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102522 Messages dans 7499 Sujets par 875 Membres - Dernier membre: Quopayday septembre 19, 2019, 06:02:05 am
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Auteur Sujet: PHORGAS  (Lu 855 fois)

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PHORGAS
« le: août 16, 2014, 22:41:00 pm »
«  En route ! »

La voix autoritaire et puissante de Shayla résonna sur les boucliers de sa horde qui se leva comme d’un même homme.

« Attends ! »
La femme se tourna vers celui qui avait osé l’interpellée, prête à lui rappeler à qui il devait obéissance. Phorgas se tenait devant elle, immobile, prêt à recevoir le coup éventuel. Mais rien ne vint. Alors, il prit son courage à deux mains.
« Tu abandonnes ton enfant ? »
Les yeux de Shayla s’injectèrent de sang. Elle leva le poing droit pour lui faire ravaler sa question avant d’arrêter sa course à mi-chemin.
« Cette chose ne me concerne pas. A présent, libre à toi de conserver tes dents ou pas. » lâcha-t-elle haineusement, le poing menaçant.
Le demi orc ne releva pas et fit un pas en arrière en signe de soumission.
La horde s’ébranla et le bruit sourd de leur marche résonna sur le flanc des montagnes en une plainte lugubre annonciatrice de mort et de dévastation.

Cela faisait bien une demi journée qu’ils avançaient sans ralentir la cadence, lorsque Rhae Mar s’aventura à la hauteur de leur chef.
« Ma Reine, il semblerait que Phorgas ait disparu de nos rangs. »
Shayla s’immobilisa une fraction de seconde et plongea son regard assassin dans celui du demi orc.
« Et bien. Cela devrait te rendre heureux. Son départ cachera l’humiliation de ta défaite contre lui. »
Rhae Mar déglutit, la rage au ventre. Cet affront le suivrait jusqu’au bout. A moins que… il se tourna lentement et regarda l’horizon derrière eux. A moins d’en faire disparaître la source.
Un sourire mauvais se dessina sur son visage tandis qu’il prenait la route inverse de sa horde.

Phorgas ne sentait presque plus ses muscles tétanisés. Cela faisait des heures à présent qu’il se tenait ainsi immobile, les sens aux aguets.
Sa décision était prise. Il n’abandonnerait pas cet enfant à une mort certaine. Sauf que… le demi orc cligna de l’œil. L’enfant venait à nouveau de le mordre, visiblement agacé qu’aucune goute de lait ne sorte de ce doigt noueux qu’on lui avait fourré dans le bec.
« Hé !! lâche mon doigt maintenant. J’ai besoin de mes deux mains pour nous sortir de là. »
Le gamin s’agrippa fermement à cette main géante. Phorgas réprima un grognement.
Qu’allait-il en faire ? Comment nourrir cette petite chose ?

Il émergea enfin des fourrés, étira ses muscles et observa autour de lui.
La horde devait être loin à présent et son absence remarquée. Il valait mieux ne pas trop s’attarder dans le coin.
Son regard balaya les étendues désertiques devant lui. Trop risqué.
Il tourna donc le dos à la horde.
Devant lui, à perte de vue, une forêt dense connue de tous : la Verduran. On la disait hantée par des fées et des monstres en tout genre, perdue aux confins des frontières du Galt, du Taldor et de l’Andoran. Un endroit parfait pour disparaître…
Phorgas agrippa fermement l’enfant, ramassa son épée et franchit d’un pas décidé la haute frondaison de la forêt.


Sh…Sh….Sh…
Griff essuyait méticuleusement la coquille de son œuf. Son rêve allait enfin devenir réalité. Il s’apprêtait à devenir papa d’un bébé dragon ! Le jeune kobolt admirait avec fierté son futur enfant dont l’œuf égalait déjà sa taille. Il enserra amoureusement son joyau. Le temps semblait suspendu devant cet instant magique, rompu par un gargouillement draconique. L’estomac de Griff venait de le rappeler à l’ordre. A quand datait son dernier repas ? Eh bien… il ne savait plus trop, affairé qu’il était à mettre en sécurité son œuf.
« Papa doit partir chasser. Je reviens. Ne bouge pas. »
L’œuf ne bougea pas. Satisfait de la réponse, Griff s’enfonça dans les hautes herbes, non sans avoir jeté un dernier regard vers son œuf.

En dépit de son expérience, Phorgas avançait péniblement au sein de cette végétation luxuriante. La calotte épaisse des feuillages empêchait toute percée du soleil. Il devait être midi bien passé mais ici, au pied des arbres, on se serrait déjà cru à la tombée du jour.
Son estomac se tordit une nouvelle foi, lui rappelant cette faim grandissante qu’il sentait monter en lui. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir croisé du gibier. Mais allez donc chasser avec un bébé !!
Excédé, il s’arrêta et regarda l’enfant. Puisqu’il ne pouvait chasser avec lui, et bien se serait sans lui. Il dénicha un creux de tronc d’arbre dans lequel il blottit l’enfant dont les cris stridents lui répondirent aussitôt. Phorgas grogna mais le bébé se mit à geindre de plus belle lorsqu’un hurlement de rage le stoppa net. Phorgas venait de craquer et lui hurlait dessus, crocs dehors. Cette vision arrêta aussitôt les pleurs. L’instinct de survie très certainement…
Il tassa les herbes devant l’enfant puis s’éloigna, épée au poing.

