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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Carrion Crown  |  Livre 2ème: Le procès de la Bête (Modérateur: Sstrad)  |  Chap.9 : Honte et Désillusions – 2sde partie
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Auteur Sujet: Chap.9 : Honte et Désillusions – 2sde partie  (Lu 644 fois)

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Hors ligne Celena

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Chap.9 : Honte et Désillusions – 2sde partie
« le: octobre 16, 2012, 10:02:28 am »
Où suis-je ?
Barth ?! Lyana ?!


Silence…

Marco ?! Bourguignon ?!

Silence…

Je regarde autour de moi, tentant en vain de sonder les ténèbres m’enveloppant. L’écho profond du néant me renvoi mes appels qui se meurent au plus profond de la nuit.
Je ne vois rien, même le sol semble avoir disparu sous mes pieds. J’étouffe, j’ai l’impression d’être aveugle. De l’air ! Je donnerai tout pour une brise fraiche sur mon visage. Je tends les bras mais ne saisis rien. De la lumière. Je veux de la lumière ! Mes yeux sont aveugles et mes oreilles n’entendent plus. Je suis enfermée dans un cercueil de silence et de ténèbres.
Ma respiration s’accélère puis s’arrête nette. Je réalise que nul air n’entre en moi. 
Je ferme les yeux et me concentre, tentant de rassembler mes derniers souvenirs. 
D’abord rien… rien de plus que ce noir oppressant à vous rendre fou.

Où sont les autres ? Que c’est-il passé ?
Puis, des bribes me reviennent. Je me concentre. Le voile de ma mémoire se déchire petit à petit. Mes yeux me piquent, ma gorge me brûle. L’air est irrespirable. Je perçois des flammes gigantesques, proches, beaucoup trop proches.
Un flash : du liquide, un corps au sol. Je le connais, j’en suis sûre !
Puis la douleur revient. Elle est partout : dans mes bras, mes jambes, ma poitrine, ma tête. Nulle partie de mon corps n’est épargnée. Elle me fige sur place. Jamais je n’en ai connu de telle. J’entends le craquement de mes os tandis que ma mémoire me rend les odeurs âcres et révulsantes d’acide et de chair brûlées.

Céléna !...Céléna !

Je perçois des cris au loin, et cette voix qui m’appelle.
Mon corps de m’obéit plus. Je sens une main sur moi. Je dois répondre. Il faut que je réponde, sinon, l’obscurité reviendra.
Je serre les dents et entrouvre enfin les yeux. La lumière m’éblouie. Elle est violente et proche. Je sens une immense chaleur et de nouveau, cette insupportable odeur à vous retourner le cœur. Une ombre se penche vers moi.

Hé ! Faut te soigner ! Faut que tu te lèves !
…. Marco ?
Hé ! Tu m’entends ! T’es trop lourde ! J’peux pas te porter ! Ca brûle ici !

Il faut partir. Je pressens l’urgence et l’affolement autour de moi.

Ma main..
Hein ?! Quoi ?! J’entends rien avec ce raffut !
Ma main… mets-la contre moi.
Je sens Marco se saisir de mon bras droit et tenter de le plier dans le bon sens. Je sens le contact. Je prie ma déesse de m’apporter la force nécessaire.
Une fois, deux fois, trois fois.
Je me redresse. La fumée me fait hoqueter.

Faut y’aller maintenant !
Attends ! Où sont les autres ?
Sortis d’affaire ! Allez !

Je me relève, titube. Ce qui m’entoure ressemble à la fin du monde. L’entrepôt d’alchimie n’est qu’un brasier géant semblable aux gueules des enfers voulant engloutir le monde.
Les gens courent, hurlent, pleurent.
Je suis Marco et aperçois enfin mes compagnons. Leurs états est semblable au mien. Couverts de suie, de sang, de… larmes ? Mon regard s’attarde sur Barth. Oui, ce sont bien des larmes ! Qu’est-ce que…

Tiens ! V’là un seau ! On aide !

