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102536 Messages dans 7509 Sujets par 888 Membres - Dernier membre: XUHdismirm septembre 23, 2019, 14:15:41 pm
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Auteur Sujet: Les quatre ans de Lyly  (Lu 1204 fois)

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Hors ligne Sstrad

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Les quatre ans de Lyly
« le: décembre 12, 2013, 14:08:02 pm »

Ce livre ne sert qu'à raconter vos 4 ans. Publiez dedans ce que vous voulez que les autres lisent.

Hors ligne Dorothée

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Re : Les quatre ans de Lyly
« Réponse #1 le: décembre 17, 2013, 16:26:34 pm »

Le soleil commençait à descendre sur les flots de la Mer Intérieure lorsque Lyssandaria arriva en haut des remparts entourant la caserne des Gardes Gris. Elle reprit son souffle et commença à admirer le spectacle pour lequel elle venait ici dès qu'elle le pouvait depuis un mois.

« Tu es encore là, Lyssa ? »

Celle qui venait de parler était une jeune fille blonde d'environ seize ans, Clarissa était novice depuis un peu plus d'un an et c'était l'une des premières personnes à qui Lyssa avait parlé lorsque Durgan l'avait laissée aux portes du Temple, la lettre de recommandation du Père Tinax en main.
Depuis, Clarissa avait décidé qu'il était de son devoir de guider la plus jeune novice du Temple et de l'aider. Lorsqu'elle se rendit compte que la jeune fille ne lui répondait pas, elle tourna la tête dans la même direction que Lyssa.

« C'est vrai que le spectacle est superbe... »

La jeune fille hocha la tête, toujours silencieuse, admirative. Clarissa reprit la parole.

« Je comprend que tu viennes aussi souvent ici. Je ne savais pas que tu étais déjà intéressée par ça. Tu n'es pas un peu jeune ?
- Non ! Regarde cette force, cette puissance... Pas besoin d'être âgée pour apprécier.
- C'est vrai. Lequel est ton préféré ? Tu dois bien avoir une préférence depuis le temps que tu les observes.
- Oui, celui du milieu. Il est magnifique.
- Ooooh... le Capitaine ? Carrément. En même temps, tu as raison, autant prendre le plus gradé. Surtout qu'il est jeune. Il paraît qu'il vient juste d'être nommé, c'est un des prodiges du corps des dragons.
- Mais ? De quoi parles-tu ?
- Du capitaine ! Ménas de Porth, l'homme brun là au milieu de ses hommes. Ce n'est pas lui que tu me montrais ?
- Je parlais de son arme, moi ! C'est son arme que je trouve magnifique. Regarde-les, elles sont superbes. Lorsqu'ils tirent avec, on a l'impression que rien ne pourra leur résister.
- Leurs armes ? Tu es jeune, c'est bien ce qu'il me semblait. Mais si elles te plaisent tant que ça, tu devrais aller les voir.
- Non ! Je n'oserai jamais.
- Mais si, vas-y ! Qu'est-ce que tu risques ? Regarde les soldats sont en train de rentrer. Et le capitaine est presque seul. Vas-y ! »

Elle lui donna une petite poussée dans le dos pour la diriger vers l'escalier qui descend sur le terrain d'entraînement de la caserne.
Lys descendit timidement les marches en pierre et se dirigea lentement dans la cour. Le capitaine, puisqu'il semblait que ce soit son grade, terminait de parler avec deux de ses hommes et les renvoya alors qu'il regardait la jeune fille avancer, un sourire narquois aux lèvres.

« Je me demandais si notre spectatrice allait oser se montrer ou si j'allais devoir venir te chercher moi-même.
- Je ne voulais pas vous déranger. Euh... Capitaine.
- Et maintenant que tu es là, peux-tu me dire ce que tu regardes avec autant d'attention depuis tout ce temps ? »

Elle tourna la tête, cherchant le soutien de Clarissa mais celle-ci avait disparu.

« Lâcheuse... Je regardais vos armes.
- Nos armes ?
- Oh oui ! Elles sont superbes, elles ont l'air si puissantes. Je..., elle hésita à continuer.
- Tu... quoi ? Je ne mords pas, enfin pas tout le temps. Que veux-tu ?
- Je peux en toucher une, s'il-vous-plaît ? »

L'homme paraissait surpris, il regarda la jeune fille qui sortait juste de l'enfance, elle avait une façon de lever les yeux vers lui comme s'il était son dernier espoir qu'il comprit qu'il serait difficile de lui refuser quoi que ce soit. Avec un soupir désabusé, il vérifia que son mousquet n'était pas chargé et le lui tendit.
Elle le prit des deux mains avec un sourire comblé. Lorsqu'elle toucha l'arme, une aura argentée entoura la jeune novice et l'arme sembla entrer en résonance avec la cicatrice formant le symbole d'Abadar que Méléarn lui avait gravé sur le corps. Lyssa ne sembla pas s'en apercevoir tout à l'admiration de l'arme. Instinctivement, elle la porta à l'épaule comme elle avait vu les soldats si souvent le faire.

L'homme la regardait avec stupéfaction, l'aura argentée s'était estompée mais les gestes de la jeune fille étaient si naturels qu'on aurait pu dire qu'elle avait ça toute sa vie. Il avait peine à croire que c'était le premier mousquet qu'elle tenait dans ses mains.

« Ce n'est pas l'arbalète que tu es censée maîtriser, fillette ?
- Si... mais... ça c'est plus... c'est...
- Un mousquet. Forgé dans les meilleurs ateliers gnomes. Celui-ci s'appelle Destin, une vraie merveille d’orfèvrerie.
- Une arme si évoluée, c'est vraiment... c'est obligé que ce soit inspiré par Abadar.
- Je ne sais pas si c'est inspiré par Abadar, mais il s'est passé quelque chose quand tu la prise dans la main.
- Vous pouvez... je peux... tirer avec ? En vrai ?
- Pourquoi pas ? Je suis curieux de voir si c'était un coup de chance ou s'il y a véritablement quelque chose entre toi et cette arme. »

Il lui reprit l'arme et la chargea avec des gestes sûrs et rapides, elle regardait les mouvements de la main, reproduisant les gestes de ses propres mains sans même s'en rendre compte. Elle reprit le mousquet, le porta à l'épaule et visa la cible. Le coup partit dans un grondement de tonnerre, le bruit et la force du recul manqua de la faire tomber, elle percuta le torse de l'homme, s'il n'avait pas été derrière elle, elle serait tombée. Il rit doucement alors qu'elle se massait l'épaule douloureuse.

« Tu auras un joli bleu ce soir. Mais je pense que cela vaut la peine que tu t’entraînes.
- Vraiment ? »

Le regard plein d'espoir et de joie que lui lança la jeune fille lui confirma qu'elle devait vraiment persévérer. Ne pas exploiter cet enthousiasme serait criminel, il aurait voulu voir plus souvent cette passion dans les yeux de ses hommes pour ne pas vouloir aider cette gamine.

« J'irai voir le Grand Prêtre, je veux t'entraîner. Si ça t'intéresse bien sûr.
- Bien sûr que je veux. Vous feriez ça ? Oh ce serait... mais s'il refuse ?
- Je vais déjà lui demander. Tu t'appelles comment au fait ?
- Lyssandaria Hern, Capitaine... Capitaine comment ?
- Capitaine Ménas de Porth.
- Et vous allez lui parler quand au Grand Prêtre ?
- Dès que je peux.
- Ce soir ?
- Dès que je peux.
- Mais vite quand même ?
- Dès que je peux, je te dis. Ne me fais pas regretter de te l'avoir proposé, d'accord.
- Oui, excusez-moi... C'est que j'ai tellement hâte... Mais...
- Quoi encore ?
- J'ai pas d'arme, au temple, il n'y a que des arbalètes...
- Je te prêterai un mousquet d'entraînement, il ne sera pas aussi performant que celui-ci mais cela devrait suffire pour commencer.
- Oh oui bien sûr. Je pourrais venir m'entraîner en fin de journée, quand j'aurai fini mes devoirs au temple. Je pense que je peux être libre au moins deux soirs par semaine environ deux heures à chaque fois... vous pensez que ça suffira ? ou sinon, si je décale les heures...

Il l'interrompit, un petit rire dans la voix devant l'enthousiasme de la jeune fille.

- Nous n'en sommes pas encore là. Il faut d'abord que le Grand Prêtre accepte. Il leva la main empêchant Lyssa de parler. Je lui demanderai quand je peux. Maintenant, la nuit va bientôt tomber, tu ferais mieux de rejoindre le temple.
- Oui vous avez raison... Au revoir, Capitaine Ménas de Porth.
- Appelle moi Ménas, tu n'es pas un soldat.
- Euh d'accord, Ménas. »

Elle lui fit un dernier sourire et se dirigea vers l'escalier de pierre. Avant la première marche, elle hésita un instant, et revint vers le Capitaine.

« Merci, Ménas »

Elle se mit sur la pointe des pieds, l'embrassa sur la joue et repartit en courant sans lui laisser le temps de réagir. Il rit doucement, frottant la barbe de sa joue, et se demanda ce qu'il allait bien pouvoir faire d'elle.



