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102284 Messages dans 7472 Sujets par 814 Membres - Dernier membre: Cakela juillet 16, 2019, 22:44:31 pm
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Dorothée  |  Jeunes Années (Modérateur: Dorothée)  |  Zacknamaël KANTARIA
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Auteur Sujet: Zacknamaël KANTARIA  (Lu 1115 fois)

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Zacknamaël KANTARIA
« le: octobre 30, 2015, 07:13:36 am »
Dix ans plus tôt


« Et s’ils ne m’écoutent pas ?» se demandait le cadet qui tournait et retournait sa plume entre ses doigts, visiblement contrarié de ne pas trouver de réponse à sa question. Les cours de commandement étaient ceux qu’il comprenait le moins. Profondément individualiste, Zack préférait travailler seul. Dans son égo d’adolescent en devenir, il se considérait comme le meilleur de toute l’académie. Mais il savait aussi que la promotion majeure allait quitter l’académie à la fin de l’année, et que les places de chef de maisons allaient se libérer. Son ambition était de prendre la tête d’une des maisons malgré son jeune âge. Il régnait un silence absolu pendant les cours de Kordh, un silence rythmé par le pas aux reflets métallique du vieux paladin, et par le crissement des plumes des autres cadets, qui grattaient les parchemins à allure maladroite.
« Comment je fais pour les forcer à se battre ? » demanda Zack, brisant la quiétude sépulcrale. « Si je sais que j’ai raison, et qu’ils ne veulent pas faire ce que je dis, je fais quoi ? » continua-t-il, les sourcils froncés.

Les cadets avaient arrêté leur travail d’écriture et regardaient Zack avec stupeur. Il avait osé parler sans demander l’autorisation du plus irascible des professeurs. Le courroux du vieux paladin allait le foudroyer sur place, c’était sûr ! Pourtant le vieil homme sourit. « Mon garçon, on ne peut contraindre des guerriers divins à donner leur vie pour une cause, si juste soit-elle. » Il leva un bras et balaya lentement les cadets de la main, les désignant un par un, « mais on peut les convaincre de le faire.» Son pas lourd et mesuré repris et il marcha lentement vers le tableau noir. «Demander à un homme ou une femme sanctifié de donner sa vie est la chose la plus … délicate à faire. Mais Si tu y arrives, ils te suivront aux portes des enfers ou des abysses. » Zack se mordait la lèvre inférieur, un tic qui notait son énervement ou sa profonde concentration.
« Oui mais comment on fait ça ? » s’énerva-t-il. « C’est quoi la méthode ? Si je dois frapper Graham, c’est facile, j’avance mon pied gauche, je fais une rotation du buste et je détends mon poing droit. »

Avant que le gros garçon qui répondait au nom de Graham ne rouspète, Zack continua. «  Mais comment je demande à un homme de donner sa vie pour ma stratégie? ».
Kordh fixa son petit-fils dans les yeux, comme s’il sondait son âme « Pour demander à un guerrier divin de donner sa vie, on lui parle avec le cœur. » commença –t-il « Son cerveau évaluera toutes les possibilités en écoutant le plan que tu lui soumets, mais c’est son cœur qui voudra te suivre ou non. Et c’est à ce cœur que tu dois parler. » Kordh se demandait si l’enfant de dix ans avait compris l’image. Il ne recevait ce genre de questions que de cadets quatre classes au-dessus, quand ils étaient assez mature pour briguer une place de chef de maison. Kordh leva un sourcil et fixa Zack plus attentivement.
« Et si je me trompe … et si mon idée … si je n’ai pas bien réfléchi et qu’ils vont dans un piège ? » 
Souffla l’enfant visiblement tourmenté. « Ils mourront. » répondit lentement le vieux paladin. L’enfant avait compris l’image, et il comprenait désormais le sens des responsabilités.
« Et si par malheur tu t’en sors vivant, tu porteras ce fardeau toute ta vie… » Acheva Kordh.

Ses dernières paroles avaient frappées tout son auditoire. Le vieux professeur se racla la gorge.
« Allons ! La leçon est terminée pour aujourd’hui ! Cadets, Sortez-vous dégourdir les jambes ! Il fait un temps magnifique ! » Gronda Kordh. Les garçon se levèrent et rangèrent rapidement leur plume et leurs parchemins, puis sortirent en criant et riant. Seul Zack resta à sa place, visiblement tourmenté par une dernière question. Kordh soupçonnait que c’était la plus importante, pour l’enfant. Celle qu’il ne voulait pas poser devant ses camarades. Le vieil homme s’approcha, pris une chaise, la posa face au garçon et s’assit lourdement. Ses yeux délavés par les ans fixaient ceux plus jeunes, de celui qui allait lui succéder. Il attendit.

« Et s’ils ne m’aiment pas» murmura Zack, presque comme s’il s’agissait d’un secret. L’amour … c’était donc ça. La plus grande des forces, et le plus puissant des fléaux. Le garçon était-il prêt ? Kordh respira lentement, puis posa ses vieilles mains burinés par les combats sur les frêles épaules de l’enfant.
« Ecoute-moi bien Zack. Ce que je vais t’apprendre aujourd’hui, je ne l’ai compris que bien trop tard. J’aurais aimé que quelqu’un me l’enseigne à ton âge. J’aurais pu me mieux me protéger, et surtout, j’aurai pu mieux me pardonner. »

Le vieil homme hésita, comme s’il cherchait l’approbation du garçon. Il allait lui briser ses rêves, mais c’était un mal nécessaire. Zack le regardait droit dans les yeux, et comme s’il avait compris l’attente de son grand-père, il acquiesça de la tête.  « Ne sois pas vaniteux et ne cherche pas à te faire aimer de tes hommes, Zack. Ils doivent te respecter, tu dois les respecter, et vos relations s’arrêtent là. » Commença le vieux paladin « Si tu t’attaches aux hommes qui te suivent au combat, ton bras hésitera quand tu devras les envoyer dans des missions dont on ne revient pas. Et les maigres chances de victoires que tu pourrais avoir ne seront plus, avant même le début de la campagne. » Il resserra sa prise sur les épaules du jeune cadet « Respecte tes hommes, mène les par l’exemple, mais ne devient pas leur ami. Est-ce que tu me comprends ?»
Zack baissa les yeux et bredouilla « mais je vais être tout seul … » Kordh acquiesça de la tête.

Son petit-fils avait compris. Il relâcha lentement les épaules du garçon, se leva de sa chaise et se dirigea vers la sortie. Alors qu’il arrivait à la porte de la classe, il se retourna vers Zack qui n’avait pas bougé et dit « La solitude est le fardeau des dirigeants, jeune Kantaria. »
« Modifié: octobre 30, 2015, 16:11:41 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #1 le: octobre 30, 2015, 07:55:44 am »
5 ans plus tôt.
 « Notre prochain objectif, capitaine ? » demande la cadette sur un ton désinvolte.

Accroupis à côté des cadets « survivants » de la division Ruine, ses longs cheveux blonds tenus en nattes, elle reste à l’abri derrière le rocher,  attendant patiemment une réaction de leur leader. Il lui semble être en planque depuis une éternité. Elle regarde l’ombre de l’épicéa au-dessus d’eux. Une heure est écoulée et leur capitaine n’a pas bougé le moindre muscle, fixant la plaine qui s’étend face à eux. Flottant au vent, elle peut apercevoir le fanion adverse, surgissant derrière leur rocher abris, défi silencieux lancé à leur escouade. L’attente n’a jamais été son fort et elle commence à s’impatienter.

« Vous savez prendre votre temps au Mendev. Mais il y a un moment où vous vous décidez d’agir ? » Enchaîne-t-elle, au bord de la rupture.

Le jeune capitaine, aux cheveux brun coupé court, ne réagit pas à sa provocation. Elle serre les dents, révélant une dentition d’un blanc nacré, aux canines légèrement plus développées. Son regard a un goût de meurtre. Elle suit, inconsciemment, le sillon de la nuque de son capitaine, ses doigts se fermant et s’ouvrant au rythme de ses pulsations cardiaques. Sans s’en apercevoir, elle s’est approchée du garçon sur qui elle a fixé son attention et qui ne bouge toujours pas. Elle suit la courbure de ses épaules, le carré de son menton, les muscles saillants sous la cotte de maille. Les trois autres cadets n’ont pas bougé, ils la savent instable, capable d’actes violents et incontrôlés, mais comme elle, ils ne connaissent pas leur capitaine, hors sa réputation de « sale connard, qui ne perd jamais ».

