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102330 Messages dans 7472 Sujets par 912 Membres - Dernier membre: pepeARea décembre 16, 2019, 04:05:45 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Carrion Crown  |  Livre 5ème: Les cendres de l'Aube (Modérateur: Sstrad)  |  Chap. 24 : Révélations
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Auteur Sujet: Chap. 24 : Révélations  (Lu 959 fois)

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Hors ligne Dorothée

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Chap. 24 : Révélations
« le: mai 22, 2013, 17:03:10 pm »
Céléna et Barth viennent de rentrer dans le Manoir de Léthéan. Il faut absolument savoir si le collier de servitude est encore dans les appartements de Carmilla et non pas au cou de Kendra.
Je reste dehors accompagnée de Forge et d’Arwyl, caressant nerveusement Majesté. La nervosité m’envahit de plus en plus, une boule se forme au fond de mon ventre. Je fixe mon regard sur l’encolure de l’étalon, évitant ainsi le regard inquisiteur du paladin.
Que vont-ils trouver à l’intérieur ? Comment vont-ils réagir ?

La porte s’ouvre brutalement, Céléna et Barth sortent couverts de sueur, secoués. La porte des appartements privés de la Comtesse est piégée, malgré toutes leurs précautions ils ont été pris dans une explosion, une sorte de feu glacé dont seuls leurs pouvoirs divins ont pu les sauver.
Du bout des lèvres, je propose à Céléna d’essayer à mon tour, arguant du fait qu’il faut peut être un sang plus pur qui, s’il faut en croire Feu du Soleil, je possède. En prononçant ses mots, j’espère de toutes mes forces qu’elle refuse, j’ai peur que ça réussisse.
Je tourne la tête vers Barth pour demander son avis et je croise son regard. Il me regarde fixement, visiblement troublé, son regard ne me lâche pas.  Très mal à l’aise, je détourne les yeux. La voix de Barth s’élève sans que son visage ne se détourne.

« Céléna… je crois qu’il faut que nous retournions à l’intérieur. Je dois vérifier quelque chose.
- Si tu veux oui. Mais que se passe-t-il ?
- Rien. Je veux juste revoir quelque chose.
- Je peux vous accompagner alors ? demande Arwyl.
- Ce n’est pas la peine, ce n’est rien d’important.
- J’insiste. »

Ne trouvant pas d’objections, Barth hausse les épaules et retourne à l’intérieur suivi des deux paladins.

J’enfouis mon visage dans la crinière de Majesté, je sais que tout est fini, et j’attends.

Quelques minutes passent et ils ressortent enfin, le visage blême. Arwyl boue d’une colère contenue, le regard accusateur vrillé sur moi, nul doute que si Céléna n’était pas là, je serai déjà morte. Céléna m’interroge en pensée :

« Qui es-tu ?
- Qu’as-tu vu ? 
- Ne joue pas à ça. Qui es-tu ?
- Celle que Carmilla priait. »

Je vois son teint blêmir encore plus, je ne pensais pas que c’était possible.
Aucun de mes compagnons ne s’est approché, je vois dans leur regard de la stupéfaction, de la déception et une sorte de… dégoût.
Je relève le menton, je ne pleurerai pas. Je n’ai pas choisi ce que je suis.

N’y tenant plus, Arwyl m’apostrophe.

« Tu le savais ?
- Oui.
- Depuis combien de temps ?
- Depuis notre arrivée à Caliphas, un peu plus de trois jours. »

Devant leurs regards, je sais que plus jamais ils ne me feront confiance. Même Forge qui n’est encore au courant de rien me regarde avec une forme de défiance. Je regarde Arwyl dans les yeux et j’ajoute :

« Je ne suis pas Elle ! Je ne serais jamais Elle ! Tout ce que j’ai fait c’est pour mes compagnons et pour ne pas devenir Elle. »

