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102536 Messages dans 7509 Sujets par 888 Membres - Dernier membre: XUHdismirm septembre 23, 2019, 14:40:12 pm
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Auteur Sujet: Les quatre ans d'Aelÿn  (Lu 1014 fois)

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Hors ligne Sstrad

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Les quatre ans d'Aelÿn
« le: décembre 12, 2013, 14:08:28 pm »

Ce livre ne sert qu'à raconter vos 4 ans. Publiez dedans ce que vous voulez que les autres lisent.

Hors ligne Celena

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Les deux premières années
« Réponse #1 le: décembre 16, 2013, 23:00:02 pm »
« Aelynn, écoutes-moi bien ma chérie, à partir de maintenant, tu deviens ma fille. Nous ne nous appellerons plus jamais Valmont mais Oenry. Et je t’appellerai Lynn. Lynn Oenry. Tu n’as ni frère ni sœur et tu n’as jamais connu ton père mort car tu étais trop petite pour te souvenir de lui. M’as-tu bien comprise? »
L’enfant leva ses yeux bleus baignés de larmes vers celle qui n’était que sa tante. Ainsi elle devait oublier jusqu’à ses parents et ses sœurs. Même son nom… Il ne lui resterait donc rien, rien à part ses souvenirs. Elle reteint un hoquet tandis qu’une nouvelle vague inondait son visage d’enfant. Eilwen s’agenouilla devant elle, essuyant doucement ses larmes. Mais cela était peine perdue car chaque larme versée était aussitôt renouvelée. Eilwen fit semblant de rien et continua avec une infinie patience à essuyer le visage de celle qui devenait sa fille. Les larmes étaient parfois un mal nécessaire. Elle en avait tant versé elle-même.

« On peut plus s’appeler Valmont ? (hoquet) Mais, comment papa et maman nous retrouverons si on change de nom ? (hoquet)
-   Un problème à la fois ma chérie. Je prie pour que le destin nous permette un jour de les retrouver.
-   On les reverra dis ?
-   Je n’en sais rien. Il faut avoir la foi et surtout rester en vie. C’est le seul moyen d’espérer les revoir un jour. Tes parents sont intelligents. S’il existe des solutions, ils les trouveront. Mais pour le moment, il nous faut voyager pour échapper au méchant monsieur qui nous veut du mal…
-   … Pierre Derobes ?
-   Aelynn ! De dit plus jamais ce nom tu m’entends ! c’est un ordre ! »

Eilwen avait saisi l’enfant par les bras et la secoua fermement d’avant en arrière. Son visage s’était empourpré d’une colère contenue. Ses yeux semblaient vouloir sortir de leurs orbites tandis que ses doigts s’enfonçaient inconsciemment dans les bras de l’enfant.
-   Aie (nouveau hoquet) Aie ! Tu me fais mal !
A ces mots, Eilwen recula, choquée. Que les dieux lui en soient témoin, Aelynn était bien la dernière personne qu’elle blesserait. Cette enfant était tout ce qui lui restait dans cette vie où le malheur semblait attaché à leurs pas. Elle tendit une main tremblante vers l’enfant, lui caressa doucement la joue puis descendit vers le petit bras qu’elle massa.
-   Pardonne-moi ma chérie. Pardonne-moi.
Aelynn dévisagea sa tante dont les yeux se mirent à briller, emplis de larmes. Elle l’aimait. Elle l’avait toujours aimée. Elle avait été la seule à la croire lors de l’épisode des fées. L’enfant fit un pas, puis un second, pour finalement passer ses petits bras autour du cou de sa tante, fourrant son visage dans son cou. Ce parfum… Il ressemblait un peu à celui de sa mère, avec une note en plus, comme une légère pointe de rose. Elle inspira profondément tandis que les bras de sa tante se refermaient autour d’elle. Soudain, une phrase lui revint en mémoire. « Mes fils sont morts ». C’était ce que sa tante lui avait répondu lorsqu’avec insolence, elle lui avait demandé pourquoi elle voulait s’occuper d’elle alors qu’elle avait abandonné ses fils. Morts… ce mot résonna dans l’esprit de l’enfant. Morts… tués par Pierre Derobes ? C’était pour cela que sa tante ne supportait pas d’entendre ce nom ? Oui, c’était certainement cela la vérité. Elle l’avait elle-même lu dans ses yeux : cet homme était capable de tuer des enfants.
Elle resserra davantage son étreinte, lui demandant silencieusement pardon. Si elle n’oublierait jamais cet homme responsable de leur malheur, elle ne prononcerait plus son nom par respect pour sa tante.
« Aelynn, je te promet de tout te raconter. Il faut que tu me fasses confiance. Le jour où tu apprendras la vérité est proche et crois-moi, ce jour tu regretteras ton ignorance car je devrais livrer un lourd fardeau sur tes frêles épaules. En attendant, je ferai de mon mieux pour t’aimer et t’aider à grandir. Je ne remplacerai jamais tes parents mais il nous faut faire semblant. Il en va de notre survie à toutes les deux. Tu comprends ma chérie ? »
L’enfant hocha la tête au creux de son cou en signe d’acquiescement.
« Très bien. Je vais t’apprendre une première vérité alors qui t’aidera peut-être à accepter ces changements… »
Elle saisit doucement l’enfant, l’écartant d’elle afin de lui faire face.
«  Tes parents ont inventé beaucoup de choses pour vous protéger tes sœurs et toi. Je vais te dire pourquoi ils pourront nous retrouver. Valmont n’était pas ton vrai nom. »
Les yeux de l’enfant s’agrandirent de surprise. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit.


« Lynn ? Lynn ! Tout va bien ? »
La jeune fille sursauta, manquant de renverser le seau qu’elle venait de puiser. Elle se tourna vers leur échoppe. Eilwen l’observait du seuil de leur porte, les mains sur les hanches, visiblement perplexe.
« Tout va bien tan… mère. J’arrive de suite.
Très bien. Ne traine pas. Nous avons du travail qui nous attend ! »
Et sans attendre la réponse, la femme tourna les talons et rentra. Aelynn inspira puis reporta son attention sur l’eau clair tanguant doucement devant elle. Pourquoi cette conversation lui était-elle revenue ? Cela faisait bientôt deux ans de cela. Mais elle se souvenait de chaque mot, chaque détail : la forme de la lune ce soir là, sa lumière, les odeurs de la forêt. Leur forêt. Dragonfall. Elle ressera ses doigts fins autour de l’anse. Qu’étaient-ils tous devenus ?  Phorgas était-il revenu au village ? Avait-il réussi ? Lyssa était-elle devenue meilleure que Cassandra ? Valaar suivait-il toujours les cours du père Tinax ? Corwyn était-il devenu encore plus fort ? Mais une question la hantait plus que toute autre. Ses parents étaient-ils parvenus à s’enfuir ?
Elle releva la tête et laissa son regard vagabonder par-delà des plaines. Où étaient-ils en cet instant ? Pensaient-ils à elle ? …  Leur manquait-elle ?
Une brise légère se leva, jouant avec ses longs cheveux d’or. Eilwen avait tenté à de nombreuses reprises de les teindre. Sans succès. Quelque soit la couleur, elle s’effaçait au contact de la moindre goutte d’eau, ce qui était bien entendu trop risqué.
De guerre las, sa tante avait fini par renoncer et avait pris l’habitude de lui couvrir la tête d’un voile lors de chacun de leur déplacement. 

