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102093 Messages dans 7400 Sujets par 793 Membres - Dernier membre: Zelya juin 18, 2018, 01:50:17 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Dorothée  |  Jeunes Années (Modérateur: Dorothée)  |  Xéna d'IZMAR
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Auteur Sujet: Xéna d'IZMAR  (Lu 576 fois)

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Hors ligne Celena

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Xéna d'IZMAR
« le: octobre 29, 2015, 23:59:50 pm »
SOUS LE REGARD DE PULURA - PARTIE 1


5 morts et une dizaine de blessés.

Thorvald serra les poings mais ne releva pas.
Svein observait son vieil ami, attendant patiemment les prochaines instructions. Voilà plusieurs décennies maintenant qu’il était devenu son compagnon d’arme et si les années commençaient à se faire ressentir, il admirait toujours autant l’impressionnante stature de ce dernier.
Habillé de cuir et de côtes de mailles, une épaisse fourrure sombre jetée sur les épaules, Thorvald dominaient de près d’une tête la plupart des hommes. Une force de la nature sur laquelle le temps ne semblait pas avoir de prise. Seule sa chevelure autrefois d’un noir profond, était aujourd’hui clairsemée de mèches grisonnantes, trahissant le poids des années.
Svein finit par s’approcher de la table en bois grossier sur laquelle une carte du Sarkaris était déroulée. Dessus, des cailloux, parfois seuls, parfois en groupe, indiquaient les positions ennemies connues à ce jour. Elle en était couverte.
Thorvald, les poings serrés lourdement appuyés sur la carte, ne détachait pas son regard d’un groupe en particulier. Situé à une demi journée de leur propre position, il représentait le danger le plus immédiat. Sans compter le ciel bien entendu.

« Quel est le moral des hommes ? »
Sa voix grave et puissante glissa sur les parois rocheuses de la salle.
« Moyen. » admit Svein. « Ils sont épuisés. »
Thorvald se redressa et observa son ami.
« Fais venir la prêtresse. »
Un geste vers l’un des gardes et ce dernier s’exécuta aussitôt.
Thorvald se retourna de nouveau vers la carte et pointa du doigt le groupe à proximité.
« Selon les éclaireurs, ils sont une bonne douzaine. Il faut s’en débarrasser avant qu’ils ne trouvent l’unes des entrées. Dis aux hommes de se préparer, nous attaquerons à l’aube. En attendant, fais doubler les postes de gardes et ordonne à Brogan de positionner ses loups. »
Svein acquiesça d’un hochement de tête. Le plus dur allait être de trouver des hommes valides pour le lendemain. Mais il n’en dit rien.

Un bruit dans leur dos leur signala qu’ils n’étaient plus seuls.
Le garde était revenu, accompagné de la prêtresse de Pulura.
Thorvald l’observa un moment en silence. A leur connaissance, elle était la dernière encore en vie. Les liens avec Lumière Mourante ayant été coupés depuis longtemps, il leur était impossible de savoir ce qui était advenu de la ville sacrée. 
Les traits tirés, les habits maculés de sang, les mains rougies par le travail, il était évident qu’elle ne ménageait pas sa peine. Depuis combien de temps n’avait-elle plus fait une vraie nuit ? Très longtemps. Un peu comme lui finalement. Elle était au bout et puisait dans sa foi pour trouver la force de continuer. Pourtant, il s’apprêtait à lui en demander encore plus.
Elle l’observait de son regard bleu, immobile. Tenir debout commençait à relever de l’effort mais elle restait droite et faisait face au colosse. Elle ne fléchirait pas. Pas devant lui.

« Demain, nous mènerons une nouvelles attaque et ce dès l’aube. Combien d’hommes valides avons-nous ? »
« Une petite quinzaine tout au plus. Vos derniers combats ont été rudes.»
« Il m’en faut cinq de plus. Tu peux faire ça ? »
Elle sentit la sueur couler le long de son dos.
« Je ne sais pas si j’en serai capable.»
Thorvald émit un juron dans sa barbe.
« Bien. Fais au mieux dans ce cas. Et je veux que tu sois là demain avant notre départ. Tu leur feras une bénédiction. Merci. »
Elle fit un signe de tête et disparu aussitôt.

Svein soupira. Elle était d’une pâleur inquiétante et Thorvald ne la ménageait pas.
« Tu es dur avec elle. Elle fait de son mieux. »
« Et nous aussi. Nous essayons de survivre. Je n’ai pas le temps pour les lamentations. »
« Mais enfin ce n’est qu’une enfant ! C’est déjà incroyable qu’elle puisse faire cela à son âge. C’est ta fille par tous les dieux ! »
Thorvald se raidit, comme soudainement ramené à la réalité.
Il fixa le visage empourpré de Svein dont la colère était sur le point d’exploser.
« Tu as raison mon ami. Pardonnes-moi. J’irai la voir. »

Karl remonta lentement à travers les boyaux souterrains. Leurs investigations n’avaient abouties à rien. Encore une caverne sans issue. S’installer là, c’était se condamner à une mort certaine. Les deux hommes derrière lui sentaient la sueur et la poussière. Une sorte d’odeur presqu’animale se dégageait d’eux. Il devait probablement sentir pareil. A cette pensée, il grimaça. Il aurait donné cher pour de l’eau claire et un vrai bain.
Devant eux, le brouhaha des voix leur indiquait qu’ils arrivaient enfin auprès des leurs.
Il salua ses compagnons de route, bifurqua et prit la direction de la salle de commandement afin d’y faire son rapport.
C’est alors qu’il la vit. Agenouillée à même le sol, la jeune prêtresse prodiguait les derniers soins à un blessé. Il fut frappé par sa pâleur et nota le léger tremblement qui animait ses doigts. Après une hésitation, il dévia de sa route et la rejoignit en quelques enjambées.

« Tu as besoin d’aide ? »
Elle sursauta, lâchant les bandages qu’elle finissait de rouler.
« Karl ! Tu es revenu ! »
Avant qu’il n’eut le temps de répondre, elle se jeta dans ses bras et le serra contre elle. Il lui rendit son étreinte, enfouissant son visage dans la chevelure dorée de sa jeune sœur. Il l’adorait. Elle était son unique rayon de soleil dans cette vie désertée de tout.
Elle se dégagea en grimaçant.
« Tu sens mauvais. »
« … Dis donc petite insolente. » lui répondit-il dans un rire. « Mais je crois que tu as raison. Ce n’est pas terrible. Je vais tacher d’y remé…  Xéna non ! »
Trop tard. Huit litres d’eau venaient de se déverser sur le jeune homme.
« Je dois te dire merci, c’est ça ? »
« Bah comme ça même tes habits sont propres. »
Il leva les yeux au ciel, se retenant de rire.
« A ce soir petite sœur. »
Elle le regarda s’éloigner, le cœur léger. Elle détestait lorsqu’il partait en mission. Mais maintenant qu’il était de retour, tout irait mieux. Et elle se remit au travail le sourire aux lèvres.

Karl longeait les goulots de pierre menant à la grande salle. L’air chaud ne tarda pas à le sécher et il se prit à regretter la fraicheur de ce bain improvisé. Depuis la disparition de leur mère deux ans plus tôt, il veillait sur sa sœur, la protégeant de tout et de tous. La grande prêtresse de Pulura n’était plus et laissait derrière elle deux enfants dans la tourmente d’une guerre sans fin. Xéna mit longtemps à dépasser sa peine et seule sa foi ainsi que l’éveil de ses pouvoirs lui permirent d’avancer. Elle débuta sa vie de jeune prêtresse, sur les traces de leur défunte mère tandis que lui se perfectionnait au combat et au commandement.
Il revit les traits tirés de sa sœur et l’inquiétude dans son regard. Une seule personne pouvait être à l’origine de ça. Il maugréa tout en serrant le poing. Ce fut dans cet état d’esprit qu’il fit irruption dans la salle de commandement.


La fin de journée passa rapidement. Xéna rangea ses affaires et rendit une dernière fois visite aux blessés. Elle était parvenue à en remettre trois sur pied et non cinq comme son père le lui avait demandé. Elle ne pouvait faire mieux en dépit de ses prières et de ses efforts.
Demain, pour la première fois, elle allait lancer un sort de bénédiction et cette pensée la remplissait d’angoisse.
Elle rejoignit la petite pièce qui leur servait de chambre à son frère et elle. Tout y était spartiate : deux paillasses posées sur deux planches en bois grossier, recouvertes de peaux. Dans un coin, une vasque d’eau et un récipient de terre ébréché contenant des restes de cire fondue. Dès qu’elle avait été en mesure de faire de la lumière, elle avait donné ses bougies à ceux qui en avaient besoin.
Elle tira de dessous son lit une boite en bois dans laquelle elle rangea soigneusement les bandages propres et les quelques onguents dont elle disposait.
Un raclement de gorge la fit se retourner.
L’entrée de la chambre était obstruée par l’imposante silhouette de son père. Elle se redressa aussitôt.

