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102303 Messages dans 7481 Sujets par 859 Membres - Dernier membre: uplicle septembre 16, 2019, 06:04:08 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Faery Tales  |  Livre 4ème : Construire sur les cendres. (Modérateur: Sstrad)  |  Chap.12: Un nouveau souffle
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Auteur Sujet: Chap.12: Un nouveau souffle  (Lu 806 fois)

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Hors ligne Celena

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Chap.12: Un nouveau souffle
« le: mars 15, 2014, 23:42:03 pm »
Aelynn soupira. Cela faisait des heures à présent qu’elle n’avait pas détaché son regard de son ouvrage et la fatigue commençait à prendre le dessus. Elle ne sentait presque plus ses doigts engourdis.
Elle se releva tout en réprimant une grimace. Ses jambes aussi se faisaient désirer. Anna s’empressa de lui saisir le bras, l’aidant à retrouver son équilibre. Aelynn la remercia d’un sourire. Anna était une jeune fille tout à fait charmante, de deux ans sa cadette, un visage fin aux pommettes saillantes entouré de tresses brunes. Elle était l’une de ces nombreuses petites mains que Cassomir leur avait alloué pour les aider dans leur travail.

Aelynn recula et contempla la robe sur le mannequin de bois. Il lui restait encore de nombreuses heures de travail mais l’on pouvait deviner la splendeur du résultat. Elle avait suivi à la lettre les indications de son père, observant chacun de ses gestes et les reproduisant avec une précision qui la surprenait elle-même. Tout comme son audace.
Elle avait insisté pour s’occuper elle-même de la robe aux couleurs de DragonFall. Après négociation, Louis avait fini par céder. Il acceptait à la condition qu’elle se conforme sans discussion à ses ordres.
On lui avait alors livré des dizaines de rouleaux de tissus regroupant tous les verts possibles et imaginables. Mais aucun n’avait trouvé grâce à ses yeux. Elle les avait tous refusé au plus grand dam des commerçants qui commençaient à laisser percer leur mécontentement.
Mais Louis avait décidé de lui faire confiance.

Aelynn avait alors demandé la liste de toutes les échoppes de tissus de la ville et pas seulement les fournisseurs officiels du palais.
Elle avait jeté son manteau sur ses épaules et était partie elle-même choisir le tissu.
Les quatre derniers mois passés à vivre au cœur de la Verduran lui avaient permis d’en apprécier chaque camaïeu de vert. Le plus beau de tous étant ce vert profond typique aux arbres plusieurs fois centenaires de cette foret féérique.
Elle avait fini par le trouver. Un vert émeraude aux reflets irisés. La souplesse de la soie ne rivalisait en rien avec celle autrefois produite par les Aethelric. En vérité, aucune soie aussi couteuse fut-elle, n’était aussi belle et aussi agréable à travailler.

Un rayon de soleil traversa la fenêtre et vint mourir en éclats sur les onyx de la robe. Elle observa quelques instants ce spectacle dansant, puis se dirigea vers un bureau où trônait un coffre. Elle recompta méticuleusement le nombre de pierres avant de rabattre le couvercle et de le fermer à clef. Elle nota les informations sur un livret, indiqua l’heure puis signa.
Elle donna congé à ses aides, vérifia une dernière fois la robe, prit le livret, sortit, ferma à clef et traversa le couloir de marbre blanc. Comme chaque soir, elle déposa le tout à la garde avant de rejoindre Madeleine et son père.
Les règles étaient strictes : chacune des robes était travaillée séparément des autres, enfermée dans une pièce dédiée. Six robes, six pièces. Seuls Louis, Madeleine et elle-même avaient l’autorisation de passer de l’une à l’autre. Les aides étaient confinées du matin au soir avec interdiction formelle d’en sortir. Les six pièces donnaient sur un couloir bordé d’une verrière sous la surveillance de deux gardes postés à chaque extrémité.
Aelynn sourit tout en approchant de la troisième pièce. Un tel dispositif n’avait rien d’étonnant. Si on lui avait dit qu’un jour elle coudrait des pierres précieuses sur les robes de mariage de Lyssa !

