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102150 Messages dans 7404 Sujets par 801 Membres - Dernier membre: momo août 19, 2018, 11:36:09 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Carrion Crown  |  Livre 6 ème: Les ombres de Gibet (Modérateur: Sstrad)  |  Chap.30: Un Nouveau Monde --- Epilogue
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Auteur Sujet: Chap.30: Un Nouveau Monde --- Epilogue  (Lu 2543 fois)

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Hors ligne Celena

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Chap.30: Un Nouveau Monde --- Epilogue
« le: août 04, 2013, 16:04:03 pm »
Ils étaient près de cinq mille. Cinq mille orcs descendus des plaines du Belkzen et amassés ici sous nos yeux, aux pieds des murs de Gibet. Jamais je n’aurai imaginé tel spectacle.
Le combat final a commencé. Au milieu de cette masse grouillante, je vois les armées ustalaviennes se débattre, tentant désespérément de contenir ces monstres. La lumière se reflète sur les armes rougies par le sang des hommes.
Soudain, un grondement sourd déchire l’air, semblant sortir des entrailles de la terre. Tous se figent, la même expression d’effroi sur leurs visages. Je sens mon cœur cogner contre ma poitrine. Je sais ce qui vient de s’éveiller.
Comme d’un même homme, tous les regards convergent dans une seule direction.
Là, au centre de cet amas de chair et de sang, la tour de Gibet chancèle, ballotée de droite à gauche par deux bras géants sortant du sol. La vision est surréaliste. Les combattants ont cessés de lever leurs épées, tentant, l’air hagard, de croire ce que leurs yeux refusent de voir.
Le cauchemar vient de prendre forme et s‘extrait lentement de son linceul de pierre.
Je vois des hommes tomber à genoux et prier. Mais qui prier en cet instant ? Qui peut encore entendre nos souffrances ?
Je recule d’un pas. Tout est fini. Mon regard erre sur ces terres désolées gorgées de sang. Tous ces sacrifices, toutes ces morts, tout cela aura été vain. Nous périrons tous.
Soudain, une lueur au sommet de la tour attire involontairement mon regard.
A travers les fumées et les catapultes, je les vois soudain.
Barth, Lyana, Chèvrefeuille, Forge et ma sœur, Céléna. C’est un reflet sur son falchion d’or que j’ai perçu. Les mains géantes sont posées à quelques mètres d’eux sur les rebords de la tour. Ils peinent à conserver leur équilibre.
C’est alors que je le vois. Un dragon d’argent survolant le champ de bataille et tentant de leur venir en aide, sans y parvenir.  Je reste quelques secondes suspendue à sa silhouette d’une élégance indescriptible, à ces ailes monumentales aux mille reflets.
Un bruit sourd me sort de ma contemplation. Je vois avec effroi les mains agripper un peu plus la tour, semblant vouloir la tirer vers le sol. Un nouvel éclair de lumière m’éblouit.
Ma sœur est violemment projetée au sol dans une gerbe de sang, sous le regard horrifié de Barth qui se précipite vers elle. Mon cœur s’arrête. Mon intuition me dit qu’elle ne se relèvera pas. Je sens la colère monter en moi. Mon regard fouille le brouillard, cherchant le responsable de sa mort.
Je ne peux croire ce qui apparait. Thobias Arnissant, protecteur de Vigil, se dresse devant elle, l’épée en sang. Comment… comment ce saint homme pouvait-il tuer un paladin ?!
Mon sang bouillonne de rage et d’incompréhension. Les dieux nous condamnent-ils donc ?
Lyana arme et tire des flèches qui se brisent sur un mur invisible. Derrière, un homme d’un certain âge, flotte, comme en transe. Je comprends soudain qu’IL est à l’origine de tout cela. IL est celui que la folie à pousser à croire qu’il était de taille à maitriser Tar-Baphon.
Je serre le poing. Cet homme était responsable de nos malheurs et il se cache lâchement derrière un mur de force.
C’est alors que le miracle se produit. Je vois ma soeur se relever. Elle titube, l’armure maculée de sang. Je ne peux détacher mon regard, le souffle suspendu à chacun de ses mouvements.
Elle recule, s’écarte de Thobias et… se transforme en élémentaire d’air ?!
Je la vois s’élever vers les cieux et passer le mur. Elle brandit Feu du soleil. Je me retiens de hurler. Elle va réussir et tout prendra fin. Je vois l’homme tendre la main vers elle.
Céléna disparaît sur l’instant. Je ne ressens plus aucune trace d’elle.
Que lui a-t-il fait ?!