Eilwen observait la jeune fille depuis la fenêtre de son atelier. Ce regard perdu au loin elle ne le connaissait que trop bien. Elle savait les pensées qui hantaient l’esprit de sa nièce en cet instant. Voilà deux ans que le passé les avait forcé à fuir. De longs jours de marches les avaient alors menées sur les terre d’Andoran, aux portes de la ville de Carpenden. Aelynn était à bout de force. Eilwen n’avait pas hésité. Il leur fallait un toit, de vrais lits, un vrai repas. L’enfant n’était plus que l’ombre d’elle-même. Elles étaient arrivées à la tombée de la nuit. Les gardes avaient facilement laissé entrer cette femme et sa fille. Dès le lendemain, elle s’était mise en quête de nouvelles robes, mais l’enfant refusa de se défaire de la sienne. C’était un souvenir de son père. La femme se résigna devant ses larmes. Eilwen ne mit que la matinée à retrouver Margor. Le vieux mage occupait une maisonnée en plein centre de Carpenden et semblait jouir d’une notoriété non négligeable.

Elle sourit au souvenir de sa tête lorsqu’elle avait fait irruption dans son bureau. S’en était suivi embrassades et larmes jusqu’à ce qu’une petite voix se fit entendre, réclamant à manger. Margor les avait aussitôt pris sous sa protection. Eilwen balaya du regard leur demeure certes modeste, mais fort confortable et surtout, situé non loin de chez le vieux mage. Car bien entendu, c’était à lui qu’elles devaient leur toit. Elle lui serait éternellement redevable. Leur installation ne passa pas inaperçue et Margor usa de son influence pour éloigner les curieux. Puis, un nouveau quotidien naquit, petit à petit. Le vieil homme se prit rapidement d’affection pour Aelynn et ne se fit pas prier pour lui enseigner son savoir. L’enfant, d’abord réticente, avait fini par céder à sa propre curiosité et à sa soif de savoir. Eilwen quand à elle, lui enseignait l’art des potions et la partie plus physique des entrainements. Les progrès de l’enfant étaient stupéfiants, dépassant ses espérances. Margor en était également conscient et entreprit de débuter l’art de l’écriture de parchemins.
Eilwen avait rouvert une petite échoppe de potions dont le principal client était bien entendu Margor. Ce dernier lui commandait un peu de tout sous prétexte d’être enfin soulagé de cette corvée si fastidieuse à son âge. Mais elle n’était pas dupe. Ces commandes régulières leur fournissaient leur gagne pain et leur permettait de vivre décemment.

Les jours s’écoulèrent ainsi sans que rien ne vienne troubler leur quiétude. Enfin, jusqu’à maintenant. Eilwen reposa les yeux sur la fine silhouette de sa nièce.
Comme elle avait grandi en deux ans seulement. Il lui semblait par instant revoir sa propre sœur. L’enfant, qui n’en était plus tout à fait une, avait hérité du port altier de son père et de la blondeur si spécifique à la lignée de sa mère. Un mélange des plus beau que la nature transformait peu à peu en femme et qui ne laissait plus indifférent les hommes. Eilwen serra inconsciemment le poing. Il lui faudrait redoubler de vigilance et lui apprendre à se défendre… ou à fuir…
Le retour de Lynn la sortit de ses pensées. La jeune fille la dévisagea d’un air interrogateur auquel Eilwen répondit par un sourire. « Remettons-nous au travail ma chérie. »

Les heures s’écoulèrent sur une nouvelle journée sans histoire lorsque la porte s’ouvrit brutalement. Margor fit irruption, le visage défait.
« Vous devez quitter cette nuit ! »
Les deux femmes le regardèrent interloquées.
« Voyons Margor, calmes-toi, fit Eilwen en approchant un siège du vieillard. Que ce passe-t-il ? Pourquoi devrions-nous quitter ? »
Aelynn déposa son travail sur l’établi et fixa de ses yeux bleus le visage ridé de son maître. Son cœur se mit a battre contre sa poitrine. Un pressentiment lui étreint la gorge, lui faisant redouter ce qu’elle allait entendre.
Margor se redressa et saisit Eilwen par les épaules.
« Les gardes ont rapporté l’arrivée d’une troupe d’hommes en provenance du Galt. »
L’annonce plongea la pièce dans un silence absolu. Elles le dévisageaient, cherchant à assimiler les propos du mage.
« Des hommes du Galt ? En es-tu sur ? Ici ?... En Adoran ? »
Eilwen avait pali mais ce n’était rien comparé à Aelynn dont la blancheur aurait effrayé les morts eux-mêmes.
« Je suis certain de ce que je vous annonce. Nous ne savons pas encore qui ils sont, mais leurs habits ne laissent aucun doute quant à leur provenance. Vous devez quitter. Je vous ai déjà trouvé des hommes de confiance qui vous mèneront en dehors. »
« Mais pour aller où ?! »
« Je ne veux plus partir. On est bien ici ! je ne veux pas quitter Margor, ni notre nouvelle maison. » La voix brisée d’Aelynn venait d’interrompre leurs échanges.
« Aelynn…
-   Non ! Pas encore ! Pourquoi on les fait pas fuir avec la magie ?! Pourquoi on doit toujours fuir ?
-   Aelynn je t’en prie. Tu es encore trop jeune pour…
-   Pour comprendre, c’est ça ? Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? Pourquoi on se cache ?!
-   Aelynn…
-   Non ! »
Et sans plus attendre, elle s’élança vers l’escalier. L’instant d’après, la porte de sa chambre claqua mettant un terme à l’altercation. Eilwen s’effondra sur la chaise, le visage bouleversé. N’auraient-elles donc aucun répit ?

La main de Margor se posa doucement sur son épaule.
« Elle ignore tout, n’est-ce pas ? »
Eilwen acquiesça douloureusement la tête en signe d’affirmation.
« Je vois. Peut-être est-il temps pour elle de connaître certaines vérités, ne crois-tu pas ? »
Il serra doucement son épaule et avança vers l’escalier.
« Je monte. Rejoins-moi quant tu le souhaites. Il est des choses qu’il vaut mieux qu’elle apprenne par toi. »

L’homme frappa doucement contre la porte et entra sans attendre d’y être invité.
Aelynn se tenait à même le sol, pleurant à chaudes larmes sur le rebord de son lit.
Margor s’assit à côté sans un mot. Il observait cette tête blonde secouée par les sanglots. Ces mêmes sanglots qui lui enserraient aussi le cœur mais que l’âge et la vie avaient domptés et asséchés. Il leva sa main et la déposa délicatement sur la tête de la jeune fille. La douceur inattendue de cette chevelure d’or le surpris au point qu’il l’ôta aussitôt. Il subissait de plein fouet le magnétisme d’Aelynn, ou plus exactement, le magnétisme de son sang. Jamais il n’eut pensé que ce pouvoir si ancien puisse survivre au-delà des lignées. Il était reconnaissant d’avoir eu la chance de le voir de ses propres yeux. Si cette enfant survivait, elle deviendrait capable de choses que seuls des mages vieux et expérimentés parvenaient à maitriser au prix de très longues années d’étude et de pratique. Alors que pour elle, tout était inné. Cette magie, aussi ancienne que leur monde, coulait dans ses veines et ne demandait qu’à être domptée.
Ce cadeau était à la fois un don et un terrible fardeau qu’il allait devoir lui apprendre à porter.

