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102319 Messages dans 7472 Sujets par 914 Membres - Dernier membre: pepeARea novembre 23, 2019, 03:05:32 am
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Auteur Sujet: Xéna  (Lu 976 fois)

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Xéna
« le: janvier 04, 2015, 21:11:50 pm »


Xéna donna un coup de pied rageur dans une motte de paille. Encore une mission qui lui passait sous le nez. C’était la troisième en deux semaines. A ce rythme, il lui faudra se soucier de ses repas.
Ce n’était pas faute de se présenter immédiatement dès les annonces. Si les deux premiers refus s’étaient soldés par des explications vaseuses, il n’en était de même pour cette fois. Elle avait attrapé l’homme pas le col et l’avait sommé de lui donner une explication.
« On dit…on dit que vous n’êtes pas fiable. »
Ces mots s’étaient échappés péniblement du visage potelé et rougi que le sang avait cessé d’irriguer tant elle le serrait fort.
« On ? » répéta-t-elle en le secouant. « On ? C’est vague ça. »
« U…Ulf. » lâcha-t-il au bord du malaise.

Cette fois, c’en était trop. Et elle allait dissiper immédiatement tout ceci, ou plutôt, passer sa colère sur le responsable de ces calomnies.
Ulf. Mais bien sur. Pourquoi n’y avait-elle pas songé plus tôt ?
D’un pas rapide et souple, elle rejoignit le campement au nord de la ville, avec la ferme intention d’en découdre. Tout à ses réflexions et à sa colère, elle ne remarqua pas les gens s’écarter de son chemin, tant l’aura meurtrière qui se dégageait d’elle était quasi palpable.

Elle fit irruption dans le campement sans que sa colère n’ait décrue. Un non initié se serait perdu cent fois dans ce dédale anarchique de tentes. Mais pas elle. Elle savait précisément où trouver l’homme et emprunta le plus court chemin.
« Ulf Istul du clan des Sangs Hurlants ! Viens répondre de tes actes et te battre ! »
Son interjection jeta un froid parmi le groupe d’hommes réunis.
L’un d’eux se leva et la toisa d’un regard mauvais, rapidement imité par le reste du groupe.
Il enjamba le feu mourant, un sourire narquois sur le visage.
« Tiens tiens, regardez qui voilà. Xéna. Quel plaisir de voir ton visage.
-   Je vais te démolir. Retire immédiatement les propos que tu fais courir sur moi ou bats-toi.
-   Oh !!! t’aurais-je fâchée ? Ce n’était pas mon intention. Je fais juste en sorte que ma femme s’expose le moins possible au danger, voilà tout.
-   Je ne suis pas et ne serai jamais ta femme (elle se saisit de sa hache) et à présent bats-toi.
-   Mmm… non. Je ne voudrai pas passer ma vie avec une défigurée. (Il s’approcha très près d’elle, la dépassant de vingt bons centimètres. Il lui parla d’une voix rendue rauque par la colère) Et tu seras mienne. Ce sont les accords de nos clans : vos hommes épousent les femmes du clan de la Demeure de Glace et vos femmes épousent ceux des Sang Hurlants. Oserais-tu rompre un pacte ?
-   Il n’y a plus de pacte, il n’y a plus de clans. Ce pacte dont tu parles, n’est plus depuis longtemps.
-   Et après ? Les tiens ne sont plus là pour le contester tandis que les miens, si. »

Ces mots firent exploser sa rage tandis que le tranchant de sa hache frôla le visage de l’homme qui l’esquiva d’un geste prompt. La jeune femme enchaîna aussitôt une série de mouvements d’une souplesse déconcertante, faisant voler autour d’elle une hache, puis une seconde.
Ulf attrapa prestement son épée à deux mains et para. Elle ne plaisantait pas. Très bien, il allait lui montrer le respect.
Un violent duel s’engagea. Si Ulf avait pour lui la puissance et la force, Xéna avait pour elle la souplesse et la rapidité, l’assaillant de toutes parts, tandis que l’homme répondait par de grands moulinets d’épée. Le temps de ramener sa lourde lame, elle le blessait, de multiples coupures aux cuisses et au torse. Il saignait comme on saigne un animal avant de l’abattre après s’être amusé avec.
Excédé, il finit par y joindre le poing, allongeant la jeune femme d’une remarquable droite. Xéna atterrit quelques mètres plus loin, le visage en sang. Son nez était très certainement fracturé et un important filet de sang s’en échappait. Elle en avait également dans les yeux, ce qui la gênait davantage que la douleur. Elle se frotta le visage mais rien n’y fit. C’était même pire. Elle n’y voyait presque plus rien. Mais ce qu’elle sentait avec certitude, c’était l’approche d’Ulf, porté par la clameur des siens.
Elle maudit sa vision floue et tenta de se redresser. Le sol vacilla et elle dut se rattraper de justesse pour ne pas tomber. Lui tordant violemment le poignet, l’homme se saisit d’elle et s’apprêta à lui coller une seconde droite lorsqu’une voix puissante résonna dans son dos.

« Que ce passe-t-il ici ? Qui se trouve à l’origine de ce tumulte ? »
Aussitôt, comme par magie, le regroupement que leur combat avait provoqué s’étiola petit à petit au son des armures. Bientôt, une faction de gardes menée par le capitaine Chun Dawei lui-même apparue, sens aux aguets, mains sur le pommeau de leurs armes.
Guerrier d’une quarantaine d’année dont la réputation n’était plus à faire, Chun Dawei était connu de tous au sein du campement comme le loup blanc. Il mettait un point d’honneur à y faire régner un semblant de paix et de discipline, ce qui, du côté Est des barbares, relevait de l’utopie. Quoique le centre ne soit pas mal non plus à dire vrai avec ses bandes de mercenaires.
Le regard aiguisé de Dawei alla d’Ulf à Xéna. Ce dernier maintenait toujours le poignet de la jeune femme de telle sorte que l’angle de l’articulation laissait un doute quant à la possibilité de réintégrer une position normale. Mais elle ne souffla rien, comme inconsciente de la douleur ou du sang lui couvrant le visage.
« Ca suffit. Lâche-la. »
Ulf dévisagea l’homme d’un regard mauvais et jaugea ses gardes. Visiblement, l’insensé évaluait ses chances de les étaler. Pure folie. Cet acte le conduirait instantanément à une expulsion définitive de Kénabres. Cette pensée traversa l’esprit de la jeune femme qui se prit à espérer qu’il passa réellement à l’action.
Un silence pesant s’installa sans que rien ne bouge.
« Tu es sourd ? Je t’ai dit de la lâcher. C’est un ordre. »
Cette fois, la voix de Dawei était montée d’un cran et ne souffrirait ni réplique, ni refus. Derrière lui, les gardes dégainèrent lentement leurs épées, prêts à en découdre.
Ulf les toisa un à un et seul le craquement sinistre d’un poignet en train de se rompre répondit au capitaine.