***

Le bruit des tambours résonnait dans la nuit noire, elle avait peur, peur comme jamais auparavant, même au pays des Fées elle n'avait pas eu peur comme cela. Des ondes maléfiques émanaient de la femme aux cheveux rouges assise sur son trône de cranes. Le chaos, la sauvagerie, la fureur à l'état brut, et surtout la démence sortaient de celle qui se disait déesse.

Fiona l'avait rejointe malgré les promesses de viol. Lyssa ne comprenait pas comment la sœur de Corwyn avait pu avancer, comment elle avait pu choisir ce destin. Même pour sauver ceux qui lui étaient chers, sa famille, son village, elle n'aurait pu s'avancer. Lorsqu'elle vit Méléarn s'approcher à son tour, acceptant de se sacrifier, elle lui hurla de ne pas le faire. Par tout ce qui leur était cher, il ne fallait pas qu'il y aille, par Abadar... Elle ne put terminer sa phrase, Skith l'interrompit, elle ne pouvait tolérer qu'on invoque le nom d'un Dieu devant elle qui se prétendait déesse. Pour qu'il lui prouve sa foi et sa résolution, elle ordonna que Méléarn marque la fille du symbole de ce dieu qui semblait avoir tant d'importance pour elle. Il hésita un instant mais elle ne lui laissa pas le choix. Il s'approcha les mains tremblantes tenant son couteau de chasse et enfonça la lame dans la chair blanche de sa sœur, juste au dessus du cœur. Elle voulu se reculer pour l'en empêcher mais un monstre cuirassé lui attrapa les bras et lui refusa toute fuite. Elle gémit sous la lame qui formait le dessin sanglant d'une clé grossière avec une ville à l'intérieur. Les larmes rendaient son regard trouble, elle voyait son frère pleurer en même temps qu'elle, les lèvres remuant comme en prière. 

Brusquement l'image se troubla, elle fut prise d'un vertige, le décor tournait autour d'elle de plus en plus vite alors qu'elle était immobile. Puis tout se calma, tout était redevenu normal. Elle reprit sa tache, frotta ses yeux pleins de larmes pour mieux voir, et recommença à dessiner le dessin du symbole divin sur la peau maintenant ruisselante de sang avec son couteau de chasse. Elle murmurait sans discontinuer : « Je suis désolé... je suis désolé... » Elle fut surprise en entendant le son de sa voix, elle était bien plus grave que d'ordinaire, elle releva le regard du dessin sanguinolent et vit le visage de sa petite sœur sanglotant, crispé de douleur. Elle redescendit les yeux afin d'achever sa tache, le dessin était plus joli maintenant. Elle sourit de satisfaction, elle prenait tout son temps, quant elle eut fini, elle recula d'un pas afin d'admirer son œuvre sur la peau dorée de la femme rousse adossée à un arbre, sanglotant, la suppliant de la laisser vivre. Elle nettoya la lame de son couteau sur la robe de la femme, le rangea dans son étui et commença à défaire sa ceinture.

Elle hurla en se redressant dans son lit, peinant à reprendre son souffle, les yeux hagards cherchant à percer la nuit. Son souffle saccadé résonnait dans la chambre, elle se calma doucement, reconnaissant les bruits familiers de la nuit de Cassomir. Elle se leva et alla à la fenêtre, elle avait besoin de respirer de l'air frais. C'est lorsqu'elle essuya les larmes qui roulaient encore sur ses joues qu'elle se rendit compte que ses doigts étaient tout poisseux. Elle les regarda dans la lueur de la lune et s'aperçut qu'ils étaient couvert d'un liquide sombre. Elle le reconnu sans peine, du sang. Elle baissa la tête et comprit : sa blessure saignait de nouveau.

***

Les chaussures de la jeune fille claquaient dans les couloirs du Temple d'Abadar, elle se dépêchait, elle s’interrogeait sur la raison pour laquelle le Grand Prêtre Doritian Tinax la convoquait en milieu d'après-midi. La célébration du matin s'était pourtant bien passée. Enfin, elle le croyait. A sa droite pendant toute la cérémonie, elle avait assisté le Grand Prêtre, effectué tous les gestes comme on le lui avait appris. Elle ne pensait pas avoir commis d'erreur. Et puis, les quelques fois où elle s'était trompée à son arrivée à Cassomir, il n'avait pas attendu plusieurs heures avant de lui dire mais l'avait fait dès les fidèles partis. Elle s'était appliquée à ne jamais faire deux fois la même erreur et ça avait payé. Elle était maintenant à la droite du Grand Prêtre et l'assistait même lors des Grandes Cérémonies, confirmant ainsi son statut de première novice. Alors pourquoi le Grand Prêtre Tinax la convoquait-il ?

Elle frappa à la lourde porte en chêne, attendit trois secondes et entra. Le Grand Prêtre était assis dans un fauteuil devant son bureau couvert de livres, de parchemins, de rouleaux... Il était plongé dans la lecture d'une lettre lorsqu'elle entra. Elle attendit un instant et toussa doucement. Lorsqu'il leva la tête et la regarda, elle prit la parole.

« Vous m'avez appeler, Votre Sainte Grâce ?
- Oui, oui... Assieds-toi. »

Elle souleva trois rouleaux de parchemin et un livre en regardant où elle pouvait les poser, cherchant un espace vide et se décida, devant cette tache impossible, à les poser à terre, près de la chaise. Une fois assise, elle n'y tint plus et lui demanda :

« J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas pendant la cérémonie, Votre Sainte Grâce ?
- Non, non, tu as été parfaite, comme d'habitude. Ce n'est pas pour parler de la messe de ce matin que je t'ai convoqué. »

Il était pensif en la regardant sans dire un mot, il semblait hésiter à parler. Depuis qu'elle était à Cassomir, c'était la première fois qu'elle le voyait peu sûr de lui, et cela l'inquiéta.

« Que se passe-t-il, Votre Sainte Grâce ? Vous avez eu des nouvelles de ma famille, c'est cela, le Père Tinax vous a écrit ? Il est arrivé quelque chose à Dragonfall, c'est pour cela que je n'ai pas de lettres ?
- Non, non. Mon frère ne m'a pas écrit. Et il n'y a pas de raison que cela aille mal dans ton village. »

Il attendit encore un instant.

« Connais-tu quelqu'un à Oppara ?
- Pardon ?
- Connais-tu quelqu'un à Oppara ? Au Grand Temple d'Oppara ?
- Non. Je ne connais personne là-bas. Pourquoi cette question ?
- Je viens de recevoir une lettre du Grand Prêtre d'Oppara lui-même qui réclame ta présence là-bas. Il veut que tu termines ton noviciat dans la capitale et que tu y sois ordonnée.
- Vous êtes sûr qu'il s'agit de moi ?
- Cela ne fait aucun doute, il demande que Lyssandaria Hern prenne la route au plus tôt afin de terminer son noviciat.
- Mais pourquoi ?
- Je ne sais pas et c'est ce que je n'aime pas. Le Grand Prêtre d'Oppara est un homme habitué aux intrigues de cour, il ne fait jamais rien pour rien, s'il te veut près de lui, il y a une raison.
- Mais pourquoi moi ? Je ne suis personne.
- Tu es une novice particulièrement douée, tu as fait ton premier miracle à un âge où la plupart des prêtres n'ont même pas encore entendu l'appel et tu as une relation privilégiée avec notre dieu. Et puis...
- Oui ?
- Tu as survécu à la Grande Chasse. Aucune proie n'avait jamais gagné avant vous. Il ne doit pas être difficile pour quelqu'un comme Eudonius Oppara de connaître les participants.
- Eudonius Oppara ?
- Oui, Oppara est son nom de famille, il fait partie de la famille royale. Logiquement, en tant que Grand Prêtre moi même, je n'ai pas à lui obéir, mais il m'a demandé ta venue de telle sorte que je ne peux lui refuser... Tu pars donc pour Oppara dans quatre jours, une caravane de marchands doit partir accompagnée de Frères Recouvrateurs, tu te joindras à eux. Vous passerez par les terres, c'est plus long que par la mer, mais il n'est pas besoin de se montrer empressé. Tu en profiteras pour regarder comment les frères recouvrateurs agissent, c'est souvent assez... instructif. Je n'aime pas toujours leurs manières mais il faut avouer que ce qu'il font est nécessaire.
- Il recouvre les dettes des gens qui ne paient pas, c'est ça ?
- Oui c'est bien ça. Lorsque tu contractes une dette auprès du temple d'Abadar, on te fait un échéancier, tu sais combien tu dois payer et quand. Mais il arrive que certaines personnes refusent d'honorer leur contrat, logiquement un prêtre qui va leur parler suffit, mais parfois... les Frères Recouvrateurs sont là pour les cas plus difficiles. Ils ont carte blanche pour agir au nom d'Abadar.
- Ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent ?
- Tout ce qu'ils doivent. Leur seul but est de recouvrir les dettes contractées au nom d'Abadar. Je ne souhaite pas que tu rejoignes leurs rangs, c'est un ordre souvent... mal aimé et du peuple et du clergé, tu comprendras quand tu les verras agir. Mais tu dois connaître tous les ordres qui œuvrent pour Abadar.
- Bien, Votre Grâce. Je vais commencer à préparer mes affaires.
- Avant de partir, laisse-moi te donner ceci. Je voulais te l'offrir le jour de ton ordination mais... Tiens, je sais que tu en feras bon usage. »

En prononçant les derniers mots, Doritian Tinax lui tendit un paquet. Elle le prit, curieuse, et ne put empêcher un petit cri de surprise s’échapper de sa bouche.

