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102303 Messages dans 7481 Sujets par 859 Membres - Dernier membre: uplicle septembre 16, 2019, 06:06:15 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Faery Tales  |  Livre 4ème : Construire sur les cendres. (Modérateur: Sstrad)  |  Chap. 13 : "Another Day in Paradise"
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Auteur Sujet: Chap. 13 : "Another Day in Paradise"  (Lu 874 fois)

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Hors ligne Valaar

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Chap. 13 : "Another Day in Paradise"
« le: avril 10, 2014, 23:27:31 pm »
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« It's cold and I have nowhere to sleep,
Is there somewhere you can tell me? »

Phil Collins

Dragonfall portait encore les séquelles de l’attaque nocturne de l’immense créature qui avait réveillé en sursaut le village. Les champs étaient en partie ravagés et les réserves de céréales avaient été copieusement dévorées. Deux semaines après, il restait encore des maisons à reconstruire et des charpentes à réparer. La meilleure volonté du monde ne suffisait pas à pallier les problèmes de fourniture. Il allait falloir charrier des poteaux, poutres et tasseaux de bois des scieries éloignées étant donné l’absolue interdiction de couper le moindre arbre ou arbuste de la forêt sacrée.
La plupart des villageois respectaient scrupuleusement le Pacte mais certains, moins patients et moins raisonnables, nourrissaient le projet d’en abattre plusieurs pour reconstruire au plus vite. Jovien et Valaar durent surveiller, épier et interdire aux villageois de commettre l’irréparable. Menacer ses propres voisins n’étaient pas une chose facile à vivre mais Valaar n’étant plus à cela près endossa sans sourciller le rôle du méchant pendant que Jovien raisonnait les esprits chagrins.

Le conseil du village avait d’abord été diminué par le départ d’Aëlynn pour Cassomir, accompagné de sa soeur Madeleine et son père Louis, figure importante de Dragonfall. Ce départ avait été suivi quelques semaines plus tard par celui du baron Durgan Hern, de Corwyn Aethelric dont les prêches à Erastil rassemblaient des villageois toujours plus nombreux en l’absence de guide spirituel pour communier avec Abadar, d’Andronic Rocko, dont la jambe de bois n’avait rien enlevé à son instinct, de Flint O’Flannagan, le bienveillant patron de l’auberge et d’Hina Valmont, qui avait suppléer sa fille au statut de Magistère du conseil.
Au delà de l’absence d’experts dans leur domaine au conseil pour prendre certaines décisions importantes, celui-ci considérablement réduit devait faire face à l’inquiétude et l’exaspération grandissante des villageois.

Enceinte jusqu’au cou, Deirdre donnait l’exemple par son courage mais elle du progressivement se consacrer à son accouchement qui approchait à grand pas sous peine d’enfanter un mort-né.
Pour la ménager, Valaar lui mentait copieusement en omettant les événements fâcheux qui secouait le petit village. Elle n’était pas dupe bien entendu, mais  elle se montra raisonnable, certainement grâce à la sagesse et l’expérience en la matière d’Egwène Aethelric. Et puis, s’il fallait clouer la porte du manoir pour l’empêcher de régler elle-même toutes les affaires courantes, cela serait fait.

Le village était devenu l’ombre de lui-même. Après une euphorie généralisée et malgré des conditions drastiques une fois les familles revenues du Premier Monde, la sinistrose s’était emparé des coeurs aussi surement que l’on savait que l’hiver venait.

Les battues pour ramasser du bois mort demandaient d’aller toujours plus loin et de partir plus longtemps. Les soirées devenaient de plus en plus fraiches et l’on se pelotonnaient autour du feu, aimant mieux avoir chaud que de manger.
Le temps que les prochaines récoltes puissent être exploités, la priorité était donné aux femmes et aux enfants. Les estomacs étaient noués et l’on pouvait passer une journée entière sans rien d’autre qu’un maigre radis à croquer et mâcher longuement.

Parmi les estomacs qui grondait famine, celui de Valaar n’était pas en reste. Quand on l’enjoignait à manger davantage, il rétorquait qu’il n’y avait pas de loi qui lui interdisait de roter avec son ventre. Les grands n’étaient pas dupes mais cela faisait bien rire les enfants.