« Je n’ai pu en soigner que trois, père. »
L’homme ne saisit pas tout de suite puis, lui souriant, prit place sur la paillasse d’en face.
« C’est déjà très bien. Trois c’est mieux que zéro et c’est grâce à toi. »
Elle le regarda étonnée. Les compliments n’étaient pas le fort de son père et pourtant, cela y ressemblait beaucoup.
Elle ne put s’empêcher de noter la disproportion entre le lit et l’homme. Son frère devrait encore bien s’épaissir s’il voulait un jour lui ressembler.
« Xéna…. »  il se gratta la gorge, cherchant ses mots.
« Excuses-moi. Je me montre trop dur avec toi. »
L’enfant mit un certain temps avant d’enregistrer ces paroles si inattendues. Elle aimait son père et savait qu’au-delà de ses responsabilités, la disparition de leur mère l’avait profondément changé. Elle en avait pris son parti. Un jour Svein lui avait dit que c’était parce qu’elle était devenue prêtresse et que du coup cela rappelait des choses douloureuses. Il avait sans doute raison.

« Xéna mon enfant, approches. »
Elle s’avança vers lui, intriguée.
Thorvald posa doucement sa puissante main sur ce visage si jeune et caressa sa joue. Elle avait encore grandi et il ne le voyait même pas.
« Xéna, je t’aime du plus profond de mon cœur. Je te demande de ne jamais en douter. Tu dois garder la foi et nous guider. Un jour tout cela prendra fin. Nous recevrons l’aide des guerriers saints et nous serons de nouveau libres. En attendant, je sais que je ne suis pas aussi présent que je le devrai mais je t’aime. Tu es ma fierté et celle de… de ta mère même si elle n’est plus avec nous. »
Il avait dit ces derniers mots avec difficulté. Deux ans plus tard la douleur était toujours aussi vive.
Xéna lui sourit, porta ses deux mains autour de celle de son père, lova son visage dedans avant de déposer un baiser au creux de la paume.
Thorvald l’attira à lui et la prit dans ses bras avec douceur. Père et fille restèrent ainsi un long moment dans le silence de leurs souvenirs.

« Pourquoi tu lui mens? »
Xéna s’écarta et regarda en direction de l’entrée. Planté, les bras croisés, Karl dévisageait leur père le regard noir d’une colère sourde.
« Je ne lui mens pas Karl. »
« Mensonges ! Arrête de lui faire croire que ces salauds en armure dorée viendront un jour. Ils en ont rien à foutre. »
Il avait dit ces mots presqu’en criant. Thorvald se leva d’un bond, le poing serré.
« Karl je t’ordonne de te calmer. Tu es trop jeune pour avancer de telles paroles et de telles injures. Tu me fais honte fils. Le Mendev et le Sarkaris sont liés depuis la nuit des temps. Nous ne sommes pas seuls. Il faut être patient et résister. Tu te trompes d’ennemi, fils. »
« Tu parles ! Ils en ont rien à foutre qu’on crève. Nous ne sommes que des sauvages pour eux. Depuis qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient de nous, ils nous ont oublié ! »
« Karl, ça suffit à présent ! »
« Quoi ? Qu’est ce que je dis de faux ? Où ils sont tes guerriers saints hein ? Où ? tu sais toi petite sœur ? Père te l’a dit ? Non ? Je vais te dire où ils sont. Ils sont planqués là-bas, de l’autre côté de la frontière, bien à l’abri derrière leurs pierres de garde. Une grande ligne de force magique qui les protège et empêche les démons de les attaquer. Du coup tu sais quoi petite sœur ? Ben les démons sont coincés ici, au Sarkaris, comme dans un enclos géant. Mais ils ont été sympas, ils leur ont laissé de la bouffe et la bouffe c’est nous petite sœur. Tu comprends, on est des barbares, des sauvages alors c’est pas grave. C’est l… »

Il n’eut pas le temps de finir que le poing de son père lui décrocha violemment la mâchoire.
Karl vola en arrière sous l’impact et les cris de sa sœur.
Sonné mais pas KO, le jeune homme essuya le sang coulant de sa lèvre ouverte, toisa une dernière fois son père avant de disparaître dans les labyrinthes.
Thorvald fit un pas en arrière et se laissa choir sur la paillasse, le regard vide. C’était la première fois qu’il portait la main sur son fils, et devant sa fille qui plus est.
Il posa les yeux sur l’enfant.
Des larmes silencieuses roulaient sur ses joues.

« C’est vrai ce que dit Karl ? C’est pour ça qu’ils nous laissent mourir ? »
Celena

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Re : Xéna d'IZMAR
« Réponse #1 le: octobre 30, 2015, 00:06:56 am »
SOUS LE REGARD DE PULURA - PARTIE 2

Brogan traversa furtivement les quelques mètres qui le séparaient de l’abri rocheux.
Il se glissa prestement dans une fente et retint son souffle. Moins d’une minute s’écoula avant que des bruits de pas ne résonnent dans l’air glacé du soir.
Quatre patrouilleurs apparurent dans son champ de vision. Visiblement, ils le cherchaient mais le sol rocheux ne marquait pas les empreintes. Ils faisaient chou blanc. Leur chef se mit à houspiller dans le dialecte abyssal les trois autres qui répondirent par force grognement.
Ils se séparèrent et commencèrent à fouiller l’obscurité de leurs regards perçants.
L’un d’eux, mut par une sorte d’instinct, s’avança dans la direction du barbare. Brogan se colla à la paroi et adressa une prière à Pulura. Il pouvait sentir l’odeur putride de la chose qui se tenait à moins d’un mètre de lui, là, juste de l’autre côté du rocher.
L’ariès racla le sol dans un mouvement d’agacement. Quelque chose se planquait là, juste derrière et il allait l’en déloger. Brogan senti son cœur s’accélérer. Dans sa fuite, il avait perdu son arme et son loup était resté en poste au quartier général. Autant dire qu’à mains nues, il n’avait aucune chance. Lorsque soudain, un squelette recouvert de chair sanguinolente apparu à côté de lui et le regarda. Pris de court, Brogan fit un pas en arrière.
Cette fois l’ariès en était sur, quelque chose se planquait derrière ce rocher.
Il avança lorsque le squelette lui sauta dessus. Il fit un bond en arrière tandis que le zombie s’effondrait au sol. Furieux de s’être laissé surprendre de la sorte, l’ariès piétina les os qui craquèrent dans un bruit sinistre puis fit demi tour.

Quelques instants plus tard, le silence était retombé. Les patrouilleurs avaient passé leur chemin. Brogan attendit encore un peu, puis, lentement, s’extirpa de sa cachette et escalada prestement la paroi rocheuse lorsqu’une main tendue surgit devant lui. Il la saisit et se hissa sur une petite plateforme en retrait.
« Alors comme ça on a peur des squelettes ? »
Karl n’eut que le temps d’esquiver la fausse droite lancée par le barbare. Xéna pouffa de rire.
Brogan lui adressa un sourire.
« Merci petite."
« Hey ! je suis plus petite ! je vais avoir treize ans ! »
Brogan s’approcha d’elle.
« Pour moi tu seras toujours petite, petite. »
Et il reprit son escalade vers le sommet.
« Je lui sauverai plus la vie puisque c’est comme ça. »
Karl rit, attrapa sa sœur par la nuque et déposa un baiser sur son front.
« Arrêtes de râler et viens. »

Thorvald les attendait, encadré de Svein et de Yurik.
« Alors ? Quelles nouvelles ? »
« Une petite armée d’avant poste avec des patrouilleurs éclaireurs deux kilomètres en amont. Au total, une bonne trentaine. Un mélange d’ariès et de tieffelins. »
Thorvald se gratta nonchalamment la barbe, le regard perdu en direction de la carte.
« Curieux… Que viennent-ils faire par ici… »
Il s’approcha de la table et laissa courir son regard de points en points. Il avait beau chercher, il ne trouvait pas le lien. Qu’est-ce qu’une petite armée d’avant poste pouvait venir faire dans le secteur…
« Je n’aime pas ça, dit-il à mi-voix. Et quelle direction prennent-ils ? »
« Nord est. On dirait qu’ils remontent. »
« Nord Est ? vers Drezen ? Ca a bougé par là-bas ? »
« Pas que l’on sache. » répondit Brogan avec un haussement d’épaules. « Par contre, reprit-il, mes hommes affirment avoir vu une autre patrouille plus au sud. »

Thorvald haussa un sourcil. Deux patrouilles ? Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Son instinct lui enjoignit de bouger.
« Faites regrouper tous les hommes en état de se battre. Nous allons nous diviser et opérer des sorties. Dans un premier temps, repérer ces patrouilles. Si danger, alors, les éliminer. Je n’aime pas les savoir autour de nous. Yurik, Brogan, Karl, formez trois clans, armez-vous. Xéna, tu accompagnes ton frère. »
« Je n’ai pas besoin qu’elle vienne. Qu’elle reste à l’abri ici. »
« Je serai plus utile à tes côtés qu’ici. »
« Elle a raison Karl. »
Le jeune homme s’apprêta à répliquer âprement puis, se ravisant, quitta la pièce. Dès qu’il s’agissait de sa sœur, lui et son père étaient en désaccord. Aujourd’hui, il n’était pas d’humeur à se disputer. Dans quelques semaines, il passerait le rituel et deviendrait enfin un homme. Alors, il prendra la tête de ses propres troupes.