« Te souviens-tu de mes livres parlant du Premier Monde ? »
(silence)
« Vois-tu, le premier monde est à l’origine de toutes choses. On dit que la concentration magique y est extraordinaire. »
(silence, reniflements)
« Et que cette magie est fort reconnaissable et très prisée car rare. »
(Aelynn relève la tête)
« Oh ! Regardes-moi ce beau visage brillant de larmes. Tiens. »
Et d’un geste vif, il fit apparaître un mouchoir brodé qu’il lui tendit.
« Essuies-moi ce visage. »
Aelynn s’exécuta tout en se redressant.
« Pourquoi tu me racontes ça ? Ma magie vient de là ?
-   Mmm…oui, on peut dire ça même si ça remonte à fort longtemps.
-   … et c’est pour ça qu’on nous veut du mal ? parce que c’est une magie rare ?
-   Rare et puissante. Cela intéresse des personnes peu scrupuleuses qui y voient l’opportunité de pouvoir par exemple.
-   Pourquoi on n’a pas ce problème ici ? Pourquoi il n’y a que les gens du Galt qui nous cherche alors ?
-   Parce que… »

« C’est à moi de lui répondre. »
Eilwen se tenait sur le pas de la porte. Elle s’approcha à son tour, se pencha et força doucement Aelynn à se relever. Elle remis de l’ordre dans les cheveux épars de sa nièce, caressa sa joue. Vraiment… comme elle lui rappelait sa jeune sœur… 
Elle recula d’un pas et inspira profondément. Ce moment, elle l’avait redouté depuis le premier jour. Depuis leur fuite de DragonFall. Mais il était temps. Margor avait raison. Certaines vérités devaient être dites. Elle avait suffisamment grandi pour les entendre. Elle observa une dernière fois cette enfant qu’elle avait vu naitre et grandir dans l’innocence de la jeunesse et de l’ignorance. Plus rien ne serait comme avant.
Elle planta son regard dans celui de la jeune fille et sans plus chercher à dissimuler, lui transmis son lègue :

« Ton véritable nom est Aelynn Aldric, fille de Louis Aldric, roi héritier du Galt. »


Le sol rocheux fit une nouvelle fois faire un saut à la carriole. Eilwen s’agrippa aux bords, se maintenant tant bien que mal dans ce transport de fortune. Les dernières lumières de Carpenden disparaissaient au loin.  Ainsi s’achevait un nouveau pan de leur vie. Celui-ci avait duré deux ans. Elle jeta un regard vers sa nièce, assise à l’opposé. Cette dernière avait le regard perdu, fixant un point imaginaire sur le plancher crasseux de la charrette.
Eilwen ne dit rien. Le choc de l’annonce avait été rude. Il allait falloir du temps pour assimiler.  Et dire qu’elle ne lui avait appris qu’une part de vérité…
Margor avait tenu parole. Tout était déjà prêt pour leur départ. Les adieux avaient été difficiles. Il les envoyait vers son frère, vivant en retrait de ce monde et de ses politiques corrompues. L’homme coulait une vie paisible dans la ville de Portemarchande, en Druma, aux frontières du Kyonin.  Il les accueillerait et veillerait sur elles. Egalement mage, il saurait poursuivre l’éducation d’Aelynn.
Eilwen ne conservait que de vagues souvenirs de cet homme. Il s’était toujours tenu en retrait, préférant le calme d’une vie simple au tumulte des aventures. Qu’il était étrange d’être ainsi poussé par le destin.
Aelynn se recroquevilla un peu plus tandis qu’un frisson la parcourait. Tougris, blotti au creux de ses bras, lui offrait une source de chaleur et de réconfort dont elle ne savait se passer. Elle ? Fille de roi ? Son père était un excellent tailleur, pas un roi. Et ces gens du Galt veulent tous les tuer pour ne pas qu’il reprenne le trône ? Si sa tante disait vrai, cela signifiait qu’ils ne vivraient jamais en paix. Que des hommes comme ce Pierre Derobes continueraient toujours à les traquer. Elle resserra un peu plus son étreinte sur Tougris et ferma les yeux.
Je vous en supplie, faites qu’ils soient tous en vie.

« Modifié: décembre 17, 2013, 11:48:49 am par Celena »
Celena

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Les deux dernières années
« Réponse #2 le: décembre 16, 2013, 23:12:54 pm »
6 mois plus tard

« Cette enfant est un délice ! »
Eilwen sourit tout en déposant une assiette pleine devant Makarov. Ce dernier se saisit d’une tranche de fromage qu’il enroba soigneusement d’un bout de jambon séché, avant de croquer à pleine dent dedans. Le jeune frère était à l’opposé de Margor. Avec plus de vingt ans de moins, il appréciait les plaisirs simples de tous les jours, ce régalant sans complexe d’un repas aussi frugal, comme s’il eut été un festin. Elle s’assit face à lui et servit un peu de vin tout en l’observant d’un regard amusé.

Elle n’oublierait pas ce matin brumeux où, suivant les indications du vieux mage de Carpenden, elle avait frappé à la porte en bois d’une maison en bordure de la ville. Le voyage avait été long et fatiguant, mais les hommes missionnés par Margor les avaient menées à bon port, saines et sauves. Elles s’étaient retrouvées plantées là, à l’aube d’une journée d’hiver, sans plus de cérémonie. Aelynn grelottait à ses côtés, manquant d’étouffer Tougris.
Au second coup sur le bâti, la porte s’était ouverte, laissant apparaître un homme d’âge mur, vêtu d’une simple robe de nuit, découvrant sans complexe un torse à en faire pâlir plus d’un. Eilwen restait interdite tandis qu’Aelynn avait soudain cessé de greloter. La scène était surréaliste.

« Je …heu…Je.. Veuillez m’excuser. J’ai… j’ai du me tromper de maison. Désolée. »
Aelynn observa sa tante, médusée. C’était bien la première fois qu’elle la voyait bégayer et… rougir ? 
Sans attendre la réponse, elle la vit tourner les talons et lui faire signe de la suivre, lorsqu’une main s’abattit sur son épaule, lui arrachant un cri de surprise.
« Une minute. Vous me réveiller et partez sans explications ? »
Eilwen dévisageait l’homme, ne sachant visiblement que répondre. Celui-ci s’était avancé dans la neige et ne semblait pas gêné outre mesure par le froid. Il jeta un coup d’œil rapide en direction d’Aelynn dont le vent capricieux avait eu raison de son foulard.
« Mmm… la fille aux cheveux d’or. » murmura-t-il. Puis s’adressant à l’attention sur la propriétaire de l’épaule qu’il maintenait :
« Vous devez être Eilwen je suppose. Mon frère m’a annoncé votre venue. Entrez et venez vous réchauffer. »

Et elles s’étaient retrouvées dans cette maison, enroulées dans de chaudes couvertures, assises près de la cheminée, un bol de soupe chaude entre les mains. Aelynn observait sans un mot cette scène des plus étranges. L’homme inondait sa tante de questions auxquelles elle répondait en évitant le regard de leur hôte. Ce dernier était soudain parti d’un grand éclat de rire qui leur avait fait faire un bond sur leur chaise.
« A voir vos têtes vous vous attendiez à être reçue par un vieillard !  Ah ah ah !
-   En vérité, je ne vous avais croisé qu’une fois il y a fort longtemps et je n’avais pas noté un tel écart d’âge…
-   C’est que nous avons le même père mais pas la même mère voyez-vous. » répondit-il l’œil taquin.


« A quoi penses-tu ? Ton regard est bien lointain. »
Eilwen se reconcentra sur l’homme qui lui faisait face.
« Je repensais à notre première rencontre.
-   Oh ! … et ? déçue ? tu aurais peut-être préféré un vieux ?
-   Ne sois pas idiot… Merci pour Aelynn. Grace à Margor et toi, elle ne cesse de progresser.
-   Cette enfant a un don. Son potentiel magique est surprenant. C’est un vrai plaisir.
-   Elle a bien changé. Elle est devenue calme et assidue.
-   C’est une bonne chose que tu la laisses tenir l’échoppe seule de temps en temps. Ca ne peut que l’aider à se responsabiliser. Et puis, c’est calme par ici.
-   C’est vrai et cela nous convient. »
Jamais elle n’aurait laissé Aelynn tenir seule l’échoppe de Carpenden. La ville grouillait de soldats dans la force de l’âge. Une jeune fille ainsi seule aurait été une bien trop grande tentation. Mais ici, à Portemarchande, le quotidien était tout autre. La ville était principalement  occupée par des nains. Le danger y était donc quasi inexistant. Eiwen regarda le ciel bleu au-dehors. La journée s’annonçait superbe.