La rage l’emporte.
Au pied de la tour, les combats ont repris de plus belle. Je perçois alors une auréole dorée luttant dans le sein de la masse noire. Les paladins de Vigil. Je me focalise dessus. Mon cœur s’accélère. A leur tête, combattant de toutes ces forces, je reconnais Madrake.
Moi aussi, je me battrai jusqu’au bout, jusqu’à la dernière goutte de sang.
Alors, sans plus attendre, je fonce à toute vitesse vers eux, ordonnant à ma meute d’attaquer. Je fends l’air, gueule ouverte, crocs dehors, brisant tout sur mon passage.
Bois Frisson entre en guerre.

Ils perdent du terrain et plient sous le poids de l’ennemi. J’accélère et bondit. Madrake se retourne. La surprise se lie sur son visage. Je passe au-dessus de lui et écrase de tout mon poids l’orc qui s’apprêtait à lui ôter la vie. 
Combien de temps ce combat dura-t-il ? Je ne saurai le dire.
L’écroulement de la tour mit un terme à cette effusion de sang. Soudain, plus de 60 mètres de pierre s’abattirent sur nous, broyant tout en des hurlements de terreur et d’agonie.
Je saisis Madrake et le tire hors du danger. Impuissants, nous assistons à l’effondrement de la prison.
Si la fin du monde devait avoir un visage, il devait ressembler à celui-ci.
Au travers les chutes de pierres, je vis Barth, Forge et Chèvrefeuille tenter d’amortir leur chute, finalement réceptionnés par le dragon.  Nulle trace de ma sœur ou de la rodeuse.
Soudain, Céléna réapparait, suivit de Lyana. Je discerne sa chevelure flamboyante flotter dans ce tourbillon. Elle est sauve !
Son visage m’apparait et l’expression de ses traits refroidit instantanément ma joie.
Ce regard combattant et incisif, je ne le connais que trop bien. Toute son attention est focalisée sur un seul être : cet homme virevoltant dans les airs.
Soudain, je la vois fondre sur lui. Il tente d’esquiver mais elle lève Feu et l’abat violemment, séparant en deux celui qui fut l’hôte de Tar-Baphon.
La déflagration libére une énergie d’un noir profond qui recouvrit ma sœur, étouffant la lumière bénie émanant d’elle, la faisant disparaître…à jamais.
(…)
L’âme noire se déversa et contre toute attente, se logea dans le corps de la rodeuse Lyana Avanaki. Elle s’éleva lentement vers les cieux avant de disparaître à son tour, emportant avec elle sous nos yeux ébahis, le Tyran de la Voix qui Murmure.
Je ne compris que plus tard la signification de tout ceci. (…)


La jeune femme sourit, tournant délicatement les pages finement ouvragées. Cet exemplaire était un ouvrage unique de ce passé historique qui vit la fin de Tar-Baphon. Sa valeur inestimable le rendait plus précieux que n’importe quel trésor. Elle connaissait par cœur son contenu et pouvait en citer des passages entiers.
Ces doigts tirèrent avec douceur des feuilles volantes.
Une écriture fine et élégante se dessinait sur le papier jauni par le temps. La jeune femme caressa les pages, le regard songeur puis se décida à relire la plus récente.

