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102285 Messages dans 7473 Sujets par 814 Membres - Dernier membre: Cakela août 18, 2019, 12:41:45 pm
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Dorothée  |  Livre I – L’Invasion de la Plaie du Monde (Modérateur: Dorothée)  |  Chap. 7 : Les mauvaises herbes.
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Auteur Sujet: Chap. 7 : Les mauvaises herbes.  (Lu 594 fois)

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Hors ligne Valaar

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Chap. 7 : Les mauvaises herbes.
« le: septembre 30, 2015, 00:46:12 am »
  [En vert : traduit de l'elfique]
 
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Dans sa manoeuvre pour parer l’attaque qui viendrait sur son flanc gauche et riposter, le paladin eut la surprise de ne rencontrer que le vide. Déséquilibré, il avanca plus qu’il ne l’aurait voulu et découvrit que la fine lame étincelante de son adversaire était déjà sous sa gorge. Il se redressa aussitôt pour reprendre le combat d’entrainement contre Lothor Valu-quelque chose mais les regards chagrins des paladins autour d’eux étaient sans appel : il avait perdu le duel.

Osmund s’essuya le front en s’adressant à l’elfe chante-lame.

« Tu as triché… Tu utilises de la magie en même temps que tu te bats.
- Du peu que je connais tes semblables, paladin, rien ne m'a donné à croire que vous préfériez un partenaire qui se retient. Et puis, te soigner pendant le combat, divin ou profane, ce n’est pas moins magique, il me semble
répondit l’elfe en souriant.
- Ca va, tu as gagné.
- Non, j’ai appris. »


Le paladin sourit à son tour et lui fit un signe de tête en direction du tonnelet.

« On a le droit à un chope par jour mais je partage avec toi. »

Mais alors qu’ils avançaient vers une saveur bien méritée, une voix s’éleva : « A mon tour, l’elfe ! » Un autre paladin s’était avancé vers le centre de l’arène improvisée.

Lothor étudia son expression et celles des personnes présentes avant de répondre en écartant les mains d’un air affligé.

«  Je dois décliner car je suis exténué. Et comme vous ne voudriez pas d’un combat déloyal…
- Demain alors, le coupa le colosse.
- Soit. »


Le nouveau venu toisa l’elfe de toute sa morgue avant de retourner vers son petit groupe. Las d’attendre, Osmund interpella Lothor qui le regardait le colosse s'éloigner. « Viens donc boire avant que je ne change d’avis. »

Citer
Se concentrer. Compter. Soupeser. Viens donc boire avant que je ne change d’avis. Son prochain adversaire pesait dans les cent quatre vingt livres plus une cinquantaine d’armure et encore vingt  d’armement. Voir. Presque six pas pour faire quatre mètres. Viens donc boire. Le bras gauche plus lourd que le droit à cause de l’écu d’acier. Il va le plier. Le buste légèrement penché à droite pour compenser. Avant que je ne change d’avis. Le dos large, signe d’une grande endurance. Ecourter le combat. Les pièces d’armures trop grandes protégeant l'épaule droite limite l’amplitude de ses mouvements. Je ne crois pas…

« Hé ! Tu m’écoutes? » Lothor sursauta quand Osmund lui poussa l’épaule. Il jeta un coup d’oeil pour voir à qui appartenait la voix féminine, la dernière qu’il venait d’entendre qui avait dit "je ne crois pas" et accompagna le paladin vers le tonnelet.

