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102278 Messages dans 7468 Sujets par 812 Membres - Dernier membre: Tomar mai 27, 2019, 00:10:56 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Carrion Crown  |  Livre 5ème: Les cendres de l'Aube (Modérateur: Sstrad)  |  Chap. 24,5 : Alone in the Dark
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Auteur Sujet: Chap. 24,5 : Alone in the Dark  (Lu 939 fois)

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Hors ligne Dorothée

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Chap. 24,5 : Alone in the Dark
« le: mai 29, 2013, 04:15:35 am »
Les sabots lourds de Majesté frappent le sol du Manoir des Adrissant, Forge derrière moi me tenant la taille, je me concentre sur les images des souvenirs de Kendra tels qu’on les a vus à Ravengro, il y a une éternité maintenant. La ligne d’horizon se met à pencher nous commençons à nous élever dans les airs, Majesté continue à galoper montant toujours plus haut. Le paysage semble étrangement fixe, il devrait défiler à toute vitesse vu le grand galop. Je ferme les yeux me concentrant de toutes mes forces, il faut que nous passions, il faut que nous arrivions à Eberron. Soudain je sens les mains de Forge glisser et essayer de se raccrocher à ma taille, je tends une main vers lui trop tard, il tombe à toute vitesse vers le sol.

Un flash sombre. Un tunnel de lumière obscure. Je me penche et m’accroche de toutes mes forces à l’encolure de l’étalon. Puis une lumière éblouissante. Majesté ralentit et s’arrête doucement.

Je me redresse et regarde autours de moi. Le ciel est bleu, en bas des champs s’étalent à perte de vue et je réalise que nous sommes toujours en hauteur, Majesté est immobile à cent mètres du sol. Mais je n’ai pas le temps de m’appesantir sur ce point, devant nous flotte une ville immense. Nous avons réussi, nous sommes à Eberron. Je me penche pour flatter l’encolure de Majesté, le féliciter et réalise que je suis seule. Forge… J’espère que sa chute ne l’a pas blessé. Barth était à côté, il saura soigner le forgelier s’il le faut. Il doit être sauf.

Je me redresse et regarde avec attention où je suis. La ville qui nous fait face flotte sur un gigantesque rocher, seules des chaînes aux  mailles titanesques semblent empêcher son ascension. Des caisses de bois suspendues à des sortes de gros œufs volent vers la cité. En m’approchant prudemment, j’aperçois de nombreuses personnes dans ces caisses, à l’intérieur un enfant me désigne du doigt et plusieurs silhouettes se tournent vers moi. Ne voulant pas attirer l’attention, je demande à Majesté de descendre sur la route que nous voyons en bas.
Il descend au petit trop comme s’il foulait la pente d’une colline. Je n’avais pas compris tout ce qu’il pouvait faire lorsqu’il me disait qu’il pouvait m’emmener où je le souhaitais.

Arrivés sur la route, je reste un instant sur place, observant où nous sommes. D’immenses champs nous entourent, à l’intérieur des forgeliers travaillent aux moissons, impassibles. Ils ne me regardent même pas, totalement concentrés sur leur travail. Ils passent de longues tiges vertes en longues tiges vertes pour couper des fruits jaunes composés de grains cachés dans une coque de feuilles. En les regardant bien, je reconnais le collier que chaque forgelier sans exception porte : le collier de servitude. Le même que nous avons trouvé chez Carmilla et le même qui enserrait le cou d’Adivion.

Un bruit sonore retentit derrière moi, nerveux, impatient, une sorte d’appel bref issu d’un cor de chasse, je me retourne et voit un chariot sans cheval avancer à vive allure vers nous. Je fais déplacer Majesté pour lui laisser la place et le regarde nous dépasser. Un homme à l’avant du char nous fait un grand signe du bras. Nous ne sommes vraiment plus en Ustalav. Quel monde étrange. Les souvenirs de Kendra nous l’avaient montré mais la réalité est bien plus déstabilisante.