Gravis, le plus âgé du groupe, pose une main apaisante sur l’épaule de la jeune fille, qui ne s’est pas rendu compte que son visage n’est qu’à quelques centimètres de la nuque de leur capitaine. Elle ferme un moment les yeux et respire son odeur mâle. Légèrement poivrée en attaque avec un retour de menthe, un musc de cerf en arrière fond. Elle se concentre d’avantage, surprise de déceler autant de corps chez ce garçon.  Une pointe de miel d’orchidée, elle s’y attendait un peu … elle se retient de littéralement le lécher depuis des heures …  mais en trame principale quelque chose de définitivement prédateur. Il y a autre chose. Elle força un peu plus et focalisa toute son attention sur cette trace infime qu’elle perçoit. Elle ouvre soudain les yeux et manque de tomber à la renverse, retenant un cri de justesse. Zacknamaël se retourne brusquement vers elle, et d’un regard lui ordonne de se taire.
En contre-bas, à seulement une centaine de mètre, sa cible n’a pas bougé: un garçon trop grand et trop gros pour son âge, protégé par une épaisse cotte de maille et un casque d’acier. Il porte un immense gourdin d’entraînement dans sa main droite et dans l’autre un écu. Graham Lubbock, le colosse de Saint Clydwell attend patiemment, dernière ligne de défense de la division Feu Spectrale.

« C’est la dernière division en lice, et si mes calculs sont bons, il reste cinq cadets encore en état de se battre. » commence Zack, « et ils sont meilleurs que vous dans tous les domaines. » achève-t-il. Les cadets se rembrunissent devant l’insulte lancée froidement, mais ne répondent pas. «  Myron, Freerick est le meilleur archer de l’académie de Saint Clydwell. Il doit être planqué derrière le talus plus au sud, certainement gardé par Cenred. Tu vas y aller avec Gravis et Marcus. Si ton arc n’arrive pas à le dessouder, nous n’avons aucune chance. » Il se tourne vers les dit Gravis et Marcus « Vous deux, méfiez-vous de Cenred, c’est un excellent bretteur.» Marcus « L’ours de Vigil », une véritable force de la nature, se renfrogne. « Je pensais que je m’occuperais de Graham. » Murmure-t-il visiblement énervé. « Marcus, Graham te surclasse par sa force. Avec ton épée d’entraînement, vu son épaisseur musculaire, sa cotte de maille et son écu d’acier, il est indémontable. Ne t’y trompe pas, il y a une raison pour laquelle il a choisi un gourdin comme arme, au lieu d’une épée d’entraînement. Il s’attend à te voir, et il a envie de te broyer les os.» Marcus se mord les lèvres pour ne pas répondre. Il a appris à suivre les ordres, même quand ceux-ci ne lui plaisent pas.  « Déliah est l’invisible de Saint Clydwell, j’essaie de la localiser depuis plus d’une heure. C’est un électron libre qui peut renverser la faveur du combat si on ne la trouve pas.»  dit Zack, les sourcils froncés. « S’il s’agit de la brunette avec des dagues, elle est au nord à deux cents mètres. » réplique la jeune fille aux cheveux blonds, souriant devant l’expression de surprise de son capitaine. « A Vigil, ma spécialité, c’est le pistage » rétorque-t-elle. « Mais tu oublies quelqu’un capitaine. Tu oublies leur capitaine. » Le ton de défi est clairement perceptible. Zack la regarde droit dans les yeux, puis fait un geste de la tête en direction de Graham « Si ce que je sais de lui est vrai, leur capitaine attend tranquillement, assis prêt du fanion. » Il sourit à la jeune fille. « Ton talent de pistage n’est pas si terrible finalement. » Gravis pose une main apaisante sur l’épaule d’Astra, qui avait serré les dents et les poings. « Et tu comptes te battre contre lui et Graham? » lance-t-elle sur un ton provocateur. « Contente-toi de venir à bout de Déliah. Elle excelle au combat aveugle, si tu attends la tombée de la nuit, tu échoueras. » Avant qu’Astra ne puisse répondre, Zack se tourne vers Gravis, Marcus et Myron. « Quant à vous trois, attendez que la nuit soit complète et attaquez. Si Freerick, de par sa nature d’halflin voit bien de nuit, ce n’est pas le cas de Cenred. Tâchez de les éliminer aussi vite que possible. De mon côté, j’attaquerai leur drapeau quand la lune sera derrière la colline et que le camp ennemi sera dans le noir. » Cette fois Zack regarde les quatre cadets de Vigil. « C’est à ce moment-là que j’attaquerai Graham. Une fois vos cibles éliminées, préparez-vous à me rejoindre. J’aurai besoin de toute l’aide possible. Faites au mieux et que Iomedae soit avec vous. » Les 4 cadets saluent leur capitaine avec un respect visiblement forcé et se dispersent en silence.
« Modifié: octobre 30, 2015, 14:40:44 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #2 le: octobre 30, 2015, 07:57:04 am »
Les ombres de la nuit se sont lentement déposées sur les toits de Kénabres, engourdissant peu à peu la cité frontière. Un visiteur, non averti, peut aisément se laisser leurrer par cette torpeur nocturne. Si la cathédrale de Saint Clydwell est l’âme de la ville garnison, son académie militaire, l’Académie Saint Clydwell, est le fer de lance de l’armée du Mendev. Le feu crépite derrière le vieux Khord qui n’a pas bougé de la fenêtre, les bras croisés dans le dos. Il fixe l’horizon, par-delà les murs épais de la ville, par-delà le fleuve et ses rives abruptes, il fixe le Sarkharis qui peu à peu disparait dans l’épais manteau sombre de  la nuit, privé du disque lunaire.

Sur la table derrière lui, une immense carte magique représente le « terrain de jeu » des cadets dans la Plaie du Monde, sur laquelle apparaissent des jetons lumineux jaunes et verts. Chaque jeton représente un cadet et porte son nom et la couleur de son unité. Dès qu’un cadet est éliminé, son jeton devient rouge et clignote. Les jetons n’ont pas bougé depuis de nombreuses heures. Khord connait Zack. Il sait que son petit-fils portera l’attaque finale à la faveur de la nuit. Le vieux paladin redoute que l’un de ces pions de lumineux ne s’éteigne, emportant avec sa lumière, la vie d’un cadet. La Plaie-du-Monde est le terrain d’entraînement des apprentis-paladin, et elle ne pardonne aucune erreur.

De nombreux cliquetis de bottes métalliques entrèrent dans la salle d’état-major, s’arrêtent près de la table un moment, puis rejoignent le vieux paladin. « Alors ? » commence une voix féminine, « On dirait bien qu’après quatre jours, il ne reste plus que 10 combattants en lice, et que tout va se jouer ce soir. Je me trompe ? » Le vieux paladin qui n’a pas bougé répond « Non ma reine, votre analyse de la situation est toujours aussi précise. » « Quelle équipe va l’emporter, pensez-vous ? » Demande une autre voix, masculine cette fois. Khord sourit dans sa barbe. Il se retourne pour faire face à ces quatre visiteurs. Les plus puissants personnages du Mendev et de Dernier Rempart viennent de le rejoindre dans la salle d’état-major.

Galfrey, souveraine du Mendev, paladine de de la déesse Iomedae, fixe la carte magique et les points lumineux. Madrake, nouvellement élu Roi de Dernier Rempart se tient à ses côtés, soutenant le regard du vieux paladin. Ils sont chacun accompagnés de leur conseillère. Amaëlle Kantaria, maîtresse du clan Kantaria et Grande Prêtresse de Iomedae se tient à la droite de la reine Galfrey, tandis que Dame Saléna, Grande Prêtresse de Sarenrae, les mains croisées devant elle, observe le roi Madrake en silence.

Khord se racle la gorge nerveusement, « Eh bien, au vu des cadets encore en lice, je pense que la Division Ruine de Zacknamaël va l’emporter ». Galfrey penche sa tête sur le côté comme pour mieux observer la carte, avant de répondre « Pourtant, selon vos notations des cadets, les meilleurs éléments sont dans la division du Feu Spectral. Mis à part les deux leaders, qui ne se sont encore jamais rencontrés, nous ne … ». Madrake l’interrompt « Soyons honnête, ma tante, nous savons tous que cette rencontre entre les deux académies, mis à part un test pour voir comment les deux meilleurs meneurs de chacune des écoles, se débrouille avec une équipe dont il n’a pas l’habitude, n’a qu’un seul objectif : Savoir qui du dernier des Kantaria et du dernier des Obarskyr l’emportera ! ». Dame Amaëlle, silencieuse jusque-là, rompt le silence « Veuillez me pardonner votre Altesse, mais Zacknamaël n’est pas encore un Kantaria. C’est un titre qu’il doit encore gagner, votre Altesse. » Le roi Madrake sourit d’un air gêné « Oui, c’est vrai. J’avais oublié… Quel étrange coutume tout de même… Pourquoi seul Abel, avant Zacknamaël, a été frappé par cette tradition, et aucun autre mâle Kantaria ? » S’interroge tout haut le roi de Dernier-Rempart.