Xéna n’y tint plus. Si elle voulait sauver sa main, il lui fallait bouger. Profitant de ce temps suspendu, elle réunit tout ce qui lui restait d’énergie et, dans un ultime effort, s’agrippa de sa main gauche à l’épaule d’Ulf, tandis qu’elle sautait, accompagnant le mouvement de rotation de son poignet vers l’arrière. Elle profita de ce retourné pour coller un magistral coup de genou à Ulf au niveau de la mâchoire inférieure.
Le choc fut violent et inattendu. Il le prit de plein fouet et s’écroula, sonné. Xéna atterrit juste à côté, sur les genoux.
Elle entendit aussitôt le bruit des armures dans son dos.
En moins de temps qu’il n’en fallut pour le dire, ils étaient encerclés.
Dawei ordonna à ses hommes de s’occuper du barbare. Son regard se posa sur la jeune femme.
« Toi, suis-moi. »

Et sans attendre, il fit volte face et s’éloigna. Deux gardes encadraient Xéna, attendant qu’elle se relève pour lui emboîter le pas. Ce qu’elle fit péniblement. Elle parvenait à peine à marcher, alors s’enfuir…
Elle traversa ainsi tout le campement, sous les regards tantôt amusés, tantôt curieux des autres guerriers. Mais avec tout ce sang dans les yeux, elle ne remarqua rien.
Ils parvinrent au campement des croisés. Selon la faction rencontrée, cette fois les regards étaient chargés tantôt de dégoût pour cette barbare, cette sauvage, tantôt de compassion. Mais ceux-là aussi elle les connaissait par cœur et ne s’en formalisa pas.

« Cenred ! Hé ! Cenred ! On a besoin de toi par ici ! »
Les hommes en armure s’écartèrent, laissant passer un jeune homme aux longs cheveux bruns.
« Qu’est-ce qu’il y… ? »
Sa phrase mourut sur ses lèvres lorsque son regard se posa sur la barbare.
Dawei lui fit un signe de tête.
« J’y retourne. »
Et sans plus de cérémonie, il quitta les lieux, les gardes sur ses talons.

Xéna avait de plus en plus de mal à discerner ce qui l’entourait. Le sang coagulait et commençait à sécher en partie, rendant de plus en plus difficile un simple mouvement de paupière. D’un autre côté, cela n’était pas plus mal. Nul besoin de voir son visage pour ressentir la colère contenue du jeune homme.
Il s’apprêta à la sermonner lorsqu’il se ravisa, lui saisit l’avant-bras et l’emmena plus loin, sous sa tente, à l’abri des oreilles indiscrètes. Il empoigna un linge mouillé et entreprit de lui débarbouiller la figure car c’était bien là le terme. Xéna grimaça de douleur. Fichu paladin. Pourquoi ne la soignait-il pas avant de nettoyer. Elle aurait moins mal !
« Pour t’apprendre. » Lui dit-il comme en réponse à ses pensées. « Que c’est-il passé ? Qu’as-tu fait ? »
« Mais rien ! » s’exclama-t-elle en écartant le chiffon.
Il l’observa un instant et replaqua aussi sec le tissu sur son visage, appuyant suffisamment fort pour lui faire mal. Instinctivement, sa main tenta d’intercepter celle de Cenred. C’est alors que son poignet la rappela à l’ordre. Elle émit un gémissement de douleur en le retirant prestement.
« Quoi ? Le poignet aussi ? »

Le chiffon tomba à terre, imbibé de sang. Son visage n’était plus que douleur, mais au moins, elle y voyait.
Il se tenait à genoux devant elle, les mains rougies par le sang, posées sur les genoux de la guerrière. Elle pouvait lire derrière ce regard de reproche, une véritable inquiétude, sincère. Il en avait été ainsi depuis le premier jour. Depuis ce jour où il avait juré à Oldaric de veiller sur elle. Avec le temps, elle soupçonnait la transformation de cette promesse en quelque chose de bien plus personnel. Mais si tel était le cas, il n’en avait jamais rien montré.
« Ne bouge plus s’il te plaît. »

Doucement, il posa les paumes sur son visage. Elle sentie alors cette douce chaleur dorée caractéristique de ces hommes de foi. Petit à petit, la douleur s’estompa et un bien être intérieur l’envahie. Elle ne le quittait pas des yeux, son regard d’ébène plongé dans le sien.
« C’est bon. Tout est en place. »
Effectivement, elle se sentait en pleine forme, prête à tenter de nouveau de démolir Ulf. Cenred tira un petit tabouret et s’y assit.
« Je t’écoute maintenant. Raconte-moi tout. »

Elle s’exécuta. Elle lui devait bien ça. Grimaçant sous le regard réprobateur du paladin. Car oui, en y réfléchissant bien, elle avait bel et bien provoqué cette bagarre ; il avait vu juste.
Si le récit de la jeune femme l’amusa, la fin provoqua un véritable froid.
« Sa femme ? » répéta-t-il presque machinalement comme pour s’assurer d’avoir bien entendu.
Xéna hésita un instant. Cenred la fixait intensément, inconscient de l’aura presque meurtrière émanant de lui. Si elle n’avait jamais eu la preuve de ses sentiments, celle-ci y ressemblait fortement.
« Et il a raison ? » poursuivit-il d’une voix qu’il voulait impassible.
« En partie… oui. »

Un silence glacial accueillit sa réponse. Le jeune homme restait impassible, excepté ses yeux d’un noir d’encre où se mêlait une profusion de sentiments. On y lisait distinctement une envie de sang. Et c’était bien la dernière chose à faire.
Alors elle lui raconta. Dans un pays divisé entre des tribus, les alliances étaient le seul véritable moyen d’assurer une forme de pérennité aux siens. La plus ancienne et la plus importante de toutes liait la tribu de la Demeure de Glace à la sienne.
Contrairement à toutes les autres qui se nouèrent et se dénouèrent à travers les âges, celle-ci perdura et se renforça, au point de créer jalousie et tension avec les autres clans.
Il fut alors décidé pour sa lignée, que chaque héritier mâle perdurerait la tradition en épousant une héritière de la Demeure de Glace, tandis que chaque héritière femelle, serait unie à l’héritier mâle de la tribu la plus puissante. Cette tribu était celle des Sangs Hurlants. Et il en fut ainsi. Mais les épouses de ces hommes-là ne connurent que mépris, violence et déshonneur. Fort heureusement, il n’y eut que peu d’héritière femelle.