Je vois dans son regard que je n’ai pas réussi à le convaincre, il se prépare à répliquer mais Céléna lui coupe la parole remettant la priorité à la porte des appartements de Carmilla et à la recherche du collier de servitude. J’entre dans le Manoir, flanquée des deux paladins. Je sens le regard de celui de Iomedae peser lourdement sur mes épaules. Je sais qu’au moindre faux pas de ma part, ma tête roulera à plusieurs mètres de mon corps.
Nous entrons dans une grande salle aux murs couverts de fresques. Je blêmis en voyant les scènes représentées : une véritable orgie. Des corps se mélangent se livrant à tous les excès, sur certaines scènes des hommes ou des femmes sont remplacés par des animaux. Aucun détail n’est oublié ou n’est détaillé avec une précision anatomique. Au centre des ces scènes, préside une femme. Elle semble tout orchestrer du haut de son trône. Assise, ses jambes nues sans la moindre chair, les os apparents, sanguinolents, le reste du corps tranche, la taille est galbée, les seins ronds et fermes et son visage… J’ai l’impression de me voir dans un miroir. En regardant mon visage sur la fresque, je m’étonne de respirer encore. Jamais je n’aurai cru qu’Arwyl saurait se contenir. Je ne sais ce que Céléna lui a dit pour me sauver, mais je suis certaine que je lui dois la vie.

Un bref rappel de la paladine me détourne de la fresque et je vois la porte qu’ils n’ont pas réussi à ouvrir. Elle me demande si je pense pouvoir le faire, je ne sais pas. Mais je peux essayer, je dois essayer. Ils reculent hors de la portée de l’explosion. Je sors mon couteau de chasse et tire la lame le long de ma main serrée. Du sang commence à couler, je ne sais pas si c’est nécessaire mais je préfère prendre toutes les précautions possibles.
Je pose la main sur la poignée et un grand froid m’envahit. Le métal de la poignée est tellement froid, j’ai l’impression que ma paume brûle, puis petit à petit ça se réchauffe. Une douce chaleur se répand dans mon corps et la porte s’ouvre dans un déclic.

Nous entrons dans la chambre de l’ancienne propriétaire des lieux. Un lit immense trône au milieu de la pièce, il semble pouvoir contenir sept personnes sans le moindre problème. Un frisson de dégoût me traverse en imaginant les scènes qui se sont déroulées à l’intérieur.
Devant le lit, une statue immense domine la pièce. La même femme aux jambes écharnées et avec mon visage. Une phrase gravée court le long du piédestal : « Prends ce que tu peux, déchire-le et savoure son doux goût de sang, car l’existence est bien terne sans le plaisir des sens. » Une plaque confirme ce que nous savons tous en la nommant : URGATHOA.

Ainsi je ne m’étais pas trompée, elle m’avait bien reconnu. Seule l’urgence du sauvetage de son frère m’a protégée de l’attention de Carmilla, les quelques secondes où l’on s’est vu lui ont suffit pour me reconnaître. Comment aurait-elle pu faire autrement alors que mon visage est dans toutes les pièces ?

Céléna prend le coffre que la statue porte, avant qu’elle fasse le moindre essai je lui prends des mains et l’ouvre moi-même. Le froid qui m’envahit en déclenchant le mécanisme d’ouverture confirme ce que je pensais, le coffre jouit de la même protection que la porte. Le froid est remplacé par une douce chaleur et un clic accompagne l’ouverture.

A l’intérieur, on trouve le collier de servitude et une chevalière ornée d’un T immense, après quelques instant de réflexions Céléna murmure en même temps que moi : « Tahar ». Le collier est bien là, il n’a donc pas servi à capturer Kendra. On referme le coffre et je le garde en main.
Céléna fouille encore et trouve deux bracelets magnifiques ornés d’un œil stylisé. Elle les emporte, Forge saura certainement à quoi ils servent.

Nous ressortons, je referme la porte derrière moi, évitant ainsi toute future intrusion. Le regard d’Arwyl ne me lâche pas un instant, je le ressens comme une brûlure toujours présente.

Nous rejoignons les autres à l’extérieur et retournons au Manoir Adrissant. A peine arrivés, Céléna me reprend le coffre. Je sens les questions qui se pressent sur les lèvres de tous mes compagnons, si je peux encore les appeler ainsi, mais l’heure n’est pas aux conversations. Nous devons retrouver la piste de Kendra. Je commence à ausculter le sol afin de trouver d’éventuelles traces des derniers pas de la jeune fille.