Nous commençons à avancer sur la route, je ralentis volontairement Majesté, je préfère ne pas arriver trop vite à la ville. J’ai besoin de réfléchir. Plusieurs chariots nous dépassent et je sens Majesté contrarié, il veut accélérer, être au moins à leur vitesse. J’accepte et sans hésiter il part dans un trop rapide. Au bout d’une petite heure, nous arrivons à un pont de bois et de métal qui nous emmène à la ville.
La circulation est dense, chaque chariot est dirigé vers des péages afin de ne pas ralentir le trafic. Les voix s’élèvent dans les airs, s’interpellent, rient, s’énervent. Et à part les intonations, je ne comprends rien. Persuadée de venir accompagnée de Forge, je ne me suis pas intéressée aux langues parlées sur Sharn, à tort.

Je questionne Majesté :
« Tu es déjà venu ici ?
- Peut-être, je ne me souviens plus.
- Et tu comprends leur langue ?
- Oui. »

Un immense soulagement m’envahit.

« Tu pourras me faire la traduction alors.
- Je ne pourrais pas parler.
- Non bien sûr, mais tu pourras m’expliquer ce qu’ils disent. » Je souris un instant, imaginant Majesté en train de parler à voix haute.

Nous arrivons devant le garde de la ville et il commence à me parler. Majesté m’explique qu’il demande mon identité et la raison de ma présence en ville. Je commence à répondre sachant qu’il ne pourra pas me comprendre, lorsque le garde m’arrête d’un geste de la main. Il s’éloigne un peu, parle à un de ses collègues et revient en tenant une baguette.

« Votre nom et la raison de votre venue en ville ?
- Lyana Avanaki. Je… cherche un ami qui doit être en ville.
- Bien, ça fera trois pièces d’or

Je lui tends les pièces, il me tend un jeton de métal.

- A nous rendre quand vous partirez.
- Merci. Ce que vous tenez en main, c’est une baguette pour comprendre les langages ?
- Oui.
- Et où pourrais-je en acheter une ?
- Dans un magasin.
- Vous pouvez m’en indiquer une, s’il vous plait ? Je ne suis jamais venue en ville et je ne saurai pas si le commerçant est digne de confiance.
- Pfffff… zêtes vraiment pas du coin, vous. Allez chez Serpentard, vous trouverez ce que vous cherchez à prix correct.
- Merci beaucoup.
- Allez, suivant ! »

Nous rentrons dans la ville et je reste un instant ébahie. Je n’ai jamais vu cela. La ville est encore plus immense lorsqu’on est à l’intérieur, elle pourrait contenir facilement dix ou vingt Caliphas. J’avance, intimidée, les passants se retournent vers moi et me regardent. Certains n’hésitent pas à me montrer du doigt, au bout d’un instant je crois comprendre que c’est Majesté qui est la cible de cette attention. En effet, je ne vois nul animal dans les rues et aucune trace de sabot. Les chariots magiques doivent expliquer ça.

Un peu plus loin dans la rue, l’enseigne à l’image d’un serpent me fait penser que c’est l’adresse indiquée par le garde : Serpentard. Je rentre et m’approche du vieil homme moustachu derrière le comptoir.

« Bonjour Monsieur. Je suis bien chez Serpentard ? »

Il m’arrête d’un geste, se tourne et ouvre un tiroir. Mes yeux s’écarquillent en voyant le contenu du tiroir, des baguettes par dizaines. J’ai déjà accompagné mes compagnons lors de leurs achats dans des magasins de magie à Caliphas, chaque baguette est dans un coffret de bois précieux, des gardes sont dans les échoppes protégeant la précieuse marchandise. Ici, aucun garde, les baguettes sont rangées en vrac dans des tiroirs, la magie est tellement présente ? L’homme en saisie une, la porte à sa bouche, parle doucement, puis me sourit :

« Que puis-je pour vous ?
- Je voudrais acheter une baguette de compréhension des langues, s’il vous plait.
- Mmmmm, d’accord…

Il se prend une nouvelle baguette et recommence les mêmes gestes.

- Dix charges. Dix pièces d’or.

Je reste un instant sans voix. Dix pièces d’or seulement ? Je ne connais pas les prix chez nous, mais certainement pas aussi peu. Mon silence pousse le commerçant à croire que je trouve ça cher.

- Si vous voulez… je peux faire un prix… si vous êtes gentille.
- Pardon ?
- Si vous me montrez un sein, je vous fais la baguette à cinq pièces d’or.
- Je vais la payer dix pièces d’or. »

Décidément, quel que soit le plan dans lequel on se trouve, il y a toujours autant de vieux vicieux.