Aelynn se tamponna le front en observant d’un air satisfait la boutique. Elle avait fait le ménage de fond en comble et chaque bouteille, chaque fiole semblait comme neuve. La jeune fille eut un soupir de satisfaction. Elle tourna la pancarte indiquant l’ouverture du magasin puis se dirigea vers la fenêtre pour la refermer. Elle contempla ce tableau magnifique que les brumes matinales avaient dévoilé. Les rayons du soleil couraient sur la rosée de l’herbe, la faisant scintiller de mille diamants. L’air frais de la nuit commençait à se réchauffer. Ils étaient aux portes de l’été et bientôt les premières chaleurs feraient leur apparition.
Le carillon de la porte la tira de sa contemplation.

« Bonjourrr jeune fille ! Comment vas-tu en cette belle jourrrnée ?!
-   Maitre nain ! Je vais très bien je vous en remercie ! Vous voilà de retour parmi nous ?
-   Eh oui ma belle enfant. Je rrrecharge la marchandise et rrrepartirrait sous peu.
-   Quel dommage que vous ne puissiez rester plus longtemps ! Vos affaires se portent-elles bien ?
-   Ah !!! Elles iraient encore mieux si ces elfes cessaient d’êtrrre si entêtés. D’ailleurrrs, aurrrais-tu une potion mirracle ? Quelle chose contre la bêtise elfique parrr exemple ?
-   Hihi. Vous me faites rire Maitre nain. Ce genre de chose n’existe pas voyons !
-   Bah ! j’aurrrai essayé. On peut rrrêver, ce n’est pas interrrdit !
-   Hihi. Qu’est ce que je vous prépare pour votre prochain voyage ?
-   Comme d’habitude ! mais en double. Mon frrrèrrre m’accompagne cette fois !
-   Oh… très bien. Ce serait prêt dans quelques jours.
-   Mmm. Tu es seule aujourrrd’hui ?
-   Oui. Mère me rejoindra dans l’après midi.
-    (il se rapproche d’elle et lui chuchote. Aelynn se penche vers lui, se prétant au jeu) Tu as rrremarrrqué les avances du jeune Thibault ?
-    Thibault ? (elle se redresse surprise). Comment ça ses avances ?
-   Ne me dis pas que tu n’as pas vu qu’il n’avait d’yeux que pour toi !  Il te dévorrre du regarrrd.  (Aelynn rougit, visiblement gênée) Et il n’est pas le seul d’ailleurrrs…
-   Je…heu…Je suis trop jeune pour ces histoires Maitre Nain.
-   Trrrop jeune ?? Que âge as-tu jeune fille ?
-   J’ai eu 13 ans en Pharast.
-   Ah ! Tu n’es donc pas trrrop jeune pour cela ! Je suis surrr qu’Eilwen l’a rrremarrrqué, elle.  (Aelynn devient de plus en plus rouge) Bon ! je t’ai assez embêté comme cela ! Mais rrregarrrdes bien et tu verrras que le vieux nain que je suis as rrraison ! »
Et changeant de sujet, il se mit à chercher ses pièces pour régler sa commande. Aelynn restait plantée là, ne sachant que faire lorsqu’un tissu attira soudain son regard. Une étoffe magnifique dépassait du paquetage du nain.
« Qu’est-ce donc ? ne put-elle s’empêcher de demander.
-   De quoi ?
-   Ceci… (elle lui désigne le bout d’étoffe)
-   Ah ! Ca !! Une bêtise qui va me couter de l’arrrgent !
-   C’est un très beau tissu. Un cadeau ?
-   Par tous les dieux non ! Que ferrrais-je de ce genre de chose ! maugréa le nain visiblement irrité. Il va me falloir trrrouver un bon couturrrier pour rrrégler ce prrroblème. Pff… comme si j’avais le temps à ces bêtises là moi !
-   Un bon couturier… ? releva Aelynn à mi-voix. »
   
Mais le nain ne lui prêtait déjà plus attention, jurant et râlant après sa bourse qu’il ne trouvait point dans son fourbi.
«  Enfin la voilà cette coquine !! Tiens mon enfant. Voici de quoi payer ma commande ! »
Aelynn reçu l’argent sans y prêter vraiment attention. Le nain referma son bagage et le balança sur son épaule.
« Bonne jourrrnée jeune fille! »
Et sans plus de cérémonie, tourna les talons.
« Attendez ! »
Le nain dont la main avait déjà attrapé la poignée d’entrée, s’arrêta et se retourna, surpris.
« Qu’y a-t-il ? Aurrrais-je mal compté par ma barrrbe ?!
-   Non, non, fit-elle en posant les pièces sur le comptoir. Je n’ai même pas compté.
-   Alorrrs quoi ?
-   C’est au sujet de l’étoffe. Vous disiez devoir trouver un bon couturier… Je…je peux le faire pour vous si vous le souhaitez… »
Le nain l’observa, visiblement désarçonné par la proposition.
«  Toi ? Tu sais coudre ?
-   Oui. Très bien même.
-   Au point de rrracomoder une étoffe ?
-   Oui ! »
Il la jaugea, visiblement surpris de cette nouvelle. Depuis quand une faiseuse de potion était-elle aussi couturière ? D’un autre côté, la proposition était une aubaine. Il n’avait ni le temps ni l’envie de s’occuper de ce chiffon.
« … Soit ! Pourquoi pas… » et joignant le geste à la parole, il reposa son sac, en sorti le tissu et le lui tendit.
« Je le rrrécupèrrrerrrai avec mes potions.
-   Ce sera fait! »  répondit Aelynn le visage lumineux.
Et le petit homme passa la porte.

Le silence retomba dans l’échoppe. Aelynn n’en revenait pas d’avoir osé demander une telle chose. Mais elle était si heureuse ! Cela lui rappelait tant de souvenirs…
Elle observa de plus près l’étoffe. Elle était somptueuse et n’avait rien à envier aux plus beaux tissus de son père. Elle la soupesa et fut surprise de son poids anormalement léger. Il s’agissait d’une sorte de veste réalisée sans nul doute sur mesure. Elle ne tarda pas à trouver l’accro. Effectivement, cela allait demander un travail minutieux et professionnel. Elle sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Ce défi lui convenait parfaitement !
Elle piétina le reste de la journée, attendant avec impatience l’arrivée d’Eilwen pour reprendre la boutique. Lorsque cette dernière entra enfin, Aelynn lui sauta presque dessus, lui fit un bref compte rendu de la journée et fila, laissant sa tante plantée là.

Il ne lui fallut pas longtemps pour effectuer les achats nécessaires à son travail et c’est le cœur léger qu’elle rebroussa chemin vers la maison lorsque son regard s’arrêta sur Thibault. Les paroles du nain lui revinrent aussitôt en mémoire. Son cœur se mit à battre plus rapidement lorsqu’elle comprit qu’il avait raison. Le jeune homme, de 3 ans son ainé, ne détachait pas son regard d’elle. Elle crut que son cœur sortait de sa poitrine lorsqu’il se décida à stopper son travail et à venir vers elle.
En pleine force de l’âge, il la dépassait d’une bonne tête. Il ne lui fallut que quelques enjambées pour être à sa hauteur.

