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101583 Messages dans 7148 Sujets par 781 Membres - Dernier membre: Sandre novembre 18, 2017, 18:57:01 pm
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Opale Campagnes  |  Monde des Ténèbres  |  IdF - I.S.I.S.  |  Identification (Modérateur: Cianers)  |  Louise de la Frondière d'Argentin
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Auteur Sujet: Louise de la Frondière d'Argentin  (Lu 1199 fois)

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Louise de la Frondière d'Argentin
« le: juin 04, 2014, 11:44:10 am »
Histoire de Manakel, Ange de la Mort

J’écris ce journal car je me dois de laisser une trace, une histoire, de retranscrire des faits qui ont eut lieu il y a de nombreuses années. Si longtemps que tous ont oublié les événements qui s’y sont déroulés. J’espère qu’un jour, ceux qui nous condamnent si facilement verront disparaître le voile qui obscurci leur vision pour voir ce que nous sommes vraiment. Des créateurs, des parents, des amis, des serviteurs, des guides, des protecteurs… Ainsi nous avons existé, ainsi nous cesserons d’être.

1   AU COMMENCEMENT

Mon premier souvenir est celui de la Lumière. Une Lumière vive et brûlante, douce et apaisante, une lumière qui vous berce, qui vous traverse. Puis les couleurs suivirent. Bleu comme le ciel, l’océan, une veine de saphirs sur un noir rocheux. Jaune comme le feu, la savane, un parterre de tournesols dans une plaine ensoleillée. Et Rouge comme le sang, un Ibis volant, un coucher de soleil sur un paysage enneigé.
Puis tout se nuança et je naquis, être de lumière… et de ténèbres. Car dès que je naquis je sus pourquoi j’existais. J’étais une ange de la Maison du Second Monde, une Ange de la Mort. Il nous avait façonné selon son désir, selon son besoin. Sous la guidance du Séraphin Silencieux, nous arpentions les ombres, les ténèbres et les soupirs. Nous étions la Maison qui s’habillait de mystères, qui évoluait dans le secret. Nous étions ceux à qui revenait la Fin de toutes choses. Parmi la hiérarchie je trouvais ma place, ni au sommet, ni dans la vallée.

Ensemble unis et sous les ordres du Tout-Puissant, nous avons construit le cosmos et l’avons rendu stable. Puis nous reçurent l’ordre d’infuser un peu de Son essence divine dans des êtres vivants, qui se développeraient et grandiraient. Les humains naquirent ; image du Tout-Puissant non pas d’apparence, mais d’âme. Nous, Maison du Second Monde, leur insufflâmes la capacité de grandir, de changer et de se soigner si le besoin s’en faisait sentir. Car nous sommes les Faucheurs…

Toutefois avant de donner vie aux hommes… La Source, comme j’aime à l’appeler, nous imposa deux commandements :

Le premier étant que nous devions aimer les hommes d’un amour aussi fort que celui que nous lui portions. Et ce sans craindre son courroux.

Le deuxième ordre était que nous, Anges de la création, devions rester dissimulés à jamais des Hommes. Aucun contact ni message n’était permis. L’homme devait grandir, entouré d’Anges protecteurs et infiniment aimants, sans jamais le savoir.

Je sais que beaucoup se sont questionnés sur Ses commandements. Non pour y résister mais pour en comprendre la nécessité. Car nous aimions déjà les hommes comme des parents aiment leurs enfants. La conclusion à laquelle nous sommes parvenus  est qu’Elle ne souhaitait pas que nous nous sentions honteux de ne pas L’aimer plus que les Hommes.
Le second était toutefois bien différent. Pour nous de la Maison du Second Monde, rester à l’abri des hommes était naturel car nous l’étions déjà à l’égard des nôtres, dans une moindre mesure. Les autres anges vécurent cela d’une autre manière. Eux qui aimaient autant les hommes qu’ils ne l’aimaient Elle, ils se devaient de rester invisible, de laisser l’Homme dans l’ignorance de l’existence de ses protecteurs.

Je sais que certains tentèrent d’offrir des merveilles aux hommes, de leur apprendre à voir le monde autour d’eux. Passer des années à façonner la roche, les arbres, les cascades d’un canyon entier pour qu’à un moment précis, manipulant tous les vents dans un effort sans égal et les voix des animaux, créer pour quelques minutes une musique sans pareille mesure, une œuvre d’art divine… Et ignorée.



