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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Dorothée  |  Livre I – L’Invasion de la Plaie du Monde (Modérateur: Dorothée)  |  Chap. 8 : Vivre ou mourir
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Auteur Sujet: Chap. 8 : Vivre ou mourir  (Lu 648 fois)

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Hors ligne Valaar

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Chap. 8 : Vivre ou mourir
« le: octobre 20, 2015, 11:01:59 am »
Drezen
(1 sur 4)

Le jeune homme gémissait, geignait tandis que les autres prisonniers s’écartaient de lui comme s’il avait eu une maladie honteuse. Une fois de plus, le chef des geôliers s’était amusé à ses dépend, le torturant à chaque fois d’une façon nouvelle sans jamais lui accorder la mort qu’il avait fini par réclamer de lui-même…



Tout avait commencé plusieurs jours plus tôt au terme d’une marche forcée a travers le Mendev puis du Sarkaris en remontant le lit asséché de l’ancien affluent de la Sellen. Après la victoire des démons menés par Koramzadeh, les habitants de Kenabrès qui n’avaient pas été tués ou qui n’avait pas réussi à se cacher furent regroupés pour être ensuite conduits à Drezen où ils finiraient au mieux esclaves.
Aucun captif n’était préparé pour une pareille exode. Chaque jour vit son lot d’exécutions sommaires devant les yeux horrifiés de ceux qui avaient encore la force de marcher. Progressivement, le vernis de la civilisation quitta les Mendéviens. Les beaux vêtements qu’ils avaient revêtus pour la grande cérémonie ressemblaient désormais à des loques usées quand ils ne les déchiraient pas d’eux-mêmes, comprenant rapidement qu’il était préjudiciable pour leur intégrité physique de sortir du lot : plus noble on était, plus victime d’humiliation on était.

Les tieffelins jubilaient de leur victoire tant attendue et s’étaient appropriés les possessions des captifs. Bijoux et beaux vêtements habillaient maintenant les plus retors d’entre eux dans des associations de couleurs outrancières. Il en était de même pour les armes. Il y’eut même une bagarre pour déterminer lequel allait s’approprier les deux falcata d’un singulier prisonnier, un elfe qui avait tué un grand nombre d’entre eux avant d’abandonner le combat en comprenant son inéluctable défaite. Celui-là eut droit à un traitement spécial chaque jour. Bien que le chef du convoi le voulait intact pour le livrer personnellement à Staunton Vein, l’antipaladin nain qui se ferait une joie de le briser et lui faire ravaler la fierté qui ne quittait jamais son expression, les tieffelins le chahutait, lui crachait dessus, le frappait aussi souvent que possible. Ils le privait de nourriture pour ne lui laisser que les détritus qui subsistaient après que les autres prisonniers se soient rués sur la nourriture versé à même le sol. Un des captifs eut la mauvaise idée de vouloir le soutenir, cachant sous ses guenilles un bout de pain rassis pour le lui donner la nuit durant. L’elfe eut à peine le temps de dire « idiot » que deux tieffelins non loin fondirent sur l’homme, qui avait ignoré ou oublié que ceux-ci voyaient mieux dans le noir que durant le jour. Le malheureux fut récompensé pour son geste par l’ingestion forcée d’une quantité de pain excessive régulièrement arrosé de vin. L’on vit rougir sa face avant qu’elle vire au violet, provoquant l’hilarité des tieffelins réunis pendant qu’il mourrait en suffocant.

Les humains comprirent la leçon et ne voulurent plus aider l’elfe, autant par peur des représailles que par le dégoût qu’il leur avait inspirait en ne montrant aucun signe de compassion pour le malheureux.

En arrivant enfin à Drezen, les tieffelins s’étaient lassés d’humilier l’elfe puisqu’il ne réagissait pas aux provocations mais les mécréants du coin prirent le relais avec enthousiasme. Le chef du convoi qui avait cru obtenir une promotion auprès de Staunton Vein regretta amèrement son idée car l’antipaladin lui reprocha -mortellement- le retard du convoi.



Quand le nain traitre au Mendev fit le tour des derniers esclaves arrivés, il n’accorda guère qu’un regard méprisant à l’elfe et clama qu’il se foutait de qui l’elfe était, qu’il se foutait de qui ils étaient tous car aucun d’eux ne valait mieux qu’un autre prisonnier et qu’aucun d’eux n’avait d’autre valeur que d’être un jour choisit comme repas par Soltengrebbe.

Il avait scandé ce nom à plein poumons et un hurlement et un hurlement effroyable retentit, suivit par de lourds battements d’ailes. L’apparition du monstre, une immense chimère sortit du pire des cauchemars acheva de pétrifier les prisonniers qui perdirent instantanément tout espoir. La noirceur qui s’en dégageait paralysait l’âme et glaçait le sang. Il atterris brutalement au milieu du campement des prisonniers qui détalèrent vers les abords. D’une cruauté lasse, Soltengrebbe   avança vers un fuyard retardataire en le toisant de ses trois têtes, jouant avec un moment en le démembrant avant de le manger sur place et d’en recracher les morceaux. Staunton Vein repartit vers sa forteresse, non sans avoir commenté : « Rincez-vous bien la bouche après avoir vomi. »



En larmes et terrifiés, les captifs avaient reconnus un esclave estropié le matin même par Dertrak, le chef des geôliers qui l’avait jugé faible à la tâche. Leur bourreau proceda de même le lendemain et le surlendemain. Dans un monde en proie au chaos souverain, ce dément opérait chaque jour une macabre sélection naturelle.