Les Sangs Hurlants crièrent à la guerre, s’estimant lésés dans le jeu des alliances. Le chef de sa tribu, excédé par les maux infligés à sa propre sœur par ces rivaux, prit la décision de rompre le pacte. Mais le temps des démons était déjà bien installé et d’autres priorités s’imposèrent. Si les siens considérèrent le pacte comme rompu, il n’en était pas de même des Sangs Hurlants.
Alors oui, d’une certaine façon, Ulf avait raison.

Xéna reprit lentement la direction de son campement. Ses explications n’avaient pas vraiment calmé le jeune homme et le refus de la jeune femme de réinstaller sa tente dans le campement paladin n’avait pas détendu les choses. Non, elle ne se voyait pas y revenir. Pas sans lui. Et de toute façon, cela n’aurait rendu que plus pénible son quotidien. Une barbare au milieu des croisés n’était pas la chose la plus intelligente à faire. Surtout lorsque cette barbare se nommait Xéna.
Elle soupira. Elle n’était pas dupe de ce regard. Seuls les sentiments du cœur pouvaient animer de telles flammes. Voilà qui ne simplifiait rien.

Elle s’arrêta à la hauteur de la Porte Nord. A bien y réfléchir, c’était d’une bonne pinte dont elle avait besoin.
Sans plus hésiter, elle bifurqua et s’engagea vers la ville, non sans passer les divers contrôles d’humanité. Tout ceci ne réglait pas le problème de fond : comment faire taire Ulf et retrouver du travail ? Dire que cet être avait survécu à la guerre tandis que tant des siens étaient tombés. C’était parfois à se demander s’il y avait une justice.

Sa foulée rapide la mena aux portes du Cœur des Défenseurs, la plus grande taverne de la ville, tenues pars des halfelins. C’était le lieu de passage incontournable pour les étrangers, ainsi qu’un point de rassemblement de croisés. On ne venait jamais ici sans qu’il ne s’y passe quelque chose.
Quand bien même les rumeurs faisaient état de nouveaux arrivants dont des elfes, elle ne venait pour aucunes de ces raisons. Non. A part boire, elle espérait secrètement assister à l’une des attractions les plus fameuses de la ville : le lancer de hobbit.
Voilà une distraction qui lui ferait du bien. 
Déjà le tumulte intérieur se faisait entendre du dehors. Assurément, il y avait de l’ambiance.
Elle réprima un sourire tout en s’approchant des portes. La nuit tombait et sa journée avait été bien remplie. L’espace d’un instant, elle se demanda ce que cette visite pouvait encore lui réserver comme surprise.
Elle eut un haussement d’épaules. Qu’importe !

D’un pas assuré, elle poussa les portes et pénétra dans le tourbillon bouillonnant du Cœur des Défenseurs.

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« Modifié: mars 03, 2015, 21:37:15 pm par Celena »
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3 mois auparavant - Les Forges Partie 1
« Réponse #1 le: mars 03, 2015, 21:41:46 pm »
Xéna s’étira paresseusement et fixa quelques instants le voile tendu de sa tente. Voilà qui était étrange. Cela faisait bien longtemps que ces visions ne l’avaient plu portées à ce temps là. Oldaric… où était-il en ce moment ? Cinq mois déjà qu’il l’avait abandonnée ici au campement de Kénabres. Cinq mois qu’elle ne l’avait revu. Etait-il seulement en vie ?
Elle se redressa, remettant de l’ordre dans sa crinière de jais. Une chose était sure : s’il revenait, elle lui referait le portrait, histoire de lui passer l’envie de l’abandonner de nouveau au milieu de croisés.

Ceci étant dit, il ne lui fallut pas longtemps pour enfiler son armure de cuir et ramasser ses armes.
Elle passa un doigt le long de la lame courbe de sa hache et si un filet de sang s’en échappa, elle n’en parut pas pour autant satisfaite. Elle aurait du se couper plus profondément. Le tranchant était émoussé.
La succession de ces dernières missions ne lui avait pas permis de prendre soin de son équipement. Elle avait suffisamment travaillé pour s’octroyer une pause et faire le nécessaire. Un combattant sans bonne arme, était un combattant mort. Surtout ici.
Elle quitta sans plus attendre l’abri de sa tente et se dirigea vers la Porte Nord de la Ville, naviguant avec souplesse entre les tentes.

Cenred maudissait l’anarchie du camp barbare, qui contrastait violemment avec l’ordre et la propreté du camp paladin. Cela faisait plusieurs mois qu’il y venait et il trouvait toujours autant de difficultés à s’y repérer. Il étouffa un énième juron en se prenant les pieds dans des linges sales à même le sol, reliques d’une probable orgie nocturne.
Il s’arrêta, exaspéré et fit un tour d’horizon. Des centaines de tentes s’étiraient encore à perte de vue devant lui. Ce constat finit de le déprimer. Il lui semblait que cela faisait des heures qu’il traversait cet océan, sous les regards peu avenants des barbares. 
Une lourde main s’abattit alors sur son épaule.
Par reflexe, il porta aussitôt la main à la garde de son épée et se retourna d’un geste vif. Les combats étaient monnaie courante et venir seul en plein cœur du campement barbare n’était pas la chose la plus intelligente à faire.
Un grand gaillard lui faisait face. Une montagne humaine comme il pouvait en exister de ce côté-ci du campement. Les muscles de l’homme roulaient, frémissant d’excitation. Visiblement il venait d’achever un entrainement quelconque et semblait prêt à remettre le couvert. La poussière collée par des goutes de sang et la sueur lui conférait un aspect encore plus bestial, accentuant le contraste avec la tenue presque impeccable du paladin.
Non pas que ce dernier fut plus petit, mais ses muscles, moins exacerbés, lui donnaient une allure plus fine et plus élancée que cette masse noueuse devant lui.