Car en ce temps, les hommes étaient aveugles. Non pas physiquement aveugles, seulement qu’ils ne possédaient pas de conscience d’eux-même ou de leur environnement, comme ils l’ont à présent. Ils étaient comme des animaux, vivant de ce que leur donnait le Paradis. Rien ne les intéressaient en dehors de dormir le ventre plein et au chaud. L’Homme était le centre de cet univers, tout tournant autour de lui, sans qu’il ne connaisse sa véritable place. Certains se demandèrent pourquoi laisser les hommes dans l’ignorance. Et ils le Lui demandèrent. Elle leurs dit de venir à Elle, qu’Elle leur montrerai pourquoi les choses devaient être ainsi. Plus jamais ils ne furent parmi nous.

Quand je vois aujourd’hui ce que l’humanité est devenue, je me questionne sur la justesse de notre cause. Avons-nous bien fait de donner aux hommes la Conscience ? Auraient-ils préféré rester heureux comme des animaux le sont, se contentant de survivre dans un monde où tout leur était offert ? Où des gardiens invisibles comblaient le moindre de leur désir ?
Ou aiment-ils le présent que nous leur avons donner ?

Mais il est trop tard. Le passé ne peut être changé. Les hommes ne connaissent même plus le Passé.



2   LE CHANGEMENT

Toutefois à ce moment-là, le changement pouvait être… Et il fût.

Des anges de toutes les maisons se réunissaient dans les palais angéliques, bâtis dans les volcans, sur les nuages, au fond des océans. Des débats eurent lieux, d’abord sur la Lune, puis cela s’est répandu. J’y étais, j’ai assisté à certains de ces débats. Je ne peux expliquer un concept si étranger maintenant. Car durant cet Age, nous les anges vivions dans tous les plans existants, dans toutes les dimensions en même temps. Aussi les débats n’étaient-ils pas seulement des mots, mais aussi de la musique, des combats, des réactions physiques, des courants d’énergies…

Le fait est que après de nombreux débats, j’ai penché du côté de ceux qui souhaitaient sortir les hommes de cette inconscience. Les extraire de ce gouffre sans fin où seules les ténèbres de l’ignorance subsistaient. Et Lucifer, le premier des anges, nous rejoint pour nous écouter et finalement approuver l’évidence.

Ainsi a eu lieu le changement.

Mais cela est une autre histoire, que j’écrirais un autre soir…




3   MA RÉINCARNATION

Je ne sais pas combien de temps j’avais attendu, combien de temps j’avais espéré sortir, combien de temps mes pensées se répétaient. Et soudainement, sans avertissement, j’ai senti une ouverture, une fissure, une brèche dans notre prison. Je n’ai pas réfléchi, j’ai agi. Je me suis précipité vers cette lumière, cette chaleur alors qu’il n’y avait aucune sensation au fond du gouffre. J’aurais marché sur les autres si cela m’avait permis d’aller plus vite, j’aurais tout sacrifié dans l’instant pour me libérer. Mais nul de cela n’était nécessaire, car je passais déjà la porte de notre Enfer pour n’y trouver que le vide. Puis un flottement, un Monde inconnu défilant devant mon être, des nuages filant au loin, des vies s’éteignant à chaque souffle. Puis une étincelle, un appel, un phare sur mon horizon. Je suivis la lumière, échappant aux ténèbres qui m’appelaient à nouveau. Tous en moi n’était plus que désir de survivre, d’être ailleurs, de Vivre.

M’en rappeler est troublant alors que j’écris ces lignes. J’ai le souffle court à ces souvenirs ; mais ma plume ne tremble pas tandis que je continue de coucher mes pensées sur le papier blanc. La petite lumière du bureau m’enveloppe d’un faible halo de lumière, au milieu des ténèbres de ma chambre. Kashemir, mon chat noir, ronronne sur mes genoux, sûrement bercé par le bruit de fond de mon écriture rythmée.