Un jour, après le nouveau repas du monstre, Dertrak décréta que toute la racaille dont il avait la garde ne faisait que le décevoir et réclama quelqu’un qui veillerait à ce que personne n’oublie son devoir d’esclave, assurant que celui-là resterait durablement en vie et serait le porte-parole des besoins des autres. Personne n’avait confiance et craignait à juste titre la fourberie de Dertrak. Il s’arrêta devant l’elfe et lui ordonna de se nommer.

« Mon nom est Silure Ciryacëal de la 8ème maison de Meriani.
- Tu parles au dessus de ta condition, elfe. Ha! Notre sire à raison: on se fout de qui tu es. Ne vois-tu pas la chance que je t’offre? La chance d’être quelqu’un… »


L’intonation était méprisante mais Silure demeurait fier et silencieux. Dertrak ressenti un murmure parmi les esclaves et huma l’air vicié ambiant avec d’ajouter d’un sourire mauvais et désolé :

« De ce que je vois, il ne veulent pas de toi comme chef : le peuple libre a parlé. Je dirais même qu’ils sont quelques uns à souhaiter que tu sois le souffreteux de demain… »

Il le frappa au visage aussi fort qu’il put avant de reprendre son manège pour trouver quelqu’un de plus docile. Le hasard ou un détail quelconque le fit s’arrêter devant un individu qui n’était plus que le pâle reflet du beau jeune homme qu’il avait du être un jour. Craignant de contrarier leur bourreau, il accepta la charge proposée et son premier droit fut de pouvoir porter son nom : Randal Aminiss.

La suite lui donna raison.

Un temps seulement.

Il bénéficia d’abord de quelques privilèges mais devint au bout de quelques jours le souffre-douleur de Dertrak qui lui reprochait le manque de productivité des esclaves entres autres justifications de mauvaise foi. Les sévices subis le brisèrent jour après jour, physiquement et mentalement. Sa force vacillant dangereusement, il devenait incapable de travailler. Pourtant Dertrak tint parole, n’allant jamais jusqu’à le tuer, le faisant parfois soigner au nom de Deskari et l’obligeant à manger ce que recrachait Soltengrebbe.

L’homme gémissait, geignait tandis que les autres prisonniers s’écartaient de lui comme s’il avait eu une maladie honteuse. L’on entendait parfois Randall prier Iomedae de le libérer, puisque Dertrak ne lui accordait jamais la mort qu’il avait fini par réclamer de lui-même.

Un matin alors que les tieffelins dormaient et que les esclaves somnolaient, Silure Ciryacëal vint le voir et le tira de sa torpeur.

« Laisses-moi, laisses-moi mourir… »

Ne l’écoutant pas marmonner, l’elfe lui donna discrètement un morceau de pain. Randall s’empiffra et le remercia à mi-mots pour son geste, tandis que ses yeux rougissaient sans parvenir à verser une larme.

« Garde ton merci, je n’en veux pas.
- Mais… mais alors pourquoi?
- Je ne veux pas être redevable à ceux de ton espèce. »


Aminis laissa échappa un sanglot de dépit, jugeant que cet acte de générosité n’en était pas un. Il implora à nouveau Iomedäe pour qu’elle le délivre de cette vie de souffrance.

L’elfe se rapprocha de lui, lui empoigna l’avant-bras en enfonçant ses doigts et ses ongles dans sa chair avec une force insoupçonnée. Aminis n’eut pas la force de hurler car la douleur l’emportait et dodelinait de la tête pour qu’il arrête de le torturer.

L’elfe le relâcha pour l’empoigner sans ménagement :

« Que tu veuilles mourir mais que tu ne veuilles pas souffrir, ce sont des caprices qui prouvent que tu es bien vivant. Surpasses tes souffrances, rampes s’il le faut, mais essaies de vivre, car personne ici ne possède rien d’autre, pas même Dertrak. Et si tu veux toujours mourir, viens me trouver et je te tuerais moi-même. »


Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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Même un mort peut se battre
« Réponse #1 le: octobre 21, 2015, 00:23:45 am »
Drezen
(2 sur 4)

Le lendemain, Randal endura courageusement les brimades de Dertrak qui l'accusait entre autre de négligence car le campement était jonchée de détritus. Randal trouva même la force de se remettre au travail. Nombreux furent ceux qui l’aidèrent en soulageant une partie de sa charge, l’encourageant à tenir bon, à lutter et à garder espoir.

Trois jours plus tard, il alla trouver l’elfe de bon matin. Ne sachant pas trop quoi lui dire, Randal exprima seulement que Silure n'avait pas besoin de manger seul dans son coin. L’elfe sembla ne pas faire attention à lui mais eut des mots étranges qui n’avaient guère de sens. Il regardait vers l’est où un soleil rouge se levait péniblement.

« Ils arrivent.
- De quoi parles-tu? D’autres prisonniers?
- Non. Des cavaliers. Et des loups.  »


Randall regarda en direction du canyon et ne comprenait pas un traitre mot.

