit déjeuner comme à leur habitude, Aërys et Athiel en compagnie une fois n’est pas coutume de Lothor, avaient la chance inouïe d’entendre les exploits de Ailénor, tueuse de dragons alias « Tant que j’ai pas tiré, t’es pas mort ». L’arrivée de l’halfling volubile ponctuait depuis un laps de temps considérable une collation particulièrement silencieuse, pour ne pas dire embarrassante.

Les trouvants un rien ingrats, Ali demanda tout de go si ça son histoire ne les intéressait pas. Diplomate, Aërys expliqua à qu’ils avaient peu dormi ce qui sembla suffire à l’halfling jusqu’à qu’elle eut un éclair de génie.

« D’accord ! Athiel, Lothor, je vous embête plus, mais toi Aërys, tu dors pour ainsi jamais, c’est bien ça? Donc, tu peux m’écouter parce que j’ai pas tout à fait tout a fait tout a fait terminé…
- J’étais là, Ali. »

S’ensuivit sur le visage de la halfling plusieurs expressions entre doute et auto-conviction. Par Shélyn, Aërys avait bien fait du nombre triomphant contre le dragon et… donc il a tout vu… et… Et puis finalement en remettant de l’ordre dans ces idées, Ali décida intérieurement que toutes les informations délivrées étaient somme toute assez précises et que la victoire contre le dragon avait été peu ou prou ce qu’elle en racontait. Satisfaite, elle s’éloigna après avoir ajouter :

« Surtout n’hésites pas à compléter si j’ai oublié quelque chose. »

Le petit déjeuner silencieux repris ses droits. Pour les autres races, les elfes sont jugés austères et totalement inexpressifs alors qu’ils disposent d’un langage corporel constitué d’infimes mouvements et gestes mesurés en plus de parler la plus ancienne et complexe des langues.

Dans le cas présent, la moue imperceptible d’Athiel renvoyait à la mention indélicate sur leur quantité de sommeil. Traduit en langage humain, cela équivaudrait à un sérieux coup de pied sous la table. Ce à quoi Aërys répondit d’un fin mouvement de sourcils qu’il n’avait commis aucun mensonge ni révélé quoi que ce soit, sémantiquement parlant. Dépitée, Athiel tourna un regard discret vers Lothor afin de trouver du soutien pour vilipender le mage. Sans succès car Lothor souriait et gardait pour lui qu’il avait été à deux doigts de dire qu’il croyait avoir entendu un bébé pleurer.

Petits pains et confitures allaient de l’un à l’autre quand les nez fins n’étaient pas plongés dans les tasses à thé. Chacun était dans ses propres pensées, partagé entre sérénité et perplexité, tout en ayant conscience de la présence de l’autre, en l’occurence des deux autres.

Le moment de grâce ne dura qu’un temps avant qu’ils ne soient à nouveau dérangés.

Une démarche chaloupée mais athlétique martelait le parquet de l’auberge en approchant. C’était Appoline, la paladine de Ragathiel, une femme au caractère bien trempée qui ne s’interdisait rien. Sa cible : Lothor.

« Alors, je t’ai cherché hier soir. T’étais où? »

Le séduisant magus, toujours à l’aise et ne manquant jamais de répartie resta cette fois sans voix et bien embarrassé.

Appoline savourait l’effet qu’elle lui faisait et se pencha, prenant appui les mains sur la table pour sussurer.

« C’est que j’avais des trucs très privés à dire à tes petites oreilles pointues »

Il ne sortit de la bouche de Lothor qu’un vague bégaiement qui la fit réagir en se redressant.

« Mmouais. Tu sais, tu peux le dire si tu t’es mis aux leçons d’équitation nocturne avec la dresseuse de griffons. Elle est pas mal, je peux compren… »

Athiel explosa.

« Devons-nous prendre notre petit déjeuner dans notre maison pour pouvoir être tranquilles? »

Lothor et Aerys étaient bouches bées et l’on entendit une petite cuillère tomber sur la soucoupe.

La paladine la dévisagea, réfrénant son désir de lui fermer le clapet. La prêtresse elfe ne baissait pas les yeux, ce qui la contraria avant de l’amuser. Rangeant pour plus tard cet épisode dans un coin de sa tête, elle tourna les talons après avoir lâché autant pour Aërys que pour Athiel :

« Mal baisée. »

https://www.youtube.com/watch?v=S7cP8jGMtAE

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Mal baisée ?
« Réponse #2 le: avril 23, 2016, 10:16:56 am »
(En vert, traduit de l'elfique)

Mal baisée ?