Les deux combattants se jaugeaient, attendant un geste de l’autre pour ouvrir les hostilités.
Le temps semblait suspendu et les regards convergeaient vers eux, excités de débuter la journée de la sorte. Conscient d’être devenu un centre d’attraction bien malgré lui, Cenred se demanda ce qui les attirait le plus : le combat en lui-même ou le fait qu’il soit paladin. Probablement les deux.
Son attention se reporta sur son adversaire. Par habitude, il tenta de détecter le mal, mais rien ne fut décelé. Quand bien même l’homme ne respirait en rien la sainteté, sa déesse ne le considérait pas pour autant mauvais. Voilà qui n’était pas pour l’aider. De force brute à force brute, le barbare risquait d’avoir le dessus.
Ce dernier semblait se délecter de ce divertissement inattendu et une lueur meurtrière traversa son regard. Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, Cenred sentit qu’elle lui était personnellement adressée. Si ce combat débutait, il se terminerait très mal pour l’un des deux. De ça, il était certain.

« Te voilà toi ! »
L’interjection figea tout le monde. Les deux combattants, à présent totalement focalisés l’un sur l’autre, mirent un certain temps à prendre conscient du mouvement autour d’eux.
Les regards s’étaient tournés dans une même direction, derrière le barbare.
Un homme de haute stature était entré dans le cercle de combat, les poings sur les hanches. Un murmure parcourut l’assemblée qui, imperceptiblement s’écarta, augmentant sa zone de sécurité.
Le barbare émit un grondement d’agacement. Il avait reconnu cette voix. Lentement, il se redressa puis se tourna vers « l’invité ».
Broggan lui faisait face. A ses pieds, un chien énorme au pelage de jais se tenait assis, babines retroussées.
« Deux monstres de plus » songea Cenred en dévisageant les nouveaux venus. Ce n’était décidemment pas son jour.
Le premier barbare dévisageait Broggan avec une haine non dissimulée cette fois qui ne sembla pas ébranler le moins du monde son interlocuteur.
Ce dernier fit un pas de côté, signifiant qu’il n’était pas là pour lui, ce qui accentua la rage contenue de l’autre.
« Hé ! Toi ! C’est à toi que j’parles ! J’te cherche partout ! »

Cenred le regarda, stupéfait. Son esprit vif lui adjoint d’entrer dans la supercherie et de jouer le jeu. Il verrait bien plus tard dans quoi il s’était de nouveau embarqué.
« Désolé. J’avais pas vu que je t’avais perdu »
A ces mots, l’assemblée s’esclaffa. Pas vu ? Comment pouvait-il perdre un géant et un chien ? Ces paladins n’étaient vraiment rien sans leurs dieux. 
Les spectateurs retournèrent vaquer à leurs occupations, conscient de la fin du spectacle.
Broggan s’avança vers Cenred avant de s’arrêter à la hauteur de l’autre barbare dont la rage avait blanchi ses articulations tant il serrait fort son épée.
« Si tu veux en finir ici et maintenant, ça ne me pose pas de problème. » lui glissa d ‘une voix sourde l’homme avant de reprendre sa route vers le paladin.
D’un signe de tête, il lui enjoignit de le suivre sans plus attendre, ce que Cenred fit.
Il jeta un ultime regard en arrière et vit son adversaire faire route opposée, bousculant sans ménagement tous ceux qui lui entravaient la route. 

Lorsqu’ils furent suffisamment éloignés, il voulut questionner l’homme mais celui-ci le devança.
« Tu es Cenred c’est bien ça ? »
Ce dernier s’arrêta net. Comme le savait-il ?
« Je t’ai remarqué traversant notre campement à plusieurs reprises. Un paladin qui s’aventure seul ici n’est pas monnaie courante. Et ton odeur m’est devenue familière. Alors, je me suis renseignée auprès d’une source sure. »
Son odeur ? Comment pouvait-il sentir quoi que ce fut dans cet environnement de sueur et de sang ?
« Tu sens le jasmin. »
Revenu de sa surprise, Cenred partit d’un grand éclat de rire. Et dire qu’il avait failli croire cet homme ! Quel idiot ! Il se riait de lui-même.
« L ‘ami, tu m’as bien eu. Je vois que tu sais te renseigner. Apprendre que le jasmin est la fleur favorite de ma déesse n’est pas donné à tout le monde ! Qui te l’as dit ? »
« Personne. Tu sens le jasmin, si fait. Ton nom, c’est ma source sure qui me l’a appris. »`
« Ta source ? »
« Xéna. »
A ce nom, le jeune homme pila net. Il en avait presque oublié ce qui l’avait mené ici le matin même.

Cenred dévisagea pleinement l’homme. Il ne l’avait jamais vu, il en était certain.
En réponse aux interrogations silencieuses du paladin, l’homme pris les devant.
« Je me nomme Broggan Moah, du clan des Dresseurs. Je suis leur chef. Et voici Amarok, mon loup. Xéna est une amie. »
« Quant à l’autre, reprit-il en faisant allusion à l’adversaire de Cenred, c’était Ulf Istul, du clan des Sangs Hurlants. Taches de l’éviter à l’avenir. Cet homme n’apporte jamais rien de bon. »
« Ulf Istul... » répéta Cenred comme pour imprimer le nom dans sa mémoire. « Je saurais m’en souvenir, quand bien même je n’ai nul griefs contre lui. »
Broggan le regarda d’un air amusé mais garda pour lui ses pensées.
« Sa tente est là. Mais je crois que t’arrives tard. Elle a quitté le campement. »
« En es-tu sure ? »
« Certain. Je ne la sens plus. »
Encore cette histoire d’odeur. Allons bon, c’était quoi cette fois ? La rose ?
« Et elle sent quoi pour toi ? » ne put-il s’empêcher de demander.
Broggan plongea son regard noir dans celui du paladin.
« Ca l’ami, ça ne te regardes pas. »
Toute trace d’amusement avait déserté le visage du barbare et l’instinct de Cenred lui enjoignit de changer de sujet.