Devant le silence obstiné d’Amaëlle, Galfrey sourit « Iomedae sait à quelle point vous êtes passionné par toutes les facettes de la famille de Dame Amaëlle, mon neveu. » Réplique la souveraine du Mendev. Madrake acquiesce de bonne grâce et adresse un sourire d’excuse à la grande prêtresse d’Iomedae. Kordh sourit devant la scène. Autrefois, Madrake avait été lui aussi cadet à Saint Clydwell, une promotion avant Zack, plus précisément. Si Galfrey ne l’avait pas poussé à se présenter au poste de Roi de Dernier Rempart, Madrake aurait fait un paladin extraordinaire, digne successeur des légendes de la Plaie-du-Monde. Kordh savait aussi qu’alors encore cadet, Madrake avait appris que le dernier des Kantaria arrivait à Saint Clydwell, et qu’il avait espéré ardemment le rencontrer. Le vieux paladin se demandait si ces deux garçons, malgré leur différence d’âge, auraient pu être amis. Khord soupire. A l’attitude du Roi de Dernier Rempart, il est clair pour le vieux paladin, que Madrake  échangerait sans hésiter sa couronne pour être dans la Plaie-du-monde, face à Zacknamaël.

« Pourquoi selon vous, la division Ruine a-t-elle plus de chance de l’emporter, Kordh ? » demande cette fois Dame Saléna, qui est restée auprès de son souverain dans le silence le plus complet. Connue sous le diminutif de Salé, la Grande Prêtresse de Sarenrae dégage une autorité naturelle. Ceux qui la connaissent bien savent qu’elle est aussi douce que sévère, aussi énergique que patiente, et d’une intelligence redoutable. Alors que le rôle de Dame Amaëlle, en tant que représentante de la déesse la plus influente des deux pays, lui donne une position prédominante dans les affaires cléricales, cette dernière s’efface les rares fois où Dame Saléna prend l’ascendant. Une attitude incompréhensible pour la grande majorité des croyants de la déesse guerrière. Kordh se tourne vers la grande prêtresse de Sarenrae « Parce que Zacknamaël a fait exactement ce que j’ai fait. Il a étudié les dossiers des cadets de son groupe. Il connait leurs forces et leurs faiblesses. Il connait aussi très bien les membres du Feu Spectral qu’il a dirigé régulièrement. » Madrake tique un peu « Vous pensez qu’Arwyll n’a pas fait ce travail de préparation, peut-être ? » Le vieux paladin secoue la tête. « Si bien sûr, je sais qu’il l’a fait. Mais la grande différence entre Arwyll et Zack, c’est que Zack cherchera une victoire totale. Il voudra gagner par tous les moyens. » « Et pas Arwyll ? » L’interrompt Madrake. Kordh soupire « Arwyll, comme son frère ainé, veut affronter le « dernier des Kantaria ». » Kordh fixe Madrake dans les yeux avant de continuer « Arwyll cherche désespérément à se faire un prénom. » Devant l’expression d’incompréhension du roi de Dernier Rempart. Le vieux paladin continue « Arwyll attend un combat qui lui permettra d’exister enfin aux yeux de l’académie, non pas parce qu’il est le frère du roi, mais parce qu’il est Arwyll. » Kordh fixe toujours le jeune souverain dans les yeux. « Votre Altesse, Arwyll désire plus que tout exister à vos yeux comme un paladin, et non comme votre petit frère. » Le visage fermé, Madrake reste un long moment silencieux, puis se tournant vers la Reine Galfrey, Dame Amaëlle et Dame Saléna, il achève « Arwyll attend un combat loyal. Pas Zack. »
« Modifié: octobre 30, 2015, 14:41:21 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #3 le: octobre 30, 2015, 07:58:21 am »
Apolline de Sainte Croix a dressé son poste d’observation à l’abri d’un promontoire rocheux, à deux cents mètres de la berge de la Sellen. Ses yeux bleu acier sont rivés sur la réplique miniature de la carte magique, dans une version cependant plus complète que celle de Kordh. En plus des pions des cadets, elle affiche également les monstres errants dans un périmètre de dix kilomètres. Dès qu’un démon mineur apparait sur la carte, « Apo la vicieuse », comme l’appelle les cadets de Saint Clydwell en secret, part en chasse et l’élimine le plus rapidement possible. Elle raccompagne également les cadets éliminés ou gravement blessés hors des zones de combat, et les confie aux forces stationnées en attente près de la frontière.

Elle n’a pas dormi depuis quatre jours et commence à accuser de sérieux signes de fatigue. Selon ses calculs, les cadets sonnt arrivés au bout de leurs réserves d’eau et de nourriture trente-six heures plutôt. Les cadets du Feu Spectrale doivent être assoiffés et en état d’alerte depuis douze heures. La division Ruine, elle, se repose non loin, à l’abri d’un rocher. Visiblement, Zacknamaël a décidé de mener une guerre d’usure mentale et physique. Elle est fière. Soudain, les cadets Ruine entrent en mouvement. Zacknamaël ne bouge pas, tandis qu’Astra remonte vers le nord en prenant soin de rester contre le vent. Elle semble se diriger directement vers Déliah. Apolline fronce les sourcils, étonnée. Déliah est indétectable. Même avec son entraînement, Apolline ne l’aurait jamais trouvée sans l’aide de la carte. La paladine de Ragathiel observe attentivement le jeton lumineux d’Astra. Cette jeune paladine est un cas très intéressant qu’elle se promet de surveiller. Marcus, Gravis et Myron partent vers le sud. A leurs mouvements moins assurés, ils n’ont pas encore repéré Freerick et Cenred. Le niveau d’énergie de Graham est dangereusement bas. Il est assoiffé et affamé. Encore quelques heures de plus et ce sera finit pour lui. La division Ruine s’arrête de nouveau. « Ils vont attendre le soir maintenant » songe Apolline en regardant le ciel. La nuit devrait tomber d’ici deux ou trois heures tout au plus. Elle a envie de faire une sieste.
Les cadets de la division Ruine ne se gênent pas.
Ces salopards  sans pitié.
Apolline attend.

Alors que la nuit tombe, elle lève les yeux vers le ciel de plus en plus sombre. Si la lune reste cachée dans les nuages noirs qui viennent du nord, la division du feu spectral, avec deux combattants capables d’évoluer dans les ténèbres, sera avantagée. Sur la carte, les jetons lumineux se sont remis en mouvement.

Cachée dans les racines d’un arbre, et recouverte de mousse, Déliah accueille l’arrivée de la fraicheur du soir avec grâce. Elle est épuisée et ses muscles, engourdis. Il faut qu’elle bouge, mais avant, elle veut se débarrasser de cet insecte, qui se balade entre ses omoplates et le bas de son dos depuis trois heures. Son bras droit bouge lentement, guidant sa main entre les lacets de son armure, se glissant sous les plaques de cuirs et continuant sous sa chemise. Encore quelques centimètres. La bestiole sent l’intrusion de cette main vengeresse et commence son ascension vers la nuque de Déliah. « Ah non ! » s’écrie-t-elle mentalement. Ses doigts agiles harponnent l’intrus et se referment sur lui telle une serre. Elle retint un cri de victoire et extrait lentement sa prise de sous son armure de cuir. Elle regarde l’énorme scarabée dont les pattes gigotent de manière erratique. Elle ne put s’empêcher de comparer l’animal à un dauphin-baleine échouée sur la rive de la Sellen. Déliah le porte à sa bouche et croque dedans, laissant les sucs étancher sa soif et sa faim.

Soudain son sixième sens s’éveille et hurle à l’intrus. Quelqu’un vient d’entrer dans son périmètre. Sa main droite, encore pleine du jus d’insecte, se referme sur la poignée de sa dague. « Quelle idiote » pense-t-elle. « Si je me suis faite repérée … ». A peine cette dernière pensée exprimée, qu’elle sent deux poids s’écraser sur son dos, lui coupant le souffle. Déliah tente de se retourner d’un coup de rein, dagues en avant. Une lame se pose sur sa carotide, mettant fin à toute tentative belliqueuse. « Tu as perdu petite. » dit calmement la jeune fille aux nattes blondes que Déliah avait croisé quatre jours plutôt, à l’académie. Astra est assise à califourchon sur le ventre de Déliah, et la tient en respect. « Comment as-tu fais ? » demande Déliah incrédule. « Je n’ai absolument pas bougé le moindre muscle en huit heures. ». « Disons que j’ai du nez. » répond Astra avant de continuer « La prochaine fois, Déliah, ne laisse pas un ennemi t’approcher. Il pourrait te marquer. »  Déliah la regarde avec incompréhension, puis une scène qui s’est déroulée quatre jour plutôt lui revient en mémoire. Elle a vu Astra approcher chacun des cadets et poser sa main sur l’épaule. « Bien joué. » se renfrogne Déliah écœurée. « Et maintenant ? » demande-t-elle. « Maintenant tu vas me suivre. » lui répondune autre voix féminine. Astra et Déliah se retournent surprises. Sans un bruit, Apolline s’était approchée des deux jeunes filles. « Dépêche-toi Déliah. Je ne veux pas manquer le Grand Final » dit Apolline, qui déjà commence à redescendre vers la rivière Sellen.
« Modifié: octobre 30, 2015, 14:41:41 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #4 le: octobre 30, 2015, 08:01:19 am »
De l’autre côté, vers le talus sud, Gravis charge en hurlant, lame en avant, visant la tête de Cenred. Ce dernier fait mine de se décaler à gauche. Gravis s’adapte instantanément et change le sens de sa frappe, forçant sa lame de bois à décrire un arc de cercle horizontal. « Il est bon » pense Cenred, qui  termine son « faux pas » en se décalant sur la droite. Le cadet de Saint Clydwell poursuit son mouvement en faisant passer son arme dans son dos et la fait jaillir du côté gauche. Surpris, Gravis voit l’arme de son adversaire s’abattre sur son poignet. De douleur, il lâche son arme et n’a que le temps de voir Cenred exécuter une rotation parfaite du buste, sa lame filant à toute vitesse vers sa tempe exposée. Le paladin de Vigil s’écroule telle une poupée de chiffon au pied de son vainqueur.