« Je n’entends rien.
- Parce que les gens de ta race et plus encore ceux de ton âge passez plus de temps à parler qu’à écouter.
- Mais… Si ce ne sont pas des prisonniers, sont-ce des démons ou d’autres tieffelins?
- Non, des paladins et des barbares.
- Qu’allons-nous faire?
- Toi? Rien.
- Non! Il y'a bien quelque chose que je peux faire !
- Soit. Tu vas dire à tes semblables que quand les combats commenceront, ils doivent conserver leur attitude apeurée et ne pas montrer prématurément leurs joies. Cela ne fera qu'exciter ceux qui vous gardent. Si ça se passe mal, ils n’auront plus rien à perdre et pourraient vouloir sauver leurs peaux en menaçant de tuer les prisonniers.
- Qu’est-ce que… Mais… toi aussi, tu es… »


Randall Aminiss ne termina pas sa phrase car il commençait à connaitre le caractère ombrageux de Silure. Il se reprit et continua :

« Oui, je vais… je vais les regrouper et veiller à ce qu’ils restent calmes. Y’a t’il quelque chose d’autre que je puisse faire? »

Silure le regarda durement avant de répondre.

« Je suppose que tu as déjà tenu une arme mais t'es tu déjà battu pour tuer?
- Non mais… il y’en a parmi nous qui savent se battre. Et s’il le faut, je… je le ferais et…
- Ne promet rien. Si tu lèves une arme aussi insignifiante soit-elle en direction de ton adversaire, tu dois t’en servir. Sans attendre et sans hésiter.
- Une arme... Quelle arme?
- Quand tout commencera et pas avant, je te l’interdis, prend quelques hommes avec toi et tu iras creuser sous ma paillasse. »


Randall tourna inconsciemment la tête vers le lieu désigné quand Silure le bouscula au point de le faire tomber, si bien que le tieffelin de garde ne soupçonna rien d’autre qu’un accrochage entre prisonniers. Le jeune homme comprit que l’elfe l’avait empêché de commettre une bévue et ne broncha pas quand Silure lui dit « même un mort peut se battre ».

Un peu plus tard, un cor retentit. L’alerte était donnée, des humains marchaient sur Drezen. Un vent de doute plana dans les rangs impies mais un chef annonça qu’ils étaient moins de deux cents, une paille comparée aux forces cumulées des ariès, des tieffelins, de Soltengrebbe et plus encore. Pourquoi craindre un envahisseur sans armée?

Mais c’était sans compter une ténacité à toute épreuve et un courage sans faille. Malgré ses effectifs modestes, la Cinquième Croisade effectuait percée sur percée dans les rangs aux ordres de Stauton Vein. Puis la peur chez les fiélons apparut quand l’effroyable Soltengrebbe succomba face aux héros libérateurs.

Quand la Cinquième Croisade se porta au secours des prisonniers, quelques tieffelins avaient déjà fuit mais bon nombre combattaient aidés des démoniaques ariès. Dans la cohue, Randal Aminiss vit Silure s’engouffrer dans l’affrontement mais cela tenait plus de l’exécution à la chaine que d’un combat disputé. Chaque coup qu’il portait visait la gorge, faisant s’écrouler au sol démons et fiélons. Dans la mêlée, Randal avait du mal à discerner avec quelles armes Silure les tuaient tellement ses gestes étaient rapides. Se rappelant les mots de l’elfe, c’est accompagné des hommes les plus braves qu’il alla creuser à l’emplacement indiqué. Ce qu’ils découvrirent cachés dans la terre les révulsa. Il y’avait là des ossements brisés. La surprise passée, ils s’aperçurent qu’il s’agissait de tibias et d’autres os longs dont une extrémité avait été taillée pour avoir un coté vaguement coupant et tranchant.

Même un mort peut se battre. C'était là les ossements des morts recrachés par Soltengrebbe. Silure avait récupéré les os les plus solides et les avait façonnés jour après jour pendant que chacun dormait. Randall tendit le bras en tremblant pour saisir un fémur, bientôt imités par ceux qui l’avait suivit.

Même un mort peut se battre ! Il n’était plus que colère, tout son être était déterminé à tuer des tieffelins, à combattre les démons. Ils chargèrent les derniers tieffelins qui se battaient contre les paladins, les prenant à revers pour les frapper furieusement avec la force qu’il leur restait encore.

Même un mort peut se battre ! « DERTRAK ! » Randall était couvert de sang fiélon et venait d’hurler le nom du chef tieffelin qu’il voyait se frayer un chemin à coup de cimeterre parmi les prisonniers pour fuir une bataille désormais perdue. Le désir de vengeance était maintenant plus fort que la peur. Randall n'eut pas à courir longtemps après Dertrak car il fut dépassé par Silure qui se faufila à travers les esclaves pour couper sa retraite et le provoqua en duel en pointant vers lui deux os pointus.

« Que crois-tu faire avec ça, l'elfe?
- Ce que je fais de mieux. Et pour toi, ce ne sera pas joli. »


Une minute plus tard, le tieffelin tomba à genoux comme impotent, le corps perforé de toutes part sous les yeux des prisonniers. Il ne sentait plus ses membres, ses doigts gourds lâchèrent le cimeterre qui n’avait rien rencontré d’autre que le vide. Frissonnant et apeuré, il regardait incrédule ses poignets perforés. Le sang s’échappait également de trous profonds dans ses cuisses au dessus des genoux, dans l’aine, ses épaules et ses coudes. Silure s’approcha pour lui chuchota à l’oreille.