« Lothor, c’est ça? Moi, c’est Osmund. Dis-moi, c’était quoi ça "je suis exténué" lors que je te vois pas transpirer? »

L’elfe se contenta de répondre d’un sourire qui admettait avoir quelque peu déformé la vérité et trinqua avec son partenaire d’entrainement, plaisantant avec lui tout en tendant l’oreille vers le groupe du butor…

« Maudit elfe. Pour qui se prennent-ils?
- T’as raison. Il a qu’à se barrer avec son prince. Et ils peuvent laisser la prêtresse, j’ai des bijoux qui ont besoin de soins : les plus beaux de Golarion, ouais.
- Elle aussi, elle devrait ravaler son arrogance!
- Qu’est ce que tu racontes, Bergan? Tout ceux qui lui ont parlé en disent que du bien…
- Du bien? Ou étais-tu, toi, pendant l’attaque de Kenabres, hein? Je les ai vu se pavaner sur l’estrade d’honneur. Ils n’ont rien fait pour sauver Hulrun alors qu’ils étaient à coté de lui. Et le petit duc non plus d’ailleurs. Tu trouves pas ça bizarre, toi. Le plus grand inquisiteur de l’histoire périt et De Kercyan se révèle être un sorcier. De là à ce qu’ils soient de mèche…
- Heu… Tu es sûr de toi?
- Si je suis sûr? S’il y’a une qualité dont les elfes ne manquent pas, c’est la lâcheté. Ils étaient où quand la Pierre d’Etoile est tombé sur l’Avistan, quand la plaie du Monde s’est ouverte, hein?
- Je sais pas, quelque part.
- Dans un autre plan, je te dis. Comme depuis notre départ de Kenabrès. J’ai entendu que dans leur tente, ils grimpaient à une corde qui tenait dans le vide et qu’ils disparaissaient une fois en haut. Tiens, y’a même De Kercyan qui y disparait souvent avec eux…"


Osmund vit une ombre passagère sur le visage de l’elfe.

« Une autre chope ?
- * sourire* Tu n'avais dit que c’était une par jour?
- Je sais. Disons que je prends une avance sur demain! Et puis, c’est pas le jeune duc en charge de l’intendance qui va objecter, il est aux arrêts… Une vague histoire d’insubordination mais on cherche pas trop à savoir vu les derniers paladins convoqués à la tente de commandement ont été mis à pied et ont écopés de tâches ingrates.
- Et qu’en penses-tu? Est-ce injuste?
- Ha ha, au contraire. Si nous étions en campagne militaire sous le commandement d’Hulrun Shapok, tu aurais une vision autrement plus précise de la sévérité et de la discipline poussée à l’extrême. Tiens, on serait peut-être pas en train de faire front commun avec les barbares à l’heure qu’il est. Remarque, vous ne seriez peut-être pas là non plus… »


« Eloignez-vous des tonneaux », ordonna une voie moins grave que la moyenne.

L’annonce jeta un froid et Osmund haussa les yeux aux ciel en murmurant à l’elfe « Et dire qu’on aurait pu s’en jeter un deuxième… Si seulement vous autres n’étiez pas aussi long à prendre une décision. » avant de se tourner vers le nouveau venu.

Selon le grade, certains saluèrent Freerick Toupied, le paladin halfling de Shelyn qui s’arrêta à hauteur de la jeune femme dont Lothor avait entendu le pronostic en sa faveur.

«  Déliah.
- Freerick. Depuis quand un paladin de Shélyn apporte les mauvaises nouvelles? Un nouveau serrage de boulons du général?
- Même pas. On économise… Jusqu’à ce soir. »


Un murmure approbateur parcouru l’assemblée des paladins.

« Oui, car ce soir, le géneral Kantaria va renouveler le pacte avec les barbares.» Freerick ne leur laissait pas le temps de réfléchir à ce qu’il venait de dire.« Et il sera pas dit que nous, qui portons l’insigne honneur d’être le fer de lance de la cinquième croisade, ne savons pas boire. Y’a t’il quelqu’un qui voudrait me faire mentir?! »

« Freerick porte-bonheur ! » lança un paladin rapidement repris par les autres. Le halfling n’avait pas son pareil pour apporter de la joie dans les troupes. Et il arriva ce qui devait arriver. Les paladins savaient qu’il ne supportait qu’on touche à ses cheveux mais ils profitèrent de leurs surnombres pour l’encercler et l'ébouriffer comme un signe de chance.