« Bonjour Lynn. Comment vas-tu ?
-   Bien… Je vais bien… merci ! (elle est mal à l’aise)
-   Tu rentres chez toi ?
-   Oui. J’ai fini ma journée.
-   Ah… (il baisse les yeux sur ses achats) Tu couds ?
-   Non, enfin oui, un peu.
-   Tu me montreras ?
-   Euh… oui. Si tu veux…
-   J’ai.. J’ai moi aussi fini ma journée. Je peux te raccompagner ?
-   Oui… bien sur. »
Le visage du jeune homme s’illumina.
« Je range et j’arrive de suite ! Ne bouge pas ! »
Il tourna les talons et courut jusqu’à son établi. Aelynn restait plantée là, ne sachant comment se défaire de cette situation lorsqu’une voix masculine l’apostropha.
« Tu veux que je lui dise de te laisser tranquille ? »
Elle se retourna vivement. Rodéric lui faisait face. Il avait le même âge que Thibault, les épaules cependant plus larges.
« Je peux lui dire de partir s’il t’ennuie.
-   Pas du…
-   Qu’est ce que tu lui veux ?! »
Aelynn sursauta sous le ton empli d’agressivité. Thibault était revenu et n’appréciait visiblement pas l’intervention de Rodéric.
« Je lui demandais si ta présence l’ennuyait, répondit ce dernier d’un ton provoquant.
-   Ah ouais. Et de quoi je me mêle ? »
La colère faisait vibrer la voix de Thibault, tandis que ses poings se serraient.
« Calmez-vous ! Rodéric, tout va bien, je te remercie. Thibault peux me raccompagner il n’y a aucun souci. »
Thibault toisa son rival d’un regard triomphant.
« Je viens aussi. On ne sait jamais.
-   Quoi ? Tu te fous de mo…
-   STOP !!! Arrêtez maintenant ou je rentre seule !  J’ai encore du travail alors soit on se met en route, soit je vous laisse. Choisissez !»
   
Rodéric fit le premier pas, étouffant un juron auquel Thibault se fit un plaisir de répondre.
Quelle ne fut pas la tête d’Eilwen lorsqu’elle vit arriver ce drôle de trio. Aelynn poussa un soupir de soulagement à la vue de leur maison. Elle aurait été escortée par deux gardes que cela eut été pareil. Elle les remercia poliment et se dépêcha de rentrer.
« Et bien ! Ca c’est de l’escorte ! » fit Makarov le sourire en coin.
« Tout va bien ? s’enquit Eilwen. Il s’est passé quelque chose ?
-   N..
-   Un combat de coq ! Voilà ce qui c’est passé ! »
Les deux femmes se tournèrent vers le mage qui les regarda amusé.
« Eh bien quoi ? fit-il en levant un sourcil, feignant la plus parfaite innocence. Ca devait bien commencer un jour non ?
-   Pas main…
-   Allons allons Eilwen ! Tu les avais déjà remarqués. Quoi d’étonnant à ce que cela arrive ?! Ce sont de jeunes hommes. Quoi de plus naturel ?
-   Tu savais ? fit Aelynn en dévisageant sa tante.
-   …Oui.. je m’en étais rendue compte. »
Aelynn la dévisagea, piquée.
« Alors j’étais la seule à ne pas m’en rendre compte…
-   Ca ! pour être aveugle, t’es assez douée tu sais ! Les filles de ton âge ne s’intéressent qu’à ça normalement ! Mais toi tu préfères tes potions et mes vieux bouquins poussiéreux !
-   Makarov !
-   Quoi encore ! Cesse donc de la traiter en enfant. Ce n’en ait plus une et je ne suis pas le seul à l’avoir remarqué ! (et se tournant vers Aelynn) Et tu ferais bien de t’y faire jeune fille ! Tu es trop belle pour passer inaperçue ! » lui dit-il avec un clin d’œil qui finit de faire enrager Eilwen.
   
D’ailleurs, c’était probablement son but, songea Aelynn. Il adorait taquiner sa tante. Elle s’éclipsa donc discrètement, laissant les deux adultes poursuivre leur discussion. Ce ne fut qu’après avoir retrouvé le calme de sa chambre qu’elle respira enfin. Les hommes… Elle n’y avait jamais vraiment songé. Bien sur elle avait eu des amourettes d’enfance mais cela était sans importance et la faisait davantage sourire qu’autre chose à présent. Une chose était sure, elle ne se sentait à l’aise ni avec Thibault, ni avec Rodéric. Et leur agressivité n’avait rien arrangé. Elle soupira et reporta son attention sur ses achats. Ces histoires quittèrent aussitôt son esprit. Elle se saisit de la veste et se mit au travail, le sourire aux lèvres.

Les jours suivants s’écoulèrent sans que rien ne vienne perturber le quotidien. Aelynn se garda bien de retourner en ville. Elle avait acheté suffisamment de fils pour achever son ouvrage. Le dixième jour, Maitre nain entra récupérer ses commandes. Il n’était pas seul. Un second lui emboita le pas.
Eilwen les accueillit chaleureusement et se mit à empaqueter les fioles.
« Alorrrs jeune fille ? fit-il en se tournant vers Aelynn. As-tu pu rrraccommoder ce chiffon ?
-   Oui ! »
Et elle lui tendit la veste.
« Ca parrr exemple ! C’est du trrrès beau trrravail que tu m’as fait là ! On ne voit plus l’emplacement de l’accrrro ! »
Aelynn sourit au compliment du nain. Cela lui avait pris du temps mais elle n’était pas peu fière du résultat. Le second nain vint observer à son tour. Leur ressemblance était telle qu’elle en déduisit qu’il s’agissait de son fameux frère.
« Tu t’extasies pourrr rrrien ! Le travail est superrrbe mais il ne voudrrra jamais la rrreprendrrre. Tu le sais bien ! » fit ce dernier.
Le sourire d’Aelynn disparut.
« Pourquoi n’en voudrait-il plus ? Mon travail n’est pas assez bon ?
-   Il est parrrfait jeune fille, mais ce client est plus borrrné qu’une mule. Tu as rrraison frrrèrrre. Tiens ! Voilà pourrr ton trrravail rrremarrrquable jeune fille !»
Et il posa quelques pièces sur le comptoir.
« Mais pourquoi il n’en voudrait plus ? C’est un très beau tissu. Quel dommage !
-   Ah ! C’est compliqué vois-tu ! Il ne m’aime pas et j’ai malencontreusement fait cet accrrro lors de notrrre derrrnièrrre tractation. Il rrrrefuserrra de la rrreprrrend juste parrrce que c’est moi.
-   … Et si c’était moi qui la lui donnais ? Il refuserait aussi ? »
Les deux nains se regardèrent, surpris. Eilwen cessa d’emballer son paquet.
« Lynn, ma chérie, laisses ces messieurs tranquilles. Tu as fait ton travail. Le reste ne nous regarde pas.
-   Mais…
-   Lynn ! Cela suffit ! »
   
La jeune fille baissa les yeux, contrit. Quel gâchis.
« Perrrmettez Madame mais… cela ne nous semble pas une si mauvaise idée ma foi. Lynn pourrrait nous accompagner. Elle ne rrrrisque rrrien avec nous. Nous vous la ramènerrrons sitôt l’affairrre faite.
-   Mon frrrèrrre n’a pas torrrt. Cela ne nous prrrendra que quatrrre jourrrs tout au plus. Serrriez-vous d’accorrrd ? Nous vous dédomagerrrons bien entendu.
-   C’est à dire que… ce n’est pas une question d’argent voyons. Lynn est jeune et …
-   Mère… »
Aelynn l’observait avec des yeux larmoyants. Eilwen n’était pas sans ignorer le temps passé par sa nièce sur ce travail, ni le plaisir que cela lui avait procuré.
« Bien, c’est d’accord. Je vous la confie.
-   Oh merci mère !
-   Parrrfait. Nous rrrepassons dans deux heurrres. Soit prrrete jeune fille ! »
Et ils sortirent de la boutique.