Me voilà recevant des ordres d’un voleur maintenant ! Si Rocco voyait ça !
Rocco ? Je me tourne et le cherche du regard. Il devrait être là, hurlant et vociférant. Je fouille le tumulte du regard. Je me souviens. Je l’ai soigné. Il devrait péter la forme. Je l’ai laissé au pied de l’échelle, juste avant l’ex…plosion.
Je sens le sol s’ouvrir sous mes pieds. La vision me revient, d’une netteté morbide. Je revois le liquide s’échapper des cuves. Je revois ce corps au sol. Le corps de Rocco.
Il est… mort ? Ce dernier mot, je le dis à voix haute, sans m’en rendre compte. Inconsciemment, je me suis tournée vers Barth. Son regard est vide.

La suite fut le début d’un long cauchemar :
Rocco, deux soldats, les associés et toutes les preuves pour innocenter la bête, ont été détruits dans l’incendie qui demandera des heures de lutte pour ne pas s’étendre au reste de la ville.
Nous apprenons que la bête a échappé au contrôle de la population. Entrant dans un état de rage, elle a tué encore et encore avant de s’enfuir et de disparaître.

Barth et Bourguignon ne sont plus là. Je me retrouve seule avec Marco et Lyana. C’est dans un silence de mort que nous empruntons le chemin de l’auberge. Ils m’ont conté ce qui avait déclenché l’incendie. Je revois le visage de Barth. Cela explique les larmes. Tant de morts.
Soudain, Lyana décolle de terre. Elle commence à s’élever lentement dans les airs. D’abord surpris, nous tentons de l’agripper. En vain. Je ne connais qu’une personne capable de ça : Adivion. Je hausse les épaules. Il ne lui fera rien. Autant rentrer. Il est le cadet de mes soucis en cet instant.

Nous arrivons à l’auberge. Chèvrefeuille nous y a précédé. Nulle trace de Barth.  Lyana finit par nous rejoindre. Je propose de quitter la ville sans plus tarder. Inutile de rester, il n’y a plus rien à prouver. Lyana est contre. Mais les faits sont là.  J’insiste, elle cède. Notre lien nous indique que Forge a réussi à fuir hors de la ville. Reste à trouver Barth. Lyana pense à chercher au temple de Desna. Et c’est bien là qu’il est. Son état est indescriptible, rongé par la culpabilité et la honte. Nous le convainquons de nous suivre.
Marco quant à lui nous fait ses adieux. Il a payé sa dette. Avec les derniers évènements, la mission est caduque. Nous le remercions et le regardons disparaître dans la nuit.

Sur le chemin, Lyana nous confie son entretien avec Adivion, car c’était bien lui qui l’avait « enlevée ». Il nous attend demain vers le nord, pour nous donner des informations. Quel clown celui là. Comme si nous avions envie d’écouter son baratin après ce que nous venions de vivre. Où était-il, lui et sa si puissante magie ? Cela aurait été un jeu d’enfant que d’éteindre cet incendie. Il était bien dans le coin non ? Ah oui, j’oubliai son respect pour les vies « inutiles ». Pourquoi se fatiguer pour des vers de terre qui luttent pour survivre.

Nous finissons par retrouver Forge qui nous décrit la fuite sanglante de la bête.
Epuisés, nous finissons par sombrer dans le sommeil, à même le sol.

Les rayons du soleil réchauffent mon visage. Je me sens ankylosée. Les autres s’éveillent également. Barth est toujours d’une pâleur inquiétante. Inutile de lui parler. Nul mot ne pourrait lui apporter l’ombre d’un réconfort.
Nous suivons Lyana jusqu’au point de rendez-vous. Adivion nous y attend, le visage tendu.  A notre plus grande surprise, la juge Daramid est également présente. Son visage est blême. Elle ne nous accorde aucun regard.

Je veux que vous m’ameniez Feu du Soleil, lui lança-t-il d’un ton cassant.
Cela m’est impossible. Pas comme cela, tenta-t-elle d’opposer.
Je ne vous ai pas demandé si cela était possible. Je le veux ici et demain. Vous pouvez y aller.
Nous vîmes la juge s’exécuter sans un mot. Elle passa près de nous comme si nous avions été absents.

Ce qui c’est passé cette nuit est une catastrophe, commence-t-il.
Sans blague.. et sa seigneurie a-t-elle bien soupé pendant ce temps là ?
Je me mords la langue, sentant la colère monter en moi. Je jette un coup d’œil à Barth. Il semble vouloir disparaître sur place. Le voir ainsi me retourne et la vue de ce type de bon matin n’arrange rien.