Où suis-je ?
Je place ma main en visière, protégeant mes yeux de cette lumière aveuglante.
Au début, je ne discerne rien. Puis, doucement, des courbes se dessinent sous mon regard.
Des dunes de sable majestueuses s’étendent à perte de vue devant moi. Le Royaume de Sarenrae. Alors, c’est bien cela. Je suis morte.
Les dernières images me reviennent en mémoire. L’effondrement de la tour, le visage grimaçant de Pétros, Feu le coupant en deux, puis cette aura noire m’englobant, m’asphyxiant jusqu’à la mort. Feu…
Je porte instinctivement la main dans mon dos. Quel soulagement de le sentir sous mes doigts ! Je ne suis pas tout à fait seule comme cela.
C’est alors que je réalise me trouver sur un cheval. Cette crinière blanche, cette selle. Mes doigts tremblent. J’agrippe le pommeau,  glisse lentement sur son flanc et retiens un cri de joie. Centaure est également là, à mes côtés. J’enserre son encolure, enfouissant mon visage dans sa crinière. Les larmes coulent le long de mes joues. Mes sanglots résonnent et courent sur les dunes. Les dieux m’ont accordé un souvenir de lui dans ce désert infini.
Combien de temps suis-je restée ainsi ? Le temps existe-t-il encore ici ?
Je finis par m’écarter de Centaure, essuyant mes larmes.
Mon regard se porte de nouveau sur ces dunes que seul l’horizon semble pouvoir arrêter. Vers où aller ? Vers quoi ? Vers qui ?
Barth, Lyana, Forge, Chèvrefeuille, que vous est-il arrivé ?
Je ferme les yeux et pris pour eux. Puissent-ils avoir survécu à cet enfer.
Puis je te revois, toi, ma sœur. Je t’ai vu du haut de la tour. Je t’ai vu porter secours aux paladins…
Un vent léger se lève, portant un bruissement familier à mes oreilles. Des champs de blés. Oui, c’est bien cela que j’entends. Comment cela est-il possible ?
Je réalise que le son provient de derrière moi.
Lentement, je me retourne, le cœur battant. Le paysage me laisse sans voix.
Devant moi, à perte de vue, s’étirent les épis dorés d’un blé mûr à souhait. Au fond, une demeure. Un homme en sort, les cheveux en bataille, une serviette sur les épaules. Mon cœur s’accélère. A mes pieds, s’étend devant moi le Royaume de Iomedae. Je prie une dernière fois ma déesse et m’avance dans ce champ. Lentement.
Je tends la main, caressant du bout des doigts les épis. Centaure me suit. L’homme finit par se tourner vers nous et se fige à ma vue. Je souris en m’approchant. Pourvu que tout ceci soit réel.
-   Que… Que fais-tu ici ?!
-   (silence)
-   Pourquoi m’as-tu rejoins maintenant ?!
-   …Un homme m’a dit un jour que l’espérance de vie d’un paladin était courte… Il semble qu’il avait raison…
-    …

 Arwyll fait un pas vers moi. Je vois ces yeux bleus briller. L’instant d’après, ses bras puissants m’enlacent. Nous ne retenons pas nos larmes.
Il est ici par ma faute, et pourtant, l’on me permet de rester à ses côtés. Ma reconnaissance est sans limite.
Pour la première fois depuis de longues années, je peux enfin déposer les armes.

Notre « solitude » ne fut que de courte durée. Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver Barth ! Mon cœur se serre. Il nous conta la fin., la mort de l’halfelin, Lucian retournant sur Eberon pour libérer Forge accompagné du dragon d’argent alias Majesté, Lyana se sacrifiant, devenant la tombe vivante de Tar-Baphon. Je serre le poing. Quelque part, nous avons échoué. Finalement, elle n’a pu échapper à son destin, celui de vivre pour devenir un simple réceptacle. Lyana… Et enfin lui, Barth. Il n’a pas eu la force de continuer seul et s’est donné la mort. Devant le refus de Pharasma de l’accueillir, Iomedae lui a ouvert les portes de son Royaume. Je m’approche de lui et le serre dans mes bras en pleurant. Sa place n’est pas ici, il aurait pu accomplir tant de choses encore. Mais je respecte sa décision. Il me rend mon étreinte. Il est devenu arpenteur des plans et cela lui convient tout à fait. Il promet de revenir souvent. Je lui saisit la main et lui demande une ultime requête : si son chemin venait à croiser Lyana, de lui parler de nous, afin qu’elle n’oublie jamais et s’il devait croiser Gibbs et Shenda, de leur demander pardon de ma part. Eux aussi, je les avais conduit à la mort.