« Tu as été mesuré, tu as été soupesé, tu as été jugé inapte. »

En s’éloignant, Silure jeta un regard vers Randal couvert de sang. Le jeune homme ne le jurerait pas mais eut l’impression que le guerrier elfe lui accordait - enfin - une certaine forme de respect.

Il n’y avait plus que des prisonniers qui se resserraient autour de Dertrak. Randall s’approcha et jeta avec dédain sur lui l’os avec lequel il avait tué deux tieffelins.

« Tu as laissé tomber quelque chose qui t’appartient... » lui dit-il avant de ramasser le grand cimeterre au sol pour l’enfoncer dans son ventre. « Pour le Mendev ! »
« Modifié: octobre 23, 2015, 22:00:07 pm par Valaar »
Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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Chap. 8 : Faiblesse
« Réponse #2 le: octobre 23, 2015, 00:56:17 am »
DREZEN
(3 sur 4)

(Nota : en vert = traduit de l'elfique)

Toute la journée, chacun vint toucher l’Epée de Valor, la bannière sainte de la justice. Son rayonnement réchauffait les coeurs, ravivait la fougue et faisait renaitre l’espoir.

L’espoir était accompagné de quelques bonnes nouvelles. Pour Randal, celle-ci fut apportée par Reyan de Kercyan qui lui appris que sa mère et sa soeur Amina étaient en vie. Il souhaitait bien entendu les retrouver mais les épreuves traversées avaient effacé les années d’oisiveté. Aujourd’hui, il voulait se battre. Se battre pour le Mendev, se battre pour Iomedäe. Il profita de son amitié naissante avec le jeune duc pour lui demander auprès de qui s’adresser pour s’engager dans la croisade…

Ayant appris la présence d’un elfe parmi les prisonniers, Aërys chercha Silure dans le campement et finit par le voir, affairé à fouiller dans le sol au milieu de paillasses de fortune. Quand il se redressa, le guerrier cachait visiblement quelque chose dans sa main. Peut importe, il était en vie et c’était une bonne nouvelle. L'accueil de Silure fut pour le moins glacial.

« Tu as l’air… éveillé. » Nul besoin d’être fin psychologue pour percevoir un sarcasme dans l’intonation. De façon quasi-imperceptible pour les non-elfes, même pour ceux parlant la langue, une variation dans le rythme ou dans la tonalité signifiant tant et plus. Durant leur trajet du Kyonin jusqu'à Kenabrès, Silure s'était contenté du strict minimum social entre eux et Aërys ne s'en était pas inquiété outre mesure. Il répondit en retour.
« Tu as maigri.
- Dire des évidences ne fait pas de toi le génie que ta famille croit voir en toi. »


Aërys accusa le choc et garda le silence en le découvrant sous un jour nouveau après cette nouvelle manifestation de mépris. C’est là qu’arrivèrent Lothor Valunumÿe et Athiel-Herenor. Percevant quelque chose dans l'air, Lothor se garda d’avoir un geste chaleureux pour Silure. Athiel n’avait cure de la froideur du guerrier et lui pris les mains dans un geste affectueux.

« Il y’a tellement de gens à soigner ici que j’ai déjà épuisé les ressources que me confère Isaël-Elendel. Mais viens avec moi, je vais te présenter Soziel. C’est un prêtre de Shélyn, je suis sur qu’il pourra faire quelque chose pour te remettre totalement d’aplomb.
- Shélyn? Un dieu d’amour ici? Ce n’est aucunement sa place. Pas plus que la Plaie du Monde n’est un lieu pour toi.
- Merci pour ce conseil non sollicité mais au contraire : je ne serai pas digne d’être prêtresse si je reculais devant une plaie, aussi grande soit-elle. »


Ceci dit, Athiel l’entraina sans lui demander davantage son avis, il n’avait qu’à chercher ses falcata plus tard. Aërys était éberlué et Lothor hilare.

« Est-ce bien la même Athiel qui est partie avec nous du Kyonin? demanda Aërys en plaisantant.
- Je me demande la même chose pour Silure... Mais oui, c’est bien elle! Elle a changé. Tu es juste trop accaparé par la démonologie, la magie et les combats pour t'en rendre compte »"[/i]

Aërys eut un regard un peu triste que remarqua Lothor, impassible. Le prince sentit que son ami avait perçu son trouble mais ne développa pas, comme c’était presque toujours le cas chez les elfes qui ne se confiaient pour ainsi dire jamais et changea de sujet.

« Silure a décidé de faire fi de toute... bienséance.Tu as déjà du remarquer que les paladins et les barbares étaient particulièrement fiers et prompts à défendre leur honneur. Peux-tu?
- Oui, je vais le surveiller. »


Tandis que Lothor alla rejoindre Silure pour prévenir tout accrochage, Aërys alla trouver Edwyn Orwik, le vieil humain mage spécialiste de la démonologie, l’homme qui avait regroupé sa vie durant un savoir encyclopédique sur la démonologie au point d’ouvrir un librarium.

Il le retrouva avec Reyan qui n’avait pas ménagé ses efforts depuis le départ de Kenabrès et décida de différer ses questions au vieux mage au lendemain pour lui laisser une première vraie nuit paisible pour se remettre.

Réfléchissant à son propre destin et ses propres desseins, Aërys alla s’asseoir en surplomb, non loin de l’Epée de Valor pour méditer sur le défilé d’hommes et de femmes qui saluaient la relique fièrement dressée.