Bon, reprit-il. Je vais répondre à vos questions. A toutes vos questions. Et ce sera la dernière fois.

Le silence se fait, puis Lyana et Forge l’inondent.
Il nous apprend que, Barth, Lyana et moi-même, sommes des descendants des Aztlan peuple dont le dernier membre était Aroden, l’homme devenu dieu, celui qui emprisonna le Tyran qui Murmure. Mais contrairement à Kendra et lui, nous n’étions pas de sang pur.
Pour Forge, les siens sont devenus esclaves dans son monde. Pétros s’y était rendu pour y trouver une façon de sauver Kendra. En effet, elle et son cher oncle seraient les cibles de la Voix qui Murmure : elle cherche des corps parfaits pour les posséder et régner.
Astra a disparue en portant un pli apparemment de grande importance à sa mère, nommée Kvalka. Mais était-ce une bonne idée de la chercher ? Bois Frisson est immense.
La statuette volée servirait à la création d’une lyche. Nous lui apprenons que c’est sa propre sœur, sous le patronyme de Magdalena, qui en avait fait cadeau à l’université voilà deux cent ans.

Nous le voyons pâlir. Pour lui, cela ne fait aucun doute, elle devait contenir le deuxième ingrédient au rituel de la Voix. Encore quatre et elle les aura tous.

Pourquoi sommes-nous là ? Qu’attendez-vous de nous ? le coupais-je sans dissimuler mon agacement. Voilà plus d’un mois que nous nous plions à ce jeu de pistes insensé.
Ce que j’attends de vous, c’est que récupériez les ingrédients collectés par la Voix qui Murmure et que vous me les rameniez.

Sa réponse me laissa sans voix. Forge prit le relais.
Qu’allez-vous en faire ?
Je vous demanderai de réaliser le rituel. La voix ainsi enfermée dans mon corps, je la maitriserai.
Vous en êtes sur de cela ?
Je suis un mage puissant, âgé de plus de 400 ans. Si je devais échouer, alors, vous me tuerez.

Lyana laissa échappé un petit cri.
N’y a-t-il aucun autre moyen ? lança-t-elle d’une voix cassée.
Je n’en ai pas trouvé de meilleur.

Le silence retomba.
Il me regarda et reprit : demain Embreth t’apportera Feu du Soleil. En espérant qu’elle t’accepte. Puis, sans me laisser le temps de répondre, s’adressa aux autres :
Bon, si vous n’avez plus rien à me demander, je m’en retourne.

Et il disparut.

J’observais mes compagnons. Tous étaient songeurs, perdus dans les révélations plus ou moins personnelles qu’Adivion venait de nous livrer.
Lui… se porter volontaire pour servir de réceptacle pour sauver le pays ? Lui qui fait si peu cas d’une vie. J’avais vraiment du mal à y croire. Il lui serait si simple d’absorber cette puissance et de régner. Et s’il y parvenait, aucun de nous, descendants d’Aztlan ou pas, ne pourrions lui faire face. Grotesque, vraiment.
J’opterai pour la destruction pure et simple des « ingrédients ». Cela ne suffirait-il pas ?
Je gardai ces pensées pour moi.

La journée s’écoula. Les fumées s’élevant de la ville au loin, nous rappelaient la douleur des heures passées. Barth se muait dans un silence profond, se tenant à l’écart de nous, tel un pestiféré.
Puis la nuit nous couvrit de son manteau d’étoiles.

Le lendemain, la juge Daramid tint parole et revint. Son attitude à notre égard fut la même que la veille. Elle déposa un long coffret au sol, puis repartit, sans un mot ni un regard.
Nous nous approchâmes tous. Je posais un genou au sol et soulevai le couvercle. Une immense lumière en jaillit, si éblouissante que nous dûmes détourner la tête.
Au creux du coffret, calé sur un tissu damassé de velours bleu, reposait un falchion d’or.
Sans nul doute la plus belle arme qui m’est été donné de voir à ce jour.

