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Auteur Sujet: Chapitre 12 - Le réveil du vieux baron  (Lu 1044 fois)

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Hors ligne Sstrad

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Chapitre 12 - Le réveil du vieux baron
« le: mars 19, 2014, 20:23:18 pm »

Durgan l’Ancien grogne en sortant du lit son vieux corps perclus de rhumatismes. La journée sera pluvieuse, ses vieux os ne le trompent jamais. Les premiers rayons d’un soleil fatigué pointent déjà par la fenêtre, dessinant sur son lit une rivière d’or pâle. Assis sur le rebord du lit, Durgan prend son visage dans ses mains ridées et le masse doucement. Aujourd’hui est le nouveau jour de sa nouvelle vie de baron. Quel âge a-t-il déjà ? Soixante-trois ans ? Soixante-quatre ?  « Abadar, pourquoi le temps court-il si vite ? » se demande-t-il. Il pose ses pieds sur le carrelage glacé, et pousse un petit cri de surprise. Comme guidés par une force invisible, ses orteils cherchent les chaussons posés sur le tapis, qu’ils ont manqué de trente centimètres. Le baron s’étire lentement, étendant ses vieux bras aussi loin que possible. Il peut enfin se lever. Dans le miroir posé en face du lit, Durgan voit ce vieux bonhomme à la bedaine tombante qui, hier encore pleurait comme une vieille chose abandonnée dans un coin, prenant la poussière des ans, et maudissant le mauvais sort qui lui avait arraché ses trois petits-fils. Il bombe le torse, et l’espace d’un instant se retrouve projeté dans le corps de Durgan le Douzième, la terreur des donzelles à marier, le dépuceleur de la Verduran, le trousseur romantique de la forêt, tout ça, avant l’arrivée de Galatée dans sa vie.

Galatée …

Il se souvient de la première fois que leurs regards se sont croisés. Il était en train de plumer un poulet et avait des plumes sur le nez, sur sa moustache et sa barbichette naissantes. Elle venait acheter du lait à sa baronne de mère. Elle portait une robe au bleu ciel un peu passé, sans doute un héritage de sa grande sœur Théana, et tenait entre ses doigts fins une pâquerette cueillie sur le chemin.  Il avait tout de suite su que c’était elle. Comme une évidence, comme un lever de soleil chassant les ténèbres. Pour elle, en revanche, l’évidence était plus subtile, voire totalement inexistante. Durgan sourit en fixant dans son miroir le souvenir de ce garçon qu’il fut autrefois. Il s’était levé, lâchant le poulet à moitié déplumé, avait bombé le torse et s’était avancé vers elle, prenant un air important, tel un coq de basse-cours inspectant son territoire. « Moi, c’est Durgan HERN douzième du nom, futur baron et futur maître de ces lieux, et toi, tu es ma future épouse ! » lui avait-il dit, cachant derrière une arrogance marquée la peur de se faire rejeter. « Moi, c’est Galatée MELARA, fille de Marn et Isold MELARA, et toi, tu marches dans la crotte de ton chien » avait-elle répondu du tac au tac, moqueuse. Le vieux baron rit de bon cœur. Il lui avait fait la cours pendant trois ans avant qu’elle accepte enfin de l’épouser. Galatée … son seul amour …