« Tu as réussi la passe de Kordh ! » hurle Freerick surexcité. Cenred se tourne vers lui le sourire aux lèvres. Il ne voit ni n’entendit Marcus qui le charge à son tour. Cenred se sent soulever du sol tel un fétu de paille. Le géant le tient à bout de bras au-dessus de sa tête. Freerick bande la corde de son arc, vise le colosse de Vigil mais hésite à tirer. Une flèche se fiche juste au-dessus de sa tête. Myron fait feu une deuxième fois, puis une troisième. Il maudit la faible luminosité qui l’empêche d’aligner le halfelin. D’un mouvement aussi puissant que brutal, Marcus abat Cenred sur le sol, dans un écœurant bruit d’os qui se brisent. Cenred, inconscient, et pend mollement dans les bras du géant. Freerick, grâce à sa parfaite vision nocturne voit toute la scène. Il hurle au moment même où la tête de Cenred percute le sol. Ses doigts courent de la corde de son arc à son carquois. Sa première flèche vole vers le visage de Marcus. La pointe de métal arrondie percute l’os nasal du géant, le faisant exploser dans un geyser de sang, tandis qu’une seconde flèche lui éclate l’arcade sourcilière gauche.

Freerick bondit hors de son abri en direction de son compagnon d’arme tout en continuant de tirer flèche après flèche sur Marcus qui s’écroule, comme un mauvais pantomime. Alors que le halfelin arrive sur Cenred, une flèche le frappa à son tour dans les côtes flottantes. Le souffle coupé, il se laisse tomber à l’abri, derrière le corps massif du géant de Vigil, juste avant qu’une seconde flèche ne lui frôle le cuir chevelu. « Cenred ? Cenred ? Tu vas bien ? » S’inquiète-t-il.
Son ami allongé sur le sol reste silencieux. Pour la première fois de sa vie de cadet, la colère s’empare du jeune suivant de Shelyn.
Ce combat vient de devenir personnel. Il veut la tête du tireur adverse. Dans un silence absolu, il se coule le long des ombres projetées par les deux corps au sol, et se glisse derrière une motte de terre à peine plus haute qu’un renard en chasse. Profitant de sa petite taille et de sa vision nocturne, Freerick se déplace encore d’une dizaine de mètres.
La nuit les enveloppe totalement de son manteau noir vide d’étoiles et de lune.

Nul bruit.

Les deux tireurs d’élite se recherchent l’un l’autre.

Freerick prend une pierre et la lance à cinq pas de lui. Un trait déchire instantanément le silence, et frappe l’endroit de l’impact. Myron retient un juron. Il est tombé dans le panneau, dévoilant ainsi sa position. Trois flèches le frappent l’une après l’autre. Assommé par l’attaque, il entend, plus qu’il ne voit, le halfelin arriver sur lui, son épée courte en main. « J’ai perdu. » se dit-il avant de sombrer dans l’inconscience. Freerick se précipite vers Cenred, le prend dans ses bras et le secoue. Son ami ne bouge pas. Impuissant, il le dépose doucement sur le sol et reprend son arc. Il est toujours en mission.

Cette fois, il doit abattre Zack.
« Modifié: octobre 30, 2015, 14:42:06 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #5 le: octobre 30, 2015, 15:04:25 pm »
Apolline laisse Déliah entre les mains des gardes de Saint Clydwell, stationnés sur la berge de la Sellen. Ceux-ci couvrent les épaules de la cadette d’un manteau de laine, et lui tendent une gourde d’eau que cette dernière saisit vivement, afin d’étancher la soif qui la tenaille depuis près de deux jours. Apolline lui sourit, puis lève les yeux vers le ciel. Le disque lunaire se cache toujours derrière les nuages.
« Il serait temps que tu sortes un peu » pense Apolline pour elle-même. « Un peu de lumière ne serait pas si mal. »

Après un geste d’au revoir à Déliah, Apolline remonte rapidement vers sa tente afin d’évaluer la situation. Les jetons de lumières de Marcus, Myron et Gravis clignotent d’un rouge vif. Ils sont inconscients mais en vie. Le jeton de Cenred en revanche clignote d’un rouge terne. Il doit être ramené le plus vite possible, ses jours sont en danger. Un rayon blanc laiteux s’infiltre dans la tente. Apolline tourne la tête vers le ciel. Comme pour répondre à sa prière, la lune sort enfin de son manteau noir, éclairant les terres du Sarkharis de son immense disque d’argent. La paladine de Ragathiel reporte son attention sur la carte. Zacknamaël sort de sa cachette et s’approche d’un Graham au bord de l’épuisement. Le jeton d’Arwyll est toujours collé au drapeau. Il a certainement vu Zack, mais il ne bouge pas.
« On dirait que quelqu’un veut un combat à la loyal. » sourit Apolline en glissant des potions de soins dans son baudrier.

Alors qu’elle s’apprête à quitter la tente de surveillance, un nouveau détail sur la carte magique attire son attention. Un monstre de classe F vient de faire son apparition, comme s’il s’était téléporté sur le champ de bataille. Un hurlement de loup résonne soudain dans le froid de la nuit.

« Tu m’auras fait attendre Zack », murmure Graham faiblement agrippé à sa massue posée au sol, son bouclier pendant mollement sur son bras gauche. Zacknamaël s’approche du géant, l’arme en main.
« Comment veux-tu régler ça, Graham ? » demande-t-il. « Tu abandonnes tout de suite ou tu me forces à te dérouiller ? » poursuit calmement le leader de la division Ruine. « Oh Zack … je rêve de ce moment chaque nuit… ce moment où toi et moi nous nous affrontons. » réplique Graham, « et chaque nuit, je te pulvérise et je pisse sur ton cadavre... » Poursuit-il en s’humectant ses lèvres sèches. « Tu ne crois quand même pas, que je vais laisser passer une occasion pareil ? » termina Graham en soulevant difficilement son immense massue. « Juste un coup, et t’es à ma pogne ! » gronde le colosse électrisé par la rage. Il laisse tomber son bouclier, il veut donner toutes ses forces en attaque.
Zack fonce sur le géant, feignant une attaque d’estoc au ventre et passe derrière son adversaire, en abattant sa lame sur l’arrière du genou droit. Graham grogne de douleur et se retourne brutalement en un swing dévastateur. Zack se baisse de justesse et laisse passer la masse d’arme au-dessus de lui. Il se relève prestement, envoyant son genou dans les parties génitales du géant, qui hurle de douleur. Zack tente pousser son avantage et commet sa première erreur. D’un violent crochet au foie, il tente de finir Graham. Mais ce dernier, rendu fou par la faim, la soif, et la rage du combat ne sent plus la douleur. Il saisit le misérable insecte responsable de ses souffrances par le cou et le soulève du sol, comme un vulgaire pantin. « Je vais te tuer, Zack ! Tu vas crever ! » Hurle Graham.

Zack attrape les deux poignets du colosse et serre à son tour, tentant désespérément de briser la prise avant que sa nuque ne rompe. « Tu n’es qu’un insecte ! Un misérable insecte que j’écrase ! » Rugit le colosse, tenant son ennemi à bout de bras, au-dessus du sol. « Je vais te fermer ta grande gueule. » gargouille Zacknamaël, le cou broyé par les battoires de Graham. Zack sent des picotements dans ses yeux, comme si une colonie entière de fourmis s’acharnait à lui arracher les rétines. Il ne lui reste que quelques secondes avant de perdre connaissance. Il concentre toute sa force dans un ultime coup et abat ses deux mains sur l’intérieur des coudes de Graham. Par effet mécanique, les bras du colosse se replient et perdent en force. Suffisamment pour permettre à Zack de reprendre une respiration, et frapper de nouveau, cette fois en envoyant le tranchant de sa main sur la gorge du géant de Saint Clydwell. Ce dernier hoquète sous la force du coup, et tente de reprendre de l’air en ouvrant grand la bouche. Zack saisit sa chance et plonge sa main dans la gueule grande ouverte.
Son gantelet de maille lui assure une prise impeccable. Zacknamaël, toujours suspendu, pose ses pieds sur le torse du géant, s’arc-boute, et donne un violent coup de rein vers l’arrière, s’arrachant de la prise mortelle et emportant un morceau de chair sanguinolente, dans sa main. Alors que Zack atterrit sur le dos, Graham s’effondre à la renverse, les deux mains recouvrant sa bouche. Un râle grotesque et pitoyable s’échappant de sa gorge, il tente d’empêcher un flot de sang de passer entre ses doigts serrés.
 