Se rationner n’était plus un choix fait sciemment, mais une réalité de tout les jours. Et bien que l’on pratiquait les prières à Erastil avant de partir en chasse, force était de constater que le gibier se raréfiait. Les journées plus courtes et l’approche de l’hiver n’étaient pas étrangères à cette nouvelle donne. Les effroyables leçons de survie de Rhae Mar dans les Montagnes de la Fin du Monde quatre ans plus tôt portaient aujourd’hui ses fruits : le demi-orque durant ses chasses dut remettre en bouche des espèces d’invertébrés qu’il s’était pourtant juré de ne plus toucher.

Faire découvrir le croquant de la chose à Audouin Peau-d’Ours, Gérard et Thibault valait son pesant d’or. L’effet de groupe l’emporta sur l’écoeurement individuel et chacun goutta du mille-pattes grillé. Ce dépassement de soi surmonté, Valaar put passer à la deuxième phase de son plan et leur vendre le projet d’en chasser d’autres, oh, à peine plus gros… avec l’avantage de ne pas avoir à parcourir des dizaines de lieu pour les débusquer !
Pour ce faire, il suffirait de se retrouver le soir même au coucher du soleil au pied de la tour en ruines et surtout d’avoir la contribution d’Heckel, car son intelligence supérieure faisait de lui un appât de premier choix. La chasse, juste la chasse, pas question de déambuler dans les souterrains.

Bien sur, l’on pouvait encore s’épargner ce genre d’alimentation avec le reliquat de céréales battu au moulin à eau, mais autant s’entrainer dès à présent car rien ne garantissait que la situation générale n’allait pas continuer d'empirer dans le futur.

Un autre jour, Valaar s’arrêta devant l’emplacement où était enterré Kelvan. Il resta un moment debout, seul avec ses pensées, partagé entre un sentiment de culpabilité d’avoir mené ce jour là son propre combat, pas plus loin que le bout de sa lance ou de son épée tueuse de prince et le satisfecit relatif d’avoir débarrasser la Verduran de ce démon de Seigneur-Cerf, vengeant ainsi Kelvan.

Mais tuer le chef des ennemis n’avaient pas ramené à la vie le chef de Dragonfall. Cette journée de bataille rangée avaient vu la mort de beaucoup d’adversaires et d’alliés précieux parmi les kobolds, mais aussi d'Arthurak, la monture de Griff ainsi que Corwyn et Nox. Comment ce jour-là, dans un élan inespéré, Lyssandaria les avaient réunis près des corps des morts et comment ils avaient choisi ensemble de prier le retour à la vie de Corwyn en défaveur de de l’héritier Hern et d’Arthurak...
Valaar avait eu le choix, mais n’en fit pas vraiment un, choisissant son ami Corwyn dont il était proche. Peut-être même avait-il dans sa promptitude à choisir le jeune druide influencé les votes de ses compagnons…

« Le bonheur, c’est d’avoir le choix », lui avait un jour dit le vieux mage Valence en réponse à sa surprise de voir autant de livres dans la grande tour.

Kelvan n’avait pas eu le choix.

En tant qu’héritier des Hern, il avait réuni des jeunes garçons et avait été leur chef durant des années, combattant sans relâche les brigands de la forêt. Durant la bataille contre le Seigneur Cerf, il avait mené les troupes, brandissant une épée d’or et plongeant au milieu d’un ennemi supérieur en nombre. Valaar déglutit devant le tombeau et hésita à dire qu’il était désolé, se demandant si ce faisant, il ne serait pas en train de se mentir à lui-même juste pour se donner bonne conscience. Au lieu de cela, il se baissa, toucha la terre et murmura :

« Je ne sais pas si tu es au courant, mais Deirdre est enceinte. Et pas qu’un peu. Enfin… Si c’est un garçon, je lui apprendrais à se battre. Hum. Et si c’est une fille aussi. »

Accroupi, il lui sembla voir que le relief de la terre attenante à l’endroit où gisait sous terre le corps de Kelvan était différent de ce qu’il devrait être. Mais il devait certainement se tromper, voilà que son ventre affamé entrainait sa tête sur une pente dangereuse.