Le silence enveloppa l’enfant, abandonné une nouvelle fois à la nature. Ses grands yeux observèrent les feuilles ainsi que ces petites poussières voltigeant au-dessus de lui. Une lueur jaune s’éleva près de lui, puis une seconde, une dizaine, une centaine. Un banc de lucioles prenait son envol. L’enfant se mit à gazouiller, tendant la main vers ces minuscules lumières, sans parvenir à s’en saisir. Il rit, chahutant son linge pour s’en libérer.
Les lucioles, conscientes ou non des rires de l’enfant, tourbillonnaient autour de lui, déclenchant ces éclats si caractéristique des enfants en bas âge. A mesure qu’ils augmentaient, la valse s’accélérait, le chatouillant sous les pieds, caressant sa joue.
Soudain, la vue des lucioles fut brutalement remplacée par celle d’un lézard géant. Les mâchoires se retroussèrent, laissant apparaître une série de crocs forts aiguisés qui déclenchèrent aussitôt les pleurs du bébé.
Griff se baissa et ramassa l’enfant. La chance était avec lui. Ce serait un véritable festin. Il en salivait d’avance. Sans attendre, il disparut dans la nature, emportant avec lui son copieux repas.

Phorgas donna un coup d’épée rageur dans un tronc. Plus aucun gibier n’avait croisé sa route. A ce stade, il se sentait capable de dévorer toute chose vivante passant sous ses yeux. Mais rien ne vint. Il dégagea son épée et reprit sa route, lorsque qu’une lueur sur sa gauche attira son regard. De la lumière ? Ici ?
Il s’avança prudemment, les muscles tendus, prêts à bondir. Il écarta délicatement les branchages et découvrit une minuscule clairière, inondée de soleil.
Cette soudaine surexposition le fit grimacer de douleur tandis qu’il se couvrait les yeux.
Il s’adapta petit à petit et replongea son regard dans la lumière.
Là, au centre, abandonné, un œuf géant. Phorgas se redressa lentement et après une hésitation, s’avança dans la lumière. Il arriva sans encombre près de l’œuf sans qu’aucun reptile ou autre bestiole ne se montre.
Vu sa taille, il aurait de quoi manger pour lui et le petit. Il se baissa, le ramassa et le soupesa.
Enfin la chance lui souriait. Ce serait un véritable festin. Il en salivait d’avance.
Il fit demi-tour et se figea net.
Devant lui, se tenait un petit kobolt et dans ses bras : l’enfant abandonné plus tôt.

Griff sentit son sang déjà bien froid, devenir glacial. Ce monstre avait son oeuf ! D’instinct, il retroussa les babines, émettant un feulement sourd et grave, aussi profond qu’il put pour impressionner son ennemi… mais cela ne semblait guère prendre.
Phorgas observait d’un air circonspect cette petite créature qui prétendait lui tenir tête, jaugeant si, à cette distance, il pouvait lui trancher la tête sans toucher le bébé. Après tout, de la viande dans de l’œuf, ça ne pouvait pas être mauvais. Il fit un pas en avant, menaçant, l’épée à la main. Contre toute attente, le dragonnet ne fuya pas et fit également un pas en avant en réponse à la menace.
Phorgas en fit un second, dévoilant ses crocs, émettant à son tour un son profond et guttural, annonciateur de mort.

Griff resserra un peu plus son étreinte sur l’enfant. Il était parfaitement conscient que les secondes lui étaient comptées. Mais il était hors de question d’abandonner son œuf. Il prit sur son instinct et referma sa gueule. Ses crocs avaient beau être aiguisés à souhait, il n’avait aucune chance face à cette mâchoire. Il fallait donc procéder autrement.
Se redressant de toute sa hauteur, l’air fier et le regard volontaire, il s’adressa en commun à ce monstre.

« On peut partager si tu veux. »
Phorgas s’arrêta net. Il n’en croyait pas ses oreilles. Cette petite créature, qu’il avait finalement identifié être un kobolt, non seulement ne fuyait pas, mais s’apprêtait à lui soumettre un marché. De mémoire d’orc, il n’avait jamais vu un tel courage, surtout venant de ces créatures connues pour leur pleutrerie légendaire. Voilà qui pourrait devenir amusant. Il se redressa à son tour avant de répondre.
« De quoi parles-tu ?
« Eh bien de ça ! » fit Griff en mettant en avant l’enfant. « Je veux bien le partager si tu me rends mon œuf. »
« Pas très équitable ton marché. Tu récupèrerai ton œuf plus la moitié du gosse ? et moi je n’aurai qu’un morceau alors que je pourrais tous vous avoir ? »
« Pas qu’un morceau ! la moitié si tu veux. » se défendit Griff en tentant de faire abstraction de la menace à peine voilée que venait de lui adresser le demi orc.
« La moitié ? trop peu. Je pense que je vais rester sur mon premier choix : je prends tout. »
Phorgas dévoila une nouvelle fois ses crocs et serra inconsciemment l’œuf qui émis de légers craquements.
« Attends, attends !! »

Griff venait de tomber à genoux. Il avait perçut les craquements.
« Eh bien. Ca y est ? Tu te rends ? »
« Je te donne tout l’enfant. Je… je n’ai pas faim. (son estomac couina, le contredisant largement). Je te le donne, mais laisse mon œuf. »
Phorgas le regarda dubitatif. Non vraiment, de mémoire d’orc il n’avait jamais vu ça.
« Pourquoi tu tiens tant à ton œuf ? »
Griff se releva, tenant toujours le bébé et regarda Phorgas droit dans les yeux avant de lui répondre.
« … C’est mon fils. »
Le demi orc haussa les sourcils d’étonnement. Ce petit kobolt lui tenait tête pour sauver son enfant… Quelle ironie.
« Eh bien, saches que tu tiens mon fils dans tes bras petit kobolt. »
Son fils ?... après tout, ça pourrait être…
Griff sursauta. Le fils de ce monstre ? Il retourna l’enfant vers lui et le porta à bout de ses petits bras, comparant la bouille du môme à celle du demi orc. A bien y regarder, il y avait un air de famille, surtout au niveau des crocs. Fichtre, il n’avait pas vraiment prêté attention à la tête de son repas.