« Je... je ne peux pas accepter, Votre Sainte Grâce, c'est... trop précieux.
- Je pensais le léguer à un membre de ma famille, Cassandra me semblait le plus naturel, mais nous ne savons toujours pas où elle est, quant à Raynor... Tu es du même village qu'eux, c'est mon frère qui a détecté le premier ta relation avec Abadar, je ne vois pas de meilleure personne que toi à qui l'offrir.
- Mais...
- Fais plaisir à un vieil homme et accepte. »

Elle regarda à nouveau le magnifique livre de prières, l'épaisse couverture était sertie de pierres précieuses finement taillées et lorsqu'elle l'ouvrit, elle découvrit les superbes pages de vélin enluminées. La page de garde portait une dédicace : « Que le Livre des Nombres t'aide à construire ta vie et garde le Chaos loin de Toi. Amelia Tinax. »

Elle regarda le Grand Prêtre avec curiosité.

« C'était ma mère. Une prêtresse d'Abadar elle aussi.
- Merci énormément pour ce don, j'essaierai de m'en montrer digne.
- Je n'en doute pas. Allez, va maintenant, tu dois commencer à préparer tes affaires. »

Elle le salua d'une profonde révérence, juste avant de sortir de la pièce elle changea d'avis, s'approcha à vive allure du Grand Prêtre, déposa un baiser sur sa joue et partit aussi vite.



***

Lyssa ne vit pas passer le reste de la journée, elle courrait d'un endroit à l'autre, préparant ses affaires. Lorsqu'elle put enfin se poser, le soir était bien entamé. Elle se sentait lasse mais il lui restait encore une chose à faire. Elle sortit du temple et au lieu de prendre le chemin qui menait à sa petite maison, elle bifurqua et s'enfonça dans la vieille ville.
Elle savait où il habitait mais n'était jamais venue avant. Elle hésita à plusieurs reprises sur le chemin à prendre mais se retrouva devant la porte qu'elle cherchait. Elle leva le heurtoir, le laissa retomber bruyamment à plusieurs reprises et attendit. Nul ne vint lui ouvrir et elle n'entendait aucun bruit à l'intérieur. Il n'était pas là. Elle s'empêcha de taper du pied de dépit. Elle avait tout prévu sauf qu'il ne soit pas là. La nuit était bien avancée, il devrait bien rentrer chez lui à un moment, elle l'attendrait donc. Mais s'il n'était pas seul ? Cette idée faillit la faire abandonner, elle pourrait toujours lui dire qu'elle partait demain, mais... Non, elle voulait le voir maintenant, elle attendrait, s'il était accompagné, elle aviserait à ce moment là.

Elle s'appuya sur le mur de la maison et attendit. Un moment qui lui sembla interminable se passa, des passants la regardaient, étonnés, se demandant ce que faisait une novice d'Abadar dans les rues à cette heure de la nuit. Pourquoi ne s'était-elle pas changée ? Elle aurait été moins visible, mais dans sa précipitation, elle n'y avait pas pensé. Tant pis, ce qui était fait était fait. Elle sortit de ses pensées lorsqu'elle entendit des rires mâles venir d'un peu plus haut de la rue et approcher, elle reconnu sans soucis le rire de Ménas avant de le voir apparaître dans la lumière d'un réverbère. Il était accompagné de deux de ses lieutenants et avait une conversation animée et joyeuse. C'était la première fois qu'elle le voyait comme ça, aussi détendu, sa veste était déboutonnée et un pan de sa chemise sortait de son pantalon. Les trois hommes passaient devant elle, nullement décidés à s'arrêter, ils devaient avoir prévu de rejoindre un autre lieu où faire la fête. Ménas la vit quand elle fit un pas en avant et il se figea aussitôt. Son visage se durcit, il se tourna vers ses hommes leur disant de continuer sans lui, il les rejoindrait plus tard. Les lieutenants regardèrent la jeune fille et répondirent en riant à leur capitaine que s'il ne les rejoignait pas ils comprendraient. La plaisanterie ne parut pas plaire à l'homme qui les renvoya assez sèchement.

Il s'avança d'un pas rapide, attrapa le bras de Lyssa qui grimaça sous l'étreinte douloureuse, la fit entrer d'autorité chez lui et la força à s'asseoir sur un fauteuil face à lui.

« Arrête, tu me fais mal.
- Je peux savoir ce que tu fais dans les rues en pleine nuit ? Tu es inconsciente ! Il pourrait t'arriver n'importe quoi !
- Personne ne s'attaquerait à une servante d'Abadar.
- Personne ne... il essaya de reprendre son souffle. Fillette, le fait que tu portes les habits du temple ne te protégeront pas d'un homme déterminé, crois-moi. Il y a des personnes qui n'ont que faire des dieux et, prêtresse ou non, ils ne se gêneront pas pour te passer dessus.

Elle pâlit en réalisant qu'il avait raison, et dit d'une petite voix.

- Mais Abadar me protégera.
- Uniquement si tu te protèges toi-même, vous n'apprenez pas à manier l'arbalète pour rien, et surtout uniquement si tu ne te mets pas dans des situations impossibles. Si tu cherches volontairement les ennuis, il ne fera rien pour toi. Mais je pensais que tu savais ça, prêtresse.
- Je suis pas encore ordonnée...
- Fausse excuse. Il allait en rajouter mais en voyant la mine décomposée et les larmes qui menaçaient de couler sur les joues de la jeune fille renonça, il poussa un long soupir et reprit plus doucement. Et si tu me disais pourquoi tu es là ?
- Je vais partir. Dans trois jours, je vais à Oppara, je terminerai mon noviciat et serai ordonnée là-bas. Je... je ne sais pas si je reviendrais un jour. »

Un silence pesant envahit la pièce. Il se leva brusquement, alla près d'une petit armoire qu'il ouvrit, sortit un verre et une carafe. Il versa un liquide ambré dans le verre qu'il but d'une traite et le remplit à nouveau. Il hésita un instant et remplit un deuxième verre qu'il donna à la jeune fille.

« Tu as l'air d'en avoir bien besoin. Explique-moi. »

Elle but une gorgée du liquide et toussa aussitôt, il sourit en la regardant devenir toute rouge manquant de s'étrangler. Quand elle eut repris son souffle, elle raconta ce qu'elle savait.

« Le Grand Prêtre Tinax m'a convoqué cet après-midi pour m'annoncer que le Grand Prêtre d'Oppara lui avait écrit. Il demande à ce que je viennes à Oppara.
- Le Grand Prêtre lui-même ?
- Oui. J'étais aussi surprise que toi. Je ne comprend pas pourquoi il veut que je vienne... Tu savais qu'il s'appelait Eudonius Oppara et qu'il appartenait à la famille royale ?
- Je le savais oui. J'ai vécu quasiment toute ma vie à Oppara. Mais cela ne me dit rien qui vaille. Tu ne peux pas refuser, j'imagine ?
- Non. Et puis, tous les novices rêveraient d'aller à Oppara, c'est le plus grand temple d'Abadar, c'est peut-être une chance.
- Il te faudra faire très attention là-bas. Ce n'est pas Cassomir et encore moins ton petit village. Il faudra que tu te méfies de tout le monde, surtout de ceux qui veulent t'aider. Et n'oublie pas que ce n'est pas parce que tu as des vêtements de prêtre que tu ne peux pas être dangereux ou que tu ne peux pas être attaquée. Si quelqu'un t'offre quelque chose, demande-toi quel est le prix qu'il veut te faire payer, rien n'est jamais gratuit. Mais ce n'est pas à une fidèle d'Abadar que je vais apprendre cela. »

Il continua un moment ses recommandations, elle l'écoutait avec attention buvant à petites gorgées l'alcool fort qu'il lui avait servi. Une idée commençait à naître en elle et elle allait avoir besoin de tout son courage. Lorsqu'il arrêta de parler, il la regarda avec intensité et se pencha vers elle, lui enlevant le verre des mains.