Je l’observai, songeuse. Mes compagnons s’étaient tus.
Eh bien ! Heureusement que tu n’en n’as pas acheté chez l’armurier ! me lance Lyana.
Je ne relève pas.
Doucement, je refermai le couvercle, saisi le coffret et me releva.
En route !
Mais pour aller où ?
« Modifié: octobre 16, 2012, 10:08:18 am par Celena »
Celena

Hors ligne Celena

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Re : Chap.9 : Honte et Désillusions – 2sde partie
« Réponse #1 le: octobre 16, 2012, 11:10:11 am »
Je prépare silencieusement mon cheval, attachant soigneusement le coffret.
Mes compagnons font de même. Personne ne dit mot.

Quelque chose me dérange dans l'attitude d'Adivion.
S'il se destine au sacrifice ultime, à devenir le réceptacle, pourquoi garder Kendra à ses côtés? Pourquoi ne pas la mettre à l'abri afin de rester l'unique cible potentielle?
Il était évident qu'il ignorait que sa soeur était la donatrice de la statuette. S'il y a bien une seule personne en qui nous pouvons avoir foi, c'est bien elle. Elle était prêtresse de Desna et on ne peut mentir à une déesse.
Elle a caché pendant près de 200 ans à son frère cette statuette. Pourquoi? Avait-elle des doutes quant à sa droiture?

Je me souviens de ses paroles lors de la Nuit Pâle: "Alors, c'est vous qu'il a choisi..."
Si Pétros avait basculé du mauvais côté, elle nous l'aurait dit. Hors elle semblait soulagé qu'il nous ai trouvé.

Non, mon instinct m'indique de me méfier de cet homme, tout comme je me méfie de son présent que j'attache à la selle de mon cheval.

Céléna tira une ultime fois sur le cordage, mis le pied à l'étrier, monta en selle et tourna sa monture vers ses compagnons.
Sa décision était prise

Je prend la route de Bois Frisson. Que ceux qui souhaitent m'accompagner me suivent!
Celena

Hors ligne Dorothée

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Re : Chap.9 : Honte et Désillusions – 2sde partie
« Réponse #2 le: octobre 17, 2012, 15:35:36 pm »
Pourquoi avait-elle dégainé ? Elle n’arrivait toujours pas à comprendre. Alors que l’incendie s’éteignait et que les dégâts apparaissaient dans toute leur cruauté, elle ne parvenait toujours pas à savoir pourquoi elle avait dégainé.
Oui, les deux alchimistes étaient le mal incarné, oui, elle savait qu’ils étaient responsables des meurtres qui avait amené la bête au procès, oui, pour ces procès, il fallait absolument des preuves et nul doute qu’elles étaient là, tout près… Mais pourquoi avoir dégainer si vite ? Elle n’a même pas attendu d’être agressée. La panique sans doute. La peur de repartir sans rien, d’avoir amener le sergent Rocco loin de la prison pour rien, d’avoir laisser la ville au bord de l’émeute sans protection pour rien…
Le sergent Rocco… si elle n’avait pas dégainé aussi vite, il serait encore en vie. Il serait sorti de l’usine et il aurait pu maintenir la populace en colère. Mais elle a dégainé. Et le sergent Rocco est mort, ainsi que des dizaines de personnes.
Et peut être que si elle avait attendu, Barth n’aurait pas lancé son sort, tout n’aurait pas explosé, et une partie de la ville ne serait pas partie en fumée.

Elle regardait les dernières flammes s’éteindre. La lutte contre le feu avait été rude, ça avait pris toute la nuit, et maintenant la ville pleurait ses morts. Toutes les personnes valides étaient venues aider à l’extinction du feu, mais ça n’aurait pas suffit s’il n’avait pas été là. Elle avait senti sa présence depuis la sortie du tribunal et elle avait senti son pouvoir aider à éteindre le feu. Elle regarda ses compagnons, Barth était décomposé et errait, essayant de se rendre utile, rongé par la culpabilité, Céléna avait été aussi efficace que d’habitude, elle avait mené les secours de main de maître, elle n’avait pas ménagé ses efforts et avait réussi à diriger un groupe de volontaires qui s’était révélé d’une redoutable efficacité. Même Marco avait œuvré d’arrache pied, courant d’un bout à l’autre. Et Bourguignon Chèvrefeuille avait bourdonné d’un groupe à l’autre, apparemment sans but, mais au final très efficace.

Maintenant que tout était fini, ils étaient prostrés, regardant le tas de cendre fumant. Ils se demandaient tous comment ça a pu en arriver là.

