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102316 Messages dans 7472 Sujets par 915 Membres - Dernier membre: pepeARea novembre 13, 2019, 16:20:51 pm
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Faery Tales  |  Livre 3ème : Retour au pays. (Modérateur: Sstrad)  |  Chap.6: Destinée
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Auteur Sujet: Chap.6: Destinée  (Lu 957 fois)

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Hors ligne Celena

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Chap.6: Destinée
« le: décembre 28, 2013, 15:09:44 pm »
Aelynn referma doucement la porte de la chambre. Elle resta un moment ainsi, adossée, debout dans l’obscurité de la petite pièce, écoutant distraitement les bruits de la nuit. En bas, quelque part dans le tumulte des chaises tirées, elle percevait la voix rauque du tavernier faisant le tour de sa clientèle, récoltant à coups de jurons et de menaces ses gains. Dehors, les ragots allaient bon train, entre ceux qui avaient perdu leur or et ceux qui le récoltaient, le tout copieusement arrosé de bière et de vin. Car l’or avait coulé au-dessus de leurs têtes depuis la mise en accusation de Joffrey à leur encontre.
L’assassinat du roi, leurs arrestations, leur mise en accusation avec sentence de mort en bout de ligne, le tout en quelques heures seulement, avait mis en émoi la capitale. Les gens s’étaient pressés de toute part pour voir le visage des assassins. Et très vite, une histoire qu’ils auraient tous préférer oublier avait refait surface : celle de la grande chasse.
 Ainsi voilà ces fameux gamins qui avaient tourné en dérision leur bon prince ? Et voilà qu’ils assassinent le roi ?!
Que demander de mieux pour alimenter les ragots et les paris en tout genre dans cette capitale dépravée ? Et l’or c’était mis à couler, en attendant le sang.
Mais le sang ne vint pas.

Cinq jours d’enquête, de crainte et de peur, leur avaient permis de laver le déshonneur et les accusations dont ils faisaient l’objet. En trame de fond, le temple d’Abadar qui leur avait fourni les précieux laisser-passer indispensables à la réalisation de l’enquête. Pions politiques au milieu de ce panier de crabes, ils avaient reçu un soutien inespéré et providentiel du temple dont l’image se trouvait éclaboussée par ricochet. Car l’un des quatre accusés n’était autre que l’une de ses prêtresses. Ce que sa grande Sainteté gouta fort peu.
Une de ses prêtresses…
Ce mot résonna en boucle dans son esprit.
Lentement, elle se détacha de la porte et avança dans la pénombre de la pièce. Elle atteignit le petit guéridon sur lequel trônait une bougie. Elle resta plantée ainsi, fixant l’objet sans vraiment le voir. Elle ne parvenait pas à chasser de son esprit des images qu’en cet instant elle souhaitait oublier. Elle serra inconsciemment le poing jusqu’à ce que la douleur des ongles rentrés dans la chair la ramène à l’instant présent.
Elle alluma la bougie comme pour chasser ces visions fantomatiques. La flamme vacilla dans l’air froid de la pièce, étirant les ombres noires sur les murs.
Une prêtresse…