Quand la vague humaine fut passée et dispersée, il n’était plus que tout les deux, Delia et Freerick. Ou peut-être trois, si on considerait Lothor resté à quelques mètres d’eux, ce qui devait être le cas du halfing qui le regardait avec insistance : soit l'elfe ne comprenait pas qu’il dérangeait soit il le faisait exprès.

« Quoi? demanda Freerick agacé en voyant le sourire amusé de Lothor.
- Oh pas grand chose. répondit-il avant de désigner les paladins qui s’éloignaient. Je les entendaient juste dire qu’ils avaient les mains qui sentaient la groseille et le lilas…
- Moi aussi j’ai entendu
, lâcha le halfling un rien agacé.
- Je me demandais aussi. »

Lothor salua Freerick et Déliah avant de les laisser vraiment seuls.

« Trois halfling pour trois elfes, commenta la paladine de Iomedaë.
- Et alors?
- Pas de minorité visible, c’est un hasard?
- C’est pas la taille qui compte. »


Déliah quitta son sérieux pour rire de bon coeur.

« Bourreau des coeurs, va.
- Alors, chère amie, comment vas-tu? Ce ne dois pas être très évident des retrouvailles dans ses conditions…»


Tardant à répondre, elle reprit en changeant de sujet :

« Ces elfes, celui là en particulier… Il voit des choses, c’est un bon observateur, tu aurais du voir ça. Pourquoi ne pas le convier à la tente de commandement?
- J’ai déjà eu l'occasion d'aborder le sujet avec Zack. De ce que j’ai compris, le prince elfe a convenu avec lui qu'il ne faisait pas partie de ce convoi en tant que soldat.
- Et?
- Et ça n'en fait pas moins reste un protecteur du Mendev selon la décision de notre reine.
- La clairvoyance, tu veux dire.
- Ha ! Bon, après tout... du moment qu’il fait ce qu’il faut comme faire tomber cette tempête de neige au guet qu'on a repris, moi, ça me va.
- Quand même... Un prince sans cortège dans la plaie du Monde. Curieux...
- Du moment qu’il fait ce qu’il faut.
- Là, ce n’est plus de toi.
- Ah bon?

* silence *
- Dis-moi, Freerick, comment va-t’il?
- Il ne le dira jamais mais je crois qu'il a besoin de soutien. Echouer est interdit et…
- Seuls les dieux nous jugeront,
coupa Deliah.
- Seuls les dieux nous jugeront." répondit le halfling.

***

Lothor Valunumyë retrouva Aërys Sirindor et Athiel Herenor étudiant sous la tente et fut surpris de ne pas voir la corde enchantée à la verticale.

« Pourquoi n’êtes-vous pas dans l’espace dimensionnel? demanda t’il.
- J’ai épuisé mes ressources magiques cette nuit et c’était… incroyable ! répondit Aërys.
- Oh oui, Lothor, écoutes cela. intervint Athiel avec enthousiasme. Aërys a atteint l’Elévation : il ne faisait plus qu’un avec notre déesse Isaël-Elendaël. Il produisait lui-même la magie sans puiser dans le voile environnant !
- C’est vrai?
demanda Lothor.
- J’essaie de le comprendre moi-même. Cela est la conséquence de l’énergie de la Pierre de Garde et des forces mythiques qui la nourrissaient.
- Tout est lié, prince Aërys. Gemmes et magie, sagesse et pouvoir. Indissociables et révélés.
- Athiel doit avoir raison, Aërys.»


Le prince elfe sourit avec émotion, dans un mélange de fierté et d’humilité. Il prit les mains d’Athiel et de Lothor qui avaient décider de rester avec lui, au delà de la mission de recherches qui ne devaient pas dépasser le périmètre suffisamment documenté de Kenabrès.

« Nous trouverons, mes amis. Nous trouverons le moyen de débarrasser le Kyonin de Fléau des Arbres car notre terre sacré doit être purifiée. Loué soit Isaël-Elendaël.
- Loué soit Isaël-Elendaël»
, répondirent-ils en coeur à l’enthousiasme contagieux du prince.