Un silence s’installa dans la clairière.
Griff fut le premier à le rompre.
« Hé bien… je te propose un échange ! Mon fils contre le tien ! »
« Donc je dois renoncer à mon repas ? »
Phorgas n’avait plus l’intention de le manger, mais c’était plus fort que lui, il voulait tester jusqu’où le courage de ce petit être allait le mener.
« Ton repas ? » reprit Griff. Il fit un pas en avant, sur de sa réponse. « Si je te laisse me manger, me feras-tu la promesse de le protéger ? »

Le demi orc resta coi. Il s’était préparé à de nouvelles négociations mais pas à ça. Alors voilà jusqu’où menait le courage de ce petit être… Jusqu’à donner sa vie pour son fils.
Phorgas grogna, reniflant bruyamment.
« Y a rien à bouffer sur toi. T’es trop petit et plein d’os… On échange et basta. Chacun reprend sa route. »
Griff le regardait sans oser comprendre la proposition du mon… du demi orc.
Ne trouvant pas les mots, il s’avança et tendit l’enfant. Phorgas fit de même et l’échange eut lieu dans le silence le plus complet.
Le demi orc se tourna vers la forêt pour reprendre sa route lorsque le petit être l’interpella.
« Moi c’est Griff. Tu t’appelles comment ? »
Le demi orc se tourna et observa le kobolt avant de répondre.
« Phorgas… fais gaffe. La prochaine fois tu pourrais avoir moins de chance. »
Et sans plus attendre, il s’enfonça dans le sous bois.
Griff resta seul sous le soleil, son œuf à ses côtés. Ses yeux reptiliens suivirent le dos de l’orc jusqu’à ce que les feuilles l’absorbent.
Soudain, tout devint clair. Voilà à qui il voulait ressembler !!
Et sans plus réfléchir, il se saisit de son œuf et emboita le pas à Phorgas.

Le demi orc grommela tandis que le gamin s’était de nouveau emparé de son doigt. Au moins, il ne pleurait pas, c’était déjà ça. Qu’est-ce qui ne tournait pas rond dans sa tête ? Il avait un succulent double repas sous les yeux et il l’avait tout simplement laissé filer. Bon sang ! Et joignant le geste à la parole, il se colla une bonne droite qui fit rire aux éclats l’enfant. Il l’observa. Mon fils… ces mots prononcés quelques instants plus tôt résonnèrent dans sa tête. Il émit un grognement. Son fils…

Il marcha ainsi droit devant un temps certain. Chasser redevenait impossible et il ne voulait plus laisser l’enfant qu’il parvint à nourrir de baies écrasées. Quant à lui, son estomac était tellement creux qu’il n’était plus vraiment sur de le sentir.
Il leva la tête et observa la canopée. La nuit commençait à étendre son drap au-dessus d’eux, le moment était venu de se reposer. 
Les flammes ne tardèrent pas à crépiter. Les oiseaux s’étaient tus, tandis qu’une nouvelle faune s’éveillait. Phorgas se cala contre un arbre, attentif. Sans l’enfant, il n’aurait pas allumé de feu. Sa vision nocturne lui suffisait amplement.
C’est alors qu’il le sentit…
Aucun doute possible. Il maugréa. Non de non, c’était un sale jour.

« Hè ! Reste pas caché dans les fourrés. Viens te chauffer si tu veux. »
Le silence lui répondit. Puis, doucement, des craquements de branches, des fourrés s’écartant, laissant passé un museau koboltique.
Griff l’observa de ses yeux reptiliens, hésitant.
« Je vais pas vous bouffer. Allez viens ! Ca me saoule de te sentir planqué. »
Griff ne répondit pas et disparu dans les fourrés. Phorgas s’apprêta à se lever lorsqu’il vit l’œuf émerger, poussé par le kobolt.
Ils se calèrent tous deux près du feu, en face de Phorgas.
« Pourquoi tu m’suis ? » lâcha le demi-orc d’un ton bourru.
« … Parce que tu t’es quelqu'un de bien. »

Phorgas le regarda bouche bée avant de partir d’un énorme éclat de rire. Cette journée avait été dingue et continuait ! Voilà qu’on le trouvait gentil à présent. Un rictus mauvais apparu sur son visage, dévoilant ses crocs. Sa voix se fit dure et puissante lorsqu’il s’adressa à Griff tout en se redressant vers lui, par dessus les flammes.
« Je ne suis PAS quelqu'un de bien. Te fais pas d’illusion le môme. Je suis un Orc, un barbare. Je tue, j’égorge et je viole. Voilà ce que je suis. Et si tu continues à faire le malin, je pourrai bien changer d’avis. Le feu est prêt et n’attend qu’une bonne viande à faire rôtir. »
Il se rassit lentement, sans cesser de fixer Griff de ces yeux meurtriers.
Le petit kobolt se serra près de son œuf, ramenant instinctivement sa queue autour d’eux. Le sommeil finit par le gagner. Lentement, il s’endormit, emmenant avec lui l’image du visage de Phorgas.

L’odeur de feu éteint chatouilla l’odorat de Griff. Il se redressa. Phorgas avait disparu et seul un tas de cendres devant lui attestait de leur soirée passée. Il bondit sur ses pattes. Il était parti sans lui !
Il se mit à renifler le sol, dans l’espoir de retrouver la piste. Et la trouva… Il revint vers son œuf et se mit aussitôt en route avec, vérifiant méthodiquement les traces au sol. Ils pénétrèrent dans un épais fourré. L’odeur était de plus en plus forte. Griff décida d’avancer en éclaireur. Continuer à pousser l’œuf devenait périlleux.
« Papa revient. Je suis juste devant. »

Il plaqua son museau au sol et avança à quatre pattes tel un chien. De plus en plus fort… pas de doute, il allait…
Son museau buta sur un obstacle. Une chaussure ?
Il leva lentement la tête et découvrit le visage colérique du demi orc.
« C’est pas vrai putain ! Y a même plus moyen de chier en paix sans que tu me suives ! »
Griff détala à toute allure dans le fourré, retrouver son précieux œuf.
Il le poussa en sens inverse en direction de leur campement de fortune, redoutant les foudres de l’orc. Mais son cœur d’enfant était léger. Phorgas ne l’avait pas abandonné.