Astra, toi et Madrake avez survécu à ce cauchemar.
Tu es redevenue garou, mais je sais qu’au plus profond de toi, tu resteras la paladine que j’ai connu. Je n’ai pas pu te dire adieu, ni te serrer une dernière fois dans mes bras. Je prie pour ton avenir qui sera difficile, loin de celui que tu aimes.
Ma sœur, quelle que soit ton apparence, je continuerai de prier pour toi et de veiller sur ce qui t’es cher.
Puisses-tu trouver le bonheur.
Je t’écris ces quelques lignes que tu ne liras jamais, mais cela me donne le sentiment confus et insensé que nos liens ne sont pas rompus.
Avec tout mon amour.
Ta sœur
Céléna.


La jeune femme reposa d’une main tremblante le fragile parchemin. Elle avait beau l’avoir lu des dizaines de fois, elle était toujours aussi émue par son contenu.
Céléna… elle en avait tant entendu parler qu’elle avait l’impression de la connaître. Comme elle eut aimé que ce soit vrai… Et pour les autres aussi. Mais surtout elle.
Elle referma délicatement le livre et s’adossa à sa chaise.
Elle jeta un regard circulaire à sa chambre. La décoration était spartiate mais elle n’y attachait aucune importance. Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre. La vue donnait sur les Montagnes Affamées et, quelque part, au loin, les sinistres vestiges de Gibet. 
L’animation de la rue la sortit de ses pensées. La vie battait de nouveau son plein. Ils étaient aux portes de l’été et le fleuve en crue, se déversait avec vigueur dans les canaux de la ville. Voilà deux ans qu’elle vivait en ces murs. Plus que quelques mois et il sera temps pour elle d’accomplir son destin. Elle inspira profondément l’air frais.
Oui, il était temps de reprendre ce qui leur revenait de droit.
Elle porta son regard sur « son » épée à deux mains, suspendue au mur par deux simples clous. Elle s’en approcha et se saisit du pommeau finement ouvragé. Une arme de maître.
Un héritage. Aujourd’hui était un grand jour.

La jeune femme s’enfonça d’un pas décidé à travers les rues de la ville, passant devant la taverne du Bouclier d’Or, puis devant le temple de Sarenrae. Elle observa distraitement les gens, vaquant à leurs occupations. Elle retrouvait les traces de la Vigil d’autrefois mais avec une différence notable. On y croisait beaucoup moins de paladins qu’à cette époque là. Si on ne lui avait pas conté toute l’horreur de cette guerre, elle eut presque regretté de ne pas avoir vécu en ce temps.
Ses pas l’arrêtèrent devant  la silhouette imposante du palais. Les gardes lui barrèrent aussitôt le passage.

Je désire parler au Capitaine des Gardes.
Les hommes échangèrent un regard surpris. Quelques minutes plus tard, un géant en armure frappée aux armes de Iomedae, fit son apparition. Un bel homme songea-t-elle.
Marcus ?
L’homme resta sans voix. D’où le connaissait-elle ?
Comment connais-tu mon nom, paladine ?
Pour toute réponse, elle lui tendit un parchemin roulé.
Marcus s’en saisit et blêmi à sa lecture. Il dévisagea la jeune femme.
Ce n’est… ce n’est pas possible…
Puis-je voir le roi ?
Je… suis-moi !

Ils traversèrent au pas de course les longues galeries de marbre du palais.
Marcus lançant régulièrement des regards par-dessus son épaule, comme pour s’assurer de l’existence de la jeune femme. Elle l’entendait marmonner, se parlant vraisemblablement à lui-même, ce qui la fit sourire. Il était tel qu’on le lui avait décrit.

Ils parvinrent à la salle du trône.
Gravis les reçut non sans étonnement. Lui aussi elle l’aurait reconnu. C’était un homme d’âge mûr que les années de pouvoir et les séquelles de la guerre n’avaient pas épargnés. Le poids de la vie et de la couronne se lisait sur chacun de ces traits.
Son regard se porta aussitôt sur la jeune femme.
L’espace d’un instant, son teint blêmi. Il la scruta avec une insistance qui, en d’autres circonstances, ce seraient avérées douteuses. Marcus ne savait comment interrompre ce silence. La jeune femme le soulagea de cette responsabilité.
-   Majesté, c’est un honneur. (elle s’incline)
-   …
-   Je crois que ma présence vous importune vraisemblablement.
-   … Veuillez excuser ma surprise paladine, mais ma mémoire se joue de moi et l’espace d’un instant, il m’a semblé revoir un vieil ami… Marcus, quelle est la demande ?