L’achat effectué, je ressors dans la rue et me met à la recherche d’une auberge. J’en trouve une un peu plus loin, l’endroit à l’air très correct, propre et bien fréquentée. Je laisse Majesté à l’entrée, j’effectue les gestes indiqués par Serpentard pour activer la baguette et vais directement m’adresser à celui que je prends pour le patron. Après une brève discussion, nous tombons d’accord sur un tarif d’une pièce d’or la nuit, repas compris. C’est un peu cher mais ai-je le choix ? Je ne connais aucun endroit ici, je ne peux que me fier à mon instinct et tout me dit que l’homme est digne de confiance. Je demande s’il a une place pour Majesté dans l’écurie.

« Vous avez un cheval ?
- Euh oui…
- Je vous l’achète 2 000 pièces d’or !
- Non merci.
- 3 000 !
- Merci mais non.
- Vous êtes dur en affaire. D’accord, je vais jusque 4 000 pièces d’or.
- Il n’est pas à vendre !
- Mouais. Je vais demander à mon fils qu’il vous montre le hangar où on range les chariots. TOM ! ! ! »

Un gamin au cheveux roux et taches de rousseur d’une dizaine d’années accourre dans la salle. Il sourit à pleines dents quand il apprend qu’il va voir un vrai cheval vivant et son sourire s’accentue quand je lui propose de monter sur son dos le temps d’aller dans ce hangar.

Sur le chemin, je lui demande de me parler de sa ville, il m’explique que celle-ci est divisée en quartier et que chacun est régi par des guildes. Là où nous sommes est le quartier de l’arche brisée et il appartient à la guilde des Doldorn de la Maison de Colcoran qui est celle qui s’occupe des auberges. Je ne comprends pas exactement à quoi ça correspond mais cela semble vraiment important. La fierté pointe dans la voix de Tom quand il en parle et il me montre avec honneur son avant-bras tatoué. C’est, m’apprend-il, un dracogramme, un tatouage que tous les habitants reçoivent et qui grandit avec eux. Grâce à ce tatouage, ils ont accès à différentes magies qui ne font que se renforcer au fur des années. Comme parler à distance, savoir où l’autre se trouve ? Oui, oui, ça peut être ce genre là. Troublée, je lui montre le tatouage en forme d’étoile que je porte depuis toujours en lui demandant si ça pouvait être un dracogramme, il regarde et me dit, qu’en effet, ça pourrait en être un mais il ne connaît pas du tout cette maison. Je réfléchis et me dit que Pétros était un habitué des lieux, il a dû utiliser ses connaissances sur nous.

Une fois Majesté installé et de retour dans l’auberge, je tente une question sans espoir de réponse :

« Est-ce que par hasard, vous connaîtriez Pétros Lorrimor, Adivion Adrissant ou encore Kendra Lorrimor ?
- Un instant… Kendra Lorrimor vous avez dit ?
- Oui ! Oui, c’est ça. Ca devait être il y a cinq ans environ, une jeune fille blonde qui voulait ouvrir une boulangerie !
- Oui ! La jeune Kendra ! Elle passait régulièrement, il y a bien cinq ans maintenant, en effet. Elle avait acheté une boulangerie. Et puis un jour, elle n’est plus venue.
- Vous savez où était sa boutique ?
- Attendez que je réfléchisse… c’était dans le quartier de Bas-Panorama. C’est ça oui, Bas-Panorama.
- Vous pouvez m’indiquer comment y aller, s’il vous plait ?
- Tom va vous y conduire. Tom ! ! Tu te souviens où était la boulangerie de la petite Kendra ?
- Ben oui, p’pa.
- Tu vas y conduire Mam’selle.
- On y va à cheval ? »

Bien sur qu’on y va à cheval. Sur la route pour Bas-Panorama, Tom continue à m’expliquer la ville où il a grandit. Il fait un très bon guide. Il me fait penser à Théo, s’il avait pu grandir, si les drames de Ravengro n’avaient pas eu lieu. Une plainte de Majesté me sort de mes pensées et je vois que le jeune Tom s’amuse à tirer sur la crinière de l’étalon. Je l’empêche de continuer alors qu’on arrive devant la boutique qui a appartenu à Kendra. Je reconnais les rues, ce sont les mêmes que dans le souvenir de Kendra, nous sommes au bon endroit c’est certain.