Les jours défilèrent ainsi. Ils poursuivaient leur marche à travers cette forêt, se nourrissant de baies et de menus gibiers. Pas de quoi rassasier un orc.
Et soudain, l’inattendu. Le vert des fourrés céda la place à une route. Enfin un chemin. Le premier depuis… depuis trop longtemps.
« Un chemin, un chemin ! » répéta Griff en trépignant d’angoisse.
« Pourquoi ça te fait peur ? »
« Les chemins, c’est plein de danger. »
« Ah ouais… et ben moi j’dis… (il hume l’air en regardant droit devant), j’dis qu’un chemin, ça veut dire voyageurs… Ca veut dire viande. »
Il saliva d’avance, et s’engagea d’un pas décidé sur la route, le bébé dans les bras.
Griff le regarda s’éloigner, poussa son œuf dans le fourré et lui emboita le pas, à couvert.

Ils remontèrent la route jusque midi environ. Le vent s’était levé, charriant une multitude d’odeur. Phorgas se figea. Parmi toutes ces senteurs, il en reconnu une. L’une des meilleures. Il huma une nouvelle fois à pleins poumons. Aucun doute. Son instinct ne le trompait pas.
Il s’approcha des fourrés qu’il écarta brutalement, découvrant Griff.
« Gardes le môme. » lui dit-il en posant le bébé à côté du kobolt.
« Où tu vas ? »
Phorgas eut un sourire carnassier. Griff ne pu retenir un frisson devant ce facies d’assassin.
« Je vais nous chercher à manger. »
Il lâcha les branchages qui se refermèrent au-dessus de Griff.

Phorgas approcha lentement. Devant lui, le chemin disparaissait. Sans doute un dénivelé.
Il était presque à plat ventre lorsqu’il parvint au bout. Un rocher lui permit de se glisser derrière. Doucement, il se releva.
Devant lui, en contre bas, à quelques mètres seulement, sa proie. Visiblement, elle ne le sentait pas arriver.
Ses lèvres se retroussèrent, dévoilant des crocs que la bave dégoulinante rendait encore plus hideux. Ses muscles étaient tendus. Il jaugea la distance. Il serait dessus en une dizaine d’enjambées tout au plus. Sa position en hauteur lui donnait l’avantage de la surprise. Sa proie ne le verrait même pas fondre sur elle.
Avec d’infinies précautions, il escalada le rocher duquel il s’élancerait.

Scratch, scratch…
« Aie »
L’enfant mit son pouce dans sa bouche tout en contemplant son travail. C’était une nouvelle fois ratée. Il voulait se faire son premier petit couteau tout seul comme un grand. Mais la branche avait de nouveau cassé. Il s’était ouvert le doigt et un filet de sang s’en échappait sans discontinuer.
Phorgas stoppa sa progression. Ses sens aux aguets ne le trompait pas. Il sentait le sang. Là, juste… en dessous de lui…
Il se pencha lentement, et regarda vers le bas.

L’enfant commença à se relever lorsqu’il s’immobilisa, le regard figé sur cette ombre grandissante qui apparaissait au sol devant lui. Il se retourna et eut juste le temps de voir une masse noire bondir dans un feulement immonde.
Il se mit à hurler de terreur. Le choc l’envoya rouler plusieurs mètres plus loin, accompagné d’une violente douleur à l’épaule.
L’enfant se releva et vit arriver sur lui cette chose immense de couleur grisâtre avec de longs crocs.
L’orc bondit, saisissant à deux mains son épée pointée vers le sol en un coup mortel, il sembla se transformer en un monstre volant difforme et sanguinaire.
L’enfant hurla à plein poumon un puissant « Papaaaaa !!! » avant de se couvrir le visage de ses bras en un geste défensif oh combien inutile devant tant de puissance.

Le silence…

L’enfant haletait, tremblant de tous ses membres. Il rouvrit les yeux et vit l’ombre au sol, immobile. Il baissa les bras et releva la tête. Il sentit ses mèches effleurer quelque chose.
A quelques centimètres de son crane, la pointe de l’épée.
Il recula en se trainant au sol, le regard fixé sur cette masse meurtrière.
L’orc se tenait debout dans une position étrange, comme bloqué en pleine action. Ses yeux furibonds injectés de sang fixaient l’enfant avec rage.
Ce dernier continuait de se trainer aussi loin que possible, sans parvenir à détacher les yeux du monstre, ne réalisant pas que son pantalon était humide à l’entrejambe.

« Raynor ! Raynor ! »
L’homme se jeta sur l’enfant en tremblant. Son visage anxieux apparu devant lui, masquant la vue du monstre gris.
« Raynor mon garçon. Tu n’as rien ? Ca va ? »
L’homme le palpait, prenait son petit visage entre ses mains, cherchant désespérément une réaction de l’enfant. Il essuya les joues rebondies inondées de larmes. Au contact des mains de son père, l’enfant le regarda enfin.
« Ca va papa. Je… je vais bien. »
L’homme le prit dans ses bras et le serra contre lui.
Un grognement de rage résonna derrière lui. L’orc tentait en vain de se défaire de ses liens imaginaires. Une bave mousseuse s’échappait en filets glissant entre ses crocs. Sa respiration bruyante, s’accéléra tandis que sous les yeux horrifiés de l’enfant, les muscles du monstre se mirent à grossir.

L’homme se releva et fit face à la bête.
« Pourquoi nous as-tu attaqué ? »
Le regard de l’orc vrilla de colère.
« Parles. Mon sortilège ne t’a pas immobilisé la langue. »
« … j’avais envie de discuter. »
« Oh ! un orc avec de l’humour. Voilà qui est fort rare ma foi. »
L’homme s’exprimait avec calme. Il était conscient de la mort personnifiée que représentait cet être, mais il était également conscient qu’ils ne pourrait lui échappait s’il se libérait.