***

Le général Zacknamaël Kantaria passa près de lui et s’arrêta un instant.

« C’était une bonne idée de ne pas hisser tout de suite la bannière en haut des remparts. »

Aërys le remercia d’un maigre sourire avant de répondre que des moments comme celui-là étaient bien plus forts que le souvenir de l’éxécution de Nurah, la conseillère traitresse de la reine Galfrey. Les deux hommes gardèrent le silence un instant en regardant l’Epée de Valor. L’elfe reprit comme pour lui même.

« Je me demande à quel point Nurah n’avait pas orchestré jusqu’à son exécution. Les templiers du labyrinthe d’ivoire nous connaissent, je suis convaincu qu’ils sont toujours présents et anticipent nos mouvements…
- Nous? »
demanda Zack sans attendre de réponse. « Cette croisade sera la dernière. Et les paladins ne se battent plus seuls désormais.
- Oui… Et n'oublions pas Alienor. »


De l'humour? Oui et non. Les deux hommes sourirent un moment en songeant à l’épatante et l’inarretable halfling. Le paladin de Ragathiel reprit :

« Ali… exactement. Et que ça me plaise ou non, je sais qu’elle sera là jusqu’au bout : reprendre Drezen n’est que le début.
- Oui. J’ai un sentiment étrange… Cela m’a paru trop facile. Je suis sur qu’il y’a autre chose mais je n’arrive pas à voir quoi. J’ai longuement étudié les démons et mener un assaut sur Kenabrès aussi organisé n’est pas le seul fait de créatures comme Koramzadeh. Il y’a à l’oeuvre des intelligences supérieures. L’ennemi à un plan.
- Et nous l’arrêterons.
- Nous?
- Je combats ceux qui ont les armes. Il y’a de la place pour qui est capable de combattre ceux qui ont les idées. »


***

Les heures passèrent et cette fois, ce fut Silure qui vint le trouver.

« Quel est cet étendard? demanda le guerrier.
- C’est une bannière sacrée de Iomedäe trop longtemps perdue, une relique capable de contrer certains des pouvoirs des démons.
- Tu as bien appris ta leçon. Mais je vois que tu portes un insigne représentant le blason du Mendev. Quelle est cette farce?"


Aërys n'en croyait pas ses oreilles. Qu'était-il arrivé à Silure pour qu'il devienne aussi froid à son égard?

" Ce n'est pas une farce mais un grand honneur que m'a fait La reine Galfrey en me me nommer protecteur du Mendev, ainsi que quatre autres personnes après avoir détruit la Pierre de Garde de Kenabrès."
- Protecteur du Mendev, destructeur d’une Pierre de Garde… Et dire que ta propre mère est grande prêtresse d’Isaël. Tu perds le sens de la réalité, mais ce n’est pas une découverte pour moi : tu n’as pas ce qu’il faut pour hériter de la charge de la Pierre Sovyrienne.
- Pourquoi ai-je l’impression d’entendre la voix du Conseil d’Hiver? »
demanda Aërys en refusant de céder à la provocation.

Il faisait référence au groupuscule traditionaliste réuni sous cette appellation depuis le retour des elfes sur Golarion. Ceux-ci était actuellement une sérieuse épine dans le pied de la reine progressiste Telandia Edasseril, lui reprochant les liens avec les autres peuples et pays. La famille Sirindor, historiquement proche d’elle et de ses aïeux, partageait ses idées et commerçait d’ailleurs avec succès avec des nains de la Montagne des Cinq Rois. Ils avaient aussi joué un rôle majeur dans l’octroi du village d’Omesta à une grande communauté gnome. Mais depuis des générations, le Conseil d’Hiver oeuvrait pour faire retirer aux Sirindor la possession du portail secret qui permettait l’accès au monde invisible de Sovyrian, l’ultime refuge elfique inviolé.

Silure n’acquiesça ni ne nia à l’allusion d’Aërys et se contenta de pincer les lèvres. Aërys commença à imaginer qu'il n'avait brigué la place enviée d'Epée-Lige des Sirindor que pour mettre la main sur le portail vers Sovyrian et se dit à juste titre qu'il n'était pas être au bout de ses surprises avec le chevalier elfe. Puisque Silure tombait le masque, autant en savoir plus.

« J'avoue que j'ai eu du mal à croire que tu puisses être du nombre des prisonniers, alors que tu es un des plus fiers chevaliers du Kyonin. Comment se fait-il qu'un guerrier tel que toi ait été capturé?
- Le fait que j’ignorais que le Mendev allait se décider à venir dans la Plaie du Monde. Alors, à défaut...»


Aërys blêmit en comprenant le stratagème de Silure qui enfonça le clou.

« Je sais pourquoi tu es ici et contempler un bout de tissu qui flotte sans vent pendant des heures ne me trompera pas. Cependant, je commence à croire que porter un insigne et quelques victoires contre des bêtes à cornes donne un sens à ta vie. Libre à toi de la perdre et d’entrainer Lothor et Athiel dans ta chute...
- ...Tu ne peux pas dire ça, je n’ai pas souhaité qu’ils viennent dans la Plaie du Monde !
- Nier n’empêche pas les faits d’exister, prince...
- ...Les faits?
s'emporta Aërys. Les faits sont que si l’on ne fait rien, c’est tout Golarion qui sera menacé !
- Ce que je vois, c’est un duel jamais mené à son terme entre la Plaie du Monde et cette nation que tu accroches à ton col. J’ai eu le temps des les connaitre et de les écouter, les uns comme les autres. Leur existence n’a pas de sens sans le camp opposé, c’est leur raison d’être et personne ne veut vraiment en terminer.
- C’est insensé, tu ne sais pas ce que tu dis…
- ...Ce que je dis est ce que je sais. Mais qui s'en soucie? Ce que je sais, c’est que le véritable et premier héritier Sirindor se trouve quelque part ici.»