Aërys fit un signe imperceptible à Athiel qui inspira avec sérénité après lui avoir rendu un sourire paisible. Le tour de cou sacré qu’elle portait commença à luire, sa surface en apparence d’argent martelé changea de couleur en plusieurs endroits, dessinant des agathes, des améthystes, des rubis, des émeraudes, des saphirs, des topazes et des grenats. Une brise se leva dans la tente. Tournoyante, elle dessinait une pluie fine de gouttelettes scintillantes qui semblaient trouver leur naissance dans les fins cheveux blonds flottant autour du visage angélique et radieux de la prêtresse. Sa voix douce et mélodieuse s’immisça dans leurs coeurs et leurs esprits :

« Que le souffle de la vie,
Et la lumière de nos esprits,
Créent pour nous cet enchantement,
Protecteur et réconfortant.
Que cette brume dorée,
Soit constamment purifiée,
Et séparée de toute négativité,
Afin que notre espace soit protégé. »


Lothor se concentra pour visualiser la forêt de Fierani sans vraiment y parvenir. Troublé, sa main gauche lâcha la main d’Aërys puis la droite celle d’Athiel et ouvrant les yeux, les vit prolonger leur méditation.

Une fois le charme dissipé, Aërys le regardait avec attention :

« Qu’y a t’il, Lothor? »

Lothor répondit d’un mouvement de tête calme et serein, signifiant que tout allait bien. Sur ce point, Aërys ne fut pas convaincu mais, comme tout elfe respectueux d’un autre elfe, se garda de creuser le sujet qui préoccupait son ami. Ce fut Athiel qui cru comprendre les raisons de son trouble :

« Ton armure. Tu as combattu !
- Ce n’est rien, je me suis juste entrainé.
- Laisses moi te soigner.
- Ce n’est pas nécessaire et je n’ai rien endurer qui ne puisse disparaitre après ma méditation nocturne. Continuez vos recherches : c’est plus important. »


Lothor sortit de la tente, fit quelque pas et portant sa main droite sous son nez fin, inspira en fermant les yeux en visualisant des cheveux d'or et chantonna à voix basse :

« Que soit enchanté l’air que je respire,
Et que s’embrume l’aura enveloppant mon corps,
Afin de chasser ce qui pourrait me nuire,
Et m’entourer d’un nuage d’or. »


Il porta pudiquement le bout de ses doigts à ses lèvres et jeta un regard triste vers la tente.

Le prince était venu au Mendev à la demande de la reine Telandia Edasseril, porteuse de la Couronne Verte. Aërys de la maison Sirindor, l’illustre maison dont la nation elfe soupçonne qu’elle détient, au delà de la connaissance ancestrale de taille des plus magnifiques pierres précieuses, le secret pour regrouper les cristaux de la Pierre Sovyrian, l’ultime refuge et havre de paix de la nation elfe.
Avant même leur départ, Athiel n’avait d’yeux que pour lui mais comment pourrait-il en être autrement? La mère d’Aërys est grande prêtresse d’Isaël comme ses ascendants avant elle et la maison Herenor a élevé Athiel pour qu’elle honore un jour sa famille en rejoignant les Sirindor et la plus haute fonction dans le culte de la déesse de la magie et des joyaux.
Pour les Valunumÿe, voir un de leur fils rejoindre la prestigieuse maison en tant qu'Epée-Lige Protecteur serait un honneur considérable. L’ironie du sort est que depuis la disparition de Silure pour qui la maison Ciryacëial nourrit les même desseins, il pourrait bien accéder à cette charge faute de concurrence.

Depuis leur départ du Kyonin, il a eu le temps de découvrir toute la douceur et la vertu d’Athiel, d’admirer son courage au plus fort de la tourmente...