Aelynn ne tenait plus en place. Elle sauta au cou de sa tante avant de lui coller un baiser sonore sur la joue.
« Merci ! Mille merci !
-   Promet-moi d’être très prudente. Et tu sais de quoi je veux parler.
-   Je te le promets.»
Elle quitta la boutique et courut chez elle se préparer. Il ne lui fallut pas longtemps pour être prête. Les frères nains revinrent comme prévu et le petit groupe s’éloigna, après des au revoir et des merci.
Eilwen les observa jusqu’à ce qu’ils aient disparus. Depuis leur fuite de DragonFall, c’était la première fois qu’elles étaient séparées et cela lui faisait tout drôle. Elle se tourna vers leur échoppe vide, tourna la pancarte indiquant la fin de la journée, ferma la porte et pris le chemin de la maison de Makarov.

« Voilà qui nous change d’êtrrre accompagnés par une jolie demoiselle !
-   Merci maitre Nain. C’est vraiment gentil d’avoir accepté que je vous accompagne.
-   Mais foi, si en plus de ton sourrrirrre tu arrrives à arrranger cette stupide histoirrre !
-   Je ferai de mon mieux, vous pouvez compter sur moi !
-   Pourrrquoi t’es-tu couverrrte la tête ainsi ?
-   Oh ! Ca ? c’est que mes cheveux s’emmêlent si facilement que je préfère les attacher et les couvrir. C’est plus simple ainsi.
-   C’est bien dommage. »
   
Aelynn ne releva pas et se concentra sur la route. Elle était seule pour la première fois depuis longtemps. Cela avait quelque chose d’excitant et d’angoissant à la fois. Sa tante lui avait appris à utiliser sa magie pour se défendre mais elle ne devait s’en servir qu’en cas de réelles difficultés. Sinon, elle devait rester la simple fille de la faiseuse de potions. Au cours de ces nombreux entrainements, elle avait acquis la certitude que sa tante était vraiment puissante, probablement plus que sa propre mère. Mais elle n’avait jamais osé lui en faire part. Peut-être le destin répondra-t-il un jour à cette question. Quoi que… cela signifierait qu’elles courraient alors un véritable danger…

La nuit, puis la journée suivante se déroulèrent sans encombre. Les nains étaient d’une agréable compagnie et sous leurs airs bourrus, prenaient grand soin d’elle. Ils parvinrent enfin à destination, à l’orée de la forêt, aux frontières du Kyonin. Un petit groupe posté en lisière semblait les attendre.
« Nous y voilà, annonça Maitre nain. Reste en arrière jeune fille. »
Aelynn obtempéra sans poser de questions. Les nains s’avancèrent à l’encontre du groupe composé vraisemblablement que d’hommes. Ces derniers ôtèrent leurs capuches et Aelynn du retenir un cri de surprise. Des elfes ! Elle n’en avait encore jamais vu.

Nains et elfes entrèrent en tractation. Elle entendait maitre nain maugréer tandis que leurs clients s’entretenaient dans une langue inconnue mais très mélodieuse. Aelynn ne parvenait pas à détacher son regard. Elle les trouvait tous beaux. Le contraste avec les nains était presque drôle. Soudain, maitre nain sorti l’étoffe et la tendit à l’un d’eux. Elle vit l’elfe lever la main en signe de refus.

« Je vous remercie mais il est inutile de me la rendre. Vous n’avez qu’à la garder en souvenir.
-   Je ne veux pas d’un souvenirrr et encore moins de vous !
-   Il fallait y songer avant d’y faire un accro.
-   Cet accrrro est rrréparrré.
-   Par vous ? Laissez moi rire ! Vous avez du l’agrandir oui !
-   Et bien jugez par vous même ! »
Et il lui lança l’étoffe que l’elfe attrapa d’un geste vif. Il la tendit à bout de bras comme s’il s’eut agi de l’habit de quelque démon. Puis, il l’approcha un peu, encore un peu, pour finir par s’en saisir et la retourner dans tous les sens.
«  Ah Ah ! Ca vous en bouche un coin pas vrrrai ?! »
L’elfe l’observa, ne cachant pas sa surprise, attendant des explications sur ce prodige hors de portée d’un nain.
« Je ne suis pas celui qui a rrretouché votre habit. Voici la perrrsonne qui s’en ait charrrgé. Vous n’oserrriez pas jeter son trrravail devant elle tout de même ?! »
Tous les regards se tournèrent vers Aelynn dont le rose monta aux joues.
« Apprrroche jeune fille. (elle approche). Voici Lynn. C’est elle qui l’a rrréparré. Et c’est du beau trrravail.
-   en effet… répondit le concerné sans cesser de fixer la jeune fille.
-   Trrrès bien, voilà donc une affairrre de rrréglée alorrrs. Je suppose que vous ne prrrendrrai rrrien de plus comme d’habitude ?! Allez, on s’en va.
-   Je prends tout.
-   Je vous demande parrrdon ?
-   Je vous prends tout… Vous êtes sourd ? »
Les nains se regardèrent entre eux, visiblement  sous le choc.
« Quand vous dites tout, c’est « tout» ?
-   Eh bien, vous voulez vendre oui ou non ?
-   Euh… oui oui bien sur. Mais cela va prrrendrrre du temps de tout décharrrger.
-   Nous ne sommes pas pressés.
-   Allez ! on s’y met ! »

Les nains, surexcités par cet événement inattendu se mirent aussitôt à la tâche, laissant Aelynn de côté.
« Mon nom est Aldaron. Accepteriez-vous de faire quelques pas avec moi pendant qu’ils déchargent ? »
L’elfe se tenait à ses côtés, l’étoffe toujours à la main. Elle ne l’avait pas senti arrivé.
Il était encore plus beau de près. Elle acquiesça, intimidée. Ils marchèrent ainsi le long de la lisière. Il n’avait de cesse de la questionner. Aelynn répondait, mentant sur presque tout. Mais il ne semblait pas relever. Elle songeait au tableau étrange qu’ils devaient faire. Il était bien plus grand qu’elle, et certainement bien plus âgé aussi. Le temps fila si vite qu’elle ne s’était même pas aperçue que le soleil s’était couché. Les nains avaient fini de décharger. Il était temps de repartir. Elle le remercia pour cet agréable moment.
« Accepteriez-vous que nous nous revoyons ? En tant qu’amis bien sur.»
Aelynn n’en croyait pas ses oreilles.
« Je… enfin, je ne pense par revenir par ici.
-   Qui a dit que vous deviez revenir ? Vous m’avez indiqué où vous habitiez il me semble.
-   …Oui c’est exact.
-   Alors à bientôt. »

Il la salua, tourna les talons, héla les deux elfes qui l’accompagnaient et ils disparurent en moins de temps qu’il ne fallu pour le dire. Les nains se remirent en route, en direction opposée.
« Par ma barrrbe ! De mémoirrre de nain je n’avais encore jamais vécu ça ! Des elfes qui achètent tout et sans discuter. Tu nous a porrrté chance jeune fille ! » lui dit-il le sourire en coin. Aelynn sentit le rouge lui monter aux joues et se contenta d’un petit signe de tête.
Le retour fut bien plus rapide pour la petite équipe, allégée de sa marchandise.
Ils arrivèrent à Portemarchande  le lendemain peu avant l’heure du souper. Eilwen l’accueillit chaleureusement, visiblement soulagée de la retrouvée saine et sauve. Aelynn lui conta tout, omettant l’étrange échange qu’elle avait eu avec Aldaron quant à Maitre nain en complice tacite, n’évoqua même pas le sujet. La vie repris son cours habituel.
Les jours, puis les semaines s’écoulèrent ainsi sans que rien ni personne ne vienne en troubler la quiétude.