« Ce n'est pas de l'eau et tu n'as pas l'habitude. Tu devrais faire plus attention, on peut trop facilement se jouer de toi. Qu'est-ce que tu vas devenir ? Tu vas te faire dévorer par le premier qui passe. Tu es trop jeune, trop naïve...
- Aide-moi.
- Comment ? Tu pars dans trois jours.
- Tu viens de le dire. Je suis trop jeune, trop naïve. Apprend moi à devenir femme, je saurai de quoi me protéger.
- … Tu ne sais pas ce que tu dis.
- Si. J'ai confiance en toi.
- Tu as peut-être tort.
- Non. J'ai confiance en toi, je sais que tu prendras soin de moi. Oppara est dangereuse, tu l'as dit toi même, il est hors de question que j'y aille en enfant, je veux y aller en tant que femme. Et tu es celui que je veux.
- Tais toi. Je ne peux pas accepter, ses doigts blanchirent sous la pression exercée sur le verre qu'il tenait encore, tu es trop jeune, tu... c'est impossible.
- D'accord ! Tu veux pas ? C'est pas un problème ! Elle était maintenant en colère, elle se leva et lui fit face J'irai voir Léandre, ton lieutenant, j'ai bien vu que je lui plaisais, et si je lui demande qu'il me fasse l'amour, ça devrait pas lui poser un problème à lui ! Il me trouvera assez à son goût, lui ! »

Elle se dirigea d'un pas furieux vers la porte, posa la main sur la poignée de la porte mais n'eut pas le temps de l'actionner qu'elle se retrouva retournée et collée contre la paroi, Ménas contre elle lui tenant un bras d'une poigne de fer et lui tournant le visage vers lui, tenant sa mâchoire de sa main libre. Il était maintenant aussi en colère qu'elle et parla entre ses dents serrées.

« Tu ne vas nulle part, ma belle. Tu es complètement folle si tu crois que je vais te laisser appartenir à un autre homme.
- Tu ne peux rien m'interdire. Tu n'as aucun droit sur moi. Tu ne veux pas me faire l'amour ? D'accord, mais dans ce cas-là un autre sera mon amant et tu pourras rien faire, et si c'est pas Léandre, j'en trouverai un autre. Je n'irai pas à Oppara vierge !
- D'accord ! Tu l'auras voulu ! »

Il écrasa sa bouche sur celle de la jeune fille, l'embrassa rageusement et elle lui répondit sans hésiter. Lentement, l'homme retrouva son calme et son baiser devint plus tendre, plus profond. Sans quitter ses lèvres, il la souleva et elle s'accrocha à lui, croisant ses jambes derrière son dos, enfouissant ses mains dans la chevelure brune de l'homme. Il traversa la pièce et la posa debout sur le lit, sa bouche descendit le long de la gorge de la femme-enfant, parsemant sa peau de baisers fiévreux, ses mains parcouraient sa peau. Lyssa respirait bruyamment, elle retint son souffle lorsqu'elle sentit sa robe tomber à ses pieds révélant son corps nu. Elle regardait celui qui était en train de devenir son amant, il avait les yeux fixés sur elle, regardait les formes qui ne demandaient qu'à s'épanouir, et commença à les parcourir du bout des doigts, cherchant à découvrir chaque parcelle de peau.

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L'air de la nuit se remplit de gémissements, soupirs de désir, cris de plaisir. Les deux amants se découvraient et ne semblaient vouloir se rassasier l'un de l'autre. La matinée était bien entamée lorsqu'ils émergèrent d'un sommeil béat. Elle avait encore les yeux fermées, profitant de la chaleur du corps masculin contre le sien, et grogna quand elle sentit cette chaleur s'éloigner. Comme elle ne revenait pas, elle ouvrit les yeux et vit Ménas au milieu de la pièce, nu sans la moindre gène ni pudeur, qui la regardait d'un œil tendre, protecteur. Elle lui sourit et s'assit sur le lit, sans chercher à couvrir son corps. Elle aimait qu'il la regarde. Il alla à son râtelier d'armes et prit Destin, le superbe mousquet qu'elle avait toujours admiré et qu'elle avait pu tenir le jour de sa rencontre avec le capitaine. Il revint vers elle.
« Je te le donne. Prends-en soin. Si, lorsque l'on se revoit, il est en mauvais état, tu auras intérêt à avoir de très bonnes explications.
- Mais... c'est Destin ! C'est ton arme, je peux pas te la prendre.
- Une arme sert à protéger. Et je me sentirai plus serein si je la sais à tes côtés. »

Elle se jeta à son cou et l'embrassa fougueusement. Il répondit à son baiser puis la repoussa tendrement, lissant ses cheveux d'une main douce.

« Tu devrais y aller maintenant. Tu dois avoir encore beaucoup de choses à faire.
- Oui, tu as raison... mais...
- Chut. Habille-toi vite. Je te préviens, tu n'en as pas fini avec moi. Tu as voulu que je sois dans ta vie et je compte bien y être. »

Elle se leva et s'habilla rapidement sous le regard de Ménas qui était retourné s'allonger dans le lit défait. Elle ouvrit la porte et se retourna une dernière fois vers lui.

« Tu sais ? Je regrette vraiment rien. »

Il lui sourit et regarda la porte se refermer.


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Oppara
« Réponse #2 le: décembre 27, 2013, 18:53:55 pm »
Oppara

Un long cri retentit dans la nuit, perçant les murs de la petite maison de novice située au milieu de la colline. Ménas jeta sa cigarette et se précipita vers la porte, l'homme qui lui tenait compagnie l'arrêta juste avant qu'il ne l'ouvre, une main posée sur l'épaule crispée.

« Arrête. Tu sais que si tu entres, tu ne pourras rien faire. Tu ne feras que les gêner.
- Mais ce cri. Et si cela se passait mal ?
- Tu ne pourras rien faire tout de même. Tu dois la laisser mener ce combat là. Et tout se passe bien, elle n'est pas seule, elle est aidée d'une prêtresse de Pharasma, d'une femme qui a eu plusieurs enfants, d'une des plus talentueuses novices d'Abadar et elle-même est une des préférées du Juge des Dieux. Crois-moi, de nombreuses femmes rêveraient avoir pareille assistance.
- Mais elle est si jeune...
- C'est un peu tard pour y penser, non ? Oh, ne me regarde pas comme ça, je ne te juge pas. Tiens, reprends-en, ça te calmera. »

Victor lui tendit une flasque d'argent, Ménas hésita, lui sourit, puis la prit et en but une bonne rasade. A l'intérieur, cela semblait s'être calmé, il ne savait pas si c'était bon signe ou non. Il essaya de respirer profondément, s'adossa contre le mur et regarda le ciel d'Oppara. Il était clair, les étoiles brillaient fort et la lune était pleine, c'était une belle nuit pour naître.

***

Lyssa cria à nouveau, le visage tordu de douleur. Cela n'en finirait-il jamais ? Cela faisait des heures que cela durait, elle n'en pouvait plus, elle se sentait si fatiguée, la douleur était si forte, elle ne pourrait pas survivre à la prochaine contraction. Les larmes coulaient sur les joues, se mélangeaient à la sueur qui perlait sur sa peau.

« Là. C'est bien, ma chérie. Tu es forte. C'est bientôt fini. »

Cassandra lui épongeait le visage d'un linge humide et frais. Elle ne cessait de lui parler, de l'encourager. Lyssa ne comprenait pas la moitié de ce que disait la jeune fille mais l'entendre parler lui faisait du bien, la rassurait. Elle serrait sa main de toutes ses forces, la lui broyait presque mais Cassandra ne se plaignait pas et n'essayait pas de se soustraire, au contraire. Lyssa profita du moment entre deux contractions pour essayer de se calmer, de respirer correctement, essayant de suivre les instructions de Florella, la dame de compagnie de Cassandra et de la prêtresse de Pharasma.

Mais les accalmies entre ce qui ressemblaient à de véritables tempêtes dans son corps étaient de plus en plus courtes, et cette fois elle eut à peine l'impression que la dernière s'estompait qu'une nouvelle la submergeait. Elle hurla de nouveau. La voix de la pharasmite retentit dans la pièce.

« Oui, poussez fort ! C'est bientôt fini. Encore un effort, allez-y de toutes vos forces, je vois la tête.
- Je ne peux pas. Je n'y arrive pas...
- Mais si ma chérie. Tu vas y arriver. Encore un petit peu. Tu es forte, tu peux y arriver.
- Noooon...
- Maintenant, tu vas arrêter de pleurer et tu vas pousser une dernière fois ! Tu n'es pas une faible ! Tu as un enfant avant moi alors tu vas me faire le plaisir d'accoucher correctement. » Cassandra parlait maintenant d'une voix dure. « Tu veux toujours être la meilleure, alors tu vas arrêter de te plaindre.
- Je veux pas... je suis meilleure que toi... », haleta Lyssa les dents serrées.

Lyssa se redressa et poussa de toute ses forces, grimaçant de douleur. Dans un dernier cri de douleur, l'enfant sortit enfin du ventre de sa mère laissant celle-ci s'effondrer d'épuisement. La prêtresse de Pharasma aida le bébé à voir le jour puis le prit dans ses bras, vérifia s'il avait des malformations, lui passa un doigt dans la bouche enlevant le mucus qui l'obstruait. La réaction de ce dernier ne se fit pas attendre, il commença à vagir, testant sans retenue la puissance de ses jeunes poumons. Les quatre femmes sourirent puis se mirent à rire en l'entendant hurler. L'accoucheuse parla tout en nettoyant le corps du nourrisson.

« C'est un garçon. Un superbe petit garçon en pleine santé.
- Un garçon... » Lyssa soupira de joie

Cassandra passa tendrement le doigt sur la joue du nouveau-né.