Aërys sentit le sol se dérober sous ses pieds.

Croyais-tu que personne ne verrait ses lettres? poursuivi Silure. Je le ramènerai au Kyonin de gré ou de force, là où est son devoir, pendant que tu poursuis tes chimères.
- Il existe toujours quelque part une personne que tu ne peux pas battre, même pour quelqu’un comme toi.
- Il n’y a personne comme moi. Et contrairement à toi, je n’ai pas de rêves, j’ai des objectifs. »


Le mage passa encore de nombreuses heures au même endroit. Silure était expérimenté et risquait bien de retrouver Siryë avant lui. Mais quand bien même, le chevalier implacable se trompait s'il croyait pouvoir contraindre un esprit aussi fier et libre...

***

Dans la journée, beaucoup vinrent trouver Aërys. Des humains remerciant chaleureusement. Des paladins saluant la clairvoyance de la reine Galfrey qui avait su constituer un groupe capable de tous les exploits.

Ali vint lui proposer de « venir manger même si bon, d’accord, tu manges plus beaucoup mais manger c’est pas seulement manger, c’est aussi s’asseoir avec des amis enfin là aussi tu es assis et je suis ton amie et… ». Aêrys l’embrassa sur le front et la remercia en ajoutant qu’il ne serait jamais arrivé jusqu’ici sans elle.

***

Xéna avança à pas lents. Si elle venait jusqu'à lui, c'était vraiment pour faire plaisir à Ali. Ou pour qu'elle la laisse en paix... probablement plus la seconde raison que la première si elle était honnête envers elle-même.
Elle ne mit pas longtemps à trouver Aerys.
Assis près de la bannière depuis de longues heures à présent, presque la moitié du campement savait où le trouver.
Elle approcha d'un pas souple et silencieux.

Elle pouvait discerner ses traits, soucieux et son regard lointain.
C'était peut-être la première fois qu'elle décelait chez l'elfe un semblant d'expression. Sans ses oreilles en pointe, il aurait presque pu être.. humain. Cette image la fit sourire intérieurement, songeant qu'elle devrait probablement déplaire au prince.

Le fait qu'il ne l'entende arriver qu'au dernier moment confirma les soupçons de la jeune femme. Sa préoccupation semblait réelle.

"- Xéna... que puis-je pour toi?
- Pour moi? Rien. C'est Ali qui te demande de venir au banquet.
- Oui, le banquet.... Tu veux t'asseoir un moment?"

Xéna leva un sourcil devant une question si inattendue. Son premier geste fut de décliner mais l'attitude peu habituelle d'Aerys poussa sa curiosité.

Le silence retomba. Aerys semblait de nouveau perdu dans ses pensées. Xéna l'observa du coin de l'oeil. C'était la première fois qu'ils se trouvaient seuls, ressemblants presque à deux bons vieux amis se souvenant du passé.

"-Qu'est-ce qui ne va pas?" finit-elle par demander.
- C'est une journée... étrange.
- Pour quelqu'un qui vient de retrouver l'un des siens, tu ne sautes pas de joie pourtant.
- Silure. Oui, bien sur que je suis content qu'il soit en vie même... si je ne saute pas de joie. Nous sommes ainsi faits, nos visages ne trahissent pas nos sentiments.
" répondit-il tout en dévisageant Xéna.

C'était la première fois qu'il la voyait d'aussi près et son regard ne pouvait s'empêcher d'observer dans un mélange de curiosité et d'attirance les reflets métalliques de sa peau.

Consciemment ou non, il porta la main sur le bras de la jeune femme, effleurant le mithral, métal si précieux chez les siens.
" C'est étonnant comme la maille elfique à l'air d'une seconde peau sur toi"

Athiel, accompagnée de Lothor, était en train d’approcher vers Aërys, envoyée elle aussi par Aliénor Sonnocolline pour qu’il ne manque personne au grand banquet en l’honneur des héros. Elle stoppa net devant la scène.

« Qu’y a t’il?, demanda Lothor.
- Il est bien là... avec elle. C’est la barbare, n’est ce pas?
- Oui. Mais ne t’inquiètes pas, nous pouvons les déranger. Regarde-les, ils ne font pas un conseil de guerre. Je sais bien qu’on la dit très dangereuse, mais nous sommes dans le même camp, tu sais ».