Broggan le raccompagna jusqu’aux bords du campement. Selon lui, Xéna s’était dirigée vers la ville. Cenred maugréa. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Il n’avait plus qu’à s’en retourner vers les siens.
Il demanda à Broggan de faire savoir à la jeune femme qu’il la cherchait et le quitta, non sans l’avoir remercier.
Le barbare le regarda s’éloigner sans un mot. Son esprit revint sur Ulf.
Autrefois, le clan des Sangs Hurlants était incontestablement le plus puissant en dehors de celui d’Izmar bien sur. Mais la guerre des démons avait modifié la donne et le clan accusait de lourdes pertes dans ses rangs. Aujourd’hui, les choses pouvaient enfin changer pour le Clan des Dresseurs, éternellement relégué en troisième position. Ils avaient subi moins de perte et leurs loups comptaient pour un guerrier tant leur puissance était avérée. Pour la première fois depuis des siècles, leurs deux clans étaient de puissance égale.
Voilà pourquoi il avait tenu tête à Ulf ce matin là. Et voilà la véritable raison de la haine de ce dernier, parfaitement conscient du rapport de force en cours.

Broggan passa sa langue sur ses lèvres desséchées et reporta son attention sur la silhouette du paladin qui disparaissait peu à peu devant lui, tandis que ses narines prédatrices humaient pleinement les derniers relans de jasmin portés par le vent.
Un sourire satisfait sur le visage, il replongea dans le campement, son loup sur ses talons. 
Ulf n’avait jamais eu la finesse de se faire des alliés.
Lui, si.

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Celena

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3 mois auparavant - Les Forges Partie 2
« Réponse #2 le: mars 03, 2015, 21:46:27 pm »
Xéna s’enfonça dans la ville, non sans avoir au préalable passer les tests interminables aux portes d’entrée.
La matinée était déjà bien entamée lorsqu’elle les franchit enfin et la vie avait repris ses droits. Les rues débordaient d’échoppes en tout genre vomissant pâtés en croutes, fumets de viande séchée, tissus en tout genre, cuir et autre nécessité d’usage.
Le gargouillement de son ventre la rappela à l’ordre. Elle n’avait encore rien avalé et elle s’en ressentait.

Elle s’acheta un pâté de viande accompagné d’un vin chaud et poursuivit sa route, flânant d’un étal à l’autre, plus par curiosité que réelle nécessité.
Son emploi du temps bien chargé ne lui donnait que peu de temps libre et marcher à son rythme en toute tranquillité ne lui arrivait pas souvent.
Kénabres avait beau être une ville en guerre, elle n’en demeurait pas moins une ville d’abord. Avec ses marchands ambulants, ses vendeurs à la criée, ses ménestrels, ses auberges, ses boutiques ayant « fenêtre à vendre » comme ils disent ici. Bref, une ville humaine, comme l’avait alors décrit Oldaric la première fois, une chaleur dans la voix. 

Il serait stupéfait de constater son évolution aujourd’hui et ne la croirait pas si elle lui disait flâner ainsi parmi ce tumulte en totale maitrise d’elle même.
Cela ne s’était pas fait par miracle et elle lui devait beaucoup, à lui et Cenred. Des années de patience avaient été nécessaires pour « l’acclimater » à ce mode de vie. Et sa première visite à Kénabres aux côtés d’Oldaric avait bien failli virer au cauchemar. Un bain de sang eut été un terme plus approprié d’ailleurs.

Elle évita de justesse une charrette menant bon train, conduite par un bonhomme ressemblant à l’une des barriques qu’il transportait.
Ses yeux se levèrent vers le ciel et le haut de la ville. L’été s’annonçait particulièrement chaud cette année et les rayons mordants du soleil attaquaient dès le matin.
Derrière leurs remparts, L’Anneau et la Vieille Kénabres les contemplaient depuis des siècles.
Ces zones, uniquement accessibles aux véritables habitants de la ville, à la noblesse, au clergé, aux invités de marque et bien entendu, aux dirigeants formaient le poumon de la cité. Elle-même n’avait jamais pu s’y rendre. L’on disait que du point le plus haut, l’on pouvait embrasser d’un regard la Plaie du Monde.
Car ici, l’on se trouvait sur le territoire voisin, celui du Mendev.
Quelle ironie pour elle d’y vivre aujourd’hui.
Elle secoua la tête. Elle avait quitté le campement ce matin avec un objectif bien défini et à ce rythme, elle n’y parviendrait pas avant la nuit.
Ayant fini son frugal petit déjeuné, elle reprit sa marche d’un pas décidé, traçant plein sud vers les nuages de feu, tandis que l’horloge égrenait d’un ton grave le onzième coup.


Enfin elle y parvenait.
Ici, plus d’échoppes débordantes de nourriture, plus de ménestrels ou de vendeurs à la criée. Juste des hommes par dizaine, lourdement vêtus d’armures et de côtes.
L’air y était oppressant, d’une chaleur étouffante que les rayons dardant du soleil ne faisaient qu’accentuer.
On y sentait la sueur, mélangée aux effluves de métal chaud et de cuir tanné.
Un mélange qui soulevait le cœur de bon nombre de personne. Mais pas le sien. Bien au contraire. Elle se sentait comme chez elle ici. Peut-être même plus à l’aise encore qu’au campement. C’était dire.
Elle se souvint de sa première fois. Elle était parvenu à échapper à leur vigilance et avait suivi l’odeur des nuages rouges. C’était là, tout à sa contemplation béate qu’ils lui avaient remis la main dessus.

Car il y avait bien de quoi rester béas. Les Forges étaient au-dessus de ce que l’imaginaire pouvait entrevoir. Des centaines d’armes, épées, haches, boucliers y naissaient chaque jour sous le martèlements incessant des forgerons, alimentant les centaines et les centaines de combattants qu’abritait Kénabres. Ici, plus que nul part ailleurs, la valeur guerrière de la cité flottait tel l’étendard le plus prestigieux qui soit.
Cet endroit été connu de tout combattant. Si l’achat de matériel standard pouvait s’effectuer dans les plus grandes auberges de la ville, il n’y avait qu’ici, en ce lieu, que l’on pouvait espérer un équipement adapté. Tous y était venu au moins une fois, et davantage si les dieux leurs avaient permis de revenir vivant des combats.