« Comment vas-tu l'appeler ?
- Méléarn. Il s'appelle Méléarn. »

La prêtresse s'approcha de la jeune mère, le précieux fardeau dans les bras. Lyssa se releva difficilement, Cassandra l'aida, mettant d'épais coussins derrière son dos, et lorsqu'elle prit son fils dans les bras, elle ne put s'empêcher de pleurer, évacuant tout le stress de l'accouchement, ses sanglots étaient entrecoupés de rires, elle caressait sans pouvoir s'arrêter le corps de son fils, répétant sans discontinuer son prénom.

« Je crois que le petit a faim. »

Lyssa regarda Florella au début sans comprendre puis voyant Méléarn téter avec avidité ses doigts et contracter son visage en cherchant quelque chose qu'il ne trouvait pas, elle comprit.
Elle délaça sa chemise et lui présenta un sein. Sous les indications de Florella, elle l'aida afin qu'il tête correctement. Elle ne parvenait pas à détacher son regard de son fils qui buvait pour la première fois. Cependant, la fatigue l'envahissait petit à petit, elle luttait mais avait de plus en plus de mal à résister. Elle s’aperçut à peine qu'on lui retirait Méléarn des bras pour le poser dans le couffin près de son lit. Et lorsque Cassandra retira les coussins qui la maintenaient assise et la coucha en lui posant un baiser sur le front elle s'endormit sans attendre.

***

Elle se réveilla dans des draps frais et propres, Florella ou Cassandra avaient changé la literie sans même qu'elle ne s'en rende compte. Elle se sentait encore épuisée mais heureuse comme elle ne l'avait jamais été. Elle ouvrit les yeux, la pièce était baignée de la lumière du jour, la journée s'annonçait belle, fraîche mais radieuse. Elle sourit en voyant le spectacle qui se jouait en plein centre de sa chambre. Ménas faisait les cent pas, tenant Méléarn dormant dans ses bras, le berçant en fredonnant une berceuse de sa voix grave. Elle les regarda un long moment, un sourire attendri aux lèvres. C'est lorsqu'elle voulu se relever qu'il se rendit compte qu'elle était enfin réveillée, il se tourna vers elle, le visage radieux.

« Merci pour ce magnifique cadeau. Je ne pourrai jamais te remercier comme il se doit.
- Arrête. Tu n'as pas à me remercier. C'est MON fils, tu n'as pas à...
- Chut. Un enfant a besoin d'un père, et JE suis son père. Que tu le veuilles ou non. Je ne te laisserai jamais l'oublier.
- Mais...
- Ainsi soit jugé. »

En utilisant la phrase sainte qu'on utilise pour conclure toute prière à Abadar ou pour entériner toute décision prise sous le regard du Juge des Dieux, elle ne pouvait plus le contredire. Il la connaissait décidément trop bien.

« J'espère que tu ne le regretteras jamais.
- Je pourrai regretter beaucoup de choses dans ma vie, que j'ai commises ou que je commettrai, mais qu'il soit mon fils : jamais. »

Ils restèrent un moment silencieux à se regarder dans les yeux, comme si le silence entérinait cette décision solennelle, jusqu'à ce que Méléarn se décide de se rappeler à leurs bons soins en se mettant à hurler à pleins poumons. La jeune mère tendit les bras vers son fils, Ménas lui donna Méléarn et l'aida à s'asseoir, la faisant s'appuyer contre lui, son torse remplaçant les coussins. Elle resta un instant indécise, étrangement timide sous le regard masculin. Il rit doucement.

« Il est un peu tard pour cette pudeur, non ?
- C'est que... j'ai tellement changé. Je dois être laide, je dois avoir des cernes monstrueuses et mon corps est déformé. Ne me regarde pas, s'il-te-plaît.
- Non, ça ne me plaît pas, Lys, je veux te regarder, tu es magnifique, plus encore que la nuit où tu t'es offerte à moi, tu as le corps d'une femme. De la mère de mon fils. Qui va réveiller toute la ville si tu continues à hésiter à le nourrir. »

En prononçant la dernière phrase, Ménas délaça lui même la chemise blanche de Lys et en écarta les pans faisant apparaître les seins laiteux. Elle approcha Méléarn qui s'accrocha sans hésiter à l'un des deux et se mit à téter goulûment. Petit à petit, elle se détendit et s'installa plus confortablement contre Ménas. La main de ce dernier caressait ses cheveux en un mouvement d'une grande tendresse  alors qu'il couvait le nourrisson d'un regard protecteur pendant qu'il tétait.
Un long moment se passa où le silence était brisé uniquement par le bruit de succion que faisait Méléarn. L'heure n'était plus aux paroles mais à la simple joie de voir leur fils boire.

Plus tard, Lys coucha à nouveau son fils dans son couffin, Ménas se leva à son tour, alla au fond de la pièce et revint vers la jeune fille, un coffret de bois précieux dans les mains.

« Jamais je ne pourrai te faire un cadeau de si grande valeur que celui que tu viens de me faire, ma petite Lys, mais accepte tout de même celui-ci, je l'ai fait faire spécialement pour toi.
- Tu n'aurais pas dû. Tu m'as déjà submergé de cadeaux pendant toute ma grossesse.
- Qu'est-ce que quelques corbeilles de fruits ou produits de beauté ?
- Quelques... Ce n'était pas n'importe quels fruits ou produits de beauté, Ménas, tu le sais très bien. Chacun a dû te coûter très cher.
- Pourquoi avoir de l'argent si ce n'est pour faire plaisir à ceux qu'on ai... qu'on apprécie ? Tous ces produits m'avaient été conseillés car ils aident à mieux vivre la grossesse. Ne m'en veux pas d'avoir voulu t'aider.
- Tu sais bien que je ne pourrai pas t'en vouloir vraiment, même si je le voulais.
- Ah... femme selon mon cœur. Viens plutôt par ici. Installe-toi à nouveau contre moi, et ouvre ce coffret. Ne t'inquiète pas, ce n'est pas un nouveau gâteau mimosa, j'ai bien retenu la leçon et ne t'en offrirai jamais plus.
- Tu es bête... Jamais un gâteau mimosa ne pourrait tenir dans un coffret de cette taille.
- Ouvre-le. »

Elle s'installa confortablement contre le torse de l'homme et obéis enfin en ouvrant le coffret. Le médaillon qui reposait dans l'écrin de soie rouge tapissant le bois de rose était magnifique. Bien plus que cela même, les mots lui manquaient. Le médaillon était en forme d'énorme clef, fait de l'or le plus pur, à l'intérieur de la clef, tracée de fins traits composés de pierres précieuses : Aktun, la cité divine d'Abadar étincelait de mille feux. Le rouge du rubis rivalisait avec le vert de l'émeraude, le bleu du saphir, l'éclat du diamant et les couleurs de pierres qu'elle ne parvenait pas à nommer.
Lys resta bouche ouverte, incapable de prononcer le moindre mot.

« Une prêtresse d'Abadar aussi douée que toi se doit d'avoir un médaillon sacré digne d'elle. C'est chose faite maintenant.
- Je... je ne suis pas encore prêtresse.
- Ça ne saurait tarder. Donne-le que je te l'attache autour du cou.
- Mais... je ne peux pas...
- Chut. Il est à toi. Si tu n'en veux pas, je le jette...
- Mais...
- Ou je le donne à Cassandra.
- Jamais ! J'adore Cassandra mais tu ne lui donneras jamais mon médaillon ! »

Son rire fut la seule réponse qu'il lui fit pendant qu'il actionnait le fermoir et posa un baiser sur sa nuque qui la fit frémir.
Elle regarda encore le collier qui reposait maintenant entre ses seins.

« Il est vraiment magnifique. Tu es fou.
- Possible. Pour te ménager, je vais attendre avant de te montrer le cadeau que j'ai choisi pour mon fils.
- Tu me fais peur. Qu'est-ce que c'est ?
- Une petite bricole, pas grand chose.
- Dis-moi ! Je préfère le savoir tout de suite.
- Attend, je vais te le montrer ! »

Il se pencha et attrapa un sac de toile huilée auquel elle n'avait pas prêté attention, quand il se redressa, il avait les yeux brillants de plaisir comme un enfant qui savait avoir fait une bêtise mais était trop heureux pour se repentir. Elle ouvrit le sac avec une légère anxiété et de nouveau resta bouche bée devant sa découverte.

« Il est superbe, non ? »

Son sourire était si désarmant qu'elle ne se sentait pas de lui faire le moindre reproche.

« Oui, il est superbe. Mais...
- Je le ferai graver à son nom.
- Si tu veux oui, mais...
- Il ne te plaît pas ? Tu veux que je le change ?
- Non, il est magnifique, vraiment, mais... un pistolet ?
- Oui.
- Il vient de naître ! Méléarn est bien trop jeune pour posséder un pistolet. Tu aurais pu lui offrir, je ne sais pas moi, un hochet.
- Pourquoi faire ? Tout le monde va lui offrir un hochet, et je suis même certain que tu lui en as déjà acheté. Et puis, il n'y a pas d'âge pour posséder sa première arme à feu. »

Devant le visage radieux de Ménas, elle renonça à argumenter, de plus la fatigue commençait à l'envahir de nouveau. Elle avait faim aussi mais elle ne voulait pas bouger, et si elle le lui disait il bougerait sans attendre et elle ne le voulait pas non plus. Elle était trop bien, pelotonnée sur son torse alors qu'il lui racontait comment il apprendrait à son fils à tirer avec ce pistolet puis avec un mousquet. Bercée par sa voix, elle ne tarda pas à dormir, un sourire aux lèvres. Quand il s'en rendit compte, il se pencha doucement, l'embrassa tendrement puis s'appuya sur la tête de lit, cherchant la meilleure position sans déranger la jeune fille lovée contre lui.