Le destin venait de lui rendre sans prévenir un pan de son passé qu’elle avait caché derrière le voile des souvenirs pour ne plus souffrir. Elle aurait du être heureuse. Cet instant, elle en avait si souvent rêvé dans ses nuits agitées de larmes et de cauchemars. Et pourtant… Elle ne ressentait que douleur et amertume. Ces souvenirs qu’elle avait tant chéris avaient été salis de la pire manière qu’il soit. Opparat méritait son surnom de Grande Putain. Etait-ce donc le destin de ceux qui vivaient en son sein ? Décadence, indécence,  immoralité, dépravation et tant d’autres mots que même la bassesse animale ne saurait atteindre. Dès le premier soir, elle avait eu l’honneur d’embrasser d’un regard la haute noblesse du Taldor, noblesse que de nom et de titre. Le tableau lui avait retourné le cœur mais l’aurait fait vomir si elle avait su en cet instant que les deux protagonistes évoluant sous ses yeux étaient eux. Eux.
Eux auprès de qui elle était née et avait grandi, ri, pleuré, joué, étudié, désobéi. Eux avec qui elle avait par deux fois affronté la mort. Et surtout Elle. Celle qui avait été sa meilleure amie, sa troisième sœur de cœur et non de sang, celle qui avait été sa bonne conscience, cette petite voix qui vous ramène toujours dans le chemin de l’obéissance et du respect. Celle qui avait grandi dans une famille aimante, choyée par des parents protecteurs, celle qui ne renonçait jamais même lorsqu’il s’agissait d’apprendre l’étiquette à un demi-orc, celle qui veillait sur eux, les troublions. Où était-elle donc passée ? Qui était cette femme portant le même nom ? Comment avait-elle pu changer à ce point ? Comment…
Une larme roula le long de sa joue. Elle l’essuya du revers de la main, dans un geste de colère et d’incompréhension. La colère. Voilà bien le premier sentiment qui l’avait habitée en ce jour de retrouvailles. La colère devant ce spectacle, face à l’incompréhension. Suivi rapidement par le rejet. Le rejet en bloc de ce qu’elle voyait ou plutôt de ce qu’elle refusait de voir. Lorsqu’elle lui avait posé la question sur les marches du temple, elle priait pour entendre un « non, vous vous trompez de personne. » Car elle l’avait reconnue. Cette jeune noble qui la veille, avait lancé une bourse de 1000 pièces d’or pour se faire sauter par cette brute épaisse, idolâtrée pour quelques obscures raisons propres à ceux qui vivent ici. Cette même jeune femme qui, sous le blanc immaculé de sa tunique de prêtresse, embrassait celui qu’elle appelait son fils. Mère le jour et catin la nuit ?

Mais le destin aime ce genre de jeu. Lyssandaria venait de réapparaitre dans sa vie alors qu’elle aurait tout donné pour que ce ne fut pas elle. « Lyssa » l’avait serré dans ses bras comme si de rien n’était. Aelynn avait répondu par l’une de ces étreintes que l’on donne avec gêne en priant qu’elles s’abrègent vite. Les images de la veille passaient en boucle dans sa tête. Elle du faire un effort surhumain pour garder contenance et donner le change. Puis, tout c’était accéléré. Après Lyssa, Valaar fit son apparition sous le nom de Punisher, une brute épaisse idolâtrée. LA brute épaisse pour laquelle Lyssandaria avait payée. Elle avait couché avec son frère de lait. Le tableau était consternant de désolation.
Qu’était-il advenu du petit Valaar rêvant de devenir paladin comme son père ?
Aelynn n’avait jamais été vraiment proche de lui, mais elle n’avait pas imaginé le revoir ainsi.
La révélation des identités fut un choc pour Lyssandaria et Valaar qui prenaient soudain conscience de ce qui s’était produit. Aelynn ressentit une peine immense pour eux. Les enfants qu’elle avait connus étaient si loin de ces deux adultes.

Et puis ce fut le tour de Corwyn. Là, au milieu de la soirée du jubilé, il était apparu à son tour, encadré par une troupes d’hommes blonds faisant deux fois sa taille. Il était invité de marque de la princesse du Linnorm. Aelynn tressaillit à ce souvenir. Les contrées du Linnorm… quel ironie que ces pas l’aient conduit là-bas. Un jour, elle ira elle aussi. Elle sourit sans vraiment s’en rendre compte. Corwyn lui avait apporté sans le savoir, un réconfort inespéré. Car de ces trois amis d’enfance, il était le seul à avoir changé tel qu’elle l’avait imaginé. L’enfant turbulent avait laissé place à un jeune homme mature et calme. Et plutôt beau garçon ce qui ne gâtait rien.  Grace à lui, elle avait retrouvé ses marques, perdues auprès de Lyssandaria et de Valaar. Elle était consciente que son attitude des deux derniers jours avait laissé transparaitre ce malaise. Elle restait auprès du jeune druide aussi souvent qu’elle le pouvait, fuyant silencieusement la prêtresse et le demi-orc. Il lui présenta Nox. Aelynn était restée médusée devant la transformation de cet hôte singulier qui avait d’abord pris vie sur le corps du druide voilà quatre ans. Il était à présent totalement autonome. Corwyn l’avait installé sur un squelette de bébé lynnorm, ce qui permettait à Nox d’avoir une véritable « consistance ». Le résultat était des plus surprenant. Elle n’avait ressenti aucune crainte à entrer dans la cage et à tendre le bras pour le caresser. Le pelage, constitué de feuilles s’avéra d’une grande douceur au toucher ce qui poussa la jeune femme à s’en approcher davantage. Elle savait que Corwyn veillait. Elle n’avait donc rien à craindre. Comme autrefois, elle lui faisait une confiance absolue.
Au plus grand plaisir d’Aelynn, Nox s’avéra joueur et la séance de caresse dégénéra rapidement en jeu.