… … …

Le milieu de la nuit est passé depuis un moment maintenant lorsque je sens Barth s’approcher du Manoir. Je sors de la Bibliothèque où j’essayais de trouver des informations sur la légende du Carrosse noir. L’inquiétude de savoir le prêtre seul chez les vampires s’estompe un peu mais s’avive à nouveau lorsque je le vois franchir la porte. Comment est-ce possible ? Il ne devrait pas déjà être là, j’étais persuadée qu’il était encore à plusieurs mètres du Manoir. C’est la première fois que le lien me trompe de la sorte. Je regarde plus attentivement Barth et je comprends. Le lien ne m’a pas trompé, il s’est affaibli. Enormément. Qu’a fait Barth ?
Céléna arrive comme une tempête et commence à l’interroger, agressive. La peur qu’elle a ressentie s’est transformée en colère. Il sort de ses affaires un linge sanguinolent, l’ouvre et un morceau de chair apparaît. Un morceau de peau avec une étoile dessinée.

« Je ne veux plus être un animal tatoué par Pétros. »

Céléna s’emporte, comment a-t-il pu faire une telle chose sans en parler ? Je soutiens Barth en disant qu’il est des choses qu’on se doit de faire seul. Je comprends pourquoi il a fait ça même si je ne peux pas faire de même. Ce lien est la seule chose qui me rattache à ma vie d’avant, à mes sœurs. L’enlever serait les renier, et je ne suis pas prête à ça. Pas encore.

Puis c’est à mon tour de parler. J’ai déjà dit l’essentiel à Céléna mais ni Forge ni Barth n’étaient présents et ce dernier nous en a fait le reproche dans les égouts. Nous avons convenu que je raconterai tout à notre retour de chez Luvick, seule l’absence du prêtre a différé ce moment. L’heure de vérité est maintenant arrivée. Je sais que j’ai déjà perdu leur confiance et leur amitié et ce que je vais raconter ne changera pas ça. Barth a déjà montré sa défiance lorsqu’il m’a réclamé l’anneau de protection qu’il m’avait confié au matin. Je n’ai rien dit et lui ai rendu sans un mot, sachant que j’étais maintenant une étrangère pour eux.
Aurait-ce été différent si je leur avais parlé avant ? Je ne crois pas.

Je prends une grande inspiration, ils me regardent tous fixement et je commence.

« Vous savez que nous avons été créées, mes sœurs et moi par Pétros. Mais il y avait aussi Adivion et le Comte Alpone Caromarc. Quand nous sommes arrivés à Caliphas, j’ai su à partir de quel corps nous avions été créées, quelle âme ils avaient utilisé. C’était Llydia Arnissant, la fille de Tahar, qui est devenu Tar-Baphon. »

La paladine me coupa la parole :

« Qui te l’a dit ?

- Majesté. Il m’a expliqué que Llydia était une jeune femme pleine de vie, qui avait vécu tous les vices possibles. Il m’a dit également qu’il l’avait quitté pour rejoindre Tobias Arnissant car il n’acceptait pas ses excès. Il n’a pas voulu m’en dire plus. Il m’a juste précisé que l’église de Pharasma avait quelque chose à voir avec notre naissance et si je voulais en savoir plus je devais aller les consulter. Et quitte à interroger quelqu’un, le Grand Prêtre semblait le plus indiqué. Je suis donc allée le voir. C’était le premier matin après notre arrivée à Caliphas, nous sommes allées faire quelques courses avec Céléna puis je l’ai quitté pour aller au temple de Pharasma, c’est là où j’ai rencontré pour la première fois Sire Perséus.

- Et il t’a reçu comme ça ? aussi facilement ?