Lorsque Cassandra entra dans la pièce un plateau couvert de victuailles dans les mains, les deux jeunes parents étaient endormis dans les bras l'un de l'autre, leur fils dormant sagement non loin. Elle posa le plateau sur la desserte, se félicitant de n'y avoir mis que des plats froids, tira les rideaux, faisant entrer la pièce dans la pénombre et sortit le plus silencieusement possible sans que l'un des trois ne l'entende.
« Modifié: janvier 31, 2014, 10:12:52 am par Dorothée »

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Lyly à Oppara (2)
« Réponse #3 le: janvier 10, 2014, 23:25:29 pm »
L'air était vif, un soleil froid brillait au dessus d'Oppara illuminant les toits dorés des magnifiques demeures du district de Parc Ouest. A deux pas de la résidence de Ménas de Porth, celui-ci terminait de faire visiter un manoir à Lyssandaria.

« Qu'en penses-tu ? Comment le trouves-tu ? »

Lyssandaria regardait le salon dans lequel ils venaient d'entrer, elle était restée silencieuse pendant toute la visite pendant que Ménas lui détaillait chacune des pièces qu'ils traversaient. Elle ne comprenait pas pourquoi le jeune homme l'avait fait venir ici mais cela faisait plusieurs jours qu'il la harcelait afin de savoir quand elle pouvait disposer d'au moins une demie-journée de repos. Elle avait dû être ferme, l'empêchant d'aller voir le Grand-Prêtre pour demander lui-même qu'elle soit dégagée de ses obligations. Elle sourit au souvenir d'une de ces conversations. C'était si simple pour lui, en tant que de Porth, il lui suffisait d'aller voir qui il souhaitait pour obtenir ce qu'il voulait, et il ne comprenait pas que cela soit différent pour les autres. Et surtout que Lys refuse qu'il utilise son nom pour son bien.

« Alors ? Ton avis ?
−   C'est magnifique, évidement. Tu veux changer de maison ? Celle-ci est plus petite, non ?
−   Oui, mais je ne compte pas déménager. Elle te plaît alors ?
−   … oui.
−   Parfait, je vais donc l'acheter. Cela sera beaucoup plus pratique pour Méléarn et toi.
−   Plus pratique pour quoi, exactement ?
−   Pour vous voir. Lorsque vous aurez emménagé, je ne serai qu'à quelques mètres, je n'aurai plus à traverser la moitié de la ville.
−   Tu ne traverses pas la moitié de la ville. Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de déménagement ?
−   Tu ne comptes tout de même pas rester dans la bicoque du temple avec mon fils ?
−   Mon fils. Ce n'est pas une bicoque et je n'ai pas l'intention de déménager.
−   Sois raisonnable, ce sera beaucoup simple pour tout le monde si tu viens habiter ici.
−   Pour toi, pas pour tout le monde. La maison du Temple me convient parfaitement et je ne devrais pas tarder à en avoir une plus grande dans peu de temps.
−   S'il-te-plaît ! 4 pièces ? C'est cela que tu appelles « Grand » ?
−   Ça me suffit amplement. Et elle est au pied du Temple dans lequel j'ai des obligations, même si tu sembles l'oublier. De plus, Florella habite juste à côté, c'est bien plus pratique lorsqu'elle garde Méléarn.
−   Comme si je ne pouvais pas trouver une vraie nourrice. »


Devant le regard assassin qu'elle lui lança à l'idée de remplacer Florella, il leva les mains en un geste d’apaisement.

« D'accord, je ne veux pas me disputer. Mais reconnais qu'en tant que mère de mon enfant, il est normal que je m'assure que vous ayez une habitation correcte. Et puis, ça n'étonnera personne que je t'installe près de chez moi.
−   Je ne suis pas ta concubine, Ménas ! Et encore moins ta maîtresse officielle.
−   Ne joue pas sur les mots, veux-tu ? Toute la ville sait que tu es à moi.
−   Je ne suis pas à toi ! Je n'appartiens à personne. Je ne suis pas une esclave dont on peut disposer à sa convenance.
−   Qui te parle d'être esclave ? Je veux juste t'acheter une maison.
−   Tu ne veux pas juste cela, tu veux contrôler ma vie et il n'en est pas question. »


Elle allait continuer mais face à son visage maintenant totalement fermé, elle renonça. Elle respira profondément et reprit.

« Tu es un père formidable pour mon fils, Mén'. Je ne te remercierai jamais assez pour cela, mais il s'agit de ma vie. Je ne peux pas accepter. Tu ne peux pas me donner plus et je ne te le demanderai jamais. Mais je dois me protéger, et protéger mon fils.
−   Protéger Méléarn ? De moi ?
−   De ton futur. Il m'étonnerait fortement que ta future épouse apprécie que ton fils illégitime habite à quelques mètres à peine de chez elle.
−   Elle n'aura rien à en dire. Et ce n'est pas d'actualité.
−   Cela finira par l'être... Je dois rentrer, il va bientôt falloir que je nourrisse Méléarn. »


Ils avancèrent dans les rues jusqu'à la maison au milieu de la colline donnant sur le Temple dans un silence encore plus glacial que l'air ambiant. Il la suivit à l'intérieur et la regarda donner le sein à son fils, toujours sans mot dire. Florella était partie dès leur arrivée, elle avait vu que quelque chose de grave venait de se passer et s'était vite sentie de trop.

Lyssa restait également silencieuse tandis que Méléarn tétait. Elle savait qu'elle avait gravement vexé le Capitaine des Dragons mais n'avait pu faire autrement même si tout en elle lui criait d'accepter sa proposition. Si elle acceptait, elle ne serait que la concubine de Ménas, la mère de son enfant, Lyssandaria Hern n'existerait plus, or elle voulait exister, elle était la fille du Baron Hern, de petite mais vieille noblesse taldorienne, elle était novice du Grand Temple d'Abadar d'Oppara, attachée au service de Sa Très Sainte Grâce le Grand Prêtre Eudonius Oppara, et future Prêtresse d'Abadar.
Elle regardait Ménas désolée, ils avaient vécu cette scène des dizaines de fois, il regardait toujours émerveillé Méléarn manger puis lorsqu'elle le couchait dans son couffin, il l'enlaçait tendrement et la menait dans le lit de la jeune mère où il ne semblait pas se lasser de l'accompagner. Cet après-midi n'allait pas voir la même conclusion.

Sitôt qu'elle eut couché son fils, il prit la parole.

« Tu m'acceptes entièrement ou pas du tout, Lys.
−   Et par entièrement, tu veux dire que je dois obéir à toutes tes décisions ?
−   Je ne comprend pas ce qui te choque tant dans ce que je t'ai proposé ? D'autres me remercieraient à genoux pour la moitié de ce que je t'offre !
−   Excuse-moi d'être aussi ingrate alors. Et tu n'as qu'à aller les voir.
−   Ne me tente pas. Elles seront peut-être plus reconnaissantes, en effet.
−   Sors de chez moi ! Va les rejoindre puisqu'elles t'attendent ! Je me demande même comment tu as fait pour rester aussi longtemps avec moi !
−   Ne joue pas à ça, Lys. Tu pourrais regretter le résultat.
−   Je ne joue pas et sors de chez moi ! »


Il resta un instant immobile, puis ajouta, en hochant la tête :

« D'accord, puisque c'est ce que tu veux. Mais il ne faudra pas venir te plaindre ensuite. Et estime-toi heureuse que j'accepte de venir voir mon fils et que je ne l'emmène pas avec moi.
−   Jamais ! Jamais tu ne m'enlèveras mon fils.
−   Alors qu'il soit là quand je viendrai le voir. »


Sur ces derniers mots, il fit volte-face et sortit en claquant la porte derrière lui, réveillant Méléarn qui se mit à pleurer. Elle se précipita pour le prendre dans ses bras afin de le consoler, ou se consoler.

***

La lumière du matin inondait le temple d'Abadar, traversant les vitraux jaunes pour illuminer tout ce qu'elle touchait d'une pluie d'or. Lyssandaria aida le Grand Prêtre à enlever le lourd manteau sacerdotal brodé d'or et serti de pierres précieuses qu'il revêtait pour les cérémonies. Il la regardait à travers le miroir de bronze.