Zack, maintenant à quatre pattes, tient toujours dans sa main la langue de Graham qui gigote en tous sens, comme un serpent cherchant l’évasion. Il relève la tête pour voir Arwyll s’approcher lentement de lui. Presque aussitôt, comme pour répondre aux cris de Graham, un hurlement retentit dans la froideur de la nuit, le hurlement puissant d’un loup dominateur. Les deux leaders tournent simultanément leurs têtes vers la colline au nord de leur position. Là-bas, une immense bête noire hurle sa colère à la lune, son amante. Le monstre pousse un deuxième hurlement, encore plus puissant que le premier, qui tétanise de peur les deux cadets.

Zack, au sol, cherche son épée de bois puis se relève lentement. Arwyll s’avance à sa hauteur et fait front commun avec lui. La créature tourne sa gueule dans leur direction, les observe un moment qui leur semble une éternité, et charge.
« Un garou » murmure Arwyll, « un monstre de classe F. Nous n’avons aucune chance. Il faut fuir, Kantaria ! » Achève le chef du Feu spectral, en commençant à courir. Zack ne sait qui de la charge du monstre, des coups de Graham ou du secret de son nom lancé par Arwyll, l’assomment le plus. Il regarde un instant Graham au sol et comprend la manœuvre d’Arwyll. Il veut attirer la créature loin du blessé. Zack tourne les talons pour le suivre, quand la main de Graham lui saisit la cheville.

« Graham, lâche-moi ! » hurle le cadet. Le géant mutilé, tout à sa douleur et inconscient du danger, refuse d’accepter de laisser partir son adversaire. Il refuse sa défaite, il se battra jusqu’au bout, il est un phénix. Tremblant, il relève un genou de terre, et saisit Zack à l’épaule. Ce dernier, pour se libérer, déclenche une série de directs au visage du géant. Graham, battu sauvagement, ne sent plus les coups qui font voler son visage en lambeau. Il refuse de lâcher prise. Il s’est battu pendant des années pour être un phénix.

Il est un phénix, et un phénix ne lâche rien !

Derrière Zack, des grognements accompagnent une charge souple et rapide, les halètements d’un monstre en pleine course se rapprochent de plus en plus. Avec l’énergie du désespoir, Zack lève ses deux mains au-dessus de sa tête, les joignant en un marteau, pour les abattre sur le géant entêté. Jaillissant du sud, une flèche percute Zack en plein estomac, le stoppant net dans son attaque.
« Modifié: octobre 30, 2015, 16:12:23 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #6 le: octobre 30, 2015, 17:18:32 pm »
Freerick ne perd pas de temps. Sa vision nocturne ne fonctionnant qu’à courte portée, il remonte les cinq cent mètres qui le séparent de leur base le plus vite possible. De petite taille, ses courtes enjambées rendent sa progression plus difficile. Il arrive juste à temps pour voir le début du combat entre Zack et Graham. Freerick se cache derrière un rocher à une trentaine de mètres, au cas où l’un des cadets de la division Ruine est embusqué. Il encoche une flèche et vise Zack. Il doit tirer. Mais Zack est son ami… Enfin … même si Zack ne le considère pas comme tel, Freerick n’a jamais pu considérer Zack autrement.

Il tend la corde de son arc. Il faut qu’il tire, d’autant que Zack vient de passer derrière Graham et lui inflige un coup vicieux. Lorsque Graham empoigne Zack par le cou, et que ce dernier se retrouve suspendu au-dessus du sol, ses jambes battant l’air de manière pathétique, Freerick vise inconsciemment la tête de Graham. Non ! Il est l’ennemi de Zack. Freerick ne peut pas… ce serait de la trahison.

Le halfelin prie Shelyn, déesse de l’amour, des arts et de  la beauté pour qu’elle vienne en aide à son ami. Comme répondant à sa prière, un halo de lumière lunaire apparait, illuminant la scène. Zack brise la prise de Graham et se propulse en arrière, tenant dans sa main … Freerick plisse les yeux pour mieux voir … la langue de Graham gigotant en tout sens … « ça fait pas très Shelyn, ça » ne peut s’empêcher de penser le halfelin. Un hurlement fantastique s’échappe alors de la gorge de Graham. Le géant à terre se tord de douleur mais résiste. Freerick a envie d’applaudir devant une telle combativité. Il observe Arwyll, son capitaine de division, rejoindre Zack. A sa grande surprise, au lieu d’engager instantanément le combat, Arwyll semble échanger des paroles avec l’ennemi, puis  fuir le combat ! Zack veut le poursuivre, mais Graham s’interpose et l’empêche de fuir.

Le colosse de Saint Clydwell fait désormais figure de héros pour le jeune halfelin. Puis Zack se retourne contre le gentil géant et le frappe au visage avec sauvagerie. C’en est trop pour Freerick qui cette fois bande son arc en direction de son ami.
« Pardonne-moi Zack. Je ne peux pas te laisser faire. Je sais que tu me comprendras. »Il vise le plexus solaire de Zack. Sa main tremble. Il n’arrive pas à se résoudre à tirer. Quand Zack lève ses deux poings pour achever Graham, Freerick tir.

Apolline coure comme une dératée. Pour elle, un monstre de classe F est gérable. Elle est paladin, elle est entrainée, et surtout, elle est armée. Pour des cadets équipés d’épées de bois, c’était comme livrer un plateau-repas directement à la bête. Elle doit d’abord s’occuper de Cenred en danger de mort, et s’assurer que les trois autres cadets sont à l’abri. Si le monstre n’est pas seul, les quatre corps inconscients deviennent des cibles privilégiées. En revanche, si elle n’aide pas Zack, Arwyll et Graham, ils sont voués à une mort certaine. Quatre vies valent mieux que trois. Apolline fait son choix. Elle s’arrête un moment, pose un genou à terre et sort de son sac un objet qu’elle porte à ses lèvres. Les yeux fermés, elle prie. « Ragathiel, celui qui donne la lumière doit endurer la brûlure. Je t’implore humblement de me prêter assistance, et de remettre ceci à celui qui voudra s’en servir. » Apolline prend son élan, court et lance l’objet béni dans la nuit, en direction du drapeau. Elle se relève, souffle un instant, puis reprend sa route vers les cadets tombés au combat.

Aveuglé par son sang et le visage martelé par les coups ennemis, Graham sent son adversaire vaciller et cesser ses attaques. Il rassemble toutes ses forces en un seul puissant coup. Son poing rencontre la cote de maille de Zack. Des os se brisent derrière les maillons d’acier.

Zack s’écroule au sol.

Graham lève les bras vers le ciel en signe de victoire, dédiant sa victoire à la Déesse paladin, Iomédae l’Héritière. De sa bouche mutilée s’échappe un pâle cri de triomphe. Soudain une mâchoire puissante le saisit à la gorge et le plaque au sol. Graham tente de saisir son agresseur mais c’est peine perdue. La créature est trop forte. Il se laisse aller, et recommande son âme à Iomedae, la déesse guerrière.


« Modifié: octobre 30, 2015, 20:47:00 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #7 le: octobre 30, 2015, 17:29:47 pm »
Académie de Saint Clydwell, 3 ans plus tôt.


La deuxième cloche avait sonné et Zack n’était toujours pas sorti du cours de Kordh. Graham s’inquiétait pour son ami. Il avait osé interrompre le silence sépulcral cher au vieux paladin, durant son cours de stratégie militaire, et petit-fils ou non, Zack allait se faire punir, c’était sûr. Graham enfourna un beignet poisseux de la veille pour se calmer.
« Bon chang, chack, on va êchte en chretard au chours de pchycholochie chémoniaque … »
Ses doigts boudinés tambourinaient sur son livre de cours intitulé « psychologie appliquée : Déterminez si un démon vous ment », du célèbre chasseur de démon Pétros Lorrimor.

Zack et Graham s’étaient rencontrés deux ans plutôt, lors de leur premier jour à l’académie. L’un trop gros pour être apprentie paladin, l’autre trop efflanqué et bossu pour avoir une vraie raison d’être là. Mis de côté par les autres cadets, ils s’étaient retrouvés à manger seuls à leur table au réfectoire. « Tu es là pour quoi, toi ? » demanda le plus joufflu des deux. « Mon grand-père, c’est Kordh. » répondit l’autre. « Wouah, c’est la classe ! Moi, c’est parce que mon père est le boulanger préféré de la reine. Je voulais faire du pain comme lui, mais il a supplié la reine Galfrey de me donner ma chance… » L’enfant au dos courbé lui fit un clin d’œil « On dirait que toi et moi on est verni. » Et tous deux partirent d’un éclat de rire qui était le premier d’un millier d’autre.