Xéna s’assit sur le bord de sa paillasse. Elle n’aimait pas les accrochages entre son frère et son père. Plus les années passaient et plus ils étaient fréquents, surtout lorsqu’elle en était le sujet. Mais rien n’avait atteint les sommets de cette altercation sur le sujet des guerriers saints. Elle avait eu lieu ici même, dans cette pièce, trois ans auparavant.
Suite à cela, Xéna avait demandé à Brogan son opinion. Ce dernier lui avait alors confirmé les propos tenus par son frère.
Elle se saisit d’une pierre sur laquelle elle posa un sort de lumière. Une aura blanche illumina la pièce, puis vacilla, faiblit, avant de reprendre. Xéna referma sa main sur l’objet. Depuis ce jour, sa foi avait été ébranlée et cela impactait directement ses sorts. Elle rouvrit la main. La lumière brillait d’un halo pâle, trop pâle pour un tel sort.
Agacée, elle la fit rouler sous son lit. Ses pouvoirs n’étaient plus aussi fiables. Elle avait beau chasser ces pensées et s’infliger de longues heures de méditation, ces propos jaillissaient de sa mémoire et l’affaiblissaient au pire moment.
Elle se gardait bien d’en parler. Cela ferait exploser la colère de son père et aggraver les tensions entre les deux hommes.
Cette situation existerait-elle si sa mère avait été là ? Non. Surement pas. Elle aurait su jouer son rôle. Elle aurait su les contenir. Jamais la grande prêtresse n’aurait cédé aux voix intérieures si perfides. Cela devait être la cause de ses difficultés actuelles à progresser dans ses sorts.
Elle soupira, s’agenouilla et se mit à prier.
Elle ne vit pas la silhouette tapie dans l’ombre du couloir.
Brogan s’éloigna doucement à pas feutrés. Il avait la preuve de ce qu’il soupçonnait depuis un moment : leur prêtresse perdait peu à peu sa puissance, rongée par le doute.

Karl observa les troupes en contre bas. Des ariès et des tieffleins. Exactement la même composition que ceux croisés la veille à quelques lieux de là. Pour une fois, il ne pouvait s’empêcher d’être en accord avec son père. Quelque chose clochait. A les regarder, on aurait pu penser qu’ils allaient faire un pic-nique en plein air. On ne ressentait ni l’agressivité combative, ni l’excitation d’une chasse à l’homme. Pourtant, tout était là : armes, armures, patrouilleurs, archers, chef.
Il regarda à trois heures. Brogan était lui aussi en position. Il n’avait pas besoin de lui parler pour comprendre que l’homme s’interrogeait aussi.
Yurik, quant à lui, s’était rendu au sud, surveillant cette seconde escouade dénichée par les loups la veille.
L’air était lourd, suffocant. Karl sentit une goutte de sueur perler à sa tempe droite, puis glisser le long de sa joue. Pour une raison inexplicable, il avait un nœud au ventre, une angoisse. Rien de ceci ne lui plaisait et il ne parvenait pas à identifier la source de son malaise.

Accroupie à ses côtés, sa jeune sœur observait leurs ennemis avec ce regard si simple de ceux qui ne savent pas se battre.
« C’est marrant. On dirait un troupeau de moutons qui ne sent pas le loup. »
Ces mots lui firent l’effet d’une gifle. Soudain il comprenait.
« Putain c’est pas vrai ! »
Il recula et d’un geste ordonna aussitôt le repli.

Xéna peinait à suivre le mouvement rapide des hommes.
« Qu’est-ce…. Qu’est-ce qui te prend ? » parvint-elle à articuler en tentant de reprendre son souffle.
Mais elle ne reçut aucune réponse. Sur le visage fermé de son frère, elle pouvait voir la contraction des muscles de sa mâchoire. Il bouillait d’une rage tueuse.
Ils revinrent rapidement vers l’entrée de leur campement.
Karl arrêta tout le monde. Un silence de mort planait au-dessus d’eux.
Brogan, parvenu à leurs côtés, chercha aussitôt ses loups. Sans succès. Il émit un léger sifflement. Rien. Juste le vent.
Lentement, les armes au poing, les hommes encerclèrent la gueule noire de l’entrée.
« Xéna, de la lumière. »
La jeune fille s’exécuta sans un mot et avança. Elle sentit de l’eau sous ses pieds mais n’en dit rien.
La lumière blanche de Pulura se fit. Elle regarda ses chausses. Ce n’était pas de l’eau, mais une mare de sang dans laquelle elle venait de marcher.
Lentement, elle releva la tête et découvrit une scène de cauchemar.
Au sol, les corps éventrés d’Aldarik, de Dankrad, de Sighild et de tant d’autres encore, les regards figés à jamais devant l’horreur. Les murs, couverts de grandes giclées de sang. Sur la gauche, un loup. Non, un morceau de loup. Juste l’avant. Un peu plu loin, un bébé, empalé sur une pique, sa mère Oda, clouée au mur jambes écartées.

Xéna sentit la nausée lui monter lorsqu’une masse lui coupa la vue et la saisit, l’obligeant à reculer dehors.
« Tu n’as pas besoin de voir ça, petite. »

A l’écart de l’entrée, Brogan la gardait serrée contre lui, passant doucement sa main dans les cheveux. Il lui sembla rester ainsi une éternité lorsqu’il arrêta son geste et observa sa main. Il aurait juré que la chevelure de la jeune fille était plus lumineuse autrefois. Elle paraissait si terne aujourd’hui. Il reposa doucement sa main. Probablement un jeu de sa mémoire. Après tout, il ne l’avait jamais vue d’aussi près.
Karl finit par apparaître sur sa droite, le visage livide, la voix blanche.
« Il n’y a aucun survivant… et nous ne trouvons pas le corps de père. »
Ces paroles sortirent Xéna de son état second. Elle se dégagea brusquement de l’étreinte de Brogan et fixa son frère.
« Tu te trompes ! Tu as mal cherché ! Il est forcément dedans ! » hurla-t-elle en tambourinant la poitrine de Karl qui finit par lui saisir les poignets.
« Père est puissant. » sanglota-t-elle.

Un grognement de loup poussa les hommes à lever les yeux.
Sur la paroi d’en face, au sommet, deux hommes en armures d’or venaient d’apparaître.
« Des guerriers saints. » murmura Brogan.
Xéna s’essuya les yeux. Ainsi c’était eux les guerriers saints dont son père parlait ? Ils ressemblaient à des apparitions divines auréolées d’or, leur cape d’un blanc immaculé flottant au vent.
Karl lui lâcha les poignets et s’avança devant elle dans un rempart protecteur.
« Des paladins de Iomedae. » l’entendit-elle murmurer.

« Peuple du Sarkaris ! Agenouillez vous et reconnaissez votre soumission ! »
« Allez vous faire foutre fils de chiens ! » cracha Karl, les veines saillantes, les muscles vibrants de colère.
L’insulte de sembla pas émouvoir les deux hommes qui s’écartèrent pour céder le passage à Thorvald qu’ils mirent à genoux.
Xéna retint un cri. Son père était couvert de sang, sa cote de maille éventrée, le visage traversé par une large balafre lui ôtant son œil gauche.
« Ne croyez pas ce que vos yeux voient. » furent ses dernières paroles.
Une lame dorée surgie de nulle part trancha net la tête qui roula au sol, tandis que le corps, dans un dernier sursaut de vie, sembla s’étirer vers le ciel avant de tomber, plusieurs mètres en contre bas.
« Pèèèèrrrrreeee !!!!!! » hurla-t-elle tandis que son frère, fou de rage donnait la charge.