Elle laissa courir son regard le long des palissades de pierres où les ateliers s’enfilaient les uns derrière les autres. Le bois y avait été proscrit depuis bien longtemps, considéré comme trop dangereux compte tenu de l’effervescence des fours et du métal en fusion qui ne cessaient jamais, de jour comme de nuit. La ville était en guerre perpétuelle depuis près de cent ans. Dès lors les « gueules de feu » comme ils aimaient à les appeler ne s’étaient plus jamais éteintes.

Pour le voyageur inexpérimenté, cet endroit contrastait violemment avec le reste de la ville. Si les échoppes de bois et habitations diverses et variées s’amoncelaient dans un désordre ambiant stupéfiant, Les Forges en étaient leur parfait opposé. Outre la pierre omniprésente, chaque atelier était clairement délimité et identifié. Hormis de ne pas savoir lire, il était presque impossible de se perdre ici.
La succession des ateliers étaient régis par la même logique : le travail du précédant alimentant le suivant afin d’aboutir en fin de ligne à la pièce complète. Cette configuration spécifique à Kénabrès assurait en grande partie l’efficacité du rendement. La chasse à la perte de temps était ainsi réduite à son stricte minimum : la fatigue même des forgerons.

En arrière plan, les cuves géantes dominaient de toute leur stature le paysage, tel un pied de nez fait à l’Anneau et la Vieille Kénabrès, qu’elles égalaient presque, leur ravissant leur titre de point de vue unique sur La Plaie.
A cet ensemble architectural, devaient s’ajouter deux autres principaux et pas des moindre.
L’un des aqueducs géants de la ville alimentait directement Les Forges par un réseau de canalisations judicieusement étudié, se mouvant au cœur même des forges en une succession d’artères et de sous canaux plus petits. Le résultat faisait penser à une toile d’araignée pour la plupart des gens, même si sa première pensée à elle, fut plutôt une comparaison au système de veines irrigant le cœur humain. Elle s’était bien gardée de formuler à voix haute cette image, consciente de l’interprétation que l’on pourrait en faire.

L’aqueduc, par le grandiose de sa création mais aussi, par tout ce qu’il représentait pour la ville et la Plaie elle-même, avait bien entendu éveillé sa curiosité. L’édifice méritait sa réputation et le temps ne semblait n’avoir aucune prise sur lui. Un linceul de magie invisible le protégeait, lui et ses semblables. Ces bras liant la ville au fleuve donnaient de loin à la Kénabrès, lorsqu’on l’observait depuis la Plaie, une silhouette arachnéenne.
Il était tout bonnement impossible de s’en approcher. Des milices régulières en assuraient la surveillance nuit et jour. La perte d’un seul de ces aqueducs se révèlerait un désastre pour la ville.

Mais ce n’était pas tant l’aqueduc qui emportait sa préférence, mais la Forge elle-même.
Un sourire aux lèvres, elle s’enfonça vers les cuves géantes, laissant derrière elle le vacarme de la rue et de ses ateliers.
Ici, un tout autre spectacle prenait vie, dans un calme presque surréaliste.
De minuscules ateliers se tenaient les uns contre les autres, adossés au dôme géant des Forges. Là, se tenait l’outil le plus extraordinaire qu’il lui eut été donner de voir. Seuls quelques élus avaient eu la chance de l’admirer, et elle en faisait parti.
Elle traversa la courette, croisant les seuls individus habilités à y travailler : des maitres forgerons nains. Car c’étaient à eux que Kénabrès devait sa renommée. Leur travail était d’une qualité sans commune mesure avec ce que les hommes produisaient.

Ils se transmettaient un savoir faire ancestral issu du fond des âges. Leur apparence bourrue, leurs petites mains et leurs doigts potelets ne laissaient pourtant pas imaginer une telle délicatesse. Lorsqu’ils forgeaient une arme, ils ne faisaient plus qu’un avec le métal, le moulant, le pliant à leur seule volonté. Les regarder faire l’émerveillait toujours autant.
Certains la saluèrent tandis que les autres ne levèrent même pas le nez.
Elle traversa l’arcade centrale et passa sous le dôme.

Si un jour les gueules de feu devaient s’éteindre, alors ce lieu pourrait devenir prisé des gens à la recherche de la fraicheur de la pierre. Mais aujourd’hui, il n’en était rien. Il y faisait même plus chaud qu’en dehors. Ici, ce trouvait le cœur des Forges.
Au fond, face à elle, les cuves libéraient le métal en fusion dont la couleur rougeoyante ondulait en descendant paresseusement vers les conduits qui le mènerait aux ateliers de la rue. Sous leurs pieds, un réseau de canaux chauffés s’étendait ainsi, alimentant sur le même principe que l’eau, les divers ateliers des forgerons. Si l’eau pouvait passer à l’air libre, cela était impossible pour le métal qui se refroidirait aussitôt.
En réalité, ce que nombre de gens ignorait, c’était que le sol même des Forges était un four géant au cœur de métal en fusion.
Deux cœurs parfaitement opposés cohabitaient ainsi, indispensable l’un à l’autre.
Une ironie qui ne lui échappa pas lorsque le Maitre Nain Boradir lui fit visiter le dôme.

Ce dernier, à travers elle, avait réalisé une part de rêve : effleurer l’art de façonnage de son peuple, dont la renommée n’avait en rien à rougir du savoir des nains.
Leurs méthodes n’avaient rien en commun et celles de la Sarkaris étaient jalousement gardées depuis la nuit des temps. Kénabrès devait beaucoup au génie architectural de cet « homme ». Lorsqu’il avait rencontré Xéna pour la première fois, il l’avait regardée comme un enfant regarderait avec envie une sucrerie.
Bien plus tard, il lui avait avoué que son installation, ici, en ces lieux, était en partie dû à sa curiosité et l’espoir de croiser un jour ces savoirs.
Malheureusement, le savoir ne suffisait pas sans les outils. Et ceux-là, elle ne les avait plus.

Une amitié tissée de respect mutuel s’était nouée entre eux et avec Cenred, il faisait parti des rares personnes qu’elle avait été ravie de retrouver à son installation, cinq mois auparavant. Elle conservait cependant une discrétion absolue sur ce rapprochement, et si Cenred connaissait son gout prononcé pour les forges, il ignorait sa relation amicale et les passes droits octroyés par Boradir à son égard.
Se détournant des cuves, Xéna poursuivit son chemin vers la droite. Elle savait qu’elle le trouverait là, près du « Marteau ».
Le Maitre Nain supervisait en effet la création d’une nouvelle pièce dont le métal encore rougeoyant, ne la faisant ressemblait qu’à un amas visqueux.