« Zack ! Alorch ? Il a dich quoi le vieuch ? » Demanda Graham, finissant de mâcher, lorsqu’il vit arriver son ami.
« Fiche moi la paix, Graham. » Lui répondit le garçon aux boucles brunes, en passant devant lui. Graham regarda passer son meilleur ami avec des yeux ronds. Zack avait dû passer un sale quart d’heure avec le vieux Kordh. Jamais il ne lui avait parlé comme ça. Le garçonnet aux joues roses serra son livre et couru derrière son ami. « Attend Zack ! Attend-moi. » Zack ne s’arrêta pas et força le pas.
« Zack, je t’ai gardé un beignet, fais pas la tête ! » souffla Graham qui devenait rouge sous l’effort.
Le garçon aux mèches brunes s’arrêta net. « Ha ! Je le savais. On ne résiste pas aux beignets ! » dit Graham en s’arrêtant, les mains sur les genoux, pour reprendre son souffle. Le garçonnet sourit à son ami, et sorti de son sac une pâtisserie qui avait connue des jours meilleurs, et la lui tendit. Zack resta sans bouger, fixant Graham dans les yeux.
« Tiens Zack… c’est … tout pour toi. » chuchota Graham, presque gêné par l’attitude de celui qu’il considérait comme frère. Zack baissa les yeux sur le beignet, puis sur le ventre de Graham, avant de le considérer dans son entier avec une expression de dégoût.

« Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans « Fiche-moi la paix. » gros lard ?! » aboya le garçon aux yeux noirs. « Zack ? » hoqueta Graham. « Qu’est-ce que tu ne comprends pas, dans le fait que tu n’es qu’un gros lard, qui n’a rien à foutre ici, à Saint Clydwell ?! » Graham était mortifié et fixait Zack sans mot dire. Ce dernier se retourna et s’apprêtait à partir quand Graham l’interpella « Zack… tu es … mon ami. » dit-il doucement, avant de finir avec plus de force « Je suis ton ami Zack. Pour toujours. Tu te souviens ?» Zack se retourna, son regard brûlait de colère. « Décidément, tu ne veux pas comprendre hein ! »  Il fonça sur le garçon qui le regardait d’un air suppliant, et lui asséna un coup de pied dans le ventre. Graham hurla de douleur et tomba à genoux. « Tu ne veux pas comprendre hein ! » hurla Zack, levant le poing, avant de le redescendre à toute force sur le visage du gros garçon qui mit ses mains en protection devant son visage. « Je ne suis l’ami de personne, tu m’entends ! » Il frappa encore. « Ici, je ne suis rien d’autre pour toi que ton chef d’équipe. Et sois tu te bouges le cul et tu deviens utile, soit je t’éventre ! » Zack saisit Graham par le col et colla son front au sien. « Est-ce que tu m’as bien compris ?! Gros porc ? » Graham agita la tête de bas en haut, tout en retenant ses larmes. « Tu as intérêt à me transformer ton tas de graisse en muscle.» commença Zack entre ses dents. « Dans deux mois se décideront les maisons auxquelles nous appartiendrons. La seule maison valable est celle des phénix. Un gros porc comme toi n’a aucune chance d’y entrer, mais si tu rates les tests pour devenir cadet, je te promets de te dérouiller ! »
Zack laissa Graham au sol et se dirigea vers son prochain cours.

Graham se releva lentement, les joues mouillées de larmes, regardant partir son meilleur ami. Il entrerait chez les Phénix. Quoi qu’il arrive, il irait chez les Phénix. Il serait avec Zack.



« Modifié: octobre 30, 2015, 20:47:09 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #8 le: octobre 30, 2015, 18:37:47 pm »
Zack est au sol. Des fourmis lui brûlent l’intérieur des globes oculaires. Il a des côtes cassées et  le souffle coupé. Il ouvre la bouche et tente vainement d’aspirer l’air qui fuit ses poumons. Il lève une main comme pour trouver un appui. Ses doigts rencontrent le vide, s’ouvrant et se fermant dans une danse d’agonie. Son autre main griffe le sol à la recherche d’une prise. Il se débat tel un poisson hors de l’eau, cherchant de l’air à s’en déchirer les mâchoires. Les yeux révulsés, il se cambre, tous les muscles au supplice. Soudain, comme tombé du ciel, quelque chose de tranchant se plante dans sa main et la cloue au sol, lui ouvrant les chairs et les brûlant simultanément. Il ne peut hurler. Sa main libre essai d’attraper ce qui vient de l’attaquer. Ses doigts se referment sur une tige de métal. Comme par magie, le temps semble alors freiner.

Une voix résonne

« Si tu laisses cette lame où elle est, tes amis mourront, mais je te donnerai la force de t’enfuir. »

Zack ouvre les yeux et regarde autour de lui le monde ralentir sa course. L’immense loup noir est suspendu dans son plongeon, la gorge de Graham à portée de croc. Arwyll disparait lentement derrière les branches d’un buisson. Freerick se jette dans son abri à allure lente.
 
La voix reprend « Si tu enlèves cette lame, tu mourras certainement, mais je te donnerai la force de sauver ton ami. » Zack regarde le sang suinter goutte à goutte de sa plaie profonde.

« Quel est ton choix ? »

Les doigts de Zack resserrent leur prise, puis ôtent la lame de la blessure. Le temps s’accélère de nouveau, et un éclair de feu jaillit du poignard d’argent. Sous l’effet de la magie divine, les plaies de Zack se referment, ses os brisés se consolident, il sent son sang pulser de nouveau avec vigueur. Ses muscles répondent à ses ordres à une vitesse extraordinaire. Zack ressent les fibres de ses muscles déborder de force. Il est plus rapide, plus fort.

Il fond sur le monstre encore suspendu dans les airs au-dessus de Graham, et lui bondit sur le dos. Agrippé à la crinière de la créature, il la frappe à la gorge, cherchant la jugulaire. Le garou hurle de douleur et se cabre, tournant son immense cou vers son tortionnaire et tentant de le broyer dans ses mâchoires. Zack frappe à nouveau, sa lame d’argent pénètre facilement les chairs du monstre. Les crocs se referment sur le bras de Zack comme un étau d’acier. Les os de son avant-bras rompent sous la pression. Galvanisé par l’énergie divine, Zack frappe une nouvelle fois, sans se soucier du sort de son bras prisonnier. Freerick sort de sa cachette, l’arc en joue. Un bruit sur sa gauche, il se retourne instantanément et tire sur Arwyll, qui revient au combat. Le leader du Feu Spectral tombe à genoux, le souffle coupé, tandis que Freerick qui vient de le reconnaître, coure vers lui pour le secourir.  Le Loup-Garou, blessé à mort, bondit vers le nord et accélère dans l’espoir de faire chuter son attaquant. Zack serre ses cuisses sur les flancs du monstre et se cramponne de sa main valide.  Lorsque Freerick reporte son attention vers la scène de combat, Zack a disparu.

Zack se cramponne de toutes ses forces à l’encolure de la bête. Elle courre à perdre haleine, s’enfonçant de plus en plus dans les ténèbres du Sarkharis. D’un bond puissant, elle passe au-dessus d’un ravin, se secouant dans l’espoir de se débarrasser de son cavalier. Elle est engagée dans sa course contre la mort depuis des heures. Elle ne parvient pas à se débarrasser de son cavalier. Il a enfoncé sa lame d’argent dans ses chairs et s’y cramponne comme une sangsue avide. La créature remarque un énorme rocher sur sa droite. Soudain elle sait quoi faire. Elle pousse son effort encore une fois, cherchant plus de vitesse. Dans une tentative désespérée, elle pile sur place. Le garçon est propulsé de son encolure et s’écrase au sol.Le monstre montre aux crocs étincelant à une lueur assassine dans les yeux. Alors que son sang suinte de sa plaie béante, se répand sur sa fourrure et se mêle à sa transpiration et sa rage, le loup-garou s’approche lentement de son chasseur devenu proie.
 
Zack se relève en titubant, sa lame-argent à peine tenue. Son autre bras pend lamentablement dans un angle bizarre. Le loup-garou le contourne lentement, resserrant ses cercles à chaque tour. Le cadet, au bord de l’évanouissement, pivote sur son axe pour garder la bête face à lui. S’il flanche, la créature fondra sur lui instantanément. Zack respire difficilement. Tenir debout est au-delà de ses forces. Ses doigts desserrèrent peu à peu la poignée de son arme devenue trop lourde. Il est à bout.

Soudain le monstre se cambre et hurle à la lune, annonçant sa victoire prochaine. Zack  expire une dernière fois. Il resserre ses doigts sur sa lame. Il va mourir l’arme à la main. « Ironie, je meurs ici, et je ne porte même pas mon nom. » pense-t-il. Le monstre charge gueule en avant l’apprenti paladin. « Kantaria… je suis un Kantaria… » Murmure-t-il dans son dernier souffle. Zack sent les crocs du monstre, s’enfoncer dans sa gorge, quand un flash de lumière explose et envoie attaquant et attaqué au sol.

Zack tourne la tête vers la source de lumière, et voit dans le halo solaire, le contour d’une femme aux longues ailes enflammées. A ses pieds, la créature monstrueuse a laissé place à une jeune fille à la chevelure blonde. Zack voit dans le regard de l’ange de flamme de la tendresse et de la compassion.
« Tu es un Kantaria, Zackmanaël. » dit-elle, puis ses traits s'estompent et le halo de lumière disparaît, rendant ses droits aux ténèbres du Sarkharis.