« Majesté ! Majesté ! »
Le garde fit irruption dans la salle de réunion du trône. Les joues rougies par l’effort, le souffle court, il s’appuya sur l’embrasure de la porte. Il avait littéralement dévalé les escaliers, traversé des mètres et des mètres de couloirs avant de trouver sa souveraine.
Galfrey l’observa, un sourcil relevé. Une telle inconvenance était peu courante. Amaelle Kantaria, égale à elle-même, n’attendit pas pour le faire comprendre.
« Eh bien que nous vaut une entrée si déplacée soldat ? » lui demanda-t-elle sèchement.
« Je… toutes mes excuses mais… mais on vous demande à la grande tour. C’est urgent. » parvint à articuler le malheureux, transpercé par le regard courroucé de la grande prêtresse de Iomédae.
Galfrey se leva, visiblement intriguée et prit la direction de la tour, Amaelle derrière elle.
Les deux femmes ne mirent que quelques minutes à atteindre le sommet, utilisant des passages invisibles connus d’elles seules et qui leur évitaient toute la peine que c’était donnée le soldat.
Parvenues au sommet, elles furent accueillies par Nurah et le mage de la reine.
« Quelqu’un tente d’entrer en contact, ma reine. »
« Et qui donc ? »

A peine avait-elle achevé sa phrase qu’un rayon de lumière les obligea à reculer. Galfrey porta aussitôt la main à l’épée, dans un geste défensif mais inutile.
Devant eux, sous leurs yeux ébahis, une sorte de miroir était apparu, d’une surface lisse et noire. Le liquide se mit à danser, tourner. Amaelle débuta des psaumes d’incantation non sans avoir demandé à la reine de sortir.
Le visage d’Areelu Vorlesh apparu.
« Reine Galfrey et sa vieille peau de prêtresse. Cela faisait longtemps. »
Remises de leur surprise, les deux femmes s’apprêtèrent à répondre lorsque Vorlesh reprit la parole, les mains levées en signe d’apaisement.
« Allons allons. Je sais que nous ne nous apprécions guère mais un peu de manière voulez-vous. Aujourd’hui est un jour important pour nous et je voulais le partager avec vous. Voici mon présent ! »
Et dans un rire dément, elle projeta à travers le miroir un paquet blanc sur le bureau, avant de disparaître.
Un silence de mort plana dans la pièce. Tous avaient les yeux rivés sur le « cadeau ».
« Reculez Majesté. » demanda Amaelle.
« Non. »
Joignant le geste à la parole, elle dégaina son épée et s’approcha du bureau.
De la pointe, elle souleva lentement le tissu.
« Un tabard de Iomédae ? » murmura Amaelle.
Galfrey finit d’écarter les tissus, dévoilant le présent.
La grande prêtresse étouffa un cri.
« Thorvald » murmura-t-elle, les yeux rivés sur la tête tranchée de l’homme, tandis que Nurah s’approchait pour mieux voir.
Amaelle recula et se laissa choir sur une chaise, sans parvenir à détacher les yeux du bureau.
« Qui est-ce ? » demanda Nurah de sa voix fluette, visiblement peu incommodée de la vue.

« Le Roi est mort. » répondit Galfrey d’une voix blanche.

« Parce qu’il y avait un roi ? » s’étonna Nurah en posant la pointe de son index sur le front de l’homme.

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Celena

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Re : Xéna d'IZMAR
« Réponse #2 le: octobre 30, 2015, 20:07:22 pm »
SOUS LE REGARD DE PULURA - PARTIE 3 (lire Zacknamael avant)


Nous quittons.

« Et pour où ? »
Xéna serra le poing, le regard planté dans les yeux de son interlocuteur.
A peine deux lunes que son père était décédé que le premier clan envisageait de déserter.
« Pour OU ? » s’entendit-elle répéter.

« Pour Kénabres. »
A ces mots, la jeune fille sentit son sang ne faire qu’un tour.
Yurik la dévisageait, visiblement peu inquiéte. Le chef du Clan de la Pleine Lune avait tranché. Suite au massacre de la caverne aux loups, leur nombre avait été divisé de moitié. A cela s’ajoutaient les pertes récentes.
Aujourd’hui, ils n’étaient plus qu’une poignée d’hommes perdus au cœur du Sarkaris. C’était, à terme, la mort assurée pour tous. En tant que chef de clan, il était donc de son devoir de protéger les siens, quand bien même cela signifiait quitter leurs terres sacrées.
La survie avant tout.

« Nous quittons pour trouver refuge à Kénabres. Viens avec nous. »
« QUOI ?! »  hurla-t-elle presque.
Les deux hommes accompagnant Yurik portèrent instinctivement la main à l’épée mais leur chef leur adressa un signe d’apaisement, avant de reprend à l’attention de Xéna.
« Avant d’être une barbare, tu es une prêtresse, peut être la dernière de notre déesse. Sans cette guerre, tu vivrais au temple sacré de Lumière Mourante et non ici, aux côtés de ton frère. Le Clan de la Pleine Lune veille depuis toujours sur la ville sacrée. Tu sais ce qui arrivera si nos ennemis t’attrapent : une femme et une prêtresse de surcroit. Laisses-nous accomplir notre devoir en te mettant à l’abri. »
« Vous m’utilisez pour couvrir votre couardise ? Allez donc vous mettre à l’abri de Kénabres. Allez-y, la queue entre les jambes. Mais ne me faites pas croire que vous le faites POUR MOI ! DEHORS ! SORTEZ ! FOUTEZ LE CAMP ! Partez avant que je ne vous fasse chasser pour désertion ! »
Yurik serra les dents mais ne releva pas. Son clan, réduit au nombre de cinq incluant lui-même, n’était pas en mesure de tenir tête.
Ce fut le cœur amer qu’il ordonna le départ.
Il se retourna une dernière fois et soutint les regards de ceux qui désormais lui tournaient le dos. Le regard bleu de leur jeune prêtresse le transperça. Pour la première fois depuis des décennies, son clan avait failli. Il abandonnait derrière lui celle pour qui il aurait du donner sa vie.
Il déglutit péniblement et reprit sa route, les épaules courbées sous le poids de l’échec.

Xéna les observa sans un mot. Ils partaient pour sauver leurs peaux. Qu’ils partent donc… et qu’ils meurent en chemin.
Karl s’approcha doucement de sa sœur et posa sa main sur son épaule. S’il comprenait ses mots, l’entendre les exprimer de la sorte l’avait surpris. La prêtresse de Pulura ne les avait pas habitué à la colère, apanage des guerriers. Sans un regard, elle se dégagea d’un coup sec et rentra sous le regard silencieux des hommes.
Elle regagna sa nouvelle chambre. Aucune peinture sacrée, aucun coin dédié à la prière. Elle avait cessé de prier ce jour là. Pourquoi ? Pour qui ? Pour une déesse qui laisse son peuple mourir ? Qui lui octroi le minimum de pouvoir pour guérir les guerriers afin de les renvoyer de nouveau à cette boucherie ? Où était donc la clémence des dieux ? Qu’avaient-ils fait pour endurer cela ?
Elle leva sa main tremblante d’une rage contenue. Elle l’avait si souvent vue chez les hommes, chez son frère. Mais jamais encore son corps n’avait frémi de cette force nouvelle.
Tu es une prêtresse avant d’être une barbare.
Les dernières paroles de Yurik résonnèrent à son esprit. Elle serra le poing comme voulant contenir cette excitation nouvelle.

« Tu te trompes Yurik. Je suis avant tout une barbare. »


Deux ans déjà depuis le départ de Yurik et ses hommes. Etaient-ils parvenus à leur but ? Etaient-ils morts ? Peu importait. Et puis, pourquoi repensait-il à eux ? Des déserteurs. Voilà ce qu’ils étaient. Et s’il les croisait demain, il les tuerait sans hésiter. A présent, sa musculature et ses combats quotidiens lui avaient forgé un physique qui n’avait plus grand chose à envier à feu son père. Il pouvait tenir tête à nombre de ses hommes et s’en faisait respecter. Karl se renversa sur son siège. Tant de choses avaient changé.

Il vit sa sœur passer devant la pièce sans s’arrêter. Elle aussi avait bien changé. Du haut de ses quinze ans, elle était devenue une belle jeune femme avec toutes les formes que la nature pouvait offrir. Les regards des hommes n’échappaient pas à Karl et avaient le don de faire naitre sa colère. Sous les tissus et les fourrures, on devinait ou entrevoyait par moment un pan de peau dont la jeunesse faisait rêver.
Depuis le massacre, elle était la seule femme au milieu de la vingtaine de guerriers qui le suivaient encore. Depuis le massacre, elle devenait méconnaissable de jour en jour.
Et cela l’inquiétait profondément. L’enfant souriante et douce qui avait grandi à ses côtés s’effaçait toujours un peu plus.
Plus dure, plus froide. Ou bien est-ce lui qui changeait ? Il ne savait plus.
« Nous ne survivrons pas. Nous devons voir les choses autrement. »
Elle lui avait dit ces mots à mi-voix avec détachement, quelques jours auparavant, alors qu’il s’allongeait non loin d’elle pour dormir. Il l’avait regardée, étonné, mais elle n’avait pas développé ses propos.
Il avait alors scruté son visage, ce profil à la peau un peu plus mate qu’avant, aux cheveux châtains. Enfants, personne ne pouvait imaginer un frère et une sœur. Encore moins une fillette barbare. Mais à présent, elle lui ressemblait de plus en plus. Etait-ce l’âge qui voulait ça ? Il n’avait pas suffisamment d’expérience en la matière pour savoir. Ni lui, ni les autres hommes.