Je descends de Majesté et m’apprête à rentrer lorsqu’un chariot sans chevaux passe à toute vitesse dans la rue. Je n’ai que le temps d’apercevoir un forgelier et un homme aux cheveux noirs et torse nu à ses côtés. Le forgelier semble porter un collier de servitude. Je rentre dans la boulangerie et demande à la patronne si elle connaît Kendra. En effet, elle se souvient de Kendra, mais elle ne l’a rencontré que pour signer le contrat de vente du magasin, elle ne l’a jamais revu ensuite, et elle ne sait rien de sa famille. Je comprends que je n’obtiendrai rien de plus. Je ressors déçue même si je n’avais que peu d’espoir. Nous remontons sur Majesté et j’interroge Tom sur les forgeliers, notamment celui qu’on a vu dans le chariot tout à l’heure en arrivant. Alors il m’explique ce que Kendra avait dit à Forge. Ce sont des outils, des objets qu’ils achètent pour travailler. Je ne peux m’empêcher de m’étonner, cela correspond tellement peu à l’image de Forge, ni même à Box ! Quand j’évoque le fait qu’ils puissent penser, Tom éclate de rire, comme si l’idée même était incongrue. Je lui demande où on peut en acheter et il me conduit au marché de Tavic dans un stand spécialisé dans la vente des forgeliers.

Le stand de Dhaarting est impressionnant, des forgeliers par dizaines, alignés par rang. Ils sont de toutes tailles, avec des formes différentes adaptées à leurs multiples fonctions. Certains ont des jambes puissantes, d’autres sont de très petite taille, d’autres n’ont qu’un énorme bras. En regardant bien, je vois un Forge et un peu plus loin, je fais instinctivement un pas en arrière en reconnaissant Box. Tous portent un collier de servitude, tous sont immobiles et rien ne permet de penser que la vie anime ces êtres. Le marchand m’accoste en me demandant ce qui m’intéresse. Je lui indique Forge et Box. Le premier serait un réparateur, il sert à réparer les autres forgeliers. Pas à les créer ? Le vendeur éclate de rire, non bien sur que non. Seuls les membres de la famille Canith sont capables de construire des Forgeliers me dit-il en montrant fièrement le dracogramme courrant sur son avant-bras. Quant au modèle de Box, il sert pour le combat, comme soldat d’élite ou garde du corps. Il m’en coûterait 20 000 pièces d’or pour un Forge et 130 000 pièces d’or pour Box. C’est cher, oui je peux avoir des esclaves humains pour un zéro de moins,  mais ce sont des machines qui travaillent sans interruption. De plus, chez Dhaarting le service est compris. Je lui demande si on peut être certain d’être en sécurité en compagnie d’un Box. Le vendeur me regarde surpris comme s’il ne comprenait pas ma question. J’insiste, et s’il se retourne contre nous ? C’est impossible ! Il a un collier de servitude. Oui, mais si on l’enlève ? Pourquoi ferait-on ça ? Lorsque j’évoque le fait que j’ai vu des forgeliers sans collier, agir selon leur volonté, j’ai l’impression que le vendeur me prend pour une folle. C’est impossible, un forgelier ne peut pas ne pas avoir de collier. Et personne ne peut l’enlever, personne ne voudrait faire ça et personne ne pourrait faire ça. On n’a jamais vu ça et on ne le verra jamais. Alors ces modèles, je les achète ou pas ?

Je comprends que je ne gagne rien à insister et repars vers l’auberge. Sur la route, je réalise que si Forge était venu, il n’aurait pas pu faire trois pas en ville avant de se faire passer un collier autours du cou. Tous les habitants se seraient ligués pour l’asservir. Il aurait pu en tuer quelques-uns uns mais le nombre l’aurait vaincu.