J’étais passée d’une forme éthérée, libre de tout si ce n’était de l’attrait implacable des ténèbres, à une prison de chair et de métal. Mon esprit embrumée par les sensations brusques, douloureuses et intenses ; mes repères brouillés par les émotions et la vie qui déferlaient en moi comme un torrent en furie. Mon attention était déchirée, soignant le corps, absorbant l’âme que j’avais écrasée impitoyablement, goûtant le monde qui s’ouvrait autour de moi.

Louise était une petite fille de bonne famille, française de père et américaine de mère. Elle était une enfant aimée et chérie, par des parents bons et généreux. Une petite fille de 10 ans qui aime apprendre des choses sur ce qui l’entourait, courir dans le grand jardin de sa maison à en perdre haleine, s’endormir avec Kashemir lové contre elle pour rêver des jours à venir.

Le père, Jean-Baptiste De la Frondière d’Argentin, était un homme d’affaire réputé honnête et talentueux. Il reposait mort, la tête remplacée par une poutre de métal qui avait traversé la voiture de part en part. La ceinture me comprimait la poitrine alors que la gravité appelait mon corps vers le bas, la voiture ayant chuté pour se retrouver plantée dans une aire de construction. J’essayais de bouger alors que mon corps recommençait à fonctionner. Colonne vertébrale brisée, cotes fêlées, perforation abdominale et hémorragie due à une barre d’acier de 30mm… Et tout cela se résorbait lentement pour me permettre de survivre, avec de la chance.

J’ouvrais mes yeux embués, les larmes d’extase et de désespoirs se mêlant comme le sang sur le cuir. La mère, Elisabeth Holcott, gémissait en essayant de se retourner après avoir défait sa ceinture et chuté contre le pare-brise. Une femme aimante et déterminée, sachant s’affirmer et dévouant sa vie à ceux qu’elle aimait. Médecin travaillant pour le bien des autres, partageant son existence entre sa famille et ses patients. Elle grimpa, l’air affolé en voyant mes bras pendre sans vie et la barre d’acier traverser mon ventre pour me maintenir au siège. Elle tendit la main pour détacher ma ceinture. La pression se relâcha, je tombai… je flottai à nouveau et m’échappai de la barre cruelle, ce qui m’aurait coûté la vie si mon corps ne comblait pas le vide par une énergie divine. Mes plaies se refermaient tandis qu’elle me prenait dans ses bras pour me bercer, murmurant des paroles de réconfort, alors qu’elle-même se vidait de son précieux sang sur le cuir sombre. Elle sanglotait, affaiblissant de secondes en secondes, susurrant que les secours seraient bientôt là, que tout irait bien. Je déglutissais, avalant la salive qui avait un goût de cuivre, puis aspirais une goulée d’air. Un gémissement m’échappa, frissons me traversant, mes lèvres s’entrouvrant.

-« Père ne sera plus là, Mère… Il t’attend de l’autre côté. Ne t’inquiète pas… » Lui chuchotais-je en lui caressant tendrement la joue, avec le peu de force qui me restait, essuyant les larmes noires qui les tachaient le visage.

Elle m’avait alors regardé sans comprendre, les paupières cillant comme si elle ne voyait pas bien. Elle me cala contre elle, me gardant comme si elle pouvait ainsi me protéger de tout. Elle me fit taire de sa voix basse mais pourtant forte, me soufflant d’écouter les sirènes qui se rapprochaient. Elles arrivaient, se faisant plus forte quand la voix d’Elisabeth Holcott se faisait plus faible à l’oreille de sa fille. Le temps semblait défiler comme si il était suspendu entre deux moments indistincts. Le battement de nos cœurs s’éloignant avec une lenteur infini, la chaleur enveloppante qui m’entourait m'apaisait d’une manière que j’éprouvais pour la première fois de mon existence.

Puis des mains m’ont saisies, m’ont tirées en dehors de ses bras, m’arrachant un cri de terreur et de manque. Les bruits assourdissants et les sensations glaciales se manifestèrent à nouveau. Je tendis les bras vers elle, inerte et immortelle, criant la place qu’elle occupait en cet instant pour moi. Avant qu’un homme ne m’éloigne définitivement d’elle, je pus voir qu’elle souriait. Toutes mes pensées se figèrent sur ce sourire que j’avais vu tant de fois. Ce sourire délicat et tendre qu’elle avait toujours quand elle me serrait contre elle.