Mais l’homme ne répondit pas, tendant sans plus de cérémonie le rouleau.
Gravis cacha son étonnement devant la familiarité inhabituelle de son capitaine des gardes. Mais il se tut, se saisit du document et le parcourut. Le parchemin glissa de ses mains et vint mourir à ses pieds.
Il se tourna vers la jeune femme, les yeux emplis de larmes.
Ce n’est pas possible…
Il tendit une main tremblante et effleura son visage. Ce regard, cette forme de visage, cette allure. Sa mémoire ne l’avait pas trompée. Il la serra dans ses bras, ne retenant plus ses larmes.
Voilà plus de quinze ans qu’il se demandait pourquoi, lui, guerrier en fin de vie, avait survécu à ce cauchemar alors que tant d’hommes jeunes et valeureux avaient périr dans ce bain de sang. Pourquoi les dieux l’avaient-ils épargné ?
Il resserra un peu plus son étreinte. Aujourd’hui, il avait enfin une réponse.
Aujourd’hui il avait de nouveau un but à sa vie.
Au creux de ses bras, il serrait Céléna Obarskyr Sain, fille d’Astra Sain, reine de Bois Frisson et de Madrake Obarskyr, ancien roi de Vigil.
Les larmes roulaient sur le visage buriné de Marcus. C’était comme si le passé était soudain entré dans cette pièce. Les visages de ses compagnons réapparurent avec une netteté stupéfiante. Non, il n’avait rien oublié. Il avait juste appris à vivre sans.

Gravis s’écarta. Les yeux bleus de la jeune femme soutinrent son regard. Ces yeux… les mêmes que son père. Mais ils avaient la couleur de ceux d’Arwyll, son jeune frère.
Un rayon de soleil entra dans la salle, faisant briller de mille feux les larmes prisonnières de la barbe du roi.
-   Céléna…  c’est donc ton nom ?
-   Oui. Mère a souhaité m’appeler ainsi en mémoire de sa sœur.
-   Sa sœur… A ce terme, il eut un petit sourire, le regard perdu au loin. Sa sœur… il est vrai qu’elles étaient inséparables toutes les deux.

Il posa soudain un regard anxieux sur elle.
-   Es-tu un …
-   Non. Je ne suis pas un garou. C’est la raison de ma présence ici.
-   … Ta mère était une paladine des plus respectables.
-   Je sais.
-   Et… Madrake, enfin, ton père. Sait-il ?
-   Non. Mère m’a élevée seule. Mais… je pense que vous savez où le trouver.
-   … C’est exact. Mais, cela va prendre du temps.
-   J’ai des choses à régler. Cela laissera suffisamment de temps.
-   …

Gravis se tourna vers son Capitaine. Marcus n’avait pas perdu un mot de leur conversation. Il lui adressa un signe de la tête.
Capitaine, prenez la route et allez chercher notre Roi.
Les yeux du paladin se mirent à briller. Un sourire illumina son visage.
A vos ordres Majesté !
Il claqua les talons, salua et sortit aussitôt.

Les heures qui suivirent s’écoulèrent à évoquer le passé. Des années heureuses et légères, jusqu’à ce terrible combat à Gibet. Le silence s’installa. Le soleil déclinait dans le ciel. La jeune femme se leva, indiquant son souhait de prendre congé. 
-   Je dois vous laisser Majesté. Merci pour votre accueil et pour mon père.
-   C’est naturel. Repasseras-tu demain ? J’aimerai vraiment continuer notre conversation.
-   Cela eut été un plaisir, cependant…(hésitation)  je dois m’absenter quelques temps de Vigil. Mais je vous tiendrai bien entendu informé de mon retour.
-   Quitter Vigil ?