Aelynn se mit à rire toute seule à ce souvenir. Oui, Corwyn et Nox lui avaient apporté un grand réconfort. Une bulle de légèreté inespérée dans ce séjour thaldorien. Elle se dirigea vers son lit et tira à elle son petit paquetage de voyage.
Elle en sortit un objet, soigneusement enroulé dans une chemise. Elle le posa sur le dessus du lit, s’assit à côté et le déballa. Le blanc du vêtement contrasta  fortement avec le cuir vieilli de la reliure. Elle caressa un instant la couverture, le regard perdu au loin. Elle se saisit du livre et, le déposant délicatement sur ces genoux, ouvrit prudemment l’ouvrage usé par les années. Son rire léger résonna dans la chambre. Sous ses doigts courait une écriture enfantine, bourrée de tache d’encre et de fautes d’orthographe. Son journal.
Il contenait tous ses souvenirs. Elle relut la fête du troc où elle avait échangé un arc contre un bisou de Méléarn. Le ramassage des feuilles et leur incontournable bagarre rangée. L’autre fête du troc où elle avait offert en remerciement aux garçons, de beaux protège poignets en cuir. Ceux là même portés par Corwyn au diner du jubilé, et qui avait permis à Aelynn de l’identifier avec certitude. Et les fées bien sur. Tout y était inscrit.
Son regard accrocha sur les noms de Fiona, Méléarn, Raynor. Lyssandaria lui avait appris ce qui s’était passé après qu’elle eut du fuir le village. Ainsi, eux aussi avaient été pris dans le tourbillon du destin… Dire qu’elle les avait tous imaginés sains et saufs, grandissant heureux et ensembles là-bas. Et Sarah bien sur… Où se trouvait-elle ? Savoir Cassandra à ses côtés était la seule nouvelle réconfortante. Elle était enceinte. Joffrey savait-il seulement qui elle était ? Aelynn soupira devant une situation si complexe. Sarah portait en elle l’héritier des trônes du Galt et du Taldor. Comment sa sœur parviendrait-elle à sortir de ceci ? Et quand bien même Aelynn la retrouverait, cela ne résoudrait pas les conséquences politiques d’une telle naissance…
Elle eut donné cher en cet instant pour informer sa tante.

Aelynn referma doucement l’ouvrage. Relire ces quelques passages lui avaient apporté du baume au cœur. Elle rangea soigneusement son livre et jeta un regard par la fenêtre. La nuit semblait déjà fort avancée et les bruits s’étaient à présent éteints. La taverne s’endormait paisiblement et seul le vent extérieur faisait grincer les vieilles planches. Elle s’approcha de la vitre et aperçut, sous les rayons lunaires, le toit doré du temple d’Abadar.
Elle ferma les yeux et se mit à prier. Pour sa famille tout d’abord. Puis pour Lyssandaria et Valaar. Elle ignorait ce qu’ils avaient traversés et les avait transformé à ce point. Peut-être un jour lui diront-ils. Ou peut-être pas. La relecture de son journal l’avait aidée à dépoussiérer ses souvenirs. Et elle pria pour qu’ils retrouvent un jour les valeurs qui les avaient vu naitre ou que tout du moins, ils trouvent la paix. Car rien en eux ne respirait la paix. Elle remercia Abadar d’avoir veillé sur Corwyn et elle. Vraisemblablement, ces quatre années les avaient davantage épargnés. Enfin, elle pria pour Fiona, Méléarn et Raynor. Seuls les dieux savaient ce qu’ils étaient advenus. Etaient-ils encore en vie d’ailleurs ?