Aujourd’hui, le vieux baron se sent seul dans cet immense manoir. Hier, la dernière famille qui logeait dans ses murs est partie, les travaux de leur nouvelle maison enfin achevés. Il n’y aura plus de rires, plus de cris excités d’enfants qui essaient de faire des raids dans sa chambre pour lui piller ses quelques friandises ramenés par Flint de Wispil. Durgan laisse retomber son ventre et sent le poids des années le rattraper. Trois coups retentissent contre la porte en bas. Durgan sourit. Il ne veut pas être seul et, qui que soit celui qui vient le déranger si tôt le matin, ce type est forcément quelqu’un de bien et mérite de prendre un bon café chaud et un solide déjeuner avec un vieux baron. Durgan descend les marches qui mènent au rez-de-chaussée en lançant un « J’arrive, j’arrive ! Par les enfers, arrêtez de vous exciter comme ça, cette pauvre porte ne vous a rien fait ! ». Il porte la main à la poignée quand ses reins le lancent, lui rappelant qu’il devrait boire plus d’eau aujourd’hui. Il serre les dents et ouvre, découvrant devant lui Egwene AETHELRIC, ancienne conseillère du village, épouse d’Harold et mère de Deirdre, Fionna et Corwynn. C’est une femme intelligente et toujours de bonne composition. Durgan lui sourit et s’apprête à l’inviter à entrer quand leurs regards se croisent. Les yeux d’Egwene sont rouges et ses traits tirés par la fatigue et l’angoisse. Le vieux baron se demande l’espace d’un instant si Harold ne maltraite pas son épouse. Non, Harold est un homme de bien. Jamais il ne ferait de mal à qui que ce soit. Egwene entre sans se faire prier dans le manoir, et suit le baron vers la cuisine. En soixante-sept ans de vie, Durgan a appris à maîtriser l’art d’écouter et à pousser son entourage à lui confier ce qu’ils ont sur le cœur. Alors que le vieil homme allume le poêle de la cuisine pour préparer un café chaud et revigorant, il demande sur un ton badin : « Alors, ma chère et jolie madame AETHELRIC, qu’est-ce qu’un vieux bouc pleins de rhumatismes peut faire pour une femme aussi resplendissante que vous ? Harry vous honore-t-il comme il faut ? Ou faut-il que j’aille lui rappeler qu’il y a une cinquantaine de gars, là-dehors, qui seraient ravis de le remplacer, ce gros fainéant ! »
Egwene rit de bon cœur. La glace est brisée. Maintenant elle va parler plus librement. Non, il n’a pas perdu la main. Durgan est content. Finalement, reprendre les rênes n’était une si mauvaise idée et tout son savoir-faire est là, à portée de main, ne demandant qu’à être utilisé.

Après le départ d’Egwene, Durgan quitte le manoir familiale. Sur le sentier qui descend vers le village renaissant, il en profite pour cueillir des pâquerettes. Malgré les années d’absence, le bosquet qu’il a planté pour Galatée cinquante-et-un ans plus tôt est toujours là, un peu sauvage et pleins de mauvaises herbes, mais il est là. Il faudra qu’il nettoie tout ça. Au centre du village, les hommes ont déjà commencé le travail. Le cœur de Dragonfall bourdonne comme une ruche tandis que se monte peu à peu la nouvelle auberge. « Randy le Leprechaunn » ouvrira très bientôt ses portes. Sans s’en rendre compte, ses pas l’ont porté vers la tombe de son petit-fils, Kelvan. Il n’est pas seul. Deirdre est là aussi, debout devant la pierre tombale, telle une statue de marbre sans âge. La fille ainée des AETHELRIC n’a pas bougé de son poste depuis  deux jours. Le vieux Durgan voit le visage de Deirdre. Elle semble aussi morte que celui qu’elle pleure.

Il connaît cette expression.

Il l’a vu pour la première fois sur le visage de sa Galatée, quarante-neuf ans plus tôt. Elle avait disparu pendant deux jours. Tout le village l’avait cherché. Il avait fini par la retrouver au sommet des Trois Cascades, une main posée sur le tronc sur lequel il avait gravé leurs deux noms, les deux pieds dangereusement proches de la chute. Elle regardait le flot bouillonnant cent mètre plus bas. Elle était enceinte et ne voulait pas être une fille-mère. Il ne l’épouserait jamais car il était un Hern. Elle n’aurait jamais dû lui céder, elle avait eu tort de se laisser charmer par ses mots d’amour, car il était un menteur, le plus grand de tous les menteurs, et elle une idiote. Durgan s’était mis à genoux et lui a demandé sa main en pleurant, la suppliant de le croire, il l’aimait. Si elle se jetait dans le vide, il la rejoindrait et plongerait avec elle. En riant, il se rappelle avoir porté amoureusement Galatée dans ses bras sur les vingt kilomètres qui séparent Dragonfall des trois cascades. Avec plusieurs pauses, certes, mais il l’avait fait !

« Mademoiselle AETHELRIC, je vous ai vu travailler avec mon petit-fils pour le développement de Dragonfall, et aujourd’hui, je reprends les rênes de la baronnie. Accompagnez-moi chez monsieur VALMONT, ensuite, nous verrons ensemble ce que nous devons faire pour relancer le village. » Le vieux baron s’éloigne après avoir déposé ses fleurs sur la tombe de son petit-fils Kelvan. Il se retourne vers la jeune fille qui n’a pas bougé et dit d’un ton plus sec et autoritaire : « Ce n’est pas une demande, c’est un ordre ! » Deirdre releve la tête, regarde le baron et reconnait dans son regard le feu du pouvoir qui brûle chez les HERN. Un feu plus profond et plus calme que celui de Kelvan, mais un feu très présent. Deirdre hoche la tête et accompagne Durgan HERN le douzième chez Louis VALMONT.

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