Leur errance dans la poussière et le chaos de Kenabrès après la disparition d’Aërys et de Silure.
Comment elle avait voulu sauter dans le trou béant du sol ouvert sous le fouet de Koramzadeh après la chute du prince.
Comment il l’en avait empêcher et comment elle lui avait pardonné son intervention même si elle restait persuadée que la déesse ne l’aurait pas laissé mourir d’une telle chute.
Leur fuite obligée devant les séides démoniaques, leur retraite dans une masure abandonnée, encerclés.
Comment elle s’est dressée quand il s’est évanoui, n’ayant plus de souffle sacré pour prier Isaël mais assez de coeur pour combattre avec sa seule lance de lune l'escouade de dretchs qui les harcelaient.
Comment à son réveil, elle était toujours là, faible et blessée, le maintenant en vie tout en priant tout le jour et la nuit pour le secours d’Aërys.
Le jour succéda à la nuit qui succédait au jour et Isaël entendit ses prières, leur donnant à travers Athiel assez de force pour rejoindre le Coeur des Défenseurs.

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Il sait qu’il ne peut rien changer et ne peut rien y faire. Elle est promise au prince, qui est non seulement meilleur que lui en magie et en connaissance encyclopédique sur les gemmes mais maintenant investi d’un pouvoir quasi-divin. Aucune once de jalousie ne naissait en lui, simplement une peine avec lequel il devrait vivre. Le plus important était devant : aider Aërys à découvrir comment vaincre Fleau des Arbres pour qu’Athiel, sa famille, son peuple, sa nation, puisse profiter de ce qui est leur, débarassé de la moindre putréfaction démoniaque. Et s’il ne trouvait pas son âme-soeur dans cette vie, il l’a trouverait nécessairement dans la suivante.

Plus silencieuse qu’à l’accoutumée, une grive était perchée sur le haut d’une grande tente et regardait Lothor en penchant vivement la tête dans un sens puis dans l’autre.

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***

Le soir vint et le programme annoncé tint ses promesses. Les outres de vins des chefs firent le tour du campement en rangs concentriques s’élargissant.

Aërys demanda à Athiel et Lothor de l’accompagner saluer les trois signataires par le sang du pacte païen. Athiel eut sur le coup un mauvais pressentiment qu’elle ne s'expliquait pas et demanda au prince la raison de cet initiative : Puisque les humains prononcaient ce soir des serments, Aërys voulait inviter les barbares à rendre la pareille au Mendev après la très espérée victoire contre la Plaie du Monde en aidant à leur tour leur voisin à débarrasser le Lac des Brumes et des Voiles des séides de Deskari qu’Aroden avait repoussé jusque là.

« Mais n’aviez-vous pas dit que vous ne parliez pas en tant que porte-parole du Kyonin? demanda Lothor.
- Si fait. C’est plutôt une sollicitude en tant que protecteur du Mendev. Qui plus est, les hommes ont une faible mémoire malgré leur coeur enthousiaste. Si la coalition l’emporte, il faudra peu de temps avant que les mendéviens reprochent aux barbares du Sarkaris le nombre de leur perte humaine. La fraternité n’est pas qu’un affaire de corporation comme le pratique les paladins sous une même bannière. »

Lothor et Athiel échangèrent un regard intrigué auquel répondit Aërys « Aliénor vous expliquera» avant de commencer la progression au milieu des rangs.

***

Pendant qu’Aërys exprimait ses suggestions au trio de chefs, Lothor hésita longuement à dire à la barbare nommée Xena ce dont il voulait l’entretenir. Son regard glissa sur sa gorge et ses bras comme s’il essayait de deviner si l’aspect métallique de sa peau était une peinture. Elle dégageait quelque chose d’indéfinissable et de troublant qui attisait sa curiosité. De l’autre coté d’Aërys, Athiel avait le souffle court et semblait troublée. Une fois les elfes éloignés du centre des attentions, elle demanda à retourner dans la tente alors que pour une fois, Aërys était disposé à faire passer en second les études approfondies et forcenés de la magie et de la démonologie.

Lothor les accompagna un moment en direction de la tente de la délégation elfique puis annonça qu’il les rejoindrait plus tard. Avant qu'il ne parte, Aërys lui demanda d’inviter Reyan de Kercyan à le retrouver s’il le voulait bien.