En dehors de chasser avec un succès relatif et de réparer les charpentes au mieux de ses connaissances limitées, Valaar faisait le tour des habitants et mettait sa force à leur disposition. On lui préférait bien sûr Hector le muet, aussi fort que lui mais bien plus adroit de ses mains pour les travaux demandant de la précision.

Jovien avait eu un peu de mal à convaincre son bras-droit Siegfried de veiller à la sécurité des poules et des cochons de l’enclos mais l’importance de la tâche était réelle. Avant son départ, Andronik avait alerté son fils sur le risque de voir un villageois affamé préférer un poulet entier à un oeuf à partager. La nuit, Siegfried était suppléé par Black qui tournait, propriétaire, autour du poulailler. L’on ne saura jamais si l’on a ainsi évité un meurtre de masse perpétré par un vil goupil. La peur, peut-être.

Aussi robuste qu’il fut, Valaar devait dormir comme tout un chacun. Avec quatre murs rebâtis sur des ruines et un toit pas vraiment étanche, on était loin de la maison solide et spartiate qu’il occupait autrefois avec son « père » Phorgas. Regardant autour de lui, il se rappelait les différents objets et meubles simples qui donnait vie à ce lieu. Au milieu de ceux-ci trônait une icône simple d’Abadar, representant cet oeil qui semblait vous regarder à quelque endroit que vous puissiez vous tenir et cette clef, ouvrant vers un eden de richesse et d’opulence.

Plus adossé qu’assis, Valaar sortit d’un sac usé un collier tressé. Les lanières de cuir torsadées étaient mêlées aux fils d’or des cheveux de Sarah Valmont et aux cheveux bruns de Lyssandaria Hern. Là-dedans, quelque part, il y’avait aussi les deux ou trois premiers cheveux d’or de sa soeur de lait, pris sur elle quand elle venait d’être « choisie » par Abadar. Ha, comment elle avait fière ce jour-là de damner le pion à Cassandra Tinax et comment elle voyait déjà Dragonfall resplendirent des rues pavées!

Aujourd’hui, le parement des allées n’était que boue et terre meuble.
Aujourd’hui, l’ancienne prêtresse d’Abadar était parti trouver les rues pavées et les lampadaires par centaines de ses rêves à Cassomir.
Mais pour Valaar, Cassomir était cette cité qui l’avait mangé, mis au cachot et re-craché avoir l’avoir marqué au fer rouge du sceau de l’infamie.

Valaar saisit nerveusement le collier à deux mains, il serait si facile de le casser. N’était-il pas la force même?
Mais ces derniers mois, ces dernières semaines, il avait appris que réparer était autrement plus difficile que de détruire.
Jettant le collier dans le sac, il fouilla dedans et trouva le serre-tête d’Aëlynn. Une image lui vint à l’esprit mais il la chassa en grimaçant. Et puis il sorti un tissu qui fut autrefois blanc. Le portant à son nez épaté, il en huma l’odeur. Cela sentait le chanvre, la poussière et rien d’autre : l'odeur de Sarah avait disparu depuis longtemps.

La fatigue, elle, était bien présente alors il s’allongea sur son couchage de fortune à l’endroit même où enfant il dormait du sommeil du juste. Il roula ce qu’il restait du drap de Sarah pour s’en faire un semblant d’oreiller, c’était de loin ce qu’il pouvait avoir de moins rêche pour y poser la tête. Malgré cela, trouver le sommeil s’avérait moins facile qu’il ne l’avait pensé quand il avait le matin même donner sa propre couverture à ses voisins.
Cette nuit, le froid régnerait en maître dans les lieux et avait entrepris de lui glacer les os et les dents, à croire que ces incisives si dangereuses menaçaient de se décrocher dans la nuit comme des glaçons.

Et puis une odeur. Musqué, unique en son genre, là, derrière la porte. « Laisses moi dormir, je suis fatigué » implora Valaar qui cherchait toujours comment recroqueviller sa grande carcasse comme s’il y’avait une position pour échapper au froid mordant. Et pour seule réponse, des coups répétés sur le sol puis sur la porte. Il se leva pour ouvrir et ne pas prendre le risque que Black fasse écrouler la frêle bâtisse.