Ouvrant la porte, elle trouva Madeleine et son père en pleine réflexion devant leur oeuvre.
Ils avaient congédiés les aides et restaient plantés devant le mannequin dans un silence absolu. Aelynn avança à la gauche de son père et se joignit à l’exercice.
Devant eux, la robe bleue, couleur emblématique des De Porth. Le travail était presque abouti et elle ne comprenait pas ce qui bloquait. Le résultat était pourtant conforme aux croquis de son père. Elle adressa un regard interrogateur à sa sœur qui haussa discrètement les épaules en signe d’incompréhension. Louis ne semblait pas les voir, totalement absorbé par ses pensées.
« … Père ? » se hasarda doucement Aelynn. « Un problème ? »
Louis ne réagit pas immédiatement avant de se tourner vers elle, surpris.
« Tu es là, toi. Je ne t’ai pas entendu entrer. Bien avancé aujourd’hui ? »
« … Oui, tout se déroule bien. »
« Parfait, nous vérifierons ton travail demain matin. »
Louis détourna son regard et se replongea dans sa contemplation, bras croisés, main sous le menton.

Aelynn croisa le regard de Madeleine. Ce dernier était emprunt d’une inquiétude grandissante. Elle était responsable de la robe bleue et le silence de son père devant son travail l’angoissait au plus haut point. Sa timidité l’empêchait souvent d’exprimer à haute voix ses inquiétudes. Aelynn décida de prendre les devants pour elle.
« Un problème, Père ? Le résultat est conforme à vos croquis. Quel détail vous rend si perplexe ? »
« Le tout. » répondit-il comme à lui-même.
Aelynn vit sa sœur devenir blanche comme un linge. Si la situation s’éternisait, elle allait bientôt défaillir.
« Comment ça « le tout ? » »
Louis un mouvement de recul. Le visage d’Aelynn venait d’apparaître sous son nez, remplaçant la robe bleue.
« Père ! Vous savez que Madeleine va s’évanouir si vous persistez dans votre silence ? »
Son père la regarda, stupéfait. Visiblement, il avait perdu la notion du temps. Il se tourna vers sa fille cadette. Madeleine, qu’Aelynn soupçonnait d’avoir cessé de respirer, semblait suspendue aux lèvres de son père.
« Pardonne-moi ma chérie. »
Louis fut sur sa fille en quelques secondes et l’enlaça tendrement dans ses bras.
« Ton travail est parfait comme toujours. C’est le mien qui ne me satisfait pas. »
Aelynn vit les couleurs revenir aux joues de sa sœur.

« Bon » fit-il d’un ton décidé.
Il déboutonna ses manches et les releva consciencieusement sans quitter des yeux le mannequin.
« Etes-vous prêtes à m’aider ? »
Les sœurs échangèrent un regard. Il avait trouvé ce qui l’ennuyait et allait y remédier sur le champ. Aelynn ôta son manteau, souffla sur ses doigts qu’elle ne sentait presque plus, et s’avança. Madeleine et elle adoraient ces instants privilégiés où l’artiste sommeillant en leur père s’éveillait soudain, déversant son génie créatif.
« Cette robe est bien trop sage et ne correspond aucunement à Lyssandaria. Aelyn, places-toi à gauche, Madeleine à droite. Attrapez le tissu à mi-mollet et relevez-le au-dessus du genou gauche. »
Les sœurs échangèrent un regard surpris et s’exécutèrent.
« Père » s’aventura doucement Madeleine. « Nous laissons paraître les jupons en faisant cela.. »
« Je le sais bien. Justement, ils sont ouvragés et donc montrables. » répondit-il en s’approchant.
Il fixa le tissu et recula de nouveau.
« Aelynn, pourrais-tu me faire apparaître au-dessus du drapé des entrelacs de diamants. Et fais-les remonter en liane sur la hanche gauche pour qu’ils s’enroulent sous la taille. »
La jeune femme se concentra. Sa chevelure se mit à flotter tandis que les arabesques bleues apparaissaient sur sa peau. Madeleine observa sa sœur. Elle avait plusieurs fois vu ce spectacle et ne parvenait pas à s’en lasser. Elle possédait elle aussi quelques pouvoirs, mais ils n’avaient rien de comparables à ceux de sa jeune sœur tant au niveau de leur puissance que de leur expression artistique.
La rivière de diamants apparue sur le tissu bleu indigo.
« Parfait. Ajoutes une bande sous la poitrine pour la rehausser. »
Aelynn s’exécuta sans un mot. En silence, ils reculèrent tous les trois.
Les sœurs restèrent muettes d’admiration. La robe n’avait plus rien à voir. Elle était tout simplement sublime. Et avant-gardiste. A l’image de leur père.
« Rentrez sans moi mes enfants. Je vais travailler dessus ce soir. »
Elles voulurent protester mais Louis imposa le silence. Comme tout artiste, il avait besoin de se retrouver seul avec son œuvre.
Elles le quittèrent donc, refermant la lourde porte derrière elles.