Lothor revint sur le lieux des festivités et vit les barbares quitter le campement et partir assurer seuls la garde et la défense de l’armée. Il aperçu de l'autre coté le duc Reyan assis, désormais sans liens d'entrave dans la foule mais le perdit de vue en s'approchant, croisant la jeune Aliénor qui elle aussi le cherchait activement.

Puis Lothor se fit discret contre une tente et assista au vibrant serment des paladins jurant vengeance suite à l’exhortation inspirée de Zacknamaël en nommant bien des figures : Ragathiel, Iomedaë, Shélyn et la reine Galfrey.

Vengeance… Une lame sans poignée pour les esprits instables, songea t’il en observant l’expression galvanisée du dénommé Bergan qu'il devrait affronter au matin.

Rentrant à la tente, il trouva Aërys travaillant seul car Athiel était déjà en méditation réparatrice. Il insista pour qu’Aërys fasse de même pour l’instant, sachant très bien que le prince serait alerte sous très peu de temps bien qu'il ne mangeait et ne buvait presque plus. Il monta la garde dehors pendant que les clameurs commençaient à diminuer et profita de sa vision nocturne pour apprendre et connaitre chaque centimètres carrés de sol brut devant la tente, les légers dénivelés, les creux et les endroits où le lit de la rivière aujourd'hui est un peu plus mou.

Une fois fini, il trouva Aërys déjà réveillé étudiant dans le noir, et récitant à voix basse les psaumes protecteurs avant d’ouvrir les pages de ses notes concernant les démons. Lothor se plongea à son tour dans la méditation réparatrice non sans avoir obtenu du prince qu’il le réveille bien avant le lever du jour.

***

Ce fut les picotements du bec d’Eté sur sa joue qui le réveillèrent en temps et en heure. Aërys n’avait pas bougé et lisait à voix basse, répétait inlassablement ses notes et conclusions. Lothor se leva prestement, s’appropria et infusa la magie dont il aurait besoin.

« Aërys. Je vais sortir mais je ne m’éloigne pas. Il y’aura sans doute un peu de bruit mais je m’en charge : tu ne seras pas dérangé. J’espère qu’elle pourra dormir autant qu’elle en a besoin. »

Le prince agita la tête pour dire oui tout en continuant son monologue pour ne pas perdre le fil de ses idées tortueuses. Une fois dehors, Lothor détendit ses muscles, ajusta sa tenue, fit jouer ses doigts sur la garde des ses deux épées de danseur d’eau, allant et venant entre elles et ses composantes de sorts.

Les premiers rayons du soleil à peine levée apparurent dans la lit de la rivière asséchée quand le grand Bergan fit son apparition.

« On est demain. Et il n'y en aura pas d'autres pour toi.
- Tu es ponctuel. Mais tu te trompes d’ennemi.
- Je vais te dire un truc que tu devrais comprendre, l’elfe : pour avoir un beau jardin, quelqu’un doit arracher les mauvaises herbes. Et c'est aussi valable pour tes couards de semblables... »

Il menace Aërys, il menace Athiel ! Rester calme. Ne pas céder à la colère.

« Pourquoi parler des routes qu’on a pas prises?
- Causes toujours. J’aurais préférer me faire les dents sur l’autre elfe, celui qui était avec vous sur l’estrade d’honneur. Il ressemblait déjà plus à un guerrier que toi.
- Celui dont tu parles s’appelle Silure Ciryacëial et tu remplaces la réalité par tes rêves
, répondit Lothor d'un air navré. Je reconnais que tu vas me donner du fil à retordre, mais lui, il est plus fort que toi. Et sans doute plus rapide que moi. »

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En guise de réponse, Bergan cracha au sol et dégaina implacablement son arme.