Tout s’est passé vite après cela. L’hôpital, les journalistes parlant de fille miracle et d’accident dramatique, l’enterrement, l’adoption par la sœur d’Elisabeth Holcott et son beau-frère, le départ de France, l’arrivée en Amérique. Une nouvelle maison, de nouveaux amis, une nouvelle famille aisée avec déjà une petite fille de 8 ans. Kashemir était la seule chose qui me restait vraiment de la vie de Louise. Tous ont été surpris par ma facilité à accepter tout cela ; l’accident, la mort, la solitude. D’autres ont avancé que j’étais toujours en état de choc, que j’intériorisais. Je me suis réfugiée dans les livres pour ne plus les écouter, coffre de savoir infini qui ne demandait qu’à être ouvert et exploré. J’avais besoin de connaître le monde au-delà de la vision qu’en avait eu Louise. On m’inscrivit à l’école pour enfants riches où était inscrit ma cousine Cassie, supposant que cela allait m’aider à me reconstruire… Si seulement ils savaient.



   
Samantha Holcott         John Strikon      
Cassie Strikon

La vie suivait un nouveau fleuve, jusqu’au jour où ils m’ont conduit chez un psychologue de renom. Ils espéraient que je m’ouvrirai plus, comme Louise l’était avant. Je dois dire que je ne m’attendais pas à croiser là, en la personne du savant de l’esprit, un membre de la Maison des Sphères. Ainsi entrais-je en contact avec la communauté démoniaque de New York.

4   MES DÉCOUVERTES ET MES ÉGAREMENTS

Les pactes que j’ai passé restent gravé en moi.




Sinon j’ai fait la connaissance de Samantha Salford, une traductrice expérimentée qui nous donne des cours de langues à moi et Cassie. Américaine d’une trentaine d’hivers, elle est gentille et serviable, même si elle aime bien murmurer dans son coin quand elle semble préoccupée. Nous commençâmes à discuter et à sympathiser, laissant un peu de ma véritable personnalité filtrer de temps en temps. Elle me prit pour une petite fille mature et intelligente, ce qui me convenait. Elle avait comme moi une passion pour les livres, même si elle gardait ceux qu’elle préférait chez elle. Que de mystères. Peut-être des livres interdits aux enfants, qui sait ?

Puis un soir, alors qu’il tombait des torrents d’eau, elle fût invitée par ma nouvelle mère à rester pour dormir. Ses yeux brillaient d’un éclat que je soupçonnais être autre que le simple remerciement. Notre maison était un vieux manoir, très ancien. Et je le savais habité par plus d’habitants qu’il n’y paraissait ; Et je me suis rendu compte que Samantha espérait la même chose. Réveillée par une sensation étrange cette nuit, je me suis levée pour arpenter la maison en suivant mon intuition, pour arriver devant l’entrée de la cave qui était entrouverte. Des murmures sont venus chatouiller mes oreilles alors que je descendais discrètement les escaliers de pierre. Profitant des ombres, je vis se dessiner dans les ténèbres profondes de la grande cave une lueur vacillante.

Lumières projetées par des bougies, Samantha assise en tailleur au centre d’un cercle, un livre en travers des genoux. Ses lèvres s’agitaient, susurrant des mots d’une signification inconnue. Mais je savais qu’elle utilisait là un savoir que la majorité des humains ne pensaient pas exister. Savait-elle ce qu’elle faisait réellement, ou tentait-elle d’en comprendre le fonctionnement par la pratique ?  Ces questions me taraudaient, aussi me suis-je approchée assez pour entendre. J’ai ressenti la frontière lentement s’agiter alors qu’elle continuait à lire les textes occultes, les ombres s’affolants imperceptiblement. Je me devais d’intervenir ou une brèche apparaîtrait bientôt pour plonger ma maison dans un Maelstrom venu du second monde.

Trop concentrée dans son rituel, elle ne se rendit pas compte du subtil changement qui s’opéra dans la cave lorsque je laissais les ombres venir à moi, nimbant mon corps d’un halo de ténèbres. Ma vue s’éclaira tandis que les spectres ne pouvaient plus se cacher de moi ; de mon dos s’éleva un faible déchirement alors que deux ailes noires et grandes s’étiraient dans toute leur majesté. Je m’avançais à découvert, silencieuse comme la mort, habillée d’ombres mouvantes. Les esprits s’agitaient à mon approche et j’en vis certains qui se collaient à l’humaine pour la presser de leurs voix gémissantes, voix qu’elle n’entendait pas. Je pénétra le cercle des bougies dont la lumière faiblissait, trop proche de moi. Je m’agenouilla derrière Pearl… et passa mes bras autour d’elle tandis que mes lèvres s’agitaient à proximité de son oreille.