Zack, les yeux hagard, fixe, plus qu’il ne voit, d’énormes rochers autour de lui. En contre bas, le lit d’une rivière asséchée depuis longtemps, et juste dans un creux à droite, l’entrée d’une caverne. Il se traîne jusqu'à la jeune fille étendue sur le sol. Alors qu’elle reprend ses esprits, Zack tombe à genoux et pose difficilement son poignard sur sa nuque. « Qu’es-tu … un monstre, ou un démon ? » dit le garçon à bout de souffle. Astra se retourne lentement, révélant un regard suppliant. La lame est posée sur sa carotide. Zack attend sa réponse pour décider de son sort. Astra déglutit faiblement.  « Ni l’un ni l’autre, je suis née comme ça. » répond-t-elle en fermant les yeux, offrant sa gorge au tranchant. Zack la considère un moment, puis ouvre ses doigts gourds. La lame retombe comme une coquille sans vie sur le côté.

« La naissance, hein… tu m’en diras tant. » murmure-t-il, avant de s’écrouler de tout son poids sur Astra.
« Modifié: octobre 30, 2015, 21:01:32 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #9 le: octobre 30, 2015, 19:33:09 pm »
La lumière du jour filtre à travers ses paupières closes. Dans son demi-éveil, il entend les battements d’ailes d’un ou plusieurs volatiles au-dessus de lui. Puis son odorat se manifeste. Une odeur putride de charogne le saisit à la gorge. Enfin, la douleur se rappelle à son bon souvenir. Ses côtes lui font mal et son visage n’est que douleur. Son nez doit être cassé, il n’arrive pas à respirer correctement. Il sembla à Zack qu’il n’était qu’une plaie ouverte. La facture de son dernier combat est élevée. Il va lui falloir des mois pour guérir. S’il guérit jamais. Il ouvre lentement les yeux, mais les referme aussitôt. Le soleil à son zénith, aveugle quiconque a l’audace de l’affronter, à cette heure où il règne sans partage. Il veut se couvrir les yeux de la main, lorsqu’une voix féminine chuchote.
« Ne bouge pas capitaine. Ils vont bientôt se poser. On a … tu as besoin de manger. » Et comme pour lui donner raison, plusieurs battements d’ailes entament leur descente funèbre. Les charognards se posent les uns après les autres, poussant des cris de satisfaction. Leurs proies n’ont pas bougé depuis le matin. Elles doivent être mortes, ou sur le point de l’être. Les vautours se félicitent. Ils vont finir le travail. Le grattement des serres sur la pierre, l’intensité des cris, Zack évalue leur nombre à une dizaine. « Maintenant capitaine ! » crie la voix d’Astra. Voulant se lever d’un coup sec, il contracta ses abdominaux. Son corps entier hurle de souffrance. Le moindre de ses muscles refuse l’ordre, des millions d’aiguilles s’enfoncent dans ses nerfs à vifs. Zack pousse un « ah » pathétique, sa voix elle-même lui refusant un cri viril.

Il sombre dans les ténèbres.

« Réveilles-toi capitaine. Il faut que tu manges. » Une voix résonne dans l’obscurité. Il sent des mains soulever lentement sa nuque. Une douleur aigue lui vrille les muscles du dos. Zack serra les dents. Il ne veut plus de cette douleur. Un liquide chaud passe la frontière de ses lèvres. Le goût et l’odeur du breuvage lui donnent des haut-le-cœur. « C’est … dégueulasse … » bredouille-t-il, la bouche pleine du jus poisseux. « C’est vrai, mais ça va te sauver la vie. Alors bois. » Dit Astra, plus douce. Zack s’exécute et laisse le fluide chaud descendre jusque dans son estomac. Repus, il ouvre les yeux pour la première fois. Le visage d’Astra surplombe le sien. Elle maintient le cadavre d’un vautour collé à ses lèvres, pour lui permettre de boire. La jeune fille semble sereine. Le masque de la défiance est tombé, et elle le traite comme s’il avait toujours été important pour elle.
 
« Où sommes-nous, Astra ? » murmure-t-il, engourdi.
« Au cœur du Sarkaris » Répond-t-elle.
« Ah ? » s’étonne Zack.
« Oui » répond-t-elle simplement.
« C’est bien » murmura le garçon avant de sombrer dans un l’inconscience.

Il ouvre les yeux. La nuit est toujours installée. Sa vision s’adapte instantanément aux ténèbres. Il est né avec ce don, comme tous ceux de son sang, le don de voir ce qui rôde dans l’obscurité. Non, il n’est plus en extérieur. Au-dessus de lui, un toit de roche le protège. Il sent sous sa peau la chaleur d’un lit de paille, et perçant en dessous, la dureté et la froideur de la pierre. A sa gauche, le mur est décoré de peinture tribale et de peaux tendues. A sa droite, des jarres en terre cuite sont renversées et explosées sur le sol. Il semble que la pièce a été quittée précipitamment par son propriétaire, mais à l’odeur de moisi, cela remonte à très longtemps. Une autre odeur. De la fumée. Une odeur de viande qui cuit à la braise. Zack bouge lentement ses doigts. Les piques de douleur le paralyse instantanément. Il se raidit et ne bougea plus.

Il n’est toujours pas guéri.

Il va mieux, il le sent, mais ce n’est pas suffisant. Soudain quelqu’un fait son apparition dans son champ de vision. Il ne l’a pas entendu arriver. « Tu es réveillé. C’est bien » dit Astra. Elle aussi voit dans le noir, note mentalement Zack. « J’ai fait griller de la viande » continue la jeune cadette, puis elle s’approche de Zack, et soulève doucement sa tête pour la caller sur ses genoux. Il serre les dents. Astra pose un morceau de viande grillé posée sur les lèvres de son capitaine. L’odeur du gibier a réveillé  l’appétit de Zack. Il est affamé. Il veut mordre dans la viande, mais sa mâchoire refuse de lui obéir. Blessé dans son orgueil, il détourne la tête, feignant le dégoût. Astra observe son manège et sourit. Elle bouge à nouveau et dépose cette fois la tête de Zack sur un coussin de paille. « Zack, tu es un imbécile » dit-elle dans un ton très doux. Il ne répond pas. Il n’a pas la force de mâcher, il n’apas non plus la force de l’envoyer se faire voir. Elle mord dans le morceau de viande et le mastique lentement. Il la regarde avec colère. Elle pose une main sur sa joue, et lui caresse doucement le visage. Le regard de Zack change et l’incompréhension se lit désormais dans son regard. Astra se baisse lentement vers lui, et colle ses lèvres aux siennes. Il sent la viande mastiquée passer de la bouche de la jeune fille à la sienne.
Il reste un moment sans bouger, regardant Astra mastiquer à nouveau, puis il déglutit lentement. Pour la première fois de sa vie de cadet, il était dépendant de quelqu’un.

Il se réveille à nouveau. Il va beaucoup mieux. Il sent un corps chaud contre le sien. Astra s’est lovée nue, dans le creux de son épaule. Une peau d’ours les recouvre. Il ne porte plus sa chemise déchirée, ni son pantalon.
« Pour maximiser le contact de la peau, et mieux partager leur chaleur » est la première règle, en cas de danger de gel. N’empêche qu’il se sent ridicule, tout nu et en paire de bottes. Zack sent les seins fermes d’Astra contre son torse. Sa peau est douce et chaude. Ses longs cheveux blonds ressemblent aux champs de blé. Elle glisse sa jambe entre les siennes. Zack se raidit et n’ose plus bouger. Astra remue encore, semblant chercher une meilleure position pour dormir. Un petit mouvement de rein de la jeune fille, et les doigts de Zack se posent sur ses fesses. Surpris, il les relève mais regrette aussitôt son geste. Lentement, il repositionne sa main sur le galbe arrondit. Le corps de la jeune fille réagit à la caresse. « Coquin. » murmure-t-elle. « Je … » Zack essaye de se défendre mais Astra pose un doigt sur ses lèvres. « shhh. Tu as envie de moi… » Elle rapproche ses lèvres, « Et je suis très … obéissante … capitaine ». Chuchote-t-elle le souffle court, avant de mêler sa langue à la sienne.

« Modifié: octobre 30, 2015, 21:02:11 pm par Sstrad »

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Re : Zacknamaël KANTARIA
« Réponse #10 le: octobre 30, 2015, 19:42:31 pm »
Trois semaines plus tard
« Pourquoi as-tu menti, Zack ! » hurla Astra, en entrant comme une furie dans la chambre du cadet. Zack était en train de poser ses  vêtements en piles carrées sur son lit, un sac de toile grand ouvert à côté d’une malle déjà fermée. Il tourna son visage vers elle, la jaugeant un moment, évaluant le danger de la fille-louve, puis il se concentra à nouveau sur son rangement. Il devait rendre ses éperons et ses galons, mais pouvait garder sa vareuse et son caban. Astra frappa violemment les piles de linges, les éparpillant dans la chambre spartiate et se planta devant Zack, le regard brulant de colère.