Lothor continua à titiller le colosse :

« ...Quand aux défis, il se trouve que c’est son activité préférée. Donnes-lui une raison de t’humilier, exprimes le moindre mot contre notre peuple ou une personne de haut rang et tu apprendra qu'une fois prononcées, certaines paroles peuvent être ravalées dans une douleur dont tu aimeras être délivrée...
- C’est censé me faire peur? Tu oublies à qui tu parles.
- Bougre d’idiot, tu vas nous attirer des problèmes. Et comment vais-je justifier ton corps étendu devant notre tente? »


Comme escompté, Bergan n'y tenait plus et chargea. Une étincelle magique l'éblouie, rendant caduc son assaut pendant qu’il prenait un plat d’épée derrière les genoux. Lothor se déplaça prestement pour avoir le soleil derrière lui.

(...)

« Il suffit ! Arrête sur le champ ton forfait, paladin et toi aussi, magus. », intervint une voix dans la pénombre.

Déliah s’avança pendant que Bergan recouvrait la vue. Celui-ci avait toujours le sang chaud et l’invectiva :

« T’en mêles pas, c’est pas tes affaires.
- Ce que font les paladins de la reine dont je suis un des boucliers liés me concernent tout au contraire. »


Et puis comme surprise, elle le regarda étrangement, avec attention comme semblant percevoir quelque chose et son visage se décomposa. Elle mit un bref instant à reprendre son calme et joignit les mains dans un geste religieux à Iomedae devant les regards médusés de Bergan et Lothor.

« Oui, cela me concerne en temps que soldat gradée de cette armée. Mais plus grave que cela, cela pourrait concernait l'Héritière... Tu n'es plus paladin : tu as perdu Sa grâce."

D'abord interloqué, Bergan commença à paniquer. Finalement, il pouvait avoir peur.

« Mais… mais… je n’ai rien… rien commis de répréhensible, je… ce n’est pas…
- C’est au contraire miséricordieux avant que tu n'ailles plus loin. Expier un désir de meurtre te sera peut-être possible. Au delà… »


Les mots de Déliah le terrassèrent plus surement qu’aucune autre forme de procès. Bergan lâcha son arme, tomba à genoux et commença à sangloter comme s’il venait de tout perdre.

Elle le regarda sans compassion, songeant un instant aux méfaits des Templiers du Labyrinthe d'Ivoire qui avait peut-être déjà fait de Bergan une victime avant son départ de Kenabrès et s’approcha de Lothor.

« Navré pour cela. Je redoutais une initiative de ce genre mais je devais en avoir le coeur net.
- Hum. Non, c’est moi qui te remercie. Déliah, je… Capitaine?
- Déliah suffira.
- D’accord. Je veux dire… Va t'il être fouetté comme ce que j’ai vu au Coeur du Défenseur? Ou… autre chose? C’est que d’autres vont nous associer à sa punition, mes compagnons et moi et… tu ne seras pas toujours là.»


Delia leva la main avec agacement.

« Pas un mot de plus. Je vais y réfléchir. »

Elle s’approcha de Bergan, jeta un coup d’oeil en arrière intimant à Lothor de ne pas avoir les oreilles qui trainent avant de chuchoter quelque chose au paladin honni qui parti à sa suite, vouté tel un vieillard accablé.

***

Aërys leva la tête quand Lothor rentra dans la tente, accablé comme s'il venait de vieillir de plusieurs décennies. Le guerrier magus se laissa choir sur sa couverture en commentant avec dépit comme pour lui-même :

« Ca va être long, très long. »
- Nous prendrons le temps qu’il faut, c’est ce qui nous caractérise. Etre pressé n'est pas dans notre nature.»
répondit Aërys confiant.

Désabusé, Lothor hocha la tête en défaisant sa ceinture d’épées et but une gorgée d’eau.

Du fond de la tente, une petite voix émergea après un bâillement délicat : « Bonjour, vous n'avez pas faim? ».

Se redressant avec grâce, Athiel vit Lothor à moitié débraillé et se frottant la figure. A coté, Aërys gardait prestance en toutes circonstances et un filet de lumière passait à travers une mince déchirure de la tente pour éclairer son visage, toujours paisible et studieux...

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Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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