« Je t’ai lancé un sort connu sous le nom d’immobilisation de personne. Ce sort ne blesse pas. Il maintient juste tranquille les plus… agités. »
(Silence. Le ventre de l’orc émet un bruit reconnaissable)
« Bon. Tu n’es pas très causant… je suppose que tu nous a attaqué car tu avais faim… Tu sembles être un guerrier ou un barbare. Tu sais donc vivre dans la nature. Et pourtant, tu attaques un enfant ? Sans défense ?
(silence. L’orc ne le quitte pas des yeux)
« Vois-tu, je ne peux pas mourir aujourd’hui car mon enfant a besoin de moi. »
« Il ne m’en faut pas plus pour manger vieil homme. »
La voix caverneuse de l’orque fit reculer le garçonnet.
« Raynor, va chercher nos affaires. »

Il recula et se mit à courir vers le bas de la colline.
Il revint quelques instants après, les bras chargés de victuailles.
« Je n’ai pas menti. Je ne souhaite pas me battre mais je ne mourrai pas. Tu as faim. Nous avons un peu de vivre. Je veux bien partager mais je conserverai de quoi nourrir mon fils. C’est mieux que rien qu’en dis-tu ? »
« Que j’en aurai pas assez. »
« Ah ! bon… »

Le silence s’installa. Les yeux de l’orc allaient sans discontinuer de l’homme au garçon. Soudain, des pleurs d’enfant s’élevèrent de derrière eux.
L’homme regarda vers les buissons et se tourna vers l’orc, interrogateur.
Les pleurs se faisaient de plus en plus insistants.
« Soit… puisque tu ne veux pas parler et qu’apparemment tu n’es pas seul… »
L’homme tandis le bras en direction des fourrés et commença à incanter.
« Attends ! »
L’homme regarda vers lui.
« Attends. Ne lui fait rien. C’est mon fils. »
L’homme descendit son bras et se tourna vers lui, ne cachant pas son étonnement.
« Tu as un enfant avec toi ? et selon ces pleurs, il est jeune. »
« Oui. Et il a faim. »
« Alors. Je pense avoir ce qu’il te faut. Raynor, attends-moi là»
Et l’homme se dirigea vers les bosquets.

Griff, qui n’avait pas perdu une miette de tout ceci, se dépêcha de se camoufler avec son œuf, tandis que les mains de l’inconnu écartaient les branches.
L’homme se redressa, tenant dans ses bras un môme à la peau grisâtre et aux crocs déjà proéminents. Il revint vers l’orc, posa le bébé au sol et demanda à Raynor de retourner à leur âne chercher le nécessaire.
Quelques moments plus tard, les pleurs cessèrent. Le bébé orc avalait goulument la bouillie préparée par l’homme.
Le demi-orc sentit soudain les liens se défèrent. Ses muscles comprimés reprirent leur forme, tandis qu’il se laissait lourdement retomber au sol.
Raynor eut un mouvement de panique devant la liberté subite de son agresseur, et se réfugia derrière son père qui ne bougea pas, continuant de nourrir le petit goinfre gris.
« Il n’y a que la bouillie qui remplisse ces petits estomacs.»
L’orc ne disait rien, observant la scène et réalisant que pour la première fois depuis des jours, son fils n’avait plus faim.

« Voilà. Je pense qu’il est repu. »
En effet, le bébé orc somnolait paresseusement, tétant inconsciemment les dernières cuillérées. 
« Ma proposition tient toujours. Ton fils a mangé. Je veux bien partager nos rations avec toi. »
Et joignant le geste à la parole, il descendit vers le bas de la colline.
Le demi orc ramassa son petit parfaitement endormi à présent et, après une hésitation, suivit l’homme.

« Tiens. Nous n’avons pas grand chose mais cela rempli tout de même un peu nos ventres. »
Il lui tendit un morceau de pain et de la viande séchée en tranches. L’odeur réveilla les papilles de l’orc qui s’empara du tout et l’avala. Enfin de la viande. L’homme lui en retendit de nouveau et l’orc mangea.
Ses sens détectèrent un mouvement sur sa gauche, dans les fourrés.
Là, entre les branches, Griff les observait. La vue de la viande lui rappelait à quel point il avait faim lui aussi.
L’orc regarda son bout de viande et le dissimula dans sa grande main. Il se leva, prétextant devoir aller se soulager.
Griff le vit approcher. Il recula et Phorgas entra dans le sous bois. Il repéra rapidement le kobolt et lui tendit en silence sa viande, avant de repartir vers l’homme.

« Tu lui a donné à manger ? »
L’orc s’arrêta. L’homme le regardait, sans crainte.
« Je t’ai vu camoufler de la viande dans ta main. Tu as un autre enfant ? »
« Tu parles beaucoup homme. Tu partages ta nourriture, mais qui te dis que je ne vous chasserai pas. »
« Si tu voulais nous tuer ce serait déjà fait. Mais tu as raison. »
Il se releva et se plaça face à l’orc.
« Je me nomme Père Tinax, je suis prêtre d’Abadar. Et voici mon fils, Raynor. »
« … Mon nom est Phorgas. »
« Et le sien ? » demanda le Père Tinax en regardant l’enfant orc.
« Lui c’est … Valaar. Mon fils. »

Pourquoi, mais pourquoi les accompagnait-il ? Il avait beau se la reposer cent fois, Phorgas n’y trouvait pas de réponse. Tinax lui avait proposé de faire route ensemble, le plus naturellement du monde. Un homme proposant à un demi orc accessoirement barbare d’une horde, de le suivre. Etait-ce donc cette forêt ou Phorgas avait-il vraiment raté quelque chose pendant des années ?
Et il était venu, mu par cet instinct lui indiquant ce nouveau chemin.

