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102317 Messages dans 7472 Sujets par 914 Membres - Dernier membre: pepeARea novembre 18, 2019, 09:23:40 am
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Auteur Sujet: Chapitre 8 : Derrière le carreau.  (Lu 988 fois)

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Hors ligne Dorothée

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Chapitre 8 : Derrière le carreau.
« le: février 19, 2014, 14:17:31 pm »
La porte se referme dans un bruit sourd derrière Lyssandaria. Elle est à nouveau dans le bureau aux murs d'acajou de l'Exarque. Un garde est venu la chercher dans la cellule où elle était, patientant, attendant le moment où ils sortiraient comme des voleurs afin que l'histoire de leur mort ne soit pas éventée. Elle a suivi le garde sans poser de questions, elle n'avait de toute façon pas le choix.

Giancarlo de Porth est assis sur un fauteuil de bois et de cuir derrière l'énorme bureau marqueté. Toute la pièce respire l'opulence et le pouvoir. Et l'homme devant elle en est le représentant. Il la regarde s'approcher, la dévisage un instant et, sans l'inviter à s'asseoir, pose sa question sans s'encombrer de politesse. Que s'est-il réellement passé à Dragonfall ?

Il a entendu trop de silences, perçu trop d'hésitations dans les voix lors de l'explication générale pour ne pas se poser des questions. Elle avale difficilement sa salive, elle aurait dû savoir qu'on ne peut facilement essayer de cacher des choses à un homme comme le Vice-Roi.

Elle lui demande de préciser sa question, elle ne comprend pas exactement ce qu'il veut, elle essaie de gagner du temps. Aussitôt elle entend l'agacement dans la voix masculine et voit le regard devenir encore plus scrutateur, encore plus froid alors qu'il répète une deuxième fois sa question, sans ajouter de détails. Elle sait avec certitude qu'il ne posera pas sa question une troisième fois et qu'elle a tout à perdre. Qu'elle a trop à perdre.

Alors elle dit tout. L'attaque des hommes de son frère pour la simple raison qu'ils portaient le tabar impérial, l'arrestation de Ménas, le fait que celui-ci prend Dragonfall pour un camp de rebelles, l'altercation avec Valaar...  Mais tout cela, l'exarque l'écarte d'un mouvement ample de la main, cela concerne son fils, il le gérera comme il l'entend. Elle essaie malgré tout de plaider pour son village, ils ne sont pas des rebelles, ils luttent depuis trois ans, ils ont vu des tabard impériaux dans les affaires des brigands, évidemment ce ne sont pas des preuves mais...

L'Exarque se redresse imperceptiblement dans son siège, l'intérêt éveillé. Le Prince Joffrey aurait donc vraiment quelque chose à voir dans tout cela. Elle ne peut l'affirmer, mais les hommes qui les ont accompagnés jusque Dragonfall et qui les ont empoisonnés, eux, ont bien été engagés par Joffrey et lui étaient fidèles. Pour le reste, elle n'a pas de preuves. En a-t-elle l'intime conviction ? Avant de répondre, elle regarde l'Exarque dans les yeux, plonge son regard dans le sien, si semblable à celui de Ménas, et répond sans la moindre hésitation : oui, elle en a l'intime conviction.

Il réfléchit un instant puis lui dit qu'il faut des preuves, elle doit les lui apporter. Elle accepte, mais ils étaient venus à Cassomir également pour obtenir de l'aide. Qu'elle apporte des preuves, et dans ce cas là, on pourra envisager un soutien de la ville. Elle accepte. Que faire d'autre ?

D'un geste il lui signifie son congé, mais elle ne bouge pas. Que Sa Seigneurie l'excuse mais... elle renouvelle sa demande, elle veut voir son fils. Elle doit voir son fils. L'exarque hésite, gêné, elle insiste, même si lui ne la voit pas, même si elle ne peut lui parler, elle veut juste le voir. Il soupire un instant et se lève.