Athiel resta interdite en regardant la paladine s’éloigner puis interrogea ses amants.
« Je n’ai pas compris. Qu’est ce que ça veut dire, mal baisée? »

Déconfits, Aërys et Lothor hésitèrent, cherchant quoi dire ou quoi faire pour sortir de cette impasse.
Lothor tenta un « Je crois que j’ai entendu un bébé pleurer » qui lui valu d’être fusillé du regard par Athiel, si bien qu’il resta bien sagement assis pour chercher dans la contemplation de sa petite assiette une réponse valable à formuler.

La prêtresse elfe insista auprès d’Aërys.

« Je n’ai pas rêvée, c’était une insulte?
- Hum… A dire vrai, la critique était moins pour toi que pour nous. Sémantiquement parlant. »

N’en croyant pas ses oreilles, Lothor releva le nez pour regarder ébahi le mage dont les sourcils exprimèrent qu’il ne faisait que dire la vérité. Athiel expira de dépit et s’en prit à un croissant, même si elle n’avait pas vraiment faim.

L’on pouvait entendre un petite grive voler. Et voilà que déboulait Aliénor, son bébé dans les bras.

« Ah Athiel, tu es là! Tu vois Lou, Tata Athiel est là, alors tu vas arrêter ton gros chagrin ma petite marmotte d’amour. Gazou-gazou-gazou ! Et peut-être même que Tata Athiel va pouvoir te garder un peu pendant que maman prépare un bon gâteau…
- Je vous avais bien dit que j’avais entendu un bébé… »

Lothor eut la présence d’esprit de ne pas finir sa phrase et Athiel accomplit un miracle, faire taire l’halfling en lui demandant sans détour :

« Ali, ça veut dire quoi, mal baisée? »
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Naissance d'une légende
« Réponse #3 le: avril 29, 2016, 23:02:15 pm »
Freerick riait intérieurement en admirant dans quel état la fabrication de cette nouvelle recette laissait la cuisine.

Avec l’amour de sa vie, toujours prompte à tenter tous les mariages possibles entre les ingrédients, ils avaient réussi à concevoir un plaisir gustatif dont raffolait Drezen.

Ce matin, le paladin de Shélyn était le seigneur de la cuisine. Dans une grande cuve, il avait lentement mélangé farine, sucre, sel et lait avant d’ajouter de la levure délayée dans de l'eau tiède puis des oeufs battus. Après avoir pétrit le tout jusqu’à l'obtention d'une pâte lisse, il avait laissé reposer pendant une petite heure avant de l’étaler sur des plaques beurrées en carré d’un pied de coté. Un pied de halfling pour être plus précis. Rebadigeonnant le dessus de beurre, il avait replié les angles de la pâte puis roulé la pâte pour lui donner une forme de quartier de lune bombé avant de laisser encore reposer le tout pendant deux heures, laissant largement le temps de préparer, entre autres activités dans le Coeur de Shélyn, dans un grand bol un mélange d’oeuf battus et de lait.

L’étape suivante consistait à dorer la préparation avec ce mélange à l’aide d’un pinceau puis de laisser la pâte « pousser » dans un endroit tiède pendant presqu’une heure, ce qui donnait du volume et de la légèreté à la préparation avant de cuire, après l’application d’une nouvelle dorure, dans un four chaud pendant quinze minutes.

Le résultat donnait un délice blond et croustillant à la fois. Comme Freerick. Le paladin cédait presque toujours, mais non, il n’était pas question de nommer cette recette le « Freerick doré ». Pour lui, c’était clair, il ne pourrait plus jamais faire un pas dans Drezen sans se faire charrier par les paladins et les barbares.

Les premières réalisations furent testées, testées et re-testées par Totor, qui n’avait pas démérité d’après Ali. Le pinceau en poil de marmotte géante était assurément l’élément clé de cette recette.

« Crois-tu? avait demandé Freerick.
- Sens ! avait répondu Ali en guise de démonstration. Ca sent l’amooooour d’une marmotte généreuse. Tiens, à la place, on appellera ça un Crois-Sens ! Non, parce que tu as dit « Crois-tu » et moi j’ai dit « Sens » donc « Crois-tu-sens », c’est tout pourri alors que Croissans, c’est vraiment bien… »

Freerick aurait approuvé n’importe quoi pour ne pas avoir sa version dorée trempant dans les bols de café matinaux. Il restait tout de même un détail : pour faire des « croissans », il fallait qu’il se lève à deux heures du matin.

Oui, d’accord. C’est un détail.