Xéna observa le ciel. Chose rare, il semblait dégagé en ce jour. Elle laissa son regard courir sur les terres désolées. Aujourd’hui, cela faisait exactement deux ans que leur père avait été… Elle sentie toute sa colère remonter.
Les images étaient vivaces.
Elle entrouvrit sa main. Au creux de sa paume, reposait un médaillon en forme de flocon de neige. Elle l’avait taillée elle-même, en dévotion à sa déesse. C’était un cadeau qu’elle avait fabriqué pour son père mais que le destin ne lui avait pas permis de lui offrir.
Sa déesse… à cette pensée elle resserra le poing. Une déesse qui abandonne les siens. Une déesse qui les laisse mourir à petit feu. Elle n’avait plus besoin d’elle. Elle s’en sortirait seule. Envers et contre tout, elle vivrait.

Jamais elle n’oubliera et jamais elle ne pardonnera.

Soudain, elle sut ce qu’elle voulait faire.
Elle observa autour d’elle. L’après midi était déjà avancée. Personne.
Sans attendre, elle disparut sans un bruit.
 
Elle mit moins de temps que ce qu’elle ne pensait pour arriver.
Elle sentait son cœur battre à coups sourds dans sa poitrine. Etait-elle devenue folle ?
Karl la tuerait s’il savait. Mais elle s’en fichait.
Son regard se fixa sur la gueule noire en contre bas.
Là, à quelques dizaines de mètres seulement, l’entrée de la Caverne aux loups.
Sa première idée avait été d’y revenir. Mais à présent, les images se déversaient en cascade dans sa mémoire. Elle n’était plus vraiment sure de vouloir aller jusqu’au bout.
Une bourrasque de vent lui fouetta le dos, soulevant un nuage de poussière rouge. Elle frissonna, le regard figé sur la gueule noire.
Puis, d’un pas décidé, entama la descente de la pente sablonneuse. A l’abandon depuis deux ans, les accès d’autrefois avaient été recouverts par le temps de sable et de graviers.

Parvenue en bas, elle ne put s’empêcher de tourner la tête vers sa droite, vers cette falaise où deux ans plus tôt, leurs vies avaient basculé.
Au sommet, seuls deux pieux en bois et des fragments de tissus témoignaient encore de la scène. Empalés, les assassins avaient été livrés vivants aux bêtes de la nuit et aux oiseaux de proie. L’on pouvait entendre leurs hurlements s’étendre aux confins de la nuit. Ils étaient morts au petit matin.
Un sourire traversa le visage de la jeune femme à ce souvenir, puis elle reporta son attention sur la gueule, regarda une dernière fois le ciel et entra.

Il lui fallut quelques instants avant que ses yeux ne s’accoutument à la pénombre ambiante.
Rien ne semblait avoir changé. Au sol, divers ossements. Le sang sur les murs avaient ternis et semblait ne plus faire qu’un avec la roche. Cela donnait l’impression étrange de peintures rupestres grossières. Et cette odeur… Un mélange de moisi et de renfermé.
Elle s’apprêtait à avancer plus en profondeur lorsqu’une masse sur sa gauche l’interpella.
Un animal ? Non, il aurait déjà grondé. Peut-être un nouveau cadavre…
Le jour tombant, cela ne lui facilitait pas l’identification de cette masse informe.
Elle se saisit de son épée et avança très lentement, retenant son souffle.

Un homme. Un homme était allongé là, visiblement blessé, inconscient de sa présence.
Elle posa doucement un genou à terre afin de mieux le voir.
Un visage aux lignes parfaites, les mâchoires carrées et volontaires, les cheveux bruns légèrement bouclés. Il devait avoir son âge.
Xéna observa son torse monter et descendre lentement. Le souffle irrégulier indiquait des blessures telles que fractures de côtes et autres plaisantes choses.
Son regard glissa sur le bras du jeune homme. Grossièrement recouvert de tissu, les taches de sang témoignaient d’une large blessure. Elle observa un peu mieux. Les taches n’étaient pas continues, mais régulières, en point. Elles avaient déjà vu ça avec leurs loups. Tout indiquait une morsure. Mais de cette taille ?
Elle reporta son attention sur le visage de l’homme dont les traits se contractèrent un instant sous le coup de la douleur. Comment n’avait-il pas perdu son bras ?
Elle tendit sa main gauche vers lui.
Ses yeux s’étaient accoutumés à la pénombre à présent. Elle effleura du bout des doigts  ses boucles brunes, sa mâchoire, son menton. Sa peau était trop blanche pour être l’un des leurs. Et son odeur… elle ne connaissait pas ce parfum. Les siens ne sentaient pas ce mélange.
Elle n’avait encore jamais touché un homme. Quelque chose en elle bougea.
Lentement, elle descendit la peau qui le recouvrait. Elle voulait comprendre.

Xéna bondit en arrière, le poing resserré sur le pommeau de son arme, à s’en faire blanchirent les articulations.
Débarrassé de la couverture, l’homme révélait l’habit des traitres et des assassins. Un tabard. Maculé de sang, marqué du signe d’un dieu qu’elle ne connaissait pas. Mais un tabard. Un guerrier saint.
Elle sentit une bouffée de rage monter en elle.
Le simple fait de sa présence souillait ces lieux. Il avait trouvé refuge à l’endroit où les traitres avaient commis leurs exactions. Il avait trouvé refuge CHEZ ELLE.
Lentement, elle s’approcha de nouveau de lui. Elle sentait son corps parcouru de frissons. Des frissons d’une haine sourde et assoiffée de sang. Leur sang.
Elle saisit son épée à deux mains et la plaça, pointe vers le bas au-dessus de la gorge de l’homme. Elle entendait le battement de son sang à ses temps et dans sa poitrine, elle sentait les perles de sueur glisser sur sa peau. Les sons cessèrent. Toute son attention était focalisée sur cette gorge, sur cette carotide qu’elle allait trancher, net.
Le sang allait de nouveau teinter ces murs, en pardon éternel au massacre des innocents.
L’une des plus belle offrande, en ce jour de deuil.

Un choc sur son épaule droite.
Avant qu’elle ne comprenne ce qui lui arrive, Xéna se retrouva projetée au sol, roulant sur elle-même, aux prises avec… une femme ?
Sous leurs poids conjugués, les deux femmes avaient roulé en dehors de la caverne, glissant la légère pente en contre bas.
A califourchon sur la barbare, elle la maintient fermement au sol. Sa chevelure blonde auréolant son visage d’un blanc laiteux, lui donnait l’impression d’une apparition.
Mais ce ne fut pas ce visage angélique qui attira le regard de Xéna, mais un tissu blanc, ensanglanté, frappé de l’effigie d’un dieu qu’elle ne connaissait que trop bien.

Un hurlement déchira le silence du soir.
Zack sortit brutalement de sa torpeur. Il lui fallut quelques instants pour se resituer.
Ah oui… la caverne. Il tenta de bouger mais renonça aussitôt sous l’élan de douleur de son corps. Il chercha du regard sa compagne. Il était seul.
Il ouvrit la bouche pour l’appeler lorsqu’un cri de rage le glaça au sang. Ce même hurlement qui l’avait tiré de son sommeil.
Il tenta de se redresser. Son regard se posa sur une lame au sol. Une épée longue. Il étira le bras pour s’en saisir, sans succès.
Dehors, à quelques mètres de lui deux bêtes entamaient un combat à mort.
Il maudit son impuissance et s’en remit au destin. Astra était puissante. Tout irait bien.