-Stop… Pas un mot de plus.

Mes mots résonnèrent à son oreille comme un ordre, avec la clarté du cristal et la force d’un marteau. Elle sembla vouloir s’agiter l’espace d’un souffle… puis elle s’immobilisa, frissonnante sous mon toucher. Je posa mon menton sur mon bras nu, ma tête touchant la sienne, en voyant le rituel se défaire… même si la frontière était définitivement fragilisée maintenant. Mes ailes bougèrent lentement pour nous encercler, nous offrir un espace intime fictif. Elle tressaillit en les voyant. Je l’entendis déglutir et prendre sa respiration.

-Qui êtes-vous ?

-Je suis celle qui garde la frontière entre la vie et la mort. Ce que tu allais faire aurait pu causer de très mauvaises choses, Samantha.


Ce que je disais la rendit nerveuse, je le sentais. Elle était d’ailleurs se le point de me contredire, son corps commençant à pivoter, quand elle marqua un arrêt. Je laissais échapper un petit rire enfantin, tandis que je dénouais mes bras et me relevait pour la surplomber au moment où elle poserait les yeux sur moi. Ce qu’elle fît lentement. Ses yeux s’agrandirent, essayant tant bien que mal de me reconnaître alors que son cerveau lui disait que ce n’était pas ça. A la faible lueur des bougies, elle ne voyait que des ombres mouvantes couronnées d’ailes noires comme la nuit, ne percevant que d’infimes éclats de ma peau et le bas de mon visage… Et cela car je le voulais.

-Louise… ? Mais que… ?

-Oui et non. Je suis Louise ici, mais aussi beaucoup plus. Jouons à un jeu, veux-tu. (Je me mis à marcher en cercle autour d’elle, lentement pour le laisser le temps de me suivre des yeux mais aussi pour perturber son attention). Chacune à notre tour a le droit de poser une question, à laquelle l’autre devra répondre en toute sincérité. Celle qui brise les règles se verra… punie. Acceptes-tu, Pearl ?


Elle semblait confuse et sa conscience essayait de nier ce qu’elle voyait. Mon apparence enfantine et pourtant spectrale, mon ton amusé et pourtant chargé d’une puissance ancienne, ces contrastes fesaient battre son cœur d’anticipation et d’une peur sourde. Pourtant ma proposition alluma une lumière au fond de son regard, une curiosité dévorante. Et puis qu’avait-elle à craindre de moi, puisque jusqu’à maintenant je ne lui avait fait aucun mal. Elle acquiesça même si la peur s’agitait à la frontière de son âme.

-Bien. Dans ce cas je commence. Sais-tu exactement ce que tu faisais ici, dans notre cave, par cette nuit sombre ?

Elle ouvre la bouche pour répondre rapidement… pour ne prononcer aucun mot en notant mon arrêt. Elle inspira à nouveau.

-J’ai traduit ce livre… Enfin j’ai essayé de le traduire pour savoir ce qu’il renfermait. L’antiquaire m’avait dit que c’était un livre occulte sur les coutûmes anciennes. Donc j’ai voulu essayer. Ça disait que le rituel décris pouvait vous faire parler avec les morts. Je sais ça peut paraître hallucinant mais… (Elle semble se rendre compte de ce qu’elle allait dire et de ce qui se tenait en face d’elle en ce moment). Donc la magie, les fantômes ; ça existe bien… n’est-ce pas ?

Je me remise à marcher autour d’elle avec une lenteur excessive, mon regard posé sur elle.

-Oui… et bien plus encore. Tu as posé ta question, alors c’est à moi. Pour quelle raison veux-tu en apprendre plus sur ce monde que les humains ne veulent pas voir ?