Apparemment satisfait du travail, il fit un signe de tête en guise d’approbation.
Le nain forgeron recula alors avec la pièce et la tendit à bout de bras au-dessus de sa tête. C’est alors que deux énormes masses surgies de nulle part, vinrent la percuter de part et d’autre, dans un choc sourd que seul l’épais dôme pouvait contenir. Le « marteau » venait de frapper.

Xéna adorait par dessus tout cette étape de leur art tout à fait spectaculaire et avait pleinement conscience de sa chance.
Le Marteau s’était lentement relevé, comme satisfait de son œuvre. Le nain observa la pièce et s’éloigna d’un pas tranquille vers l’étape suivante.
Elle se souvint du jour où elle avait demandé à essayer. Boradir s’était empressé de l’en dissuader. Le Marteau était réglé à la taille des nains et non à celle d’une humaine. Ce serait une catastrophe.
Un ingénieux système de dalle basculante, située sous le pied du forgeron, lui permettait d’actionner le marteau, évitant tout accident lié à une mauvaise coordination entre lui et les actionneurs. Il le déclenchait lorsqu’il se sentait prêt, pas avant.

Semblant sentir sa présence, le Maitre Nain se tourna vers elle, le visage souriant.
« Eh bien, chèrrrre amie. Que puis-je pour toi aujourrrrd’hui ? »
Son accent si caractéristique des nains la fit sourire en retour.
Elle passa ses mains dans son dos et sortie ses haches. Sans un mot, elle les saisit par chaque extrémité qu’elle assembla d’un claquement sec, n’en faisant plus qu’une seule et même arme aux extrémités meurtrières.
Boradir était le seul à qui elle concédait le soin de son arme. Il était conscient de ce qu’elle représentait pour elle, et comme à chaque fois, il tremblait légèrement en s’en saisissant.
C’était une arme réalisée dans la plus pure tradition sakarienne et sa facture était de grande valeur.

Xéna connaissait son affection pour Vent et la lui laissait avec grand plaisir. L’association de ces deux armes était inconnue de ses pairs et même de Cenred. Aucun danger suffisant ne l’ayant poussé depuis son arrivée ici à l’utiliser sous cette apparence. C’était en quelque sorte sa botte secrète.
En effet, il était tout bonnement impossible de discerner le mécanisme d’assemblage. Pour un guerrier, même de bon niveau, il n’y voyait que deux haches indépendantes l’une de l’autre. Et c’était là sa plus grande erreur car dans ce mécanisme résidait tout le savoir de son clan. C’était précisément ici que les savoirs ancestraux divergeaient de ceux des nains.

Boradir passa lentement ses doigts au centre de l’arme comme pour tenter de les déverrouiller. Il savait que c’était peine perdue. Seul le porteur de l’arme était habilité à le faire. Elle était une extension de lui-même, comme un prolongement de son âme. Aucun outil ne parviendrait à les dissocier, pas même Marteau.
Sans plus se préoccuper de Xéna, il pivota et traversa le long couloir le menant à son atelier.
Il déposa Vent sur son socle de granit et chercha son galet polissoir.
Lentement, il se mit à caresser la première lame, accompagnant ses gestes d’une mélopée que sa voix grave rendait incompréhensible aux oreilles de Xéna.
Elle savait qu’elle n’existait plus pour lui. Elle aurait pu se mettre nue, qu’il ne la remarquerait même pas. Toute sa concentration, toute son énergie étaient tournées vers Vent.
Ce procédé lui ramenait en mémoire de vieux souvenirs qu’elle croyait oublié. Les hommes de son clan, son père, lui apprenant aussi à chanter pour les armes. Ce chant était indispensable pour trouver l’union entre le créateur et son œuvre. Il était la base de tout.
Elle se cala dans un angle de la pièce, adossée au mur, et se laissa elle aussi bercer par la mélopée du nain. Elle n’était pas une arme et pourtant, pour une raison mystérieuse, ce chant trouvait écho au plus profond de son âme.

Boradir la sortit de sa torpeur. C’était sans surprise qu’il l’avait trouvée, immobile, les yeux mi-clos perdus dans le vide. Peut être que les chants antiques étaient le point où leurs savoirs ancestraux se rejoignaient. C’était ce qu’il aimait à se dire en tout cas.
Il lui soumit Vent.
La jeune femme n’eut pas besoin de passer son doigt sur la lame pour en deviner le tranchant.
Elle remercia chaleureusement le Maitre Nain et prit congé. Elle lui avait déjà occupé trop de temps.
Il la regarda s’éloigner un instant avant de retourner vaquer à ses occupations.

Xéna longea les couloirs en sens inverse. Elle avait perdu la notion du temps mais les grondements de son estomac lui laissaient présager que la journée devait être bien avancée.
Quelle ne fut pas sa surprise en sortant de constater que la nuit était tombée…

Elle retraversa la courette où toute activité avait cessée. Il en était de même des ateliers de la rue. Les derniers forgerons, rangeant encore ci et là leurs outils. Seul le dôme poursuivait son activité nocturne.
Au loin, l’horloge sonna vingt coups. Bon sang ! il était déjà si tard !
Non loin des forges, plus au sud, s’éveillait un tout autre quartier, celui des auberges. D’auberge elles ne portaient que le nom et ne ressemblaient en rien au Cœur des Défenseurs, mais davantage à des tavernes à l’hygiène souvent douteuse.
Barbares et mercenaires mais aussi gens de voyage peu regardant, fréquentaient ces établissements. Nul croisé par ici, le coin était trop infâme pour leur tunique blanche.
Seules quelques patrouilles de gardes rappelaient que tout n’y était pas pour autant permis.

Xéna s’engagea sans sourciller dans la ruelle menant aux établissements. C’était là qu’elle trainait la plupart du temps, le Cœur des Défenseurs ne lui servant qu’à trois choses : trouver du travail, passer dire bonjour à Zak et Ali, et bien sur, assister au lancer de hobbit.
Elle poussa la porte de sa préférée. Ce soir, elle était d’humeur à chasser. 
Le tavernier, un homme joufflu répondant au nom de Barde, lui adressa un signe amical avant de retourner vaquer à ses occupations.
La salle était bien remplie et les tables, couvertes d’assiettes aux mets indescriptibles.
Elle repéra une place libre sur sa droite, le long du mur et s’y faufila.
Une vieille habitude que de n’avoir personne dans son dos.