Astra suffoqua. Les mains de la barbare s’étaient refermées sur sa gorge avec une force insoupçonnée. Elle devait se dégager à tout prix. Elle frappa de toutes ses forces les avants bras de son agresseur, espérant lui faire lâcher sa prise, tout comme l’avait fait Zack avec Grahm.
Mais cela n’eut pas l’effet escompté. Excédée par l’assassin se débattant, la barbare se releva brutalement, assénant un violent coup de tête à Astra qui vola en arrière sous le choc.
Elle glissa sur la terre sablonneuse, se stabilisa aussitôt et para l’attaque. D’un bond souple, la femme s’était déjà élancée sur elle. Elles roulèrent de nouveau. Astra sentait les graviers entrer dans ses chairs. Son ennemie, appuyée de tout son poids sur elle, l’utilisait comme support pour dévaler la pente. Astra serra les dents. Son dos n’était plus que souffrance.
Elle profita de l’arrêt d’une bute pour faire basculer sa rivale sur le côté. Mais elle regretta instantanément son idée lorsque cette dernière, se sentant désarçonnée, lui empoigna fermement la chevelure au niveau de la nuque lui arrachant un cri de douleur.
Instinctivement, elle porta une main à sa tête, ce qui fut sa seconde mauvaise idée. Découvrant son visage, elle reçut de plein fouet le genou de la barbare. Elle sentit sa pommette amortir le choc dans un craquement sinistre d’os brisé. Le sang injecta son œil gauche, perturbant sa vision. L’arcade sourcilière devait être également touchée.
Elle sentit la femme lui saisir le bras gauche et d’un geste vif, son articulation pris un angle peu commun.
Astra retint un hurlement de douleur et recula tout en tenant son bras cassé.
Les deux femmes s’observaient le regard meurtrier.
Le temps semblait suspendu. Astra avala le sang chaud qui s’écoulait lentement de ses lèvres.
Elle avait déjà entendu parler de cette force que la rage barbare conférait. Elle n’avait jamais soupçonné qu’elle octroi une telle puissance. Désarmée et sous son apparence actuelle, ses chances de gagner étaient compromises.
Elle jeta un bref regard vers le haut de la pente, en direction de la caverne. Elle ne POUVAIT pas perdre.
Comme pour exaucer les pensées de la jeune fille, le disque lunaire inonda soudain les terres brûlées du Sarkaris.

Le souffle court, les muscles tendus, Xéna observait son ennemi. Pitoyable pantin, elle en aurait bientôt fini. Puis elle retournerait là-haut, à la caverne, exécuter le second guerrier.
Cette vision lui redonna un nouveau souffle et elle sentait sa puissance remonter.
Ils deviendraient ses trophées.
Elle s’apprêta à s’élancer de nouveau sur sa victime lorsqu’un détail lui attira le regard.
Non, ce n’était pas un jeu de son imagination. Elle voyait des…. Poils ? Ici, puis là, des touffes noires semblaient pousser sur le corps de la jeune femme.
Ce fut avec stupeur qu’elle assista à la transformation monstrueuse. L’instant d’après, un loup garou lui faisait face.
Xéna n’eut pas le temps de réagir que la bête lui sautait dessus, crocs dehors.
Elle la reçut de plein fouet et s’agrippa instinctivement à l’encolure lorsque la mâchoire se referma sur son épaule, lui arrachant un hurlement de douleur.
Plaquée sous la bête, elle empoigna les poils, cherchant la jugulaire de l’animal. La bête comprit aussitôt et se dégagea.
Xéna bondit sur ses pieds. Elle n’avait jamais vu ce type de monstre. L’on disait que seul l’argent pouvait en venir à bout. Autour d’elle, que des pierres. Désarmée, ses chances de gagner étaient compromises.
Quoi que… elle n’y avait pas prêté attention mais la bête boitait. Les blessures infligées plus tôt n’avaient pas cicatrisées.
L’animal chargea de nouveau. Xéna se coucha pour éviter l’impact. Ses côtes de résisteraient pas une seconde fois. La bête attrapa son bras gauche, enfonçant profondément ses crocs à travers la peau de loup. Xéna se redressa, folle de douleur, utilisa la fourrure pour se hisser au niveau de la tête puis, sans l’ombre d’une hésitation, mordit à pleines dents l’oreille gauche. Le loup hurla, lâcha sa prise et d’un brusque mouvement de l’encolure, saisit Xéna à la base du cou, la plaquant au sol.

Zack s’était redressé de son mieux, appuyé à la paroi glaciale de la caverne. Il n’avait pas perdu un son, un cri. Le combat était violent.
Puis ce silence.
Il leva les yeux vers l’astre lunaire. Astra avait du se transformer. S’en était fini de leur agresseur.

Xéna fixait la bête droit dans les yeux. C’était la fin, elle le savait. Elle tenait encore fermement la fourrure et attendait le coup de grâce. 
La bête commença à resserrer sa prise. Xéna ne gémit pas. Elle percevait les crocs entrer lentement dans sa chair, la chaleur du sang glisser le long de sa peau. Elle continuait de fixer la bête dans les yeux.
Un vent froid se leva. Surprenant par la chaleur actuelle, songea-t-elle avant de se concentrer de nouveau sur son adversaire. A sa droite, elle percevait l’ombre de la falaise où son père était mort deux ans plus tôt. Elle allait le rejoindre. Elle allait mourir ici, là où tout c’était arrêté.
L’os de son épaule céda définitivement tandis que les crocs poursuivaient leur travail.
Elle laissa glisser ses mains le long des pattes du monstre, ferma les yeux et attendit patiemment la fin.

Une bourrasque, le froid, un choc.
Xéna hurla lorsque les crocs furent brutalement arrachés à sa plaie. L’instant d’après, l’imposante masse du loup garou n’était plus au-dessus d’elle.
La poitrine libérée de ce poids, elle se mit à tousser et cracher du sang. Lentement, elle roula sur le côté pour comprendre.
La scène la figea de surprise. Un loup blanc géant venait d’attaquer le garou à l’encolure, enfonçant sa puissante mâchoire dans les chairs de la bête. Cette dernière hurla et d’un violent coup de patte, le projeta. Mais le loup retomba souplement au sol, crocs dehors, oreilles rabattues, annonçant une nouvelle charge.
Le garou recula. Il aurait du être blessé. Son pelage immaculé aurait du attester d’une blessure. Il n’en était rien. L’animal dégageait une aura étrange. Elle ne gagnerait pas face à lui. Pas cette nuit.
Puis, l’inconcevable se produisit. Xéna vit son assaillante reprendre forme humaine.
L’instant d’après, la jeune femme aux cheveux blonds se tenait de nouveau face à elle.
Claudiquant, elle recula mètre par mètre, sans comprendre comment elle avait pu reprendre son apparence.
Le loup redressa ses oreilles, visiblement satisfait du résultat.
Xéna, de son côté, était parvenue à se relever péniblement.
Les deux combattantes s’observèrent longuement. Leurs blessures étaient sérieuses.
Xéna regarda l’antre de la caverne puis reporta son attention sur la femme.
Elle hocha la tête  avant de faire demi-tour.
Astra l’observa s’éloigner, jeta un regard vers le loup blanc, puis, à l’instar de son adversaire, fit demi-tour en direction de la grotte.
Elle remonta lentement la pente sablonneuse et se hissa en haut.

« Astra ? ça va ? »
Mais Zack ne reçut aucune réponse. Il voyait la jeune femme de dos, se tenant l’épaule.
Il se traina le long de la paroi et suivit son regard.
Au loin, une silhouette s’éloignait sous la lumière lunaire, visiblement blessée elle aussi.
Il discernait son habit de cuir et sa chevelure de jais. Une femme ? Songea-t-il. Mais il ne dit rien.

Xéna gardait sa main plaquée à la base de son cou en un garrot de fortune.
Elle entendait les pattes légères du loup trottiner derrière elle mais ne ralentit pas le pas.
Ce dernier parvint à sa hauteur sur sa gauche, puis la dépassa.
Elle le contourna sans lui accorder d’importance.
« Laisse-moi. Tu arrives trop tard. »

Le loup la regarda s’éloigner dans le silence de la nuit.


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Karl D'Izmar
« Modifié: octobre 31, 2015, 01:10:19 am par Celena »
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Re : Xéna d'IZMAR
« Réponse #3 le: novembre 04, 2015, 10:59:30 am »
SOUS LE REGARD DE PULURA - PARTIE 4

Brogan accéléra le pas. Son loup geignait au pied d’une butte dont les pentes sablonneuses freinaient son ascension.
L’homme passa à côté de son animal, lui tapota la nuque avant d’escalader péniblement la pente glissante.
Parvenu au sommet, il resta coi devant le spectacle. Il l’avait retrouvée.
Xéna reposait là, à même la roche, face contre terre, en partie dénudée.
Il s’approcha lentement et posa ses doigts sur la gorge de la jeune femme. Elle respirait. Faiblement, mais elle était en vie.
Doucement, il la retourna. Le corps était couvert de bleus, de déchirures et de morsures.  Son regard s’attarda sur la poitrine de la prêtresse dont le galbe attira involontairement sa main. Le contact chaud et doux lui fit prendre conscience de son geste. Se ressaisissant, il détacha la fourrure qu’il portait lui-même et, pris d’un sentiment de honte, recouvrit la nudité de la jeune femme.
Cela faisait si longtemps qu’il n’avait plus touché le corps d’une femme. 