« Quelle chaleur ! » Eilwen s’éventait copieusement, ouvrant toutes les fenêtres dans l’espoir d’un courant d’air. L’été s’était installé et avec lui, les premières grandes chaleurs. La ville fonctionnait au ralenti. Aelynn finit de ranger soigneusement les fioles. Eilwen avait suspendu les entrainements, vaincue par le temps. Elle se retrouvait donc désoeuvrée.
« Tu peux rentrer ma chérie. Je fermerai.
-   Tu es sure ?
-   Certaine. Inutile que nous soyons deux à cuire dans la boutique. Profite.
-   … Très bien. A ce soir donc. »

Elle plissa les yeux sous la lumière crue du soleil. Ce dernier était au zénith. L’air était lourd et chaud. Aelynn rejoignis leur maison, passant de zone d’ombre en zone d’ombre. Elle accueillie avec satisfaction la légère fraicheur de leur intérieur. Après examen, elle opta pour changer de robe au profit d’une plus légère. C’était un cadeau de Makarov. Cadeau qui lui avait valu les foudres d’Eilwen. Et pour cause ! Le reflet dans le miroir en disait long. Elle lui sied à merveille, mettant en valeur ses courbes naissantes tout en valorisant sa poitrine.
Aelynn se mit à rire toute seule en repensant à la dispute des deux adultes lorsqu’elle avait déballé son cadeau. Elle entra dans sa chambre et s’arrêta net. La fenêtre était grande ouverte. Elle était certaine de l’avoir laissée fermée. Elle cessa de respirer, à l’affût du moindre bruit. Rien. Lentement, elle se saisit du stylet situé dans son corset (habitude que lui avait fait prendre Makarov, au cas où comme il aimait à le dire) et s’avança lentement, prenant soin d’éviter les lattes grinçantes du parquet. Elle atteint la fenêtre qu’elle referma lentement. Toujours rien.

Soudain son regard fut attiré par un reflet sur son lit. Au moment où elle s’en approcha, une forme noire bondit devant elle. Elle hurla de frayeur, avant de réaliser qu’il s’agissait de Tougris. Le chat se précipita sur l’objet et lui donnant un coup de patte, le poussa à terre et l’emmena sous le lit. Il lui fallut quelques minutes de patience et quelques coups de griffes avant qu’elle n’attire à elle l’objet convoité. Il s’agissait d’une pomme de pin sculpté autour de laquelle un ruban noué retenait un message.
Elle défit doucement le mot.
« Suivez le soleil vers l’est et retrouvez-moi près des grands châtaigniers. »

Que signifiait donc ce message ? Qui aurait eu le culot d’entrer par sa fenêtre pour le déposer sur son lit ? Etait-ce un piège ? Non. C’était trop subtil. Elle observa la pomme de pin. L’ouvrage était raffiné. Du très beau travail. Non. Elle n’imaginait pas un Pierre Derobes choisir ce genre d’objet… Mais alors qui ? Thibault et Rodéric étaient aussi à exclure. Aucun d’eux ne la vouvoyaient. Eilwen lui passerait un sacré savon si elle la savait s’y rendre seule…
Quelques minutes plus tard, elle traversait leur jardin, en direction de l’Est.

Elle fit le chemin aux aguets, se récitant les incantations apprises, prête à se défendre s’il le fallait. Les silhouettes des grands châtaigniers se découpèrent enfin sur le bleu du ciel. Elle s’arrêta à distance. Elle avait beau observer, elle ne voyait rien en dehors de leurs larges troncs. Son cœur se mit à battre. Et si c’était bien un piège ? Quelle insensée elle était que de venir seule ici, loin de tout. Elle commença à reculer lorsqu’un sifflement résonna puis soudain, une silhouette sauta de l’une des branches. Elle se figea et se concentra aussitôt, prête à lancer la première attaque. Elle sentait ses cheveux s’agiter sous son foulard. Bientôt, plus rien ne les retiendrait.

« Bonjour ! Je vous attendais ! »
Il fallut quelques secondes à Aelynn pour reconnaitre celui qui lui adressait de grands signes de la main. Non… impossible… Aldaron ? mais oui ! C’était bien lui ! Elle poussa un soupir de soulagement, refrénant aussitôt sa magie. Elle s’avança et l’homme fit de même.
« Dieu que vous m’avez fait peur ! lui lança-t-elle dès qu’elle fut à portée de voix.
-   Je suis navré. Loin de moi cette idée. Veuillez m’excuser. »
Aelynn adressa un petit signe de tête en guise d’acceptation.
« Remarquez, vous aussi m’avez fait peur, reprit-il d’une étrange voix.
-   Comment cela ?
-   Votre attitude n’avait rien d’une femme qui fuie devant un danger. Vous devriez être plus prudente.
-   Je ne…
-   Qu’importe ! je suis heureux de vous revoir. Avez-vous un peu de temps ?
-   … mon après midi.
-   Alors ne la gaspillons pas davantage. Venez ! »
Les heures défilèrent à une vitesse ahurissante, partagées entre les rires et les histoires de chacun. Le ciel rougeoyant rappela Aelynn à l’ordre. Elle devait absolument rentrer avant Eilwen.
« Merci d’avoir tenu ta promesse. J’ai passé un très beau moment.
-   Puis-je revenir ? Et je ne te ferai plus de frayeur cette fois. Promis !
-   Oui, bien sur ! avec plaisir !
-   Bien. Dans ce cas, disons dans deux jours au même endroit, lorsque le soleil aura dépassé son zénith.
-   Ce sera parfait !
-   Rentre bien Lynn.
-   Toi aussi. »

Et ils se revirent deux jours plus tard, puis encore deux jours après et ainsi de suite pendant tout l’été, l’automne, l’hiver. Ces sorties étaient devenues de véritables bulles d’oxygène pour la jeune fille. Contrairement aux autres garçons qui tentaient de la côtoyer, elle ne ressentait aucun malaise en présence d’Aldaron. Bien au contraire. Chaque moment passé avec lui était empreint de douceur et de rire franc. Si Eilwen nourrissait des soupçons, Makarov en était au stade des certitudes. Aelynn fréquentait quelqu’un.
Elle le retrouva comme chaque fois sous le châtaignier. L’hiver était derrière eux à présent et leur arbre commençait à se parer de ses premiers bourgeons.
« Lynn. Je souhaiterai te montrer quelque chose. Suis-moi. »

Il lui prit la main et l’entraina vers la forêt. La lumière filtrée par les arbres, formait des raies de lumière si vives que chaque poussière y était visible. Ils circulèrent ainsi un certain temps. Aelynn observa avec fascination les déplacements de son ami. Il semblait tout bonnement frôler le sol. Au bout de plus d’une heure à zigzaguer entre les arbres, ils débouchèrent sur une sorte de clairière. Aelynn mit un certain temps à s’accoutumer à la lumière. Ils avaient tellement tournés qu’elle était bien incapable de se situer. Au début, elle ne vit rien. Elle sentit. Elle sentit de la magie. C’est alors qu’elle les vit. Des sculptures en bois gravées de runes. Elle s’approcha et contempla ce travail magnifique. Il n’y avait aucun doute. Il y avait de la magie en ces lieux. Les runes, écrites en langue elfique, courraient tout autour des piédestaux. Elle ne trouvait pas les mots pour décrire ce qu’elle voyait.
« Cela te fait plaisir Lynn ? ou plutôt, devrais-je dire Aelynn ? »