Elle commanda à manger et à boire puis observa un peu plus la faune qui animait l’espace.
Elle était essentiellement composée de mercenaires s’adonnant à des jeux de dés, parlant armes ou reluquant ouvertement les fesses des serveuses qui n’en prenaient nullement ombrage, s’octroyant même le plaisir d’une petite claque au passage auquel répondait un gloussement.
Rien de tout ceci ne la perturbait. Elle avait connu bien pire et cet endroit paraissait civilisé à côté de… 

Elle laissa ces images en suspend et des éclats de voix la sortir de sa rêverie.
A la table devant elle, deux hommes s’empoignaient violemment, s’accusant mutuellement de tricherie. Vraisemblablement une histoire de dés pipés ou quelque chose du genre.
Elle les observa comme au travers d’un voile puis se reconcentra sur son assiette dont elle ne parvenait à savoir s’il s’agissait de viande ou de poulet.
Ce dilemme fondamental fut brutalement interrompu par un violent coup donné dans sa table. Elle n’eut que le temps d’attraper sa chope et de reculer.
Les hommes en étaient venus aux mains et l’affaire ne tarderait pas à dégénérer.
Elle souffla, ramassa son assiette et se décala simplement à la table suivante, espérant que le tumulte ne la toucherait plus.

Une chope apparut dans son champ de vision et se posa devant elle, tenue d’une main dont la taille laissait présager du reste.
Elle releva la tête. Le mercenaire Karl avait pris place à sa table, se passant de son invitation.
C’était un homme d’une trentaine d’année bien que sa barbe négligée le vieillissait un peu.
Ses cheveux bruns étaient lâchés, et seul un lacet de cuir permettait qu’ils ne lui tombent pas devant les yeux. Il était vêtu d’une armure de cuir qu’il avait rehaussée ici et là de quelques pièces de métal.  Son visage devait être d’une certaine beauté avant les diverses cicatrices qui le traversaient.
Son œil aguerri alla rapidement au dos de Xéna d’où dépassaient les deux extrémités de Vent.
Ce n’était pas la première fois qu’elle le croisait. A la différence que ce soir, il passait à l’attaque. Il ne pouvait pas mieux tomber.

La soirée se passa. Ils échangèrent des expériences de terrain, des techniques de combat. L’homme vivait au sud du campement des mercenaires, à une cinquantaine de tentes d’elle selon son estimation. A l’occasion, elle tachera de le repérer. Il était toujours bon de savoir où se posaient les gens sachant se battre.
Son regard fut attiré par un angle de la pièce.
A la faveur de l’ombre, la serveuse et son tape fesse n’avaient apparemment pas su atteindre les escaliers et copulaient gaiement, elle le chevauchant, lui, lui massant ouvertement la peau nue de son fessier sous les regards envieux des autres gars de la table.
Il y avait fort à parier qu’ils lui passeraient tous dessus avant la fin de la nuit.

Son attention se reporta sur son interlocuteur.
Elle avait décroché de la conversation et ses paroles n’étaient plus qu’un flot lointain mêlé aux bruits de la taverne.
Elle se fichait bien de ce qu’il lui racontait. Ses yeux parcouraient le corps musculeux de l’homme, glissant sur ses biceps, ses avants bras, ses mains imposantes et prometteuses, avant de remonter le long de son torse dont le cuir saillant laissait deviner des abdominaux forts plaisants.
Parfaitement conscient de son passage en revue, l’homme contractait volontairement chaque parcelle que le regard de la jeune femme recouvrait.
Il sentait son entrejambe gonfler et pria de tenir bon. Il était près du but.

Xéna but une nouvelle gorgée et se rendit compte que cela n’apaisa en rien sa soif. Son bas ventre la tiraillait. Elle sentait monter en elle une chaleur exquise.
Là-bas, au fond de la salle, le manège était le même mais l’homme avait changé conformément à ses prédictions.
Apparemment davantage porté sur le haut du corps, il avait libéré la poitrine de la femme dont les seins accompagnaient les mouvements de bas en haut de son corps.
Xéna les observa. Ils étaient de forme généreuse et ne pendaient pas. Ils devaient être agréables à tenir.
Le premier homme se tenait debout, massant sa queue sans vergogne. La scène lui faisait de l’effet à n’en pas douter.

A elle aussi d’ailleurs.
Ses yeux revinrent sur sa cible. Elle nota que le bras gauche de Karl était passé sous la table. Et ce qu’il tenait ne devait pas être métallique.
Elle retint un sourire, puis sans un mot, se leva, laissa quelques pièces pour le repas et quitta la table.
Elle se dirigea vers le fond de la salle et entama la montée des escaliers. Elle n’avait pas besoin de se retourner pour savoir l’homme derrière elle.
Elle jeta un ultime regard vers la serveuse. On lui avait fait faire demi tour afin de lui permettre de s’occuper du premier homme en même temps. Ce dernier la tenait par les cheveux tout en comprimant son visage sur son bas ventre, laissant échapper des râles d’extases.
A ce rythme, ils ne laisseraient rien à leurs petits camarades.

Elle atteint l’étage et se dirigea vers la chambre du bout qu’elle ouvrit sans même frapper.
Barde savait ce qu’elle venait chercher chez lui et lui réservait aussitôt cette pièce.
La taverne était l’un des terrains de chasse favori de Xéna. Les mercenaires étaient moins prises de têtes que les barbares.
Il ne leur fallut pas longtemps pour se défaire de leurs habits et bientôt, les lattes du lit grincèrent sous leurs mouvements.
Elle avait bien choisi. Les mains de l’homme étaient larges et la maintenaient fermement, comme elle aimait.
Il la retourna et accentua ses coups de bassins tout en la saisissant par les cheveux.
Elle pouvait sentir tout son poids et s’en délecta.
Puis, d’un mouvement de reins, elle le fit basculer sur le dos.
D’abord surpris, l’homme comprit vite.
S’il pensait mener la danse, il se trompait lourdement…

Celena

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