Dans ma chambre, je regarde la nuit à travers la fenêtre. Je n’arrive pas à dormir, il y a trop de bruit. Cette ville ne dort donc jamais ? Je me sens seule. Pour la première fois de ma vie, je suis seule. D’abord j’étais avec White et Kira puis avec Néculai et enfin avec Barth, Céléna et Forge. Et maintenant, je suis seule. Les jours à Caliphas avaient été difficiles et les dernières heures horribles. Maintenant, que tous connaissent l’horrible secret de ma naissance, je sais qu’un fossé s’est creusé entre nous que peut-être rien ne pourra combler. Mais j’étais avec eux. Même s’ils ne me font plus confiance, je sais que je suis toujours prête à donner ma vie pour eux. Je soupire en regardant l’immensité de la ville. Comment faire ? Comment le retrouver ? Je pourrais passer des années dans cette ville sans jamais trouver la moindre piste pour retrouver Adivion. Toute ma vie, j’ai suivi les gens, essayant d’être la plus efficace dans la tache qu’on m’assignait mais là je n’ai personne pour me guider. Barth m’avait appelé leur « Guide », quelle erreur. Qui puis-je guider alors que je ne sais même pas où mener mes pas ?

Vaincue par la fatigue, je finis par m’endormir pour une nuit brève.

Le lendemain, Tom me conduit à nouveau au marché de Tavik. Faute de savoir par où commencer, j’essaie de me renseigner sur le collier de servitude. L’étal de Hik et Ah est spécialisé dans la vente d’esclave, il y en a de toute sorte, des hommes des femmes, des à la peau blanche, à la peau noire… Tous portent un collier de servitude et ont un regard totalement éteint. En les regardant, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce que penserait Barth face à un tel spectacle. Le vendeur vient me voir avec un grand sourire, sans me laisser parler il me désigne une petite tian qui serait parfaite pour s’occuper de mes cheveux. Je lui dis que je dois encore réfléchir et commence à lui poser des questions. Très vite, j’apprends que ceux qui s’occupent de l’esclavagisme ont le dracogramme du dressage et appartiennent à la Maison Vadalis. Alors que j’essaie de lui poser d’autres questions, il insiste lourdement sur la petite femme à la peau dorée et aux cheveux noirs. Je comprends que je n’obtiendrai aucune réponse sans l’acheter… J’hésite un long moment, je n’ai jamais possédé d’esclaves et n’en ai jamais voulu. Je sais que certains nobles ustalaviens en possèdent mais c’est assez rare et pas très bien vu. Mais j’ai besoin de ces réponses, si je retrouve Adivion il faut que je sache comment enlever son collier. La mort dans l’âme, j’accepte. Je lui verse la somme demandée et me voici propriétaire d’une esclave. Je reprends mon interrogatoire et j’apprends qu’il ne faut pas moins de trois personnes pour pouvoir enlever un collier, même si le vendeur  ne comprend pas du tout pourquoi on voudrait faire ça. En insistant un peu, j’apprends qu’il est hors de question d’acheter seulement le collier, sans l’esclave. Quand je lui dis que je connais quelqu’un qui possède un collier, il me dit que cette personne est une menteuse, que ce n’est pas possible. Je comprends qu’il ne vaut mieux pas lui montrer celui que j’ai dans les sacoches sur Majesté.

Je repars à l’auberge, la Tian et Tom sur le cheval et moi marchant à côté, au grand étonnement du garçon qui ne comprend pas pourquoi ce n’est pas l’esclave qui marche. Quand il me demande comment je vais l’appeler, je reste immobile un instant. Je ne veux pas lui donner de nom, elle doit déjà en avoir un, lui donner un nom serait vraiment me comporter comme propriétaire et je ne veux pas. J’y réfléchirai plus tard.

A l’auberge, je me rends compte de tout ce qu’implique le collier de servitude. Lorsque Tom nous apporte notre repas, je suis obligée de dire à la femme de manger, elle serait capable de se laisser mourir de faim à côté d’une assiette pleine si personne ne l’autorise à manger.

Le lendemain, Tom continue de me faire la visite de la ville. Je suis perdue, je ne sais vraiment plus où chercher. La ville est tellement vaste. Le soir arrive sans que j’avance dans mes recherches. Comment faire ? Où chercher ? Je m’endors sans espoir pour le lendemain.

D’un bond, je me relève dans mon lit, le souffle court. Les images de mon rêve restent encore dans mon esprit. Est-ce vraiment un rêve ? Non, j’ai vu cette scène. Je me concentre, essayant de retrouver la mémoire. Un homme aux cheveux noirs, longs, émacié, torse nu. Je l’ai vu, j’en suis certaine. L’homme du chariot devant l’ancienne boulangerie de Kendra ! C’est cela. Je n’avais pas remarqué qu’il portait un collier de servitude mais maintenant j’en suis certaine, le forgelier à ses côtés et lui en portaient un. Et cette silhouette. Serait-ce possible que ce soit lui ? Non, il n’a pas pu passer devant moi sans que je réagisse ! Le destin ne serait pas si cruel !