La jeune fille se retourna à l’évocation de son nom complet.
« Comment connais-tu mon nom ? demanda-t-elle avec angoisse.
-   J’ai entendu ta tante t’appeler ainsi. Car c’est bien ta tante et non ta mère n’est-ce pas ? »
Aelynn sentit son cœur s’arrêter. D’où tenait-il ces informations ? 
« Depuis quand sais-tu tout cela ?
-   Depuis le premier jour où nous nous sommes revus.
-   Et tu n’as rien dit ?
-   J’espérais que tu le fasses. Je suppose que tu me caches de nombreuses choses encore… la moitié de ce que tu m’as raconté est-elle vrai ? probablement pas. (Aelynn palit) Mais vois-tu, je n’avais plus la patience d’attendre…
-   Attendre quoi ? » demanda-t-elle d’une voix étranglée.
Mais il ne répondit pas à sa question. Il avança vers elle. Elle recula et se rendit compte qu’elle était dos à la statue. Il leva doucement la main vers son visage et tira lentement sur son foulard, libérant une cascade d’or.
« Attendre que tu m’expliques pourquoi tu caches de si beaux cheveux par exemple. »
Il glissa sa main et réprima un sursaut à leur contact. Ses doigts contournèrent son visage, redessinant chaque trait. Leurs corps se frôlaient à présent. Aelynn sentit son cœur cogner contre sa poitrine. Elle retint son souffle. Il se colla à elle. Elle pouvait sentir son souffle humant le parfum de ses cheveux. Elle le sentit descendre ? Bientôt son visage fut à la hauteur du sien. Il embrassa avec douceur sa tempe avant de déposer un second baiser sous son oreille. Aelynn crut que son cœur allait définitivement sortir de sa poitrine. Jamais elle n’avait ressenti une telle chose. Tout semblait suspendu autour d’eux. Il descendit le long de sa gorge puis remonta lentement à son oreille.
« Je t’ai désirée dès le premier jour Aelynn. »
 

« Comment te sens-tu ?
-   Bien, répondit-elle en souriant.
-   Seulement bien ?
-   Très bien.
-   Je préfère. »
Il se redressa sur l’avant bras et l’observa. Son visage était entouré d’un halo d’or.
« Tu es magnifique tu sais.
-   Tu es beau aussi.
-   Je suis un elfe. C’est normal.
-   Et pas prétentieux avec ça.
-   Non. Réaliste. Il y a de belles femmes chez vous aussi. Mais toi, tu es différente.
-   Ah oui ? et en quoi ?
-   … je n’avais jamais imaginé voir de mes yeux une magie si ancienne couler dans des veines.
-   … Que viens-tu de dire ? cria-t-elle presque.
-   Chuuut. Calmes-toi. Ce n’est pas un piège tu sais ! Ta magie vient du Premier Monde. Je ne l’ai pas reconnue tout de suite en réalité. C’est toi qui me l’a montrée.
-   A quel moment ?
-   Notre premier rendez-vous  sous le châtaignier lorsque j’ai sifflé et que tu as cru que c’était un piège. Ta posture indiquait clairement que tu t’apprêtais à lancer un sort et tes cheveux se sont agités sous ton foulard. Voilà comment j’ai su. C’est pour cela que tu les gardes attachés et couverts, n’est-ce pas ?
-   Je…euh, oui, en effet, c’est pour ça. »
Quel soulagement ! Il avait tiré les mauvaises conclusions au moins sur ce point.
« Mon peuple est issu du Premier Monde lui aussi. Finalement, nous ne sommes pas si différents toi et moi » reprit-il.
Et il repassa au-dessus d’elle.

Ainsi s’égrenèrent les jours et les semaines. Eilwen n’était pas dupe mais ne dit rien. Elle avait mené son enquête et avait fini par découvrir l’identité du compagnon de sa nièce. Avec plus d’une semaine de retard sur Makarov. Cela déclencha une nouvelle scène entre les deux, où il se justifia sous le prétexte que l’elfe était bien et qu’il n’y avait pas matière à s’inquiéter outre mesure.
Tout aurait pu continuer ainsi mais le destin en décida autrement. La nouvelle tomba un soir.

« Qu’as-tu ? tu es toute blanche ? Tu te sens mal ?»
Aelynn dévisageait avec inquiétude sa tante dont la pâleur extrême ne présageait rien de bon. Elle la fit asseoir et lui prépara une infusion.
Mais Eilwen conserva son mutisme tant et si bien que prise d’angoisse, Aelynn courra jusqu’à la maison de Makarov et revint au pas de course avec lui.
Combien de temps mirent-ils à la faire parler. Un temps certain. La nuit les avait à présent rejoint.
Eilwen leva un regard vide vers sa nièce tandis que de lourdes larmes roulèrent sur ses joues. Aelynn se raidit. Jamais en près de quatre ans, elle n’avait vu cette femme céder à la peur. Et pourtant, c’était bien ce sentiment qu’elle lisait sur chacun des traits de son visage.
« Aelynn… » commença-t-elle d’une voix brisée.
« Aelynn ma chérie, j’ai reçu de mauvaises nouvelles. »
Elle leva les yeux vers sa nièce dont le teint avait à son tour viré au blanc.
« Aelynn, Pi…. Pierre Derobes se rend à Opparat »
La jeune fille lâcha sa tasse qui se brisa au sol.
« Sarah » murmura-t-elle avec horreur.

Elles préparèrent leurs affaires dans un silence de mort.
« Je suis prête » annonça Aelynn.
« Ecoutes moi attentivement. Lorsque tu arriveras à Opparat, rends-toi au temple d’Abadar et demande un certain Dominique Anton. Il était l’un de nos prêtres et vit en exil à présent. Il te sera d’une aide précieuse.
-   … ? Tu ne viens pas avec moi ?
-   Non ma chérie. Si Derobes se rend au Taldor, alors je vais mettre à profit son absence pour retourner au Galt et préparer des choses.
-   Mais je..
-   Tu es tout à fait capable de t’y rendre seule. Je t’ai enseigné des choses. Uses-en. Une fois que tu auras trouvé Dominique, rends-toi dans la ville basse, et trouves Belgarath. C’est un mage et un vieil ami de confiance. Il t’aidera également. Il est temps de nous mettre en route à présent.
-   Pas si vite ! »
Les deux femmes se retournèrent. Makarov se tenait dans l’encadrure de la porte un sac à l’épaule.
« Que fais-tu ? demanda Eilwen.
-   Ce que je fais. Je t’accompagne pardi !
-   Comment ?!
-   Je suis un peu rouillé. Changer d’air me fera le plus grand bien !
-   Attend. Le Galt est tout sauf une destination de plaisir.
-   Je sais, je sais. Mais bon, laisser une femme seule sur les routes me semble être une décision inconsciente. Alors je viens !
-   … Merci. »

Le soleil passa son zénith. Aldaron arriva sous le châtaignier et attendit, jusqu’à ce qu’il repère un objet brillant au sol.
Intrigué, il se baissa et ramassa une pomme de pin sculptée, entourée d’un ruban auquel un message était attaché.
Il dénoua lentement le papier. Une brise se leva.
Ses doigts se crispèrent, son souffle s’accéléra. Une vague de douleur et de colère l’envahirent simultanément. Il froissa le message et le jeta, serrant la pomme de pin jusqu’à la briser. Puis la jeta au sol d’un geste de rage contenue avant de disparaître dans la forêt.

Le vent fit rouler le papier, le poussant jusqu’à la rivière où il tomba. L’eau effaça peu à peu l’écriture fine et délicate où l’on pouvait encore lire ces mots :
Je pars. Adieu et merci pour tout.

« Modifié: décembre 17, 2013, 11:48:29 am par Celena »
Celena

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