Il était parvenu à ce qu’il voulait lui faire dire.
-   Quitter Vigil… reprit-il doucement. Et… puis-je te demander pour où ?
Il tenta de contenir l’inquiétude naissante de sa voix. Son intuition ne lui indiquait rien de bon. La jeune femme se tourna vers lui, l‘air grave. L’homme tressaillit. Combien elle leur ressemblait ! Cette expression déterminée, il ne la connaissait que trop bien. Il savait que ce qui allait suivre n’étaient plus de l’ordre des interrogations. Il devait savoir ce qu’elle comptait faire.   
-   Caliphas.
-   … ?
-   J’ai des biens à reprendre.
Il fallut quelques secondes à Gravis pour assimiler l’annonce. Il se leva d’un bond, saisissant Céléna par le bras. Son intuition était la bonne. Elle courait droit à la mort !
-   Attends... tu veux affronter White Caliphavso ?! As-tu perdu l’esprit ? Tu réalises sa puissance ?!
-   Oui. Je la connais parfaitement. Mais, rassurez-vous, je ne vous demande rien. Tout ceci est… une histoire de famille, à laquelle il me faut mettre un terme.
-   Rien ne te fera changer d’avis je suppose.
-   Non, rien. Je suis venue vous voir afin que vous m’offriez l’opportunité de rencontrer mon père. Rien d’autre.
-   Et si tu n’en revenais pas ?
-   (elle lui sourit) J’en reviendrai. Croyez-moi.


L’après midi touchait à sa fin lorsqu’elle sortit enfin du palais. L’agitation des rues était retombée et les premières lumières brillaient dans les foyers.
Elle respira à pleins poumons cet air frais et se dirigea vers l’est de la ville, tournant le dos au fleuve.
Ces pas la guidèrent aux pieds d’une longue rampe qu’elle se mit à remonter. Les lumières de Vigil scintillaient à ses pieds. Elle contempla quelques instants ce panorama exceptionnel, puis entra.
Elle ôta doucement les chaines d’or autour de son cou.
Au creux de sa main, scintillaient de mille feux deux pendentifs d’une grande beauté. Elle se saisit de celui de Iomedae et passa le portail.
L’intérieur respirait l’enfermement. Tout était semblable aux descriptions, des rangées de livres s’étalant à perte de vue devant elle.
Les ouvrages et les fioles autrefois posés sur la table, gisaient au sol, brisés, derniers témoins du combat du Grand Mage de Vigil, voilà plusieurs années de cela. Rien n’avait été bougé depuis.

Puis elle vit ce qu’elle était venu chercher : le grand miroir des plans.
Elle s’approcha, le médaillon en main et ferma les yeux. Par cette décision, sa vie allait basculer. Elle ne serait plus jamais la même. Elle se saisit du second médaillon aux armes de Sarenrae et pria.
Céléna… Arwyll…  Barth… Lyana… Chèvrefeuille… … … Mère…

Des années auparavant, Iomedae avait accédé à la dernière requête de sa mère : lui accorder de revoir sa sœur une dernière fois. Lui permettre ainsi de faire son deuil et d’accepter sa nouvelle vie. Puis elle était née, quelques mois plus tard. Astra lui avait alors légué son amour, mais aussi ses mémoires. Elle avait grandi au cœur de Bois Frisson, attendant le jour où la déesse l’appellerait à elle comme elle l’avait fait pour ses parents. Et c’est ce qui se produisit. Il était tant à présent pour elle de clore ce passé, de vivre à son tour sa destinée.

Elle inspira profondément, observant une ultime fois dans le reflet du miroir la jeune femme de seize ans. Combien d’années ce miroir allait-il lui voler ? Qu’importe.
Elle fit un pas en avant et sa voix claire résonna alors dans l’obscurité de la salle.

« Ouvres-moi les portes d’Eberron ! »

                                                                                                       FIN



Céléna Obarskyr Sain

« Modifié: août 11, 2013, 22:59:53 pm par Celena »
Celena

Hors ligne Sstrad

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Re : Chap.29: Un Nouveau Monde
« Réponse #1 le: août 04, 2013, 18:03:10 pm »

De très loin ce que tu as fais de mieux.

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