Tinax passa alors ses journées à lui vanter les bienfaits d’Abadar auxquels Phorgas répondait par des grognements sourds. Abadar ? Très peu pour lui, merci. Cependant son air renfrogné ne semblait pas décourager le prêtre qui revenait inlassablement à la charge au plus grand damne du demi orc.
Raynor avait mis plusieurs jours avant de l’approcher. Mais l’enfant conservait une méfiance évidente vis à vis de son agresseur et détalait au premier geste brusque ce qui n’était pas plus mal songeait Phorgas.
Les jours passaient ainsi, Tinax s’occupant des enfants tandis que Phorgas partait en chasse.

Cette après midi était particulièrement chaude et pour la première fois, l’orc apprécia le couvert des arbres.
« Vers où marchons-nous Tinax ?
« Toi je ne sais pas mais moi, j’espère rejoindre un petit village nommé DragonFall. »
« Et qu’espères-tu y trouver ? »
« … un lieu où vivre paisiblement. »
Phorgas renifla bruyamment.
« T’es bizarre toi. Pourquoi tu t’installes pas dans une ville plutôt qu’un village pommé au milieu d’une forêt maudite ? »
« … Tinax n’est pas toujours un nom facile à porter. Là-bas, je serai le père Tinax. Rien de plus, rien de moins. Juste ce que je suis. Et cela me va. Je n’en demande pas davantage. De plus, je me suis laisser dire qu’ils n’avaient pas de prêtre d’Abadar. J’ai peut-être une chance de m’y installer… Et toi ? que feras-tu une fois arrivé ? Il paraît que DragonFall accueille tout le monde. Tu pourrais peut-être rester. »
« DragonFall accueille tout le monde ? Vraiment ? Laisse moi rire. Qui voudrait d’un demi orc ? Personne. Et ça me va. J’ai pas besoin d’un village. Pourquoi pas une maison tant que t’y es, hein ? »
Tinax ne releva pas, se contenant de marcher silencieusement aux côtés de Phorgas qui ne vit pas un sourire apparaître sur le visage du prêtre.

« Papa, je reviens tout de suite ! »
« Att… »
Tinax ne put continuer. Raynor filait à toutes jambes droit dans les fourrés, en tenant fermement son entrejambe. Il s’était retenu trop longtemps et l’accident était imminent.
Il traversa les ronces sans se soucier des éraflures et baissa son pantalon. L’instant d’après, il soupira tandis que sa vessie se vidait.

« Ploc. Ploc »
Ploc ploc ? D’habitude ça ne faisait pas ça… L’enfant baissa les yeux et se figea. Il venait d’arroser copieusement un oeuf géant… Il restait planté là, le bas ventre à l’air, regardant sans comprendre, lorsqu’un lézard géant lui aussi lui sauta dessus en hurlant des mots incompréhensibles.
Raynor tomba sur ses fesses et retint une grimace. Devant lui, cette chose aussi grande que lui, gesticulait. Soudain, le lézard se pencha et ouvrit la gueule, dévoilant une série de crocs aiguisés.
« Papaaaaaa !!!! »
Raynor sortit des buissons tel un diable de sa boite, le pantalon sur les genoux, manquant plus d’une fois de se vautrer.
« Que se passe-t-il mon garçon ? »
« La, là-bas ! Y a un lézard géant ! il a essayer de me mordre ! »
« Ne bougez pas. »
Phorgas s’avança vers les sous bois, écarta les branches et découvrit Griff affairé à essuyer son œuf.
« Il a essayé de tuer mon fils ! il a versé dessus un liquide qui sent fort et mauvais ! »
Phorgas partit d’un grand éclat de rire.
« Le petit s’est juste soulagé. Ton œuf ne craint rien. »
Griff le regarda, agaçé et poursuivit son nettoyage.
« Bon. Il t’a vu maintenant. Peut être qu’il est temps de sortir de là et de marcher avec nous ? »

« Là. Ne bouge pas. »
Raynor entendit des pièces tomber tandis qu’une chaleur recouvrait son derrière. L’instant d’après, les diverses éraflures avaient disparues. Vexé, il remonta son pantalon, sous le regard amusé de son père.
Un bruit venant de leur droite leur fit tourner la tête. Phorgas venait de ressortir des fourrés. Il fit quelques pas vers eux avant de s’arrêter. Se tournant, il s’adressa à la chose tapie dans l’ombre.
« Tu viens ou non ? »
Le silence. Les branches s’écartèrent laissant passer un œuf.
Le kobolt arriva à la hauteur de Phorgas qui, d’un regard, lui enjoignit de poursuivre la route.
L’œuf roula donc ainsi jusqu’à Tinax qui regardait la scène médusé.
L’œuf se stabilisa et un lézard apparu à côté. Il était de la taille de Raynor, des écailles bleues, une longue queue et des crocs en plus.
Le garçonnet se réfugia derrière son père sans quitter des yeux ce nouvel ennemi.
Le kobolt jeta un regard en direction de Phorgas puis s’exprima en commun.

« Je m’appelle Griff. Lui, c’est mon fils. Et lui, fit-il en désignant Phorgas, c’est mon père.»
« Qu…quoi ???!! attends, une min. »
« Et lui, poursuivit Griff imperturbable, c’est mon demi-frère » conclua-t-il en désignant Valaar.
Tinax lui tendit la main.
« Moi c’est père Tinax, et voici Raynor mon fils… reprenons la route. »
Phorgas revint à la hauteur de Tinax  tout en lançant des regards mauvais au kobolt et les deux adultes reprirent la route. Raynor marchait au côté de Griff qui poussait inlassablement son œuf devant lui.