Le puissant taureau noir ne le laissa pas sortir. Au contraire, Black passa sa grosse tête cornée de biais avant de pénétrer tout entier dans la maison. Incapable de parler le taureau, Valaar n’essaya pas de négocier quand celui-ci referma la porte d’un petit coup de sabot arrière, montrant là une délicatesse jusqu’alors inconnue. Bien sur, il pouvait très bien lui parler normalement car depuis toujours, tout portait à croire que Black comprenait parfaitement ce qu’on lui disait.
Il se recoucha et garda les yeux ouverts, attendant le moment ou Black allait poser son séant et ses pattes avant pour dormir lui aussi.

« Allez, bonne n… »

Le mot s’étouffa dans la bouche de Valaar en même temps qu’il écarquillait les yeux avec horreur : Black venait de lever le fouet poilu qui lui servait de queue et déposait un étron gros comme une soupière, fumant comme un bain bouillonnant. Propriétaire et pas peu fier, Black meugla sourdement.

Dans sa stupeur, Valaar s’était redressé, à moitié assis. Son regard désemparé disait « T’as pas fait ça? ».
Et puis, une odeur de chaud : la présence de l’imposant Black et son offrande fumante était en train de réchauffer les lieux.

Le regard de Valaar alternait de l’imposante galette au taureau à mesure qu’un grand sourire naissait sur son visage. Il avait appris un jour que les excréments faisaient de formidables enduits d’isolation. Qui le lui avait appris? Rhae Mar, Phorgas, Corwyn, Melle Constance? Madame Antinéa, le Père Tinax? naaaaan. Peut importe, il avait là un échantillon de premier choix.

Il sortit prendre l’air après avoir promis à Black qu’il reviendrait. Une fois à l’air libre, il dit quand même au taureau:
« Ca tient chaud mais franchement, ça fouette grave. » avant d’ajouter en riant « Hé, je vois dans le noir et j’ai un nez de chat, j’y peux rien. »

Il marcha entre les maisons, souriant pour lui même en se rappelant comment enfant, il obtenait de Black de charger le glorieux monticule collecté durant la grande journée du ramassage des feuilles et à bien y penser, c’était surement la seule bêtise qu’il s’autorisait à commettre quand il était petit.
Que ces souvenirs étaient doux et comment la vie paraissait plus facile alors.

Ses pas l’amenèrent jusqu’au bord de l’eau, la surface en était brillante à la faveur de la pleine lune. A la place du visage rond et des grands yeux de l’enfant qu’il était, le reflet lui renvoyait un visage large, un regard plissé, des cheveux longs. Et sur une joue, une marque indélébile. Le colosse dans le reflet porta sa main au visage marqué. Valaar sentait ses propres ongles racler la surface de la brûlure qui avait laissé un entrelacs de cicatrices en relief, tenant plus de la scarification que du tatouage.
Dire qu’un soir où il était passablement éméché, il avait songé à se couper la peau sans jamais être capable de le faire. Mais définitivement, réparer était plus difficile que de détruire.

Il s’accroupit pour prendre un peu d’eau dans sa main et se la passer sur le visage pour se rafraîchir les idées. La brise charriait une odeur légèrement épicé.
Il remonta celle-ci pour en trouver l’origine : c’était Alanna, le bras-droit de Flint actuellement seule en charge de l’auberge qui venait remplir deux seaux d’eau. Valaar la rejoignit et lui proposa de les porter à sa place.

« Ca va aller. Je peux le faire toute seule.
- Ah, je vois. Deirdre, sors de ce corps!
- C’est gentil, répondit-elle en souriant, tu devrais plutôt te coucher, regardes-toi, tu tiens à peine debout.
- Mmouais… mais je tiens pas mal couché, aussi. »

Alanna en fut amusé et ceda en ajoutant :

« Mais ne crois pas que porter deux seaux te fera gagner quelque chose de moi.
- Ca va de soi. Et puis j’ai pas les moyens. Et toi non plus. C’est que je vaux mille pièces d’or, moi. »

(…)

Valaar accompagnait les mouvements d’Alanna en la tenant par la taille à pleine mains. Il prétendait être bien endurant couché mais il fallait avouer qu’elle savait diablement y faire. N’y tenant plus, il bloqua son habile déhanché en l’agrippant pour la maintenir empalé sur lui et lui demanda à voix basse :

« Montres-moi. »
Les décisions basées sur l'émotion ne sont pas des décisions. Franck Underwood, House of Cards.

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