« La fenêtre derrière moi donne sur les jardins, je m'arrangerais pour qu'il sorte prendre l'air un instant. J'enverrai Ruben vous reconduire à votre cellule.
- Merci, Votre Excellence. »

Sans attendre et sans un mot de plus, il sort de la pièce la laissant seule dans cet immense bureau. Elle s'approche de la vitre. Le verre épais est transparent et recouvre la fenêtre d'un seul tenant. Elle a rarement vu plaque de verre si grande et si fine, elle ne déforme presque pas la vue et la lumière qui passe au travers semble venir directement de l'extérieur. Elle est ici dans l'antre des de Porth, dans leur Château, le symbole de leur pouvoir. Tout est fait pour montrer leur puissance jusqu'au moindre détail, jusqu'à la fenêtre d'un bureau.

Dehors, le soleil a bientôt fini sa course, il est juste au dessus des toits et arrose de ses derniers rayons les jardins royaux. Elle ne les avait jamais vu mais correspondent à tout ce qu'elle a entendu sur eux. Ils peuvent rivaliser sans rougir avec les jardins princiers d'Oppara. Une immense étendue herbeuse s'étend sous ses yeux, l'herbe moelleuse invite à s'y promener pieds nus. Des allées de gravier blanc la séparent en quatre parties et là où les allées se rencontrent, se trouve une immense fontaine. Des navires de pierre voguent dans un bassin de marbre et d'or. Au centre du bassin, un impressionnant dragon aquatique crache de l'eau à plusieurs mètres de haut arrosant les nefs qui semblent prêtes à affronter le monstre marin. Le monument est si gigantesque que, bien qu'elle soit à distance, au second étage et derrière une vitre, elle parvient à distinguer les écailles d'or et d'argent du dragon. Le soleil se reflète dans l'eau et fait étinceler les gouttes d'eau qui tombent en une pluie d'or liquide, rappelant la dévotion des De Porth au Maître du Premier Coffre.

Un gros chat roux tigré a répondu à l'appel du confort d'un des bancs de pierre entourant les jardins. Il s'étire lentement sous les chauds rayons de l'astre solaire avant de s'installer confortablement pour une sieste bien méritée. Lyssa le regarde un instant, enviant sa vie apparemment sans problème, elle voudrait être à sa place sur le banc, dormant sans soucis, profitant de l'instant présent.

Le chat relève une oreille, attentif, mais toujours immobile. Il regarde vers le côté droit des jardins, elle suit son regard et voit une femme sortir du bâtiment. Le cœur de la prêtresse fait un bond dans sa poitrine : Florella ! Ses cheveux gris sont retenus en un chignon strict et elle porte une de ses tenues sombre. Elle semble encore plus sombre aujourd'hui que d'ordinaire, les petites pointes de couleur que la douairière met sur ses habits habituellement ne sont pas présentes. Et Lyssa ne sait pas si c'est la distance ou la déformation du verre qui donne cette impression mais elle jurerait que Florella a les yeux rouges et gonflés. Elle n'a pas le temps de se poser plus de questions, la vieille dame vient de se tourner, appelant visiblement quelqu'un. Un petit garçon brun sort à son tour dans le jardin, courant vers Florella, lui montrant son pied. Florella se baisse et entreprend de faire le lacet de l'enfant.

Lyssa se met sur la pointe des pieds pour essayer de mieux le voir encore, elle s'abreuve à son image. Son fils. Il a tellement grandi. Ses cheveux bruns sont un peu plus longs que lorsqu'elle l'a quitté, le pantalon et la veste qu'il porte le font paraître plus vieux. Il était presque encore un bébé lorsqu'elle est partie et c'est maintenant un vrai petit garçon. Il sourit visiblement heureux et s’élance en courant sur la pelouse. Sa course est plus affirmée qu'il y a deux mois. Sans hésiter, il court vers le banc de pierre qu'elle regardait tout à l'heure. Il attrape dans un mouvement un peu brusque le gros chat roux. L'animal ne semble pas apprécier outre mesure mais se laisse pourtant faire, la mine désabusée. Il est bien trop gros pour le petit garçon, Méléarn ne parvient qu'à porter le haut de son corps en le tenant dessous ses deux pattes avant, tout le reste du félin ballotte de droite à gauche suivant les mouvements de son tortionnaire.