Abandonnant l’espoir de me rendormir, j’attends le matin et me précipite voir Tom. Si je devais chercher un esclave, pas n’importe quel esclave mais un homme bien particulier qui pourrais-je interroger ? Devant son incompréhension, je lui explique que je pense que l’ami que je cherche est certainement devenu un esclave, à tort. Et il faut que je l’aide, que je le libère. Tom me regarde d’un drôle d’air, si c’est un esclave pourquoi l’aider ? Je suis vraiment bizarre quand même. Mais s’il a été vendu comme esclave, il s’est obligatoirement retrouvé au Marché de Tavik et il y a de grandes chances qu’il soit passé par le stand de Hik et Ah, ce sont les plus grands vendeurs de Sharn.

Quelle idiote je suis ! Pourquoi n’ai-je pas posé la question la dernière fois ? Deux fois. Deux fois, je suis passée à côté de sa piste et je me dis rôdeuse ! S’il lui est arrivé quelque chose depuis mon arrivée à Eberron, je ne me le pardonnerai jamais.

Sans perdre de temps, nous retournons au marché de Tavik. Je revois Hik le vendeur, il me sourit en me demandant des nouvelles de ma petite esclave. Je lui réponds rapidement et lui demande s’il a eu un homme d’une quarantaine d’année, cheveux noirs, yeux violets.

« Je ne vends pas d’homme.
- Pardon ?
- Je ne vends pas d’homme.
- Oh… je comprends. Avez-vous eu un esclave mâle d’une quarantaine d’année, aux cheveux noirs et aux yeux violets ?
- Yeux violets ? C’est très rare ça.
- Oui en effet. Vous devez vous en souvenir.
- Peut-être oui. Vous ai-je montré ce très bel Osirion ? Regardez sa peau noire, sa musculature, tout ce qu’une femme peut espérer.
- Je ne suis pas ici pour acheter, désolée. Mais cet esclave aux yeux violets vous l’avez vu ?
- Mais moi je suis ici pour vendre.
- Et si pour compenser, je vous donne de l’or pour votre réponse.
- Ca peut se faire. Des yeux violets alors. Il est arrivé en très très mauvais état.
- Oui, c’est lui. A qui l’avez-vous vendu ?
- Au vieux Niels, le propriétaire d’une ferme au nord de la ville.
- Vous pouvez m’indiquer la route ?
- Je peux faire mieux, j’ai ici quelqu’un qui peut vous y mener.
- Vraiment ? Ca serait parfait, qui donc ?
- Vous ai-je montré ce très bel Osirion ? Il saura vous mener où vous le souhaiter !
- Mais je ne peux pas acheter un esclave de plus !
- Je comprends. Mais je peux vous le louer. Moitié prix pour vingt jours. »

Et me voici propriétaire d’un deuxième esclave. Je repasse à l’auberge déposer Tom, m’assurant auprès de lui qu’on apporte bien à manger à la petite Tian. Et sans tarder, je pars avec l’Osirion vers le nord de la ville.

Nous chevauchons quatre jours avant d’apercevoir la plantation du vieux Niels. Sur la route, un sentiment de totale sécurité m’envahit. Je suis persuadée que rien de mauvais ne peut m’arriver. Quelle différence avec l’Ustalav, pour la première fois de ma vie, je ne suis pas sur mes gardes.
Le grand bâtiment de la plantation est entouré d’immenses champs dans lesquels travaillent forgeliers et humains, tous portant un collier de servitude.
Devant le porche, un homme est installé sur un rocking chair et se balance nonchalamment en taillant un bout de bois. Après quelques phrases échangées, je comprends qu’il est le fils du vieux Niels et qu’il ne semble pas disposé à répondre à mes questions. Je respire profondément, je ne dois pas m’énerver, pas si près du but. De plus, si je sors l’épée que se passera-t-il ? Je pense pouvoir le maîtriser mais que ferais-je s’il possède un ou deux box ? Comment ferais-je face à eux ? J’ai bien vu comment notre affrontement s’était déroulé dans la baie d’Illmarsh et là je suis seule.
Je m’efforce donc d’être patiente et lui demande à nouveau s’il possède un esclave aux yeux violets. C’est possible. Serait-il disposé à me le vendre ? Pourquoi ferait-il ça ? Il me regarde avec insistance de haut en bas et déclare que je n’ai rien qui l’intéresse. Combien pour l’esclave ?