« Ton fils va bientôt avoir six mois, non ?
- Dans quinze jours, Votre Très Sainte Grâce.
- Tu devrais l'amener plus souvent au Temple, il est toujours agréable d'entendre des babillements dans ce lieu parfois trop sérieux.
- Si vous le souhaitez, je le ferai avec plaisir. Merci beaucoup.
- Et son père ? J'ai entendu dire qu'il était un père très... présent.
- En effet, c'est un père très attentif, il s'occupe très bien de Méléarn et le couvre de cadeaux. Un peu trop même.
- On ne donne jamais trop à un enfant. Mais qu'en est-il avec toi ? Est-il aussi... attentif ?
- C'est compliqué, Votre Très Sainte Grâce.
- Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, Lyssandaria. Mais si certains ne savent pas profiter de ce qui est à leur portée, d'autres ne demande qu'à mieux te connaître. Tu as beaucoup de succès, les jeunes nobles qui te voient aux soirées officielles ne cessent de me questionner à ton sujet.
- Vraiment ? Je ne sais que dire.
- Tu es jeune, même si tu es mère. Tu as le droit de t'amuser et de profiter des plaisirs qu'Oppara peut offrir. Sandérius, le plus jeune fils du Duc de Tandak, n'attend qu'un signe de toi pour t'inviter.
- Je... je ne sais pas...
- Une prêtresse d'Abadar doit savoir utiliser les relations qu'elle peut se faire, elle se doit d'être au courant de ce qu'il se passe dans sa ville, et comment peut-elle le faire si elle reste cloîtrée ?
- Vous avez certainement raison.
- Donc je préviens Sandérius que tu acceptes son invitation pour ce soir.
- Je... merci, Votre Très Sainte Grâce.
- Tu iras aux « Ciseaux d'Or », ils ont dû te faire une tenue correcte pour ce soir et bien moins austère que ta tenue de novice. Elle est sur ma note, considère cela comme un cadeau.
- Mais...
- Ou un investissement, comme tu préfères.
- Oui, Votre Très Sainte Grâce.
- Bien, voilà une bonne chose de faite. As-tu vu avec le Père Rodrigue pour cette histoire de caravane qui vient du Chéliax ? »


En quittant le Grand Prêtre, Lyssandaria repensa à l'étrange conversation qu'elle avait eu. Sans doute avait-il raison ? Cassandra ne cessait de lui dire qu'elle devait aller de l'avant. Depuis son altercation avec Ménas face à son refus de déménager, celui-ci était devenu distant, s'il venait régulièrement voir Méléarn, ils n'avaient plus jamais partagé le moindre moment intime. Elle irait donc ce soir et essayerait de s'amuser, en fait, plus elle y pensait plus elle était impatiente d'y être. Elle pressa le pas sur les rues pavées d'Oppara en direction de la boutique des tailleurs.

***

La chaleur était étouffante dans la taverne lorsque Lyssandaria entra accompagnée d'Eléazar, le fils d'un comte du nord du Taldor. Toute la fine fleur d'Oppara était présente au Phoenix, une taverne de Port-Levant entièrement construite en bois, quatre fois brûlée, quatre fois reconstruite. Eléazar lui avait promis que le spectacle de ce soir en valait la peine, elle voulait bien le croire. Depuis les quelques semaines où elle fréquentait les jeunes nobles d'Oppara, elle n'avait jamais regretté une seule de ces soirées. Elle quittait Méléarn environ deux fois la semaine pour s'amuser et oublier un instant ses obligations. Elle remerciait le Grand Prêtre de l'avoir obligé à sortir de chez elle, mais quand elle le lui avait dit il l'avait interrompu, il ne voulait pas de ses remerciements. Il avait juste dit qu'il était heureux que la compagnie de Sandérius lui ait plu et il voulut savoir tout ce qu'ils avaient fait pendant leur soirée. C'était devenu une sorte de rituel, le lendemain de ses sorties, elle racontait au Prêtre ce qu'elle avait fait, elle se confiait à lui comme à une sorte de père de substitution.

« Monseigneur Eléazar, vous nous apportez une Perle de toute beauté, dans quel écrin aviez-vous caché cette merveille ? »

La voix grave mais raffinée qui venait de retentir près d'eux contrastait violemment avec le physique brutal et impressionnant du Minotaure qui leur faisait face.

« Monsieur Calibos, je vous présente Lyssandaria, elle est une jeune
- Novice au service du Juge des Dieux. Voici donc enfin la jeune Fleur dont toute la ville ne cesse de parler. Mademoiselle Lyssandaria, c'est un grand honneur que vous me faites en venant dans mon humble établissement, sachez que vous serez toujours la bienvenue en ces murs.
- Je ne mérite pas un tel accueil mais je vous en remercie grandement, Monsieur Calibos.
- Belle, modeste et polie, voilà une perle rare. Je vous souhaite de passer une très belle soirée, elle sera, je n'en doute pas, riche en surprise. »


Le minotaure se courba une nouvelle fois et les laissa passer, se tournant vers d'autres clients.

Lyssandaria se laissa guider par Eléazar vers un petit escalier qui semblait creusé dans le sol de l'auberge. S'enfonçant dans le ventre chaud et sombre de la terre, elle devinait les marches plus qu'elle ne les voyait. Accrochée un peu plus qu'elle ne le voudrait au bras de son cavalier, elle découvrit bientôt une vaste salle ronde qui, comme l'escalier, présentait des murs de roche brute. Une multitude d'hommes et de femmes, nobles et roturiers, se pressaient vers ce qui semblait être le centre de la pièce, ou plus exactement, vers les rambardes, et se penchaient dangereusement pour regarder vers le bas. Lyssandaria joua un peu des coudes et finit par arriver à son tour contre la tant convoitée balustrade. Ce qu'elle découvrit manqua de lui couper le souffle. Au-dessous d'elle, était creusée une immense arène de sable blanc corail. Au centre, un homme au chapeau bleu et vert haranguait la foule, présentant deux combattants. 

Eléazar s'approcha à son tour de la balustrade et gratifia Lyssandaria d'un sourire. Il pouvait voir que la jeune fille était fascinée, aussi lui glissa-t-il une main dans le dos pour lui permettre de s'approcher d'avantage afin de mieux voir le spectacle. Aux pieds des deux guerriers qui se faisaient face se déversait une véritable pluie de pièces d'or. La noblesse décadente d'Oppara signalait ainsi son approbation quant au choix des combattants. Ce soir, un puissant guerrier garundi au visage scarifié de cicatrices rituelles affrontait un colosse blond à la musculature souple et déliée. Ils faisaient jouer leurs muscles, comme pour se détendre avant l’affrontement ou pour impressionner l’assemblée plus que leur adversaire. L'éclat des torches accrochées tout autour de l'arène donnait des reflets cuivrés à leurs peaux huilées.

L'homme au chapeau venait d'annoncer que c'était pour chacun leur premier combat à Oppara et qu'il espérait que le public saurait leur montrer à quel point on savait faire la fête dans la capitale. Des vivats et des hourras lui répondirent ainsi qu'une autre salve de pièces d'or. Curieuse, Lys détaillait les deux guerriers, elle n'arrivait pas à deviner lequel avait le plus de chance de l'emporter. 

« Il paraît que l'Ulfen a tué un ours à main nue », lui chuchota Eléazar, ravi de l'effet que le spectacle faisait à sa compagne. Depuis qu'elle avait rejoint leur groupe, elle avait toujours gardé une certaine distance, ce soir, il pouvait peut-être être celui qui la ferait céder.

La foule vibrait d'impatience et de nombreux cris d’encouragement mâles résonnaient accompagnés de soupirs féminins. Lyssandaria prit le verre de vin que lui tendait Eléazar et le but lentement, incapable de lâcher des yeux les deux combattants. Elle respirait fort, vite, au même rythme que les encouragements scandés par l'assemblée. Elle avait chaud, mais elle aimait cette sensation étouffante qui couvrait son corps d'une fine pellicule de sueur, moulant sa robe à ses formes qui faisaient envie à son partenaire.

Autour d'eux, les couples s'enlaçaient et les râles qui montaient peu à peu dans l'air moite provoquèrent chez la jeune prêtresse des montés de chaleurs qu'elle n'arrivait pas à réprimer. Ou peut-être n'en avait-elle pas envie... L'air vibrait d'une excitation palpable faite de bruit, de fureur, de sang qui appelait au plaisir charnel. Elle sentit la main de son compagnon se glisser sur sa nuque et la saisir doucement puis de plus en plus fermement. Elle ferma les yeux et se mordit les lèvres pour réprimer un cri de plaisir. Il était doué et savait toucher une femme, elle ne pouvait le nier. La pudeur se rappela à elle et elle ouvrit les yeux pour voir si elle connaissait ceux qui l'entouraient.

Alors elle le vit. Ménas était face à elle, de l'autre côté de l'arène, deux femmes maquillées comme des prostituées de Calistria, vêtues de robe à la soie légère qui révélait leurs seins généreux et leur sexe rasé. Lyssandaria pâlit. Ce qu'elle avait redouté se réalisait : elle venait de surprendre Ménas lors d'une de ses sorties nocturnes. Ses dents s'enfoncèrent douloureusement dans ses lèvres lorsque les splendides créatures se collèrent à lui, en posant leurs mains sur son torse et son sexe qu'elle savait en érection. C'est à ce moment très précis qu'il la vit à son tour. Il sembla hésiter un instant, ses yeux rivés dans les siens, puis il enlaça ses deux compagnes sans lâcher Lys du regard. La jeune prêtresse détourna les yeux avant de voir son ancien amant la saluer de la tête par défi.