« Pourquoi ne leur as-tu pas dit la vérité ! » gronda-t-elle au bord de l’explosion.
« Je veux que tu te calmes, Astra. » La phrase prononcée presque sur le ton de la confidence par Zack eu l’effet d’une douche froide sur la jeune fille exaspérée. Elle baissa la tête et la rentra dans les épaules, comme une enfant grondée par son père. Elle leva le regard vers Zack qui ramassait ses affaires disséminées sur le sol. Elle ne le comprenait pas. Il avait saccagé toutes ses chances de devenir paladin.

Mentir à la Grande Prêtresse de Iomédae, à la Reine de Mendev, au Roi de Dernier Rempart même… jamais la déesse paladine n’accepterait un parjure dans ses rangs. Elle avait attaqué Graham, et l’avait presque tué, mais il avait pris le blâme. Zack avait juré aux plus Hauts Dignitaires du pays que le monstre qui avait attaqué, n’avait fait que le blessé légèrement, et que s’il n’avait pas voulu jouer les héros, il n’aurait pas été porté disparu. Il avait rajouté que sans l’intervention d’Astra et ses talents de pisteuse, il aurait été perdu pour de bon.

« Pourquoi ? » Murmura-t-elle cette fois, des larmes dans la voix.

Zack repliait pour la deuxième fois sa vareuse. « Sais-tu ce qu’est le massacre du matin sanglant ? » demanda l’ex-cadet. Astra le dévorait des yeux et secoua la tête de manière négative. « En 4607, Minagho, une puissante démone Lilitu, prit par magie l’aspect d’un réfugié pour entrer dans Kénabres. Une fois à l’intérieur de la ville, elle dévoila sa véritable nature et massacra soixante-deux habitants avant de disparaître dans un nuage d’épaisse fumée noire.»
Zack s’arrêta de replier ses vêtements et se tourna vers Astra qui le regardait avec un mélange de crainte et de vénération.
« Suite à ce que l’on appela plus tard le massacre du Matin sanglant, les réfugiés n’étaient plus autorisés à entrer dans Kénabrès, à moins d’accepter de passer des tests prolongés et douloureux pour prouver leur nature de mortel. »
Zack pris les mains d’Astra et les serra doucement entre les siennes « Astra, depuis ce jour, quiconque éveille le moindre soupçon est exécuté sur-le-champ. » La jeune cadette déglutie péniblement, et se mordit les lèvres nerveusement. Elle ne savait quoi dire à celui qui venait de sacrifier son destin pour elle. Si seulement elle avait su se contrôler…  Si elle avait su réfréner ses instincts … Elle releva une main tremblante pour la poser sur l’épaule de Zack. Des larmes s’écoulaient lentement de ses yeux bleus azur. « Zack, je … » Il secoua la tête, lui interdisant, par ce geste, de continuer sa phrase. Astra se défie lentement de ses vêtements qu’elle laissa tomber au sol. Zack admira son corps souple et parfaitement proportionné. Ses seins étaient d’un blanc laiteux et joliment arrondis. Le galbe de ses fesses renforçait sa cambrure et donnait à un homme l’envie de la prendre sauvagement. Son visage de femme-enfant, enfin, à la beauté presque irréelle, contrastait avec la violence dont elle était capable. Astra était belle à se damner. Le corps de Zack réagit instantanément à la nudité offerte de la jeune fille.

Il avait envie d’elle. Ici, et maintenant.

« Je t’appartiens pour toujours Zacknamaël. » dit Astra qui s’approchait du garçon.
Zack bandait fort et ses mains tremblaient à l’idée de posséder Astra à nouveau. « Non » arriva-t-il à articuler.
Astra s’arrêta à mi-chemin, surprise par la réponse de son mâle. Zacknamaël la dévorait des yeux, et il l’a voulait,
alors pourquoi résistait-il, se demandait Astra. « Je vais te prendre Astra » reprit-il dans un souffle, « non pas parce que tu m’appartiens. Je refuse ce don que tu me donnes Astra. Ta liberté est tienne. » Continua-t-il plus sûr de lui.
« Je vais te prendre parce que j’ai envie de toi. » Il déboutonna sa chemise et dévoila un torse musclé à force d’entraînement acharné. Astra admira ses épaules carrées, ses pectoraux imberbes, ses biceps dessinés. Son visage était ciselé, presque trop parfait. Il était beau comme un diable, et déjà elle sentait une douce moiteur imprégner sa toison blonde. Il défit son pantalon, révélant sa virilité érigée. Astra la saisit entre ses mains. « Mais avant, je vais te révéler ce que ma naissance a fait de moi. » termina Zacknamaël, sur un ton plus ferme mais plus rauque. Il se déshabilla totalement.

Arwyll avait suivi Astra jusqu’à la chambre de Zacknamaël. En petit frère du roi, il ne pouvait s’empêcher de considérer comme son devoir, de protéger celle que son grand frère aimait. Il était resté caché à l’entrée, et lorsqu’Astra s’emporta comme à son accoutumé, il colla son oreille contre la porte. Et soudain, tout devint plus clair. Il comprit enfin le mystère d’Astra. Tous les non-dits, tous les secrets de son frère Madrake, autour d’elle. Tous les compromis acceptés et ses sautes d’humeurs tolérées. Arwyll serra les poings pour se contenir. Astra avait provoqué la chute de celui qui aurait pu être son meilleur ennemi. Il allait la faire payer pour ça. Elle n’aurait pas de deuxième chance. A la moindre erreur, il lui ferait mordre la poussière.

Arwyll attendait à l’extérieur de l’académie de Saint Clydwell. Il avait vu la calèche du Cœur du Défenseur, la célèbre auberge de Kénabrès, attendre patiemment à l’extérieur. Une jeune halfelin s’impatientait visiblement
sur le siège passager. Celui qui semblait être son père l'avait appelé plusieurs fois Ali, et lui avait demandé
autant de fois de rester tranquille. Ses tentatives semblaient aussi efficaces que de vouloir récolter des cerises en hiver.
C’était surtout la grosse marmotte, à l’arrière la calèche, qui intriguait le plus l’ex leader du Feu Spectral. Et puis Zack arriva enfin, portant un sac dans sa main gauche et une malle callée sur son épaule droite. Arwyll remarqua qu’il était totalement seul. Accusé d’avoir mutilé et presque tué Graham Lubbok, la Grande Prêtresse Amaëlle avait été catégorique, la déesse Iomédae ne tolèrerait pas qu’il se présente à la cérémonie de passage. Arwyll fixait Zack qui ne l’avait toujours pas vu. Le regard du banis s’accrochait à l’enseigne de l’académie comme un naufragé à un rocher. Arwyll eut pitié de lui. Il comprenait mieux que n’importe qui, les efforts et les sacrifices qu’avait dû consentir Zacknamaël, pour obtenir les résultats qu’il avait obtenus. Il avait espéré qu’ils auraient pu devenir, l’un l’autre, les meilleurs rivaux, se tirant mutuellement vers le haut.  Il s’approcha de Zack et lança « Alors, Kantaria, on n’a pas supporté la raclée ? On se débine ? »
Il regretta aussitôt ses paroles. Il voulait taquiner un peu Zack, mais ce n’était pas sorti comme il voulait. Zack le remarqua enfin, et avait un regard interrogateur. Il déposa son fardeau à l’arrière de la calèche quand la jeune halfelin lui sauta sur les épaules avec entrain. Zack ignora Arwyll, ce qui énerva profondément ce dernier.
« Ha ! La réputation des Kantaria est vraiment surfaite ! On va bientôt étudier les Obarskyr dans les manuels académiques ! » Renchéri Arwyll avec arrogance. Zack soupira et fouilla de sa main libre dans son sac, l’autre étant occupée à porter-contenir-supporter l’hafelin excitée, puis il s’approcha d’Arwyll. « Je pensais que l’on devait récupérer le drapeau ennemi pour gagner » commença Zack en tendant un paquet à Arwyll.
« J’ai oublié de rendre ceci à l’intendance. Peux-tu le faire pour moi ? »

Arwyll resta coi.

De sa vie, personne n’avait osé lui parler de la sorte. Il détestait définitivement Zacknamaël. Il le regarda s’éloigner lentement avec une halfelin qui passait d’une épaule à l’autre sans discontinuer, considéra un moment le paquet, puis l’ouvrit. Il tenait dans ses mains le drapeau du Feu Spectral. Il regarda Zack avec écœurement. Ce salopard avait pensé à prendre le drapeau malgré le danger de mort. Il n’y avait aucune limite à l’envie de gagner de Zacknamaël KANTARIA.
« Tu es un démon, Zacknamaël ! » hurla-t-il, presque en souriant.
 
Zack tourna la tête vers lui et répondit « Un démon ? » il réfléchit, puis répondit dans un sourire « Oui, je suis le démon de Kénabres. »
« Modifié: octobre 30, 2015, 21:02:20 pm par Sstrad »

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