« Mon père a toujours voulu d’un esclave aux yeux violets. Il me disait toujours : Fiston, si tu me trouves un esclave aux yeux violets alors je serai fier de toi et je saurais que je pourrais te faire confiance et te léguer la plantation sans crainte. Alors quand j’ai trouvé cet esclave aux yeux violets qui en plus sait compter, j’ai su que je ferai la fierté de mon père. Et vous voudriez que je vous le vende, que je déçoive mon père ? Nan.
- C’est très important pour moi.
- Et décevoir mon père ? C’est un beau cheval que vous avez là. Contre un cheval, je pourrai faire un effort et peut-être pourrais-je me séparer de cet esclave aux yeux violets.
- Le cheval n’est pas à vendre.
- L’esclave non plus. »

Je m’éloigne un instant pour réfléchir. Je pourrais donner Majesté et une fois Adivion récupéré, il nous rejoindrait sans aucun problème grâce à ces dons de téléportation. Mais… je me tourne vers l’Osirion et lui demande s’il existe des colliers de servitude pour animal, il me répond par l’affirmative. Je ne peux pas prendre ce risque. Il va falloir que je trouve une autre solution. Je retourne près du fils et lui dit que je décline sa proposition, puis je pars à une distance raisonnable du bâtiment. Là j’attends la nuit.

Une fois la nuit tombée, je retourne à la plantation le plus discrètement possible. J’entre dans le baraquement du côté, la porte est ouverte, à l’intérieur se trouvent de nombreux lits, j’avance, silencieuse, mais les hommes et les femmes allongés ne réagissent pas et je suis persuadée qu’ils ne réagiraient pas plus si j’étais entrée avec Majesté. Adivion n’est pas à l’intérieur, cependant trois lits sont vides. Il est peut être dans la maison.
Je sors du bâtiment et me dirige vers l’aile principale, je rentre dans une cuisine, tout est calme, silencieux. J’avance le long des murs d’une vaste salle à manger, le parquet grince par moment. Une porte est entrouverte, je m’approche et voit un homme de dos dicter une lettre à un autre. Je n’arrive pas à voir qui écrit mais je suis persuadée qu’il s’agit d’Adivion. Une voix s’élève de l’étage supérieur :

« Qui est là ? Montrez-vous ! »

Je rebrousse chemin le plus rapidement possible en essayant de rester discrète. La salle à manger s’illumine d’un coup juste quand j’arrive dans la cuisine. J’accélère encore, je suis trop près du but, je ne peux pas me faire surprendre maintenant.
Arrivée dehors, je cours me mettre sous le couvert d’un arbre et j’attends, le souffle court. Une bonne heure après, je retente ma chance, j’entre dans la maison et fait le même chemin : cuisine, salle à manger, bureau. Ce dernier est vide, à quoi m’attendais-je ?
Je ravale ma déception et sors de la maison. Le baraquement des esclaves. Il doit être là bas, il faut bien qu’il se repose. J’entre à nouveau dans le baraquement, et au fond je le vois. Je l’ai trouvé, enfin. Son visage est creux, émacié, il est maigre mais il est vivant. Je lui secoue l’épaule en l’appelant doucement. Il ouvre ses yeux, me regarde mais ne me voit pas. Ses yeux sont vide, sans vie. Les larmes me montent aux yeux mais je n’ai pas le temps de m’attrister, il faut partir, vite. Je lui dis de se lever et de me suivre, il me regarde sans réagir. Je lui ordonne de le faire et il se lève.
Je me concentre et appelle Majesté. Il apparaît dans le baraquement, je fais grimper Adivion dessus et monte derrière lui. Nous retournons là où nous avons attendu dans la journée et où l’Osirion nous attend.

Je regarde le collier autours du cou d’Adivion, de nombreuses inscriptions ésotériques le parcourent.  Comment faire ? Comment lui enlever ? J’interroge Adivion.