Athiel aurait préféré ne pas les voir ainsi, ne pas entendre cette dernière phrase d'Aërys portée par le vent.
Le coeur serré, elle fit demi-tour, lâchant avec amertume:

« Je connais l’histoire d’Aërys. Je sais qu’il a un faible pour les humaines dangereuses. »
Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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Re : Chap. 8 : Vivre ou mourir
« Réponse #3 le: octobre 23, 2015, 17:41:32 pm »
DREZEN
(4 sur 4)


Aërys n'était pas le seul absent au début du banquet. Edwyn Orwik n'était pas là car la magie divine l’avait soigné mais pas totalement guéri. Quand on appris que Tobias était à son chevet, certains affichaient un regard méfiant. Reyan voulu rejoindre rapidement le vieux mage, mais Randall Aminis le conjura de rester encore un peu à ses cotés. Le retour à la vie, au partage allait demander un peu de temps au jeune noble. Plusieurs soldats vinrent le saluer le jeune homme car ils avaient entendu comment il avait mené la révolte des prisonniers, seulement armée d’os élimés. Randal apprécia le bain de foule mais en fut un peu gêné. Il essaya cependant de n’en rien montrer car d’illustres paladins étaient présents. Mû par un sens de l’honneur qui grandissait de plus en plus en lui, il chercha en vain le guerrier elfe pour lui rendre l’hommage qui lui revenait.


***

Le soir venu, Xena eut enfin un moment de calme. Elle avait fait un immense effort pour faire une apparition au banquet mais profita de la première occasion pour sortir d’un pas inaudible. Mais ce n’était pas de calme qu’elle avait besoin. Ce qu’elle voulait, c’était céder à la colère. La mort est une chose sacrée avec laquelle on ne doit pas jouer. Aucun prêtre barbare ne se risquerait à prier un tel acte. Quelqu’un, quelque chose avait ramené son frère, pourtant  mort sous ses yeux deux ans auparavant. Sinon, comment expliquer cette double hache quasiment neuve qui portait la signature caractéristique de Karl? Suivant un instinct meurtrier, elle fit faire un arc de cercle parfait à la double hache. Xena retint son geste au dernier moment, sauvant le barbare qui venait d’approcher trop près d’elle et sans bruit d’une amputation de son bras d’épée. Elle laissa exploser sa colère :

«  Est-tu fou d’approcher ainsi? Voulait-tu que je te tue?
- Mais… Je t’ai appelé et tu ne répondais pas. »


Xena se rappela comment elle avait manqué de tuer Zack. Elle inspira profondément pour contrôler sa fureur et l’interrogea les dents serrées.

« Que me veux-tu? Parles et vas-t’en.
- Je voulais que tu me dises quand nous reprendrions nos terres. Drezen est dans le Sarkaris mais on sait tous que ce n'est pas à nous... »


***



Silure Ciryaceïal avait arpenté les rangs des ennemis décimés et pesta contre sa bêtise en réalisant qu’il cherchait au mauvais endroit. Il chercha du coté des vainqueurs et finit par trouver ses falcata à la ceinture d’un barbare massif dont la moitié supérieure du visage était noircie à la suie. Il alla directement vers lui en ignorant les regards des autres barbares du clan des terres brulés qui n’appréciaient pas d’être ainsi importunés.

« Ce sont mes armes que tu portes.
- Non, ce sont les miennes. Je les ai gagnées au combat. Maintenant, vas-t’en avant que je ne t’écrase. »


La bravade fit ricaner les autres barbares à coeur joie. Silure sembla prendre maintenant conscience de leur présence mais pas de leur nombre quand il leur demanda avec dédain : « Et vous êtes? »

L’on répondit avec fierté appartenir au clan des Terres Brulées. Le fait est que Silure s’en fichait. Sa question n’en était pas vraiment une mais plutôt une façon d’exprimer que les autres feraient bien de rester à l’écart. Il se tourna à nouveau vers l’actuel propriétaire de ses armes, parlant maintenant d’une voix plus basse, presque doucereuse.

« Les terres brulées… Tu n’as pas bien prêté attention, je crois. Je suis disposé à mettre tes mots sur le compte de ton orgueil. Après tout, seuls les pitres et les singes sollicitent l’applaudissement. »

Même si l’elfe parlait de façon singulière, il ne faisait guère de doute qu’il n’avait pas compris l’avertissement et qu’il cherchait querelle. Le barbare se redressa de tout sa stature et prit sa gigantesque masse.

« Je t’aurais prévenu. C’est toi qui n’écoute pas. Tes coupes-feuillages, tu peux les oublier. Je vais te laisser la vie sauve mais pas sans t’avoir refait le portrait.
- D’abord, tu vas essayer. Toi contre moi. »


Le barbare ne répondit pas mais sa mâchoire serrée promettait une raclée mémorable. Il s’apprêtait à donner à l’elfe ses armes pour le duel mais Silure l’arrêta.

« Non, je t’en prie. Ne gâche pas les règles : je vais faire comme toi, je vais les gagner au combat.
- Et avec quoi?
- Avoir des armes de prédilection n’interdit pas d’avoir un peu de sens pratique. »


Silure s’approcha calmement du feu, frotta ses mains avec de la terre séchée et s’empara de deux morceaux de bois rougis par les flammes par le coté le moins brûlé. Le contact chaud le fit tressaillir et il expira lentement pour contrôler la douleur.

« Voilà qui ravigore. Tu es chanceux, ce n’est pas très agréable alors on va faire ça vite, en prenant quand même le temps de te parfaire tes tatouages. Ton nom, je te prie. »

***

« Général. Je me demandais… »

Zacknamaël tourna la tête pour avoir la bonne surprise de voir Athiel-Herenor, la superbe prêtresse elfe, qui lorgnait une chaise vide à ses cotés.