« T’es quoi comme animal ? »
« Je ne suis pas un animal. »
« Ben t’es quoi alors ? »
Griff s’arrêta et, bombant le torse, répondit fièrement.
« Je suis un kobolt. Mon peuple et moi sommes les descendants des dragons. »
Raynor le regarda et éclata de rire.
« mais non ! t’es trop petit pour être un dragon ! »
« Ne te moques pas ! »
« Ben si t’es un  dragon t’as qu’à cracher du feu alors. Vas y ! »
« … je ne sais pas cracher du feu. »
« Tu vois ! donc t’es un mini dragon. Un dragounet. »
« Je ne sais pas cracher du feu mais je peux te croquer un morceau. »

Et joignant le geste à la parole, Griff retroussa les babines et se jeta sur Raynor qui esquiva et se mit à courir en hurlant.
Les deux gamins se poursuivirent ainsi sous les regards amusés de leurs pères respectifs.
« Stop ! C’est pas du jeu ! moi j’ai pas de dents pour me défendre ! »
« C’est vrai ça. Tu sais pas te défendre. Depuis que je te connais, tu fais que fuir. »
La voix grave de Phorgas venait de les interrompre, mettant un terme à la course poursuite. « Raynor ne sait pas se battre, tu as raison. Et ce n’est pas moi qui pourrais le lui enseigner. »
Tinax répondait à l’observation comme se parlant à lui même.
« Ouais. Ben un homme qui sait pas se battre est un homme mort. »
« Et si tu lui apprenais ? »
Tinax s’était immobilisé et observait l’orc. Phorgas grogna. Ce regard, il commençait à le connaître. Tinax avait le même lorsqu’il le saoulait avec Abadar.
Raynor avait cessé de courir et les regardait, allant de l’un à l’autre.
« C’est vrai ? tu m’apprendrais à me battre ? »
« Hep. J’ai pas dit oui. »


« Aller ! du nerf ! c’est mou tout ça ! »
L’épée vola une nouvelle fois en l’air tandis que l’enfant atterrissait sur son épaule. Il se releva en grimaçant. Phorgas oubliait qu’il était un enfant ou quoi ?!
« Tu tapes trop fort. Tu me fais mal ! »
« Je tape comme une fillette oui. A ton âge, chez nous, ils savent déjà se battre. Regardez-moi ça. Comment ça peut tenir une épée avec des bras aussi maigres. »
Tinax les regardait, assis à l’écart avec le kobolt. Cela faisait plusieurs jours que les entrainements avaient débutés. Raynor était couverts de bleus mais en redemandait, se relevant, encore et encore. Un nouveau lien s’était ainsi créé entre eux et l’enfant commençait à développer une forme d’admiration mêlée de crainte envers ce géant à la peau grise, ce qui suscitait la jalousie du kobolt. Les deux enfants n’avaient de cesse de se disputer.

« Bon. Assez pour aujourd’hui. Il est temps que je parte chasser. »
Phorgas adressa un signe de tête à Tinax et s’enfonça dans les bois.
« Griff, Raynor, allez ramasser du bois. »
Les deux garnements s’exécutèrent non sans jouer des coudes. Un mouvement dans les buissons attira leurs regards. Un homme les observait, et leur sourit d’un sourire sans dents.
Les garçons hurlèrent, lâchèrent le bois et détalèrent en direction du père Tinax.
Il n’eurent que le temps d’arriver lorsque surgissant des fourrés, 4 hommes armés apparurent. Leur apparence et leur air bestial ne laissaient aucun doute quant à leur objectif.
Tinax poussa instinctivement les enfants derrière lui et leur fit face. Il ne pouvait en immobiliser qu’un seul. Il verrait ensuite pour les trois autres.

Il pria Abadar tout en tendant une main vers eux. L’homme du milieu s’immobilisa en pleine marche. Et de un.
« Putain un mage ! »
Le vent siffla, tandis qu’une lourde masse vola vers le prêtre et l’atteignit de plein fouet. Tinax s’effondra dans un craquement sinistre d’os brisés.
« Papaaa !!! »
Raynor s’était précipité sur son père dont le sang s’échappait d’une plaie béante sur le côté gauche.
« Papa ! Papaaaa ! »
Tinax rouvrit les yeux et vit le visage de son garçon au-dessus, baigné de larmes.
« Fuyez les enfants. »
C’est alors qu’ils l’entendirent tous. Un hurlement de bête à vous dresser les cheveux sur la tête. L’instant d’après, une masse puissante s’abattit sur le second homme. Phorgas se releva et rugit littéralement, dévoilant une denture de cauchemar.
Les deux autres hommes fondirent sur lui et un violent combat s’engagea. Ils étaient moins aguerris que l’orc mais bien mieux armés. Phorgas parvenait à maintenir l’équilibre lorsque le sort d’immobilisation prit fin. L’homme libéré, se jeta sur le demi orc et le poignarda sauvagement dans le dos.
Raynor regardait la scène dans un état second.

Les lames rougies de sang s’entrechoquaient. Phorgas perdait du terrain. Il releva la tête après avoir encaissé le énième coup de fléau d’arme qui lui ouvrit la joue dans une giclée de sang. Une nouvelle douleur apparue sous son genou gauche. L’arme venait de lui arracher un morceau de chair.
Il ne perdrait pas. Il n’avait pas le droit de perdre. Il était le seul à pouvoir les défendre.
C’est alors qu’il sentit une chaleur entrer en lui, inondant son arme. Son coup suivant décapita l’un des assaillants. Phorgas s’immobilisa, tentant de comprendre comment il avait pu réaliser une telle chose. Quelques minutes plus tard, les deux autres rejoignaient leurs comparses.

Phorgas recula, sonné par la multitude des coups encaissés. Mais sa première préoccupation était ses fils. Il se précipita vers Tinax. Ce dernier se relevait péniblement. Il accueillit Phorgas avec un sourire, joignit les mains et canalisa. Leurs blessures se refermèrent.
Le demi orc observa ses bras, ses jambes, sans comprendre. Comment Tinax l’avait-il soigné ?
« C’est un honneur pour moi que d’avoir pu voir cela. »
Le père Tinax s’était totalement redressé et lui faisait face.
Griff et Raynor les entouraient, essayant de comprendre.
« Que ce passe-t-il Tinax ? Pourquoi ta magie me soigne ? »
« Il se passe qu’Abadar t’a reconnu et appelé. Il a reconnu ta bravoure et t’a prêté sa force. Tu es un paladin Phorgas. »

Le silence accueillit les propos du prêtre.
« Je suis un barbare demi-orc ! »
« Peu importe ce que tu es. Seul le cœur compte et Abadar t’a reconnu. Ne le rejette pas. Il est temps pour toi de débuter une nouvelle vie et tu le sais. Tu l’as toujours su. Voilà la raison pour laquelle tu voyages à nos côtés… Alors ? Que dis-tu de poursuivre ta nouvelle voie auprès d’un simple prêtre d’Abadar ? »
Phorgas regarda autour de lui. Le sang, son épée… puis son regard se posa sur Valaar. Il avait décidé d’arracher cet enfant à une mort certaine. Allait-il le faire grandir comme un sauvage ou saisirait-il cette nouvelle vie ?
Tinax s’écarta de son fils et s’agenouilla.
« Prions. »
Il ferma les yeux et entama ses récitations, lorsqu’il sentit une présence se placer à sa droite. Il sourit. Un paladin était né.