« Savez-vous comment on ouvre ce collier ?
- Oui, Maîtresse.

Le mot me choque profondément. Comment cet homme si puissant peut-il être aussi docile ? Comment ont-ils pu lui enlever toute dignité ?

- N’utilisez jamais plus ce mot !
- Oui.
- Il faut être trois pour enlever ce collier c’est bien ça ?
- Oui.
- Vous pouvez être une de ces personnes, et vous pouvez nous diriger ?
- Oui.
- Alors faites-le ! »

Il nous indique à moi et à l’Osirion comment placer nos mains autours du collier et commence à incanter. Au loin, une alarme retentit. Ils se sont rendu compte de la disparition d’Adivion. Je presse ce dernier, il faut qu’il accélère. Ses mains courent sur le collier de plus en plus vite. Puis on entend un bruit de vapeur, une fumée accompagne l’ouverture du collier. Nous avons réussi ! L’alarme est de plus en plus pressante. Je me tourne vers Adivion, nous devons partir. Quelque chose ne va pas. Il a du mal à respirer, son souffle est de plus en plus rauque. Il s’écroule et se met à convulser. Noooon. Non ! Je lui administre les premiers soins, il se calme un peu mais semble au plus mal. Noooon, il ne peut pas mourir, pas maintenant alors que je l’ai retrouvé. Je lui fais boire une des potions de soin trouvées dans l’abbaye de Sainte Linéryne mais ça ne semble pas faire effet, une fumée s’échappe de sa bouche.

Je fais monter l’osirion sur Majesté, je monte à mon tour tenant Adivion sur mes genoux et nous arrivons dans le hangar de l’auberge. Je fais entrer l’esclave dans l’auberge et je demande au propriétaire de m’indiquer qui pourrait prodiguer des soins, à qui font-ils appel lorsqu’ils sont blessés ? Le père de Tom m’indique un temple d’une divinité guérisseuse, je connais maintenant suffisamment la ville pour pouvoir m’y rendre. Nous y allons le plus rapidement possible.

Les portes du temple sont ouvertes, je me précipite à l’intérieur et trouve une prêtresse. Tout de suite, elle lui prodigue une imposition des mains mais sans résultat. La même fumée sort de la bouche d’Adivion. La prêtresse jusqu’ici compatissante me regarde maintenant froidement.

« Il porte la marque des esclaves.
- Ce n’est pas un esclave.
- Ne me mentez pas. Dites-moi pourquoi je ne dois pas alerter la garde tout de suite ?
- Ce n’est pas un esclave. Je l’ai juste sauvé. C’est… c’est l’homme que j’aime. »

En prononçant ces mots, je me rends compte que c’est la vérité. Quoi qu’il ait fait, quel que soit son rôle dans ma création, je l’aime toujours. Et je ne suis pas prête à le perdre. La prêtresse me regarde silencieusement, je recule tenant Adivion dans mes bras puis je sors du temple, retenant des larmes d’impuissance.

Je ne sais pas si la prêtresse va me dénoncer, je ne dois pas rester là. Je monte sur Majesté et me téléporte à l’auberge. J’obtiens de l’aubergiste qu’il rende l’Osirion à son propriétaire et qu’il s’occupe de la petite Tian. Une culpabilité me submerge quand je lui offre la jeune fille, mais quel autre choix ai-je ? Je ne peux pas l’emmener.

Sur le dos de Majesté, nous retournons là où nous sommes arrivés le premier jour à Eberron. Nous nous retrouvons à nouveau à cent mètres du sol. Je lui demande s’il est capable de nous ramener sur Golarion, Adivion et moi et il me répond qu’il va essayer. N’y a-t-il pas de risque que se produise la même chose qu’avec Forge ? Adivion ne va-t-il pas être éjecté ? Il a déjà volé avec Adivion, ça devrait passer.

Nous devons essayer. Je sers Adivion contre moi de toutes mes forces et je me concentre sur le Manoir Adrissant. Majesté commence son galop, nous allons de plus en plus vite, au loin une déchirure dans la réalité apparaît, l’étalon peine à l’atteindre, nous faisons du sur place et nous le franchissons, nous entrons dans un long tunnel de lumière noire.

« Modifié: juin 03, 2013, 20:59:22 pm par Dorothée »

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