Ce matin comme tous les autres, Totor mangeait le premier exemplaire de tout ce qui sortait du grand four. C’était ensuite un combat de tous les instants pour le garder à l’oeil afin qu’il ne gobe pas le premier exemplaire de chaque fournée.

« Ali, c’est quoi, une mal-baisée? »

Non, il n’avait pas rêvé… Freerick regarda les plaques sur la grande table centrale puis Totor puis les plaques puis Totor. La marmotte avait une expression neutre qui promettait qu’elle n’approcherait pas de la table.

Freerick créa sans le savoir un déplacement glissé arrière que l’on nommera plus tard la « marche lunaire » pour rejoindre la porte de la cuisine sans quitter des yeux la marmotte car comme on disait aux paladins à l’académie : « L’absence de peur n’exclut pas le danger ».

Le temps de dire « ouf », il avait rejoint sa jolie épouse qu’il trouva la bouche ouverte à la table des elfes et prit aussitôt la parole tout en prenant Lou dans ses bras.

« OhbonjourAerysbonjourAthielbonjourLothorCommentallezvousbienjespereOhmonpetitlouaungroschagrinallezviensmonbébéonvafaireuncalindanslacuisineouiAlydanslacuisineexcuseznousjevouslempruntemaintenantjetedisdanslacuisine! » et de disparaitre aussi vite qu’il était arrivé entrainant dans son sillage la bardesse d’une main ferme.

Athiel, Lothor et Aerys clignaient des yeux en se demandant ce qui c’était passé.

Ete rompit le silence en s’interrogeant : « Freerick serait capable de parler plus vite qu’Ali? »

Athiel dévisageait ses amants, s’appliquant à être plus impassible que jamais. Expirant un léger zéphyr de dépit, elle se leva délicatement et eut une légère inclinaison de tête signifiant qu’elle leur souhaitait une bonne journée, attention matinale que les elfes de bonne éducation avaient entre eux avant de se dire au revoir. Elle différa un moment son départ de l’auberge en posant doucement ses mains fines et ses doigts longs sur le bord de la table.

« Soyons clairs. Je veux bien continuer à participer aux soirées bruyantes puisque nous vivons tous ici en bonne intelligence mais pour ce qui est du matin, après les prières du levée du jour, le petit déjeuner ici, c’est fini. Vous ferez votre affaire de qui vient chercher les croissans.
- Oui-oui, bien sur »
. répondit Lothor.

Aërys acquiesca d’un signe de tête et demanda : « Autre chose?
- On verra. »
« Modifié: avril 30, 2016, 10:51:07 am par Valaar »
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Se souvenir de chaque instant
« Réponse #4 le: avril 29, 2016, 23:05:48 pm »
Lothor avait regardé Athiel sortir avec une expression mêlant sourire et admiration pendant qu’Aerys se resservait du thé.

« Pour quelqu’un qui ne mange et ne boit plus, tu as de l’appétit, constata Lothor.
- Puisque c’est le dernier petit déjeuner ici, il me sied de mémoriser ce moment. »

Le magus regarda Aërys sans rien dire, songeant qu’il était plus complexe que ce qu’il montrait avant de se resservir à son tour un bol de thé.
« Modifié: avril 30, 2016, 10:51:44 am par Valaar »
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2h du mat
« Réponse #5 le: avril 29, 2016, 23:08:08 pm »
Dans la cuisine, Freerick la boule au ventre, dut justifier à son épouse, le pourquoi de sa prompt intervention. Car par Shélyn, l’absence de peur n’exclut pas le danger.

« Mon amour. Tu sais que notre bébé est un très jeune bébé… mais tu sais aussi qu’un halfling n’oublies jamais rien. Imagines un peu si Lou se rappelle les mots de Tata Athiel ? Imagines qu’il prenne à Lou la fantaisie de passer ses journées à répéter cette foutue question? »

Ali écoutait à moitié son sauveur, son héros. Elle lui pris Lou des bras pour l’admirer de nouveau avant de lui rendre parce qu’il était encore plus beau avec le plus des bébés dans ces bras.

Et puis… pris de doute, Freerick se retourna lentement, très lentement comme on le ferait avec la peur de découvrir un monstre ignoble dans son dos. Des plaques de cuisson vides trônaient sur la grande table et dans l’angle de la cuisine, Totor, immobile, les poils de sa gueule légèrement brillants.

« Foutue. Foutue. » commença à répéter Lou devant le regard effaré de sa maman.
« Modifié: avril 30, 2016, 10:52:55 am par Valaar »
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