« Nous devrions bientôt arriver. Courage les enfants. »
Ils avaient repris leur route. Cela faisait cinq jours. Tinax enseignait pieusement à Phorgas tous les enseignements du culte d’Abadar. A présent les deux hommes priaient côte à côte.
« Griff ! regardes ton œuf. Il est bizarre. »
Raynor se tenait debout devant la coquille blanche, fixant un point juste sous son nez.
Griff accourut aussitôt.
« Tiens. Regardes. Là. »
Raynor pointa son doigt en direction de l’éclat.
« Je vois rien. »
« Mais si ! Lààà. »
Et disant cela, son doigt traversa la coquille.
Silence… Raynor regardait son doigt enfoncé, n’osant se tourner vers le kobolt qui se mit à hurler.
« Mon œuf ! Tu as cassé mon œuf ! Tu l’as tué !!! »
Raynor retira doucement son doigt. Un craquement sinistre retentit, tendit qu’une immense fissure se dessinait depuis la perforation.
« Tu l’as tué ! tu l’as tué !! »
Le garçon recula. Il entendait du bruit venant de l’intérieur. Soudain, la coquille vola en morceaux. Une masse gluante et noire s’étala de tout son long s’arrêtant à l’entrejambe du gamin qui hurla avant de sauter sur ses pieds.
Tinax et Phorgas entendant les cris de Griff, étaient revenus sur leurs pas.

Le kobolt courait autour de la forme, sans savoir quoi faire. Piqué par la curiosité, Raynor finit par se rapprocher, une branche morte à la main. Il la tendit et tenta de chatouiller la bête. Un claquement de mâchoire résonna, rompant en deux la branche et faisant reculer Raynor.
La forme se redressa et ouvrit enfin ses yeux jaunes.
« Mon fiiiilssss !! »
Griff venait de se jeter à son coup.
Le prêtre, le paladin et l’enfant observaient cette scène surréaliste d’un kobolt enlaçant un bébé dragon.
Griff se mit devant, lui caressa la tête, recula pour mieux le voir.
« Tu t’appelleras Arthurak. »


Phorgas jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Leur petite troupe suivait d’un bon pas. La petite famille s’était agrandie trois jours plus tôt et Arthurak était devenu la nouvelle attraction.
Soudain, Tinax s’arrêta. Phorgas le rejoignit.
En contre bas, des maisons. DragonFall.
« Enfin. » soupira le prêtre.

Ils descendirent en silence la plaine les menant au village.
Il était près de midi. Une cloche sonna, libérant une ribambelle d’enfants. Raynor se détacha de son père. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait plus joué avec d’autres enfants.
« Vous venez d’arriver ? »
Tinax et Phorgas se tournèrent d’un même homme.

Un couple leur faisait face, suivit d’un homme. L’homme en question était arrivé sur les talons du couple. Il était de taille moyenne, dos large. Phorgas reconnu les traits d’un combattant.
« Etes vous de simples voyageurs ? »
« Je suis le père Tinax, prêtre d’Abadar, et voici Phorgas, paladin d’Abadar. Nous sommes avec nos enfants et nous souhaiterions nous installer, avec votre permission. »
Le couple échangea un regard.
« Vous êtes prêtre et paladin d’Abadar ! Quelle chance. Nous n’en avons pas. Constantin Hern et voici mon épouse Antinéa. Nous sommes les barons qui dirigeons ce village. Et voici Rocco Andronique, notre shérif. Soyez les bienvenus. »
La femme, enceinte jusqu’aux yeux, voulut s’approcher d’eux lorsqu’une violente contraction la figea de douleur. Elle perdit l’équilibre et fut retenue de justesse par une jeune femme que personne n’avait vu arriver.
« Merci Constance. (elle eut un faible sourire). Je crois que le travail va commencer… »

Constance ne releva pas, passa son bras autour de la taille de la femme et se redressa péniblement. L’inquiétude se lisait dans ses yeux bleus. Visiblement, elle n’avait jamais assisté à cela. Tinax ne pouvait détacher son regard de la jeune femme et perçu immédiatement sa détresse.
« Permettez Madame. Je suis prêtre, mais je suis aussi père. Souhaitez-vous de l’assistance ? »
« Oh oui ! »
Ces mots avaient franchi les lèvres de Constance avec soulagement. Antinea observa la jeune femme, avant de répondre à Tinax.
« Je pense que votre soutien nous sera précieuse. Et il me plait de savoir que mon enfant naitra sous le regard d’Abadar. En route… je ne tiendrai plus longtemps. »
C’est alors que Phorgas fit un pas.
« Laissez-moi vous porter. »

Raynor regarda le groupe s’éloigner. On l’avait tout simplement oublié…
«Hé ! »
Il sursauta. Il ne l’avait pas vu. Un garçon s’était approché et lui tirait la manche.
« T’es nouveau. Tu veux jouer ? »
Il regarda en direction de son père. Ce dernier allait être bien occupé dans les prochaines heures alors…
« Ouais. Je veux bien jouer. Je m’appelle Raynor. »

« Moi, c’est Jovien. »

Celena

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