-Mmmm… Disons que ça m’a toujours fasciné, ces histoires de fantômes, de vampires et de loup-garous. Les mythes médiévaux et les légendes. Même si ça n’a rien à voir avec mon travail, je passe une partie de mon temps libre à… essayer d’en apprendre plus. Et puis ma grand-mère était une voyante, une vraie. J’en suis certaine. Elle me racontait des choses incroyables qu’elle n’aurait pas pu inventer quand j’étais petite. Et puis…


Un petit sourire se dessinait sur mes lèvres alors que j’écoutais calmement ce qu’elle me racontait avec de plus en plus d’entrain. Après tout, j’étais ce qu’elle avait rechercher depuis longtemps. Une manifestation surnaturelle pour le moins concrète, une dont elle ne pourrait pas douter. Alors que la majorité des humains essayerai de rationaliser ce qu’ils voyaient en moi, elle l’acceptait. Je m’asseyais en face d’elle alors qu’elle finissait son récit.

-… et je souhaitais être comme ma grand-mère. Pouvoir voir des choses surnaturelles, voir ce monde dont on parle tous mais qu’on ne connaît pas vraiment, et ce même si on en parle énormément ! Comment peut-on inventer autant de choses sur un tel sujet sans qu’il n’y ai rien de réel, de concret. Et puis vous êtes là et… Vous êtes quoi ? Je veux dire c’est toi Louise, ou vous avez pris son apparence ? ou peut-être la possédez-vous ?

-Un juste mélange de tout cela. Je suis une Ange du Second Monde, qui a pris possession du corps de Louise à sa mort. Un peu comme dans le film « Rencontre avec Joe Black ». En fait c’est exactement cela, avec un peu plus de magie et de mystères.


Elle sourait de mes exemples avant de paraître hésitante d’un coup… Aussi je reprenais la parole de ma voix enfantine et amusée.

-Et oui j’ai un marché à te proposer. Veux-tu l’entendre ? Ne t’inquiète pas, tu ne vas pas mourir. En tout cas pas maintenant.

-(glups) Heu… D’accord. Ça ne m’oblige pas à l’accepter, n’est-ce pas ?

-Tu peux dire Oui ou Non, mais réfléchit bien car je ne ferai pas la même offre deux fois. Toutefois sache que c’est un cadeau que je te fais, de toute bonne fois car je t’aime bien. Tu es gentille et tu prends soin de moi et de Cassie en nous enseignant ton savoir. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, une ange de la mort telle que moi est plus que ravie de voir le moins de mort traverser de l’autre coté. Alors le marché est le suivant. Je peux t’offrir le don de voir ce qui est invisible aux hommes ordinaires. De voir par exemple ce que tu as appelé avec ce rituel.


Au fur et à mesure de mes paroles, elle se calma… puis s’agita à nouveau. Mais elle n’était pas stupide même si l’envie de dire Oui brillait dans ses yeux.

-Et qu’est-ce que je dois donner en échange ? Car c’est un marché, non ?

-Tu as raison, bravo ! Aloooors… Je vais te demander de m’aider, car je veux en apprendre plus sur le monde. Comme Brad Pit dans le film, tu vois ? Je veux que tu m’accompagnes et que tu m’aides quand je ne pourrais pas faire certaines choses… A cause de mon âge par exemple. Et comme dans le film, c’est un secret entre nous ! Est-ce que ça te va ?


Elle sembla surprise pendant quelques instants puis acquiesça devant la justesse de ma demande. Et puis elle m’accompagne déjà presque chaque jour, quelles genres de choses pourrais-je lui demander à mon âge ? En même temps je ne suis pas vraiment humaine… Mais sa curiosité était brûlante, aussi accepta-t-elle en me tendant timidement la main. Je souris et sautais joyeusement sur elle en passant mes bras autour de son cou. Mes ténèbres l’enveloppèrent, la faisant frissonner de panique alors que ses sens se diluaient dans une froideur spectrale. Pourtant au milieu de ce noir glaciale résonne un son de cloche cristallin… un « Merci ». Alors je plongeais mes mains dans son âme et la changeais, lui offrant le don que je possédais. Un vague de sérénité et de douceur se répandit en elle et elle émergea de ce songe pour me retrouver comme elle en avait l’habitude… Une enfant humaine avec un regard étrange.
« Modifié: juin 04, 2014, 12:15:19 pm par akiraos »

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