Le gong résonna soudain, annonçant le début du combat. La foule hurla de joie et Lyssandaria vit les deux guerriers s'élancer l'un vers l'autre, leurs jambes fouettaient le sable pour être le plus rapide. Comme hypnotisée, elle ne parvenait plus à quitter le combat des yeux. Le barbare blond asséna un violent coup de son poing couvert d'un gantelet sur le visage du géant d'ébène, éclatant son nez dans une gerbe de sang. Celui-ci recula, titubant, secoua la tête et dans un hurlement de rage se jeta sur son adversaire, l'enserra dans une étreinte féroce. Le bruit des côtes qui cédaient se mélangeait aux exclamations du public. Lyssandaria avait la tête qui tournait, les mains crispées sur la balustrade, le souffle court, les pupilles dilatées, elle revoyait confusément une autre scène, un autre lieu, un autre temps. L'étreinte virile des deux guerriers la ramenait aux étreintes de celui qu'elle avait tant désiré et qui l'avait prise avec force. Elle porta à nouveau son vin à ses lèvres, trop rapidement, celui-ci se renversa sur sa poitrine. Son partenaire lui saisit les fesses à pleines mains tandis que l'Ulfen arrachait l'oreille du Garundi avec les dents. Elle ne put retenir un gémissement de désir mêlé de frustration.

Sa vision se brouillait, le sable de l'arène se mélangeait au souvenir de la poussière d'une route qui absorbait le sang de la même manière. Et soudain, l'un des colosses s'effondra, le public entier hurla, frénétique, et sans même qu'elle ne s'en rende compte, elle mêla sa voix à celles des autres. Criant jusqu'à s'en faire mal à la gorge. Elle était étourdit et ne savait plus bien où elle était. Elle avait jouit. La tête lui tournait, et elle peinait à reprendre ses esprits, alors que son partenaire s'activait à lui défaire la ceinture de sa robe, grisé par le fait d'être le premier à qui la prêtresse succomberait.

Elle laissa son regard errer dans l'assemblée encore sous le choc de ce qu'elle venait de vivre, et un deuxième choc la prit de plein fouet. Autour d'elle, tout avait radicalement changé, l'excitation du combat se soulageait dans une bacchanale effrénée. Les robes avaient été dégrafées et les ceinturons des hommes étaient sur le sol. Où que son regard se posait des couples s'enlaçaient, se mélangeaient, se livraient à toutes les prouesses sexuelles possibles. Reprenant difficilement ses esprits, elle repoussa les mains trop entreprenantes d'Eléazar et malgré elle, ses yeux revinrent à l'endroit où elle avait vu Ménas. Il était toujours là, assis face à elle, une des femmes avait perdu sa robe et n'était plus habillée que d'une chaîne ornée d'émaux lui enserrant la taille. Elle était à genoux face à lui et les mouvements de sa tête ne laissaient aucun doute sur ce qu'elle faisait. L'autre femme, blonde,  était penchée contre lui et parsemait son cou de baisers enfiévrés. Lys blêmit, son ventre se nouait de rage et de douleur. Lorsque leurs regards se croisèrent, il sourit cruellement et prenant la blonde par les cheveux, écrasa sa bouche sur la sienne tandis que sa deuxième main caressait les cheveux bruns de celle qui ne cessait les mouvements de sa tête.

N'en pouvant plus, manquant d'air, se sentant étouffer, Lyssandaria fit demi-tour et sortit le plus vite possible de cet endroit. L'air frais de la nuit lui fit du bien et elle parvint à retenir les larmes qui menaçaient de couler. Comme Eléazar l'appelait et la cherchait, elle alla voir le videur de la taverne afin de l'excuser auprès du fils du comte et marcha à toute vitesse jusque chez elle. Elle se jeta dans son lit, bourrant son oreiller de coups, étouffant les cris de rage qui jaillissaient de sa gorge sans qu'elle puisse les retenir. Les pleurs de Méléarn la ramenèrent à la réalité, elle se leva pour nourrir son fils et pendant qu'il tétait elle remarqua une nouvelle fois combien il ressemblait à son père.

***

Le soleil dardait ses derniers rayons lorsque Lyssandaria arriva devant chez elle. Elle chercha la lourde clé lorsqu'elle s’aperçut qu'elle n'en avait pas besoin, la porte était déjà ouverte. Une bouffée de colère l'envahit aussitôt. Après le spectacle de la veille au Phoenix, elle s'était pourtant levée aux aurores réveillant un artisan afin qu'il change la serrure.

Elle entra chez elle et dans la pièce, assis comme à son habitude sur le fauteuil qu'il avait fait livrer lui-même, Ménas était là, détendu, les pieds sur la table basse qui lui faisait face. Elle se figea un court instant sur le seuil puis traversa la pièce en silence, ouvrit un petit coffre, en sortit un parchemin et le lança sur les genoux de l'homme qui lui faisait l'affront de se tenir là comme si elle n'avait rien vu la veille. Il déplia le parchemin, le parcourut et la regarda, interrogateur.

« Ce que m'a coûté la nouvelle serrure. Puisque tu as décidé qu'elle était inutile, il est normal que tu me la rembourses. Je ne veux même pas savoir comment tu as fait pour entrer.
- Ne sois pas mauvaise perdante.
- Mauvais perdante ? Je ne... Sors d'ici ! Tu n'as rien à faire ici, je ne veux plus jamais te voir. »


Elle se dirigea à toute vitesse vers la porte qu'elle ouvrit en grand en lui jetant un regard noir. Il enleva lentement ses pieds de la table, se leva toujours aussi lentement, s'approcha d'elle et referma la porte.

« Qu'est-ce qu'il y a, Lys ? On dirait que tu es en colère. »

Il bloqua la main de la jeune fille en plein vol, empêchant qu'elle ne le gifle de toutes ses forces. Il haussa un sourcil, narquois.

« Salaud ! Tu n'es qu'un salaud.
- C'est toi qui l'a voulu. J'ai fait ce que tu as demandé, Lys, je t'avais prévenu.
- Je n'ai jamais...
- Oh si. Tu m'as dit d'aller voir d'autres femmes, je n'ai fait que t'obéir. »


Tout en lui parlant d'une voix douce, tenant toujours son bras, il la poussait contre le mur et lui caressait la joue avec le pouce.

« Laisse-moi. Je te déteste.
- Peut-être oui. Mais là je m'en moque un peu. »


Il posa ses lèvres contre les siennes et l'embrassa avec passion, l'écrasant contre le mur. Elle essaya de le repousser de toutes ses forces mais elle ne parvint pas à bouger le corps musclé du jeune homme. Petit à petit, une langueur qu'elle ne connaissait que trop bien l'envahit. Elle essayait de lutter mais elle ne savait plus contre qui elle devait lutter, contre lui ? contre elle ? La main de Ménas remontait le long de sa jambe, entraînant sa robe. Elle se mit à gémir contre la bouche qui écrasait la sienne avec fièvre. Il souleva sa cuisse pendant que de l'autre main il dégrafait son pantalon. Les souffles étaient courts, saccadés, les gémissements s'élevaient dans l'air de la nuit et il la prit contre le mur. Elle s'accrocha à lui, étouffant ses cris de plaisirs dans le creux de son cou. 

Ils reprenaient leur respiration, tenant difficilement debout, appuyés contre la cloison, les jambes tremblantes.

« Alors ? J'achète la maison ? »

Elle le repoussa de toutes ses forces et s'éloigna, essayant de remettre correctement sa robe.

« Tu ne renonces jamais ?
- Pourquoi faire ? Tu as pris une mauvaise décision la dernière fois, tu vas prendre la bonne maintenant. »


Il se rhabillait tranquillement, sûr de lui.

« Ce n'était pas une mauvaise décision, Ménas. Et tu le sais.
- Tu ne changeras donc pas d'avis ?
- Non. Tu m'en vois désolée mais... non.
- C'est moi qui suis désolé, Lys. Tu te rends compte que c'est tout ou rien ? Tu es à moi ou pas.
- Je le sais oui. »


Il hocha la tête puis sans un mot ouvrit la porte. Avant de la franchir, il se retourna et lança une bourse pleine sur la table.

« Pour la serrure. Ça serait inutile que tu essaies à nouveau de m'empêcher d'entrer. Je verrai mon fils quand je le veux. Et toi aussi. »

Sur le seuil, il se retourna une nouvelle fois et lui dit comme une confidence.

«  Au fait ? Je retournerai accompagné au Phoenix ce soir, Monsieur Calibos a annoncé un combat exceptionnel, un nouveau punisseur fait son entrée. »

Ce qu'il venait de faire était cruel et il le savait. Lys accusa le coup en serrant les dents, espérant intérieurement qu'il ne s'en rende pas compte. Relevant la tête et lui rendant son regard, elle lui sourit à son tour et répondit :

« Tant mieux, j'ai des choses à me faire pardonner, je verrai avec Eléazar pour qu'on y aille ensemble. »

Lyssa referma la porte sur un Ménas de marbre.
« Modifié: janvier 11, 2014, 23:50:47 pm par Dorothée »

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