« Zack suffira, ou Zacknamaël. Laissons le général se reposer pour ce soir, répondit-il en l'invitant à s'asseoir.
- Zacknamaël… ça sonne elfique.
- On m'a dit que c'était d'origine angélique. Les elfes seraient-ils des anges?»
demanda-t'il en décrochant un de ses rares sourires.

Athiel ne put cacher le rouge qui lui montait aux joues. Dépassant sa gêne, elle le dévisagea, regarda sa bouche, sa mâchoire, son profil arrogant et son cou épais. Le trouble qu’elle avait ressenti quand elle avait accompagné Aërys saluer les signataires du pacte d’alliance se confirmait. Elle sentit son coeur battre un peu plus fort.

« Alors, que vous demandiez-vous?
- Oui… Je… J’ai assisté à ta punition à Kenabrès... oh, je ne m'y ferais jamais. Désolé, le "vous" n'existe pas en elfique...


Zacknamaël ne répondit pas et ce qui la plongeait davantage dans l'embarras.

"Je... je me demandais si tu étais totalement guéri. Des blessures profondes peuvent rester douloureuses. Enfin, je... je m'en préoccupe en tant que prêtresse..." [/i]

Zacknamaël gardait le silence en admirant son visage encadré par de long cheveux blonds coulants sur ses épaules délicates. Il connaissait ce parfum: il lui plaisait. Elle passa sa langue sur sa lèvre inférieure pendant qu’elle était paralysée par l’intensité de son regard. Le paladin lui sourit simplement. Il savait ce qu'elle désirait sans le dire et le lui donnerait.

Un peu plus tard, Zack et Athiel quittèrent le banquet sous le regard ahuri d’Aliénor qui paraissait la seule à comprendre ce qui était en train de se tramer. Elle s’était tortillée sur son banc, toussant à chaque fois un peu plus fort quand les allusions devenaient de plus en plus équivoques. Il s’en était fallu de peu que son pied droit, un magnifique quarante-quatre et demi atteigne le genou de Zack.  Catastrophée, elle se rappela qu’elle avait dépêché à peu près huit personnes pour ramener Aërys à la table du banquet : il ne fallait surtout plus qu’il vienne ! C’est Freerick qui la calma en lui prenant la main avec tendresse.

« Mon coeur. Tu t’occupes de tout le monde si souvent. Accordes-nous un peu de temps… Nous pourrions… prier Shelyn ensemble, comme mari et femme. ». Il était si beau et si charmant qu’elle en oublia tout le reste.

Beaucoup moins démonstratif, il y’avait quelqu'un d’autre qui goutait peu le manège opéré entre Zack et Athiel. Comme si cela ne suffisait pas, deux paladins passablement éméchés assis non loin commentaient grivoisement et en choeur la sortie de leur général en bonne compagnie.

« Aux armes citoyens!
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons.
Qu’une épée dure
Abreuve nos sillons.

Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé
Contre toi au fond du lit
L’étendard conquérant est levé… »


Lothor avait déjà entendu cette version alternative d’un célèbre chant militaire au Coeur de la Couronne lors des libations qui avait suivi l’union des deux halflings mais ce soir, cette chanson avait un goût très amer. Le regard qu’il leur lança fut sans effet et la réponse de l’un d’eux « t’es pas mon genre » allait le faire exploser sous peu.

Ce fut Apolline qui intervint avant qu’il ne soit trop tard en leur ordonnant de sortir et d’aller plonger la tête dans un baquet d’eau froide.

« Ne fais pas attention à eux. Et puis... Il faut bien admettre que votre prêtresse ne laisse pas indifférent et a été fort gâtée par la nature. Tout le monde est d'accord sur ce point. Le truc, c'est qu'on l'a croyait très proche de votre prince mage. On est en droit d'être surpris... »

Lothor se détendit à peine, jetant un dernier regard en direction de la sortie qu’Athiel avait emprunté avec le paladin, ce qui fit dire à Apolline que les femmes pardonnent parfois à celui qui brusque l'occasion, rarement à celui qui la manque.

"Voila une citation humaine qu'Aërys ne doit pas connaitre, répondit Lothor avec une pointe d'agacement.
- La deuxième partie est pour lui, tu peux garder la première pour toi."

Elle s’essaya à coté de lui sans lui demander son avis et reprit :

« Allez, on se détend… C'est que les elfes sont une denrée rare par ici. » ajouta t’elle en lui tendant à boire, ce qu’il accepta après un moment d’hésitation.

Quelques gorgées de bières eurent un effet bénéfique et il retrouva son caractère avenant.

« Un denrée rare? Je suis d'accord cependant nos effectifs viennent d’augmenter…
- Le guerrier elfe? Je l’ai vu poser des questions et je n’aime pas beaucoup ses manières. S’il pose des problèmes, je lui arrache la tête et je lui chie dans le cou. »


L’expression de Lothor valait son pesant d’or. La surprise passée, il eut les yeux pétillants en trinquant à nouveau avec la paladine de Ragathiel qu'il appréciait de plus en plus. Apolline lança un bref regard vers Deliah, d’un regard qui avait un air de je l’ai vu en premier. Elle lui prit son verre des mains pour le remettre sur la table, puis le regardant avec avidité, posa sa main sur le haut de la cuisse de l’elfe.

« Tu t’es bien battu aujourd’hui. Dis moi qu’il te reste encore des forces. »
« Modifié: octobre 25, 2015, 20:18:19 pm par Valaar »
Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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