« Je crois que je ne pourrai plus t’appeler petite, petite. »


Karl essora le linge défraichi et le passa pour la énième fois sur le visage de sa sœur. Le soir tombait à présent et elle n’avait toujours pas repris connaissance.
Dans l’immobilité du sommeil, il pouvait percevoir de vagues sursauts et des contractions de muscles. Visiblement, elle revivait ce qui c’était joué au cours des dernières heures et cela ne semblait pas des plus agréables. Il écarta doucement la peau de loup la recouvrant et inspecta les ecchymoses et blessures diverses. Mais ce qui le laissait le plus perplexe était la taille des morsures au bras et à l’épaule. Brogan lui-même parlait de loup géant.
Aucun d’eux n’avait le savoir de guérison. Dans le doute, il s’était donc contenté de nettoyer les plaies régulièrement. Au moins le sang avait-il cessé de couler et les premières croutes réparatrices faisaient leur apparition.
Il laissa tomber le tissu dans le baquet d’eau clair et observa, pensif, l’évolution du nuage écarlate à travers la transparence de l’eau.
Cet incident lui avait soudain fait prendre conscience à quel point ils étaient démunis. A quel point leur existence était précaire.
Sans sa sœur, sans la prêtresse, plus d’eau potable. Plus de soins.

Il sursauta lorsqu’une main se posa sur son bras. La nuit était tombée et la bougie qu’il avait allumée en début de soirée, avait totalement fondue dans l’écuelle.
« Xéna ? »
« Oui. »
Karl remonta le long du bras de sa sœur puis atteignit son visage. Elle avait enfin reprit connaissance. A tâtons, il chercha un nouveau bâton de cire qu’il alluma.
La flamme vacillante éclaira d’un halo hésitant la petite pièce.
Allongée sous les peaux, sa sœur était d’une pâleur inquiétante.
« Comment te sens-tu ? Que c’est-il passé ? »
mais il ne reçut aucune réponse.

Xéna quitta leur antre sans un mot. Devant son mutisme, personne n’avait osé chercher à en savoir plus.
Elle jeta un dernier regard vers le garde en poste. A ses pieds, un loup famélique dont le pelage laissait deviner le dessin des côtes. A l’image de la bête, ils étaient tous devenus l’ombre des hommes qu’ils avaient été autrefois.
Ses pas la conduisirent vers l’ouest, par habitude. Elle ne mit pas longtemps à atteindre le tertre de terre surplombant la vallée asséchée et laissa courir son regard sur ce paysage désolé, parfait reflet de son âme.

« J’ai bien cru que tu ne viendrais plus.»
La voix grave qui venait de s’élever dans son dos ne la fit pas sursauter. Cela faisait de nombreuses semaines à présent qu’elle rencontrait l’homme ici même.
Svein se posta comme à son habitude sur sa droite et observa à son tour le paysage.
En d’autres temps, il avait été le plus fidèle compagnon de son père. D’âge égal à ce dernier, rien ne les avait séparés, hormis la mort. Svein avait alors choisi une autre voix, rejoignant les autres, dans le camp des démons.
Plus de vingt ans les séparaient, et pourtant, Xéna en paraissait dix de plus.
Le corps couvert de cicatrices, les muscles fondus, l’arme émoussée au côté, son armure de cuir endommagée, elle aurait été un ennemi facile à terrasser pour l’homme qu’était devenu Svein. Ce dernier respirait la puissance. Ses muscles saillants, son équipement impeccable, son armure de cuir cloutée, lui donnaient des airs de chef.
Comme en réponse aux pensées de la jeune femme, Svein jaugea Xéna du coin de l’œil.
« Eh bien eh bien… Vous pensez tenir encore combien de temps dans cet état ? »
« Des paladins ont investis notre ancienne grotte.»
Svein se retint de sourire. « Quelle surprise dis moi. »
Xéna ne releva pas et poursuivit.
« Et la femme paladin s’est transformée en garou. »
Svein se tourna vers elle. On pouvait lire une surprise sincère dans son regard.
« Un garou ? Sérieusement ? Ils sont donc tombés si bas ?..... remarques, quand tu vois ce qu’ils embauchaient dans leurs rangs pour les dernières croisades… »
Il observa la jeune femme.
« Alors Xéna ? Que comptes tu faire? »
Elle planta son regard dans le sien.
« Ce que j’aurai du faire depuis deux ans. »

« As-tu perdu la tête ?! »
Karl barra le passage à sa sœur. On pouvait lire sur son visage de la stupeur mêlée à un début de colère.
Xéna dévisagea son frère. Peu lui importait sa colère, elle avait pris sa décision et rien ne la ferait changer d’avis.
« Je quitte, Karl. Je rejoins Svein et les autres. J’ai des comptes à régler. J’en ai marre de me planquer. »
« En rejoignant les démons ? C’est ça ?! Qu’est-ce que cet enfoiré t’as promis ? Hein ? »
« Cet enfoiré m’a promis de ne pas crever à petit feu comme un chien. Il m’a promis de vraies armes. Il m’a promis une vengeance. »
« Chacun de nos combats est une vengeance et une victoire. Les démons sont nos ennemis. L’aurais-tu oublié ? »
« Que t’est-il arrivé, Karl ? Où est passé mon frère arguant sa colère et sa haine des guerriers saints ? Sa volonté de puissance et de pouvoir ? Où est ce frère ? Où est celui qui n’aurait jamais accepté la désertion d’un clan ? Tu n’as pas l’étoffe d’un chef.» lâcha-t-elle avec hargne.

A ces mots, Karl sentit la colère prendre le dessus et avant qu’il ne le souhaita vraiment, il asséna une droite à sa sœur dans l’unique but de la faire taire.
A sa grande surprise, cette dernière esquiva agilement avant de reculer.
« Et en plus tu es lent. »
Elle lui lança un ultime regard plein de désaveu et quitta la pièce.

 
« Eh bien eh bien… »
Ses poignes de géant lourdement suspendues à son ceinturon, Svein observa l’air satisfait le petit groupe d’hommes qui venait d’arriver.
Xéna s’avança au-devant de leur interlocuteur. Leurs vies ne pouvaient continuer ainsi.
Il était temps de prendre des décisions.
Seul le clan des dresseurs l’avait suivie dans cette nouvelle voie.
Karl avait tout fait pour la retenir. En vain.

« Je voudrais vous montrer à tous quelque chose. » lança Svein à l’ensemble des hommes.
L’instant d’après, ils faisaient face à un miroir noir.
« Pour ceux d’entre vous qui hésiteraient encore, je voulais vous montrer à quoi sert le Sarkaris pour les guerriers saints. »
La surface tourbillonna puis laissa place à un environnement de terres arides.
Cachés derrière des rochers, des hommes et femmes, armés d’épées… en bois ? Un peu plus loin, un homme aux cheveux blonds, un peu longs, visiblement en embuscade.
« Les Terres Sacrées sont devenues leur camp d’entrainement. Ils y envoient leurs jeunes dans le but de les aguerrir. Probablement que notre décor et nos habitants les dépaysent. » commenta-t-il avec cynisme.
Le miroir redevint noir.
« Voilà. Je voulais partager avec vous ce que vaut le Sarkaris pour les habitants du Mendev. Rien d’autre qu’un vaste terrain d’entrainement avant de rentrer confortablement chez eux, bien au chaud, auprès de leurs petites familles. »
Svein avait tapé dans le mille. Les quelques hommes encore réticents serraient à présent les poings de rage.
« Nous sommes avec vous. » furent les seules paroles lâchées avec dureté par Xéna.

Karl se laissa choir sur sa paillasse. C’était un cauchemar. Tout ceci n’avait pas eu lieu. Son regard se posa sur la couche de sa sœur aujourd’hui vide.
Il avait espéré un coup de colère, une décision regrettée.
Deux semaines plus tard, il savait qu’elle ne reviendrait pas.
Il serra les poings. Comment tout ceci avait-il pu dégénérer de la sorte ?
« Nous devrions y aller, la ramener de force. »
Ulric du clan des Pierres de Sang se tenait dans l’encadrement de la porte.
« Nous serons amenés à la croiser. » répondit Karl en se levant.
« Et ce jour-là…
… vous me la laisser. »

Xéna soupesa l’arme, exécutant quelques mouvements. Elle était d’une manufacture convenable. Rien d’exceptionnel en soi mais toujours en meilleur état que celles avec lesquelles ils se battaient.
Cela faisait deux semaines maintenant qu’ils étaient arrivés au campement de Svein.
Les premiers jours furent utilisés à leur installation et surtout leur remise en état. Sous alimentés, ses hommes et elle étaient loin d’être au mieux de leur forme physique.
Ils avaient également pu observer le fonctionnement du campement. Démons et humains ne se mélangeaient pas vraiment. Chacun des partis avait ses propres installations et ses règles.
De nombreux accrochages avaient lieu du côté démon. Leur général en chef, Alricaus y régnait par la terreur. C’était une brute épaisse de plus de deux mètres de haut, mélange improbable d’espèces qui les avait révulsés la première fois. 
Côté humains, le campement était constitué d’à peu près tout : barbares, mercenaires, mais aussi des orcs et deux elfes noirs. Par habitude, Xéna avait aussitôt cherché à identifier les tribus présentes, sans succès. Les hommes avaient tailladés leurs signes tribaux, les rendant illisibles.