Joffrey leur avait ordonné de retourner à Dragonfall et de « nettoyer » les félons. En terme caché, il leur avait tout bonnement ordonnée de raser le village. Sans le souhaiter, elle et ses trois compagnons venaient d’infliger à ce prince décadent sa seconde humiliation publique au sein même de sa capitale. Il ne leur pardonnerait jamais une telle infamie, Aelynn en était parfaitement consciente. Encadrés de quinze soldats, ils n’avaient que le choix d’obéir. Ils quitteraient donc Opparat dans deux jours pour Dragonfall. Ménas de Porth avait été sommé de se joindre à l’expédition. Menas, le père de l’enfant de Lyssandaria. Elle ne l’avait vu qu’une fois, ce même soir à la taverne, entouré de femmes se livrant sans vertu ni morale, sous le regard de Lyssandaria. Peut être que quitter cette ville pourrie par le vice leur serait salutaire ? C’était tout le mal qu’elle leur souhaitait.

Quoi qu’il en soit, Aelynn savait ce qu’elle ferait de ces deux jours prochains. Lyssandaria les passerait auprès de son fils dont la séparation allait être douloureuse. Valaar… et bien elle ne savait pas trop ce qu’il ferait et cela ne la concernait pas à vrai dire. Quand à Corwyn, elle ne l’accaparerait pas. Elle avait décelé son attachement à la jeune princesse du Linnorm. Il n’y avait pas de raison qu’elle le prive de ces derniers instants à ces côtés. L’espace d’un instant, elle se demanda s’il y avait quelque chose entre eux. Puis se ravisa. Cela non plus ne la concernait pas. Il était grand tant de dormir à présent. Elle souffla la bougie.

Aelynn laissa glisser au sol sa robe de lin. La lune joua le long de ses courbes de femme. Elle avait découvert le plaisir de la nudité auprès d’Aldaron et aurait aimé pouvoir sentir le vent sur sa peau. Mais cela était inenvisageable en ces lieux. Elle passa ses doigts sur une marque à la gauche de son ventre. Elle se concentra et doucement naissant de la cicatrice, des tatouages se mirent à courir sur son corps. Sa chevelure ne tarda pas à flotter en halo d’or autour d’elle. Elle ralentit son souffle. Le halo s’estompa et les tatouages revinrent en arrière, disparaissant au creux de la marque. Cette blessure avait-elle été le catalyseur de ces pouvoirs ? Elle ne le saurait jamais, mais elle s’émerveillait toujours de ces dessins. Eilwen l’avait entrainée du mieux possible pour canaliser ses émotions et ce simple exercice quotidien y contribuait. En effet, l’apparition des tatouages était le signe avant coureur de la montée de son pouvoir.

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Une nouvelle bourrasque fit vibrer le vitrage. L’air était frais mais cela faisait bien longtemps maintenant que le froid ne la gênait plus.
Elle ôta sa longue chaine dont le pendentif était lové au creux de ses seins et se glissa par habitude sous les draps.
Couchée sur sa gauche, face à la fenêtre, elle écouta un moment les bruits de la nuit.
Puis elle ouvrit sa main. Au creux, reposait sa chaine, et au milieu des maillons, une petite fée.
Ainsi allaient-ils retourner à Dragonfall… Peut être Joffrey avait-il enclenché sans le savoir les rouages du destin. Après tout, pourquoi pas…

Revenir à Dragonfall.
Revenir là où tout a commencé : A l’Ombre des Fées. 

« Modifié: janvier 01, 2014, 13:57:12 pm par Celena »
Celena

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