Lyssa rit devant le spectacle, elle a les larmes aux yeux mais refuse de les laisser couler, elle aura bien le temps de pleurer après, là elle veut profiter du spectacle. Elle touche doucement le carreau comme pour toucher son fils.

Méléarn est retourné vers Florella avec sa victime. Souriant de toutes ses dents, il lui montre comme un trophée. Il se penche un peu et frotte sa frimousse sur le chat qui se contente de tourner la tête avec dédain. Puis le garçon relève la tête brusquement, son visage s'illumine et laisse tomber le chat, cessant de s'y intéresser. Celui-ci dans une torsion acrobatique retombe sur ses pattes et d'un pas lent, fier et hautain s'éloigne légèrement, s'assoit et commence à se lécher les pattes, regardant la scène qui se joue face à lui et que Lyssa suit avec attention. Florella s'est raidi de tout son corps et a mis une main sur son cœur et l'autre sur sa bouche dans un seul mouvement.

La vision se brouille devant Lyssa, elle s'est trop approchée et la buée a recouvert la vitre, elle frotte le carreau à toute vitesse s'aidant de sa manche. Elle retrouve la vue pour voir Méléarn courir en hurlant quelque chose que Lyssa n'entend pas. Il file à toute vitesse en ligne droite vers l'endroit d'où il est sorti tout à l'heure, les bras tendus. Il court vers un homme qu'elle ne connaît que trop bien. Ménas sourit, le visage aussi radieux que celui de Méléarn, il s'accroupit les bras tendus vers son fils. Méléarn lui saute dans les bras et se relevant, Ménas fait tourner le garçonnet, heureux des retrouvailles. Elle devine les éclats de rire aigus du garçon et ceux plus graves de l'homme. Puis après avoir tourné un long moment, Ménas sert l'enfant contre lui dans un geste protecteur, la tête penchée, il ne semble pas se lasser de respirer son odeur.

Florella s'approche des deux hommes, elle a le visage incrédule et plein d'espoir, elle parle à Ménas et se rembrunit à mesure qu'il lui répond. Lyssa comprend que Ménas vient de lui confirmer sa mort, elle se mord les lèvres, triste pour celle qui a toujours été là, qui a été sa mère pendant deux ans, qui l'a épaulé dans les moments les plus importants de sa vie. La mine toujours réjouie de Méléarn lui prouve qu'il n'a pas compris ce qui se jouait devant lui. Elle en est contente. Elle ne veut pas qu'il la croit morte.

Lyssa ne quitte pas la scène des yeux. Elle boit littéralement la vision des deux hommes de sa vie enlacés. Puis Ménas fait sauter dans les airs Méléarn. Elle le voit mieux, son visage est tourné vers la fenêtre. Elle aperçoit la blancheur nacrée de ses dents de lait. Elle arrive même à deviner les taches de rousseur qui parsèment ses joues et son nez. Ménas tient maintenant leur fils à bout de bras, tourné vers elle. Le fait-il exprès ? Elle scrute le visage de l'homme. A-t-elle rêvé le coup d’œil rapide qu'il a lancé à la fenêtre derrière laquelle elle se tient ?

« Prêtresse. »

Elle sursaute au son de la voix qui retentit derrière elle, elle n'a pas entendu la porte s'ouvrir. Elle tourne la tête avec réticence, quittant difficilement le spectacle des retrouvailles d'un père et de son fils. Elle fait un pas en arrière sans détacher son regard de la fenêtre.

Ruben insiste.

« Prêtresse. Il faut y aller maintenant. »

Elle hoche la tête en reculant doucement, les yeux toujours rivés sur le carreau. Lorsqu'elle ne peut plus rien voir, elle fait volte face et sort de la pièce sans attendre que le soldat lui ouvre la porte.

Dehors, le soleil est passé derrière les toits et darde ses derniers rayons maintenant teintés de rose. Tout est calme, les jardins sont vides, seul un gros chat roux dort sur un banc en pierre profitant de la chaleur de cette fin de journée de Desnus.

« Modifié: février 20, 2014, 16:49:30 pm par Dorothée »

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