- Quand on utilise les bons noms, c’est plus facile. Je suis allée voir un prêtre, j’ai demandé audience auprès du Grand Prêtre au nom de Llydia Arnissant, pour lui parler de ma création par Pétros Lorrimor, Adivion Adrissant et le comte Alpone Caromarc. Cinq minutes après j’étais dans son bureau à m’entendre dire que je devais avoir de bonnes raisons pour invoquer des noms aussi prestigieux. Nous avons parlé un instant et il m’a demandé si je voulais vraiment savoir qui j’étais, si j’étais prête à assumer ce que j’allais découvrir. Je le voulais. Tout plutôt que rester dans l’ignorance. Nous sommes allés dans les sous-sols du temple. Nous avons marché un long moment puis nous sommes arrêtés devant une porte. J’ai compris que son tombeau était de l’autre côté. Sire Perséus m’a appris que le cercueil venait juste d’arriver à Caliphas, jusque très récemment il était sous le temple de Pharasma à Ravengro sous la garde du Père Grimburrow. Ce que j’allais voir, nul autre ne l’avait vu, à part Grimburrow et lui-même. Ceux qui l’ont apporté jusqu’ici ne savent pas ce qu’ils ont transporté. Je suis entrée et je l’ai vu. Ses jambes squelettiques, écorchées, le haut du corps normal et son visage semblable au mien ou à celui de mes sœurs. J’ai tout de suite reconnu qui elle était. Le Grand Prêtre m’a dit que c’était à moi de décider ce que j’allais faire de ce savoir, de ma vie. Tout ce que je sais c’est que je suis bien décidée à ne jamais être Elle. Et de ne pas être un danger pour ceux qui m’entourent.

- Comment peux-tu en être certaine ?

- J’ai fait ce qu’il fallait pour ça. Ils ne pourront pas me relever.

- Comment ça ?

- En me baptisant au Temple de Pharasma, j’ai renoncé à pouvoir revenir.

- T’as des couilles ! » La voix d’Arwyl est un peu moins accusatrice que dans la journée.

Je hausse les épaules, je n’ai pas fait ça pour prouver quoi que ce soit. Céléna demande des précisions, qu’ai-je fait exactement ? C’est Arwyl qui lui répond :

« Elle a renoncé à la résurrection. Si elle meurt, c’est fini, pas de retour possible.

- C’est pour cela que je ne vous ai pas parlé de mon baptême. Quand j’ai demandé l’aide de Pharasma à Sire Perséus, je pensais qu’il s’agirait que d’un simple rituel, pas d’un baptême public, et ce n’était pas un moment de joie pour moi. Voilà, vous savez tout. »

Un silence pesant règne dans le salon que Barth rompt en m’interrogeant :

« Et Adivion ? Il t’a créé, n’est-ce pas ?

- Oui, c’est vrai.

- Je sais que tu avais des sentiments pour lui. Sauras-tu les mettre de côté le moment venu ?

- Je ne sais pas s’il sait de quel corps nous sommes issues.

- Le sauras-tu ?

- Je crois oui. »

Je l’espère. Si tant est qu’un jour nous le retrouvions.

Quelques secondes passent sans qu’aucun de nous ne fasse le moindre geste, puis Bartholomeu se lève annonçant qu’il va se coucher. Il s’approche de Céléna et se penche vers son visage. Arwyl se tend imperceptiblement, attentif aux gestes du prêtre, il se détend lorsqu’il voit que les lèvres de Barth se posent sur le front de la paladine. Barth se tourne et s’avance vers moi machinalement, puis se rendant compte de ce qu’il est en train de faire, hésite. Une seconde interminable s’écoule et il m’embrasse le front de la même façon. Je serre les dents m’empêchant de pleurer. Ce baiser est un rituel, chaque soir et chaque matin, Barth nous salue de cette façon et ce geste m’a souvent réconforté dans les moments sombres. Ce baiser contraint prouve que tout est fini, la rupture est consommée, plus rien ne sera jamais pareil.

Je reste un moment dans le salon après leur départ à tous et rejoins la chambre d’Adivion en silence. A l’intérieur, je me sens vraiment seule pour la première fois de ma vie. Je fixe mon visage dans le miroir cherchant à savoir qui les autres voient maintenant quand ils me regardent : Lyana ou ce monstre divin dont je suis issue ? Qui suis-je vraiment ?

Lorsque mon poing s’écrase sur la vitre, je ne sens pas le sang qui coule sur les dizaines de visages qui me regardent à travers le miroir brisé.

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