« Cette arme te va bien. »
L’observant depuis un moment, Svein avait fini par sortir de son silence.
« Elle est correcte. »
« J’oubliai que je parlais à un Danseur. »
Xéna ne releva pas. Elle la garderait. De toutes celles qu’elle avait testé, cette épée bâtarde était la plus équilibrée. Pas très belle, mais ce n’était pas ce qu’on lui demandait après tout.
Elle la rangea dans son fourreau et se tourna vers Svein.
« Quelle est la suite ? »
« Eh bien, vous allez déjà mieux physiquement. Certains gars de Brogan doivent encore recevoir leurs armures de cuir, puis je pense que nous serons bons. Enfin… eux en tout cas. »
Xéna leva un sourcil face à l’insinuation.
« Eux ? Tu veux dire que je ne me bat pas assez bien ? »
Svein se racla la gorge, triturant sa barbe d’un air faussement gauche.
« Tu te bats bien. Mais… je t’observe depuis plusieurs jours et tu pourrais te battre encore mieux en vérité. Tes gestes sont imprécis, ils manquent de force et surtout, tu t’essouffles plus vite que les hommes. Ca m’ennuie de t’envoyer au combat sans que tu ne sois en pleine possession de tes capacités. Ce serait du gâchis. »
Sous le regard interrogateur de la jeune femme, il poursuivit.
« Tu te souviens des Anciens de la tribu ? »
« Les Anciens ?! Mais ils sont morts voilà longtemps ! »
« Nullement. Ils sont ici. Prisonniers. »
Xéna resta sans voix. Prisonniers ? Ici ? Pourquoi ?
« Tuer les Anciens reviendrait à se défaire de savoirs ancestraux que seuls eux possèdent puisque tout est oral dans nos coutumes. » poursuivit-il en réponse à l’interrogation silencieuse de Xéna. « Bref, selon les Anciens, seul le rituel permet de réveiller les Danseurs. C’est là que leur puissance s’éveille. Xéna, tu dois le passer et alors, tu deviendras puissante. Suffisamment puissante pour assouvir ta vengeance.»


Xéna entra sous sa tente et déposa l’arme dans un coin. Devenir plus puissante ?
Sa vie avait totalement changé en si peu de temps. Si Svein disait vrai…. Elle serra le poing.
Elle était là pour que tout change. Elle le deviendrait. Elle ne reculerait pas.

Xéna entra sous la tente. Avachi sur un simulacre de trône, Alricaus attendait avec impatience que tout cela se termine vite. Les pseudos pouvoirs humains, il y croyait très peu.
A ses côtés, un démon répondant au nom de Flauros était son exact opposé. De taille presque humaine, fin et élancé, il semblait doté d’un cerveau. 
Svein se tenait au centre. A ses côtés, le vieux Gauld. Ce dernier mis un court moment avant de la reconnaître. Et pour cause. Cela devait bien faire six ans qu’il ne l’avait vue.
Ses yeux se mirent à briller de joie et d’espoir. Leurs prières avaient été entendues.
Au centre de la pièce, un feu crépitant dans lequel était plongé plusieurs poignards de tailles diverses.
Gauld s’avança vers elle. « Déshabilles-toi. »
Xéna eut un moment de retard. Devant…eux ? Personne ne sourcilla.
Elle eut une ultime hésitation puis enleva le haut de sa tunique. Gauld s’approcha, tourna autour d’elle en laissant courir ses doigts usés sur la peau vierge de la jeune femme.
Il entama une mélopée sourde et compréhensible de lui seul. Un dialecte du fond des âges, dénué de sens pour ceux présents. Mais il ne les voyait plus. Toute son attention était focalisée sur cette peau. D’un geste étonnamment souple pour son âge, il se baissa et ramassa l’un des poignards.
Xéna vit le rouge incandescent de la lame danser autour d’elle. Elle se sentit saisit à chaque bras. Deux barbares qu’elle n’avait pas vu arriver, la maintenaient fermement.
« Je n’ai pas l’intention de fui… »
Elle acheva sa phrase dans un hurlement de douleur tandis que la lame bouillante entrait dans ses chairs, à la base de son dos. Une seconde fois, puis encore une. Le poignard tomba à terre tandis que Xéna luttait pour rester debout. Ils n’étaient pas là pour l’empêcher de fuir, mais pour l’empêcher de tomber.
Elle se cambra lorsqu’une seconde lame plus fine vint dessiner sa hanche droite. Et la danse reprit de plus belle.

Les bruits de métal la tirèrent petit à petit de la torpeur. Elle ouvrit lentement les yeux et reconnut sa tente. Elle était couchée sur le ventre, un drap posé sur son corps nu. Elle était seule.
Lentement, elle bougea un bras, testant la douleur. Des relents mais rien de plus. Combien de temps était-elle ici ? Elle se releva, pivota et s’assit au bord du lit. Son regard courut sur sa peau. Rien sur les bras, rien sur sa poitrine. Par contre, les marques débutaient à la base de son ventre, poursuivant leurs routes vers le dos. Elle suivit les sillons. Il lui sembla que son dos en était couvert.
Le pan de sa tente s’écarta et Svein entra sans cérémonie.
Par réflexe, elle tira le drap à elle sous le regard amusé du chef de clan.
« Pas mal du tout. T’as bien tenu. Tu t’es écroulée à la moitié du dos. D’après Gauld, les gars s’écroulent avant. C’est bon signe non ? »
Elle ne répondit pas.
« Et si nous allions tester cette nouvelle force ? »
Joignant le geste à la parole, il lui lança son épée qu’elle attrapa d’un geste vif.

Certains se relevaient en étouffant des gémissements, tandis que d’autres ne bougeaient simplement plus. Elle avait tout bonnement balayé les quatre hommes. Le combat avait été bref, rapide, sanglant. La musculature des hommes était devenue un handicap face à la souplesse et à la rapidité de la jeune femme. Elle les contournait, frappait par derrière avant de se repositionner et repartir de plus belle. Les coups étaient puissants, précis. La lame entrait parfaitement dans les chairs, entaillait les armures de peaux.
Svein assistait au spectacle, plus que satisfait. Un peu plus en retrait, Flauros lui non plus n’en perdait pas une miette.
Le Danseur s’éveillait. Et ce n’était que le début.

Brogan passa le pas de la tente. Comme beaucoup, il avait assisté au combat. Ou plutôt au massacre. Plus que tout autre, la scène le marqua. La jeune prêtresse si douce qu’il avait toujours connu avait totalement disparue pour laisser place à une redoutable combattante.
Il s’immobilisa. Xéna, en partie dénudée, tournait le dos à l’entrée. Il réalisa qu’il ne s’était même pas annoncé. Elle se retourna, la poitrine nue.
« Désolé. » furent les seuls mots qui lui vinrent alors qu’il tournait les talons.
« Tu n’en as jamais vu ou je te fais peur maintenant ? »
Brogan s’immobilisa, stupéfait de la provocation. Il la regarda.
Xéna lui faisait totalement face à présent et ne paraissait nullement incommodée de la situation.
« Tu as aimé le combat ? »
« Très beau. » Il ne trouva rien d’autre à dire. La regarder dans les yeux relevait du surhumain. Xéna s’en rendit compte.
Lentement, elle fit glisser son pantalon de peau au sol. Brogan leva les yeux, remontant le long de ses jambes, atteignant les courbes de ses hanches, s’attardant sur la toison brune avant de remontant le ventre, épouser le galbe de sa poitrine, sa gorge.
Son poul s’accéléra. Xéna s’approcha, frôla son torse de la pointe de ses seins, laissa courir ses doigts le long des muscles de l’homme. Elle écarta les tissus, respira son odeur. Elle ne l'avait jamais fait mais il lui suffisait d'écouter son instinct. Sa bouche commença à courir sur la peau de l’homme. Elle atteignit une première zone érogène. Un frisson parcouru Brogan. Il plongea sa main dans la chevelure de la femme.
« J’ai envie de toi. » souffla-t-elle, caressant son membre tendu.

Brogan n’y tint plus. Lui aussi avait envie d’elle depuis ce jour là. Elle avait hanté ses nuits et fait vivre sa virilité à maintes reprises.
Il arracha plus qu’il n’ôta ses habits, la saisit et la plaqua contre lui. Ses mains coururent sur la cambrure de ses reins, le galbe de sa croupe ferme à souhait. Il la souleva. Elle l’enserra de ses jambes. Il plongea son visage au creux de ses seins, s’enivrant de ce parfum qu’il connaissait par cœur.
Son genou heurta le bord du lit. Il la bascula, la maintenant fermement par sa chevelure de jais. Il allait la posséder encore et encore, jusqu’à épuisement.

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« Modifié: novembre 04, 2015, 11:27:46 am par Celena »
Celena

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