Elles s’avancèrent à travers les jardins du palais, bras dessus dessous, ne remarquant plus les regards admiratifs des hommes. Cela faisait bien longtemps qu’Aelynn n’avait plus ressenti un tel bien-être. Ce voyage à Cassomir lui avait permis de renouer des liens forts avec sa sœur et son père, après quatre années de séparation. Sans compter l’opportunité exceptionnelle de travailler sur de telles œuvres aux côtés d’un génie comme son père. Chaque journée se révélait riche d’apprentissage et les deux jeunes femmes recevaient cérémonieusement cet héritage.
L’utilisation de sorts d’illusion par Aelynn avait permit à Louis d’aborder ses créations sous une tout autre dimension avec à la clef un gain de temps et de matière non négligeable. Les patrons n’étant réduits qu’au strict minimum, soit près de quatre fois moins que la normale.
Ce procédé était bien entendu gardé secret, rendant leur travail d’une rentabilité exceptionnelle. Ce constat ne fit qu’accentuer la hargne du couturier royal à qui l’on commençait à demander pourquoi il n’en faisait pas de même.

Madeleine colla un baiser sonore sur la joue de sa sœur.
« Merci pour tout à l’heure. »
« …ah ! oh ce n’est rien. Tu es vraiment trop timide tu sais. C’est notre père. De quoi as-tu peur ? »
« …de le décevoir je pense. »
Aelynn l’observa du coin de l’œil. Madeleine n’avait pas tant changé que cela. Elle lui faisait souvent penser à une poupée en crystal, si belle et pourtant si fragile.
« Tu ne devrai pas craindre à ce point de le décevoir. Car c’est le résultat que tu obtiendras. Fais-toi davantage confiance. Tu es douée. Prends donc ses observations comme un apprentissage et non une remontrance. Tu verras que ça ira beaucoup mieux. Et affirmes-toi. Comment vas-tu trouver un mari en restant ainsi muette ?! »
Madeleine se mit à rire.
« Promis, je tacherai de changer. Mais je pense que l’audace et l’aplomb ont été entièrement mis en toi et que je n’en ai pas une goutte petite sœur ! »
« Dis donc ! »
Madeleine s’écarta prestement en riant aux éclats, évitant de justesse le pincement de son avant bras.

« Je rentre. Tu m’accompagnes ? »
Aelynn observa le ciel teinté de rouge.
« Pour une fois que nous finissons avant la nuit, j’aimerai me promener et profiter un peu de cette belle arrière saison que nous voyons depuis nos fenêtres. Tu viens ? »
« Non. Je suis fatiguée, je préfère rentrer. Ne tarde pas. Je t’attends pour diner. »
« Très bien. »
Aelynn embrassa sa sœur et s’éloigna. Madeleine observa sa silhouette, silencieuse. La benjamine avait besoin de ses moments de solitude. Madeleine l’avait bien compris. Quelque chose de grave s’était passé à DragonFall. Elle en avait la certitude. Elle se souvint de ce soir où Aelynn leur avait annoncé que sa relation avec Corwyn était finie. Personne n’avait relevé, ni posé de question. C’était inutile. Aelynn n’était pas du genre à fournir d’explications sans l’avoir décidé. Et puis, il y avait eu le départ pour Cassomir. Cela faisait plus d’un mois à présent qu’ils étaient arrivés tous les trois.
La silhouette de sa sœur avait totalement disparue à présent. Madeleine tourna les talons et s’éloigna dans la direction opposée, vers leurs appartements.

Aelynn traversa les rues. Elle s’était rapidement familiarisée avec la ville et en connaissait les principaux axes. Ses pas la guidèrent jusqu’au port. Elle accéda à un muret de pierre d’où la vue était imprenable. Elle respira à plein poumon l’air frais de ce début de soirée. Les eaux se paraient de leur manteau rouge et or, scintillant de mille feux sous les derniers rayons de l’astre.
Lentement, son esprit se mit à vagabonder sur les flots.
Le destin s’était enfin montré clément en lui offrant ce nouveau souffle, ici, à Cassomir.
Les images remontèrent. DragonFall. Oppara. Leurs retrouvailles. Corwyn. Leur amour. Le ciel bleu. L’appel d’Erastil. Sa fierté. Ambre. L’éloignement de Corwyn. Son absence. L’incompréhension. Les doutes. Les larmes. Le combat. La mort de Corwyn. Son retour. Son indifférence. La mort d’Ambre. Le deuil. Seule. La lumière d’Abadar la réchauffant. La fin de leur relation. Pour ne plus souffrir. Le coup final. La vérité sur Méléarn. Bruler le livre pour oublier ce passé devenu trop lourd à porter.
Puis le destin. Le mariage de Lyssandaria. La venue à Cassomir. Reprendre un métier. Retrouver sa famille. Créer un nouvel avenir. Renaître.

Les marins l’observaient silencieux. Ils l’avaient remarquée. Dès la première fois. Elle venait de temps en temps là, observant de son regard absent les vagues. La lumière ambiante, le vent levant ses cheveux d’or la faisait ressembler à un ange ou une nymphe. Aucun d’eux ne s’étaient aventuré à lui parler. Une sorte d’aura les en dissuadait. Ils préféraient l’observer depuis leurs navires, comme un songe irréel.
Aelynn regardait les flots. Son esprit se porta sur Lyssandaria. Elle était sincèrement heureuse pour elle. Abadar l’avait bénie en lui offrant ce dont elle rêvait par-dessus tout : épouser et vivre aux côtés de celui qu’elle aime, avec leur enfant. Une part d’elle ne pouvait s’empêcher de l’envier, bien qu’elle eu honte de ce sentiment. Le petit Mélléarn inondait leurs journées de travail de rires et d’espiègleries en tout genre. Aelynn s’était prise d’une grande affection pour l’enfant qui le lui rendait.

Le soleil avait totalement disparu à présent. Il était temps de rentrer.
Elle repris le chemin vers le palais où ils logeaient à proximité. Les regards des marins l’accompagnèrent dans le manteau de la nuit.

Louis se redressa, visiblement satisfait de son travail.
Il était déjà fort tard et la nuit bien entamée. Il lui fallait rentrer à présent.
Il redescendit ses manches, replaça ses boutons de manchettes, saisit sa veste et l’enfila.
Le silence du palais le frappa soudain. S’il s’était imaginé atterrir ici, à Cassomir, au cœur du pouvoir. Il resserra inconsciemment le poing. Tout ceci le renvoyait à une vie qu’il n’avait jamais connu et avait même finit par fuir. Mais par une ironie des dieux, le destin le ramenait en plein cœur de cet univers oublié.
Il observa la robe. Sa gorge se noua. Par la vie qu’il avait choisi, il avait privé ses filles d’un avenir qui leur était dû. Son regard remonta le long des broderies, tissus et diamants. Leur confectionnerait-il un jour pareil habit ?
Que ressentaient-elles en travaillant à ses côtés sur ces robes ? Aucune d’elles n’avait émis le moindre sentiment. Elles s’appliquaient sans un mot. Et pourtant, n’étaient-elles pas princesses de sang ?
Louis détourna son regard. Hina lui manquait. Elle savait trouver les mots pour l’apaiser.
Mais ce soir, dans le silence de ce palais de marbre, il se trouvait seul face à ces démons, rongé par le sentiment d’avoir ôter un avenir à ses enfants.

La lourde porte claqua, réveillant en sursaut le garde assoupit. Louis passa à côté sans s’excuser, le regard brillant.
Le soldat l’observa s’éloigner, intrigué. Probablement un effet de son imagination embrumée.

Dehors, dans le silence de la nuit, les graviers de l’allée crissèrent sous ses pas, ramenant le roi déchu auprès des siens.
« Modifié: mars 15, 2014, 23:48:10 pm par Celena »
Celena

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