Tout à coup, elle se sentit légère, elle avait l’impression que son corps s’élevait. La fatigue sans doute et les nerfs qui lâchent. Mais non, la sensation continuait, elle s’élevait véritablement, seules la pointe de ses pieds touchaient encore le sol. Elle poussa un petit cri, ce n’était pas du tout comme tout à l’heure lorsque Barth lui avait donné la capacité de voler, elle ne maîtrisait rien, ses pieds étaient à vingt centimètres du sol maintenant et elle s’élevait toujours plus haut.

En entendant le petit cri de Lyana, Céléna et Marco détournèrent leur attention des cendres pour regarder la jeune femme. Sans hésiter, ils coururent pour la retenir, s’accrochant à elle pour l’obliger à redescendre. En vain, elle montait toujours plus haut. A deux mètres du sol, Céléna ne tint plus et lâcha le corps de la rôdeuse, Marco tenait toujours bon. A cinq mètres du sol, alors qu’il tenait toujours fermement le corps de la jeune fille, il se fit littéralement éjecter, comme si une main éloignait un moucheron indésirable. La jeune fille ne finissait pas de monter dans le ciel.

Bizarrement, elle ne se sentait pas du tout en danger, elle avait été surprise au début, mais elle n’avait pas peur. Elle leva les yeux vers la lune quand elle vit la silhouette d’un homme dans le clair de lune qui tendait la main vers elle. Son cœur s’accéléra. Il était vraiment là.

Quand elle fut assez près pour voir son visage, la culpabilité de ce qu’elle avait fait au soir la submergea à nouveau. Les yeux de l’homme exprimaient une profonde déception. Elle eut envie de pleurer.


« Qu’est-ce que vous avez fait ? »
Elle ne sut pas quoi répondre, elle n’avait pas de réponse à cette question.
« J’avais confiance en vous. 
- Je suis désolée, si désolée.
- Je dois connaître le nom de la prochaine victime de la Voie qui Murmure, j’avais confiance en vous pour les arrêter. A cause de cette nuit, j’ai perdu l’avance que j’avais sur eux. »

Les larmes ruisselaient sur les joues de la jeune fille, elle avait tellement honte.

« Pétros vous a réuni, Céléna, Bartholomeu et toi, dans sa lutte contre la Voie qui Murmure. Vous êtes tous des Azlants, vous êtes des sangs mêlés, Kendra et moi sommes les derniers sangs purs. J’ai besoin de vous pour empêcher le retour du Tyran qui Murmure. Je vous attends demain matin au nord de la ville. »

Elle se sentit redescendre, l’air froid de la nuit séchait les larmes qui continuaient de couler sur ses joues. Quand elle toucha de nouveau terre, elle regagna l'auberge où l'attendait ses compagnons et leur annonça qu’elle venait de voir Adivion et qu’il leur avait donné rendez-vous. Elle n’ajouta rien d’autre. Elle ne savait pas ce qu’elle avait le droit de révéler et elle avait du mal à comprendre la signification de ce qu’il venait de lui dire.

Céléna appris à Lyana que Barth était parti elle ne savait où, mais qu’il avait besoin d’être seul. Elle pouvait le comprendre. Si elle le pouvait, elle serait aller se cacher dans un trou et n’en sortirait pas avant plusieurs années.

Plus rien ne les retenait en ville, même si elle avait l'impression de fuir, elle se rangea aux arguments de Céléna, ils allèrent donc chercher leurs montures et se mirent en route. D’abord le temple de Desna, nul doute qu’ils y trouveraient Barth. En quel autre endroit pouvait-il aller chercher du réconfort si ce n’est près de sa déesse ? En effet, ils le trouvèrent au temple, les yeux baissés il semblait ne vouloir regarder personne, les épaules voûtées, il était accablé par le poids du remords.

Après une halte très rapide dans une échoppe de vêtements, ils partirent direction l’est où devait les attendre Forge. Celui-ci avait dit à Lyana lorsqu’elle était venue à la prison dans la journée que si la foule attaquait, il rendrait son armure spectrale et partirait en dehors de la ville pour les attendre. Il la chargea de lui prendre des vêtements afin de passer pour un chevalier commun. Dans un sous-bois à l’écart de la ville, guidés par le lien qui les unissait, ils trouvèrent vite un endroit où la terre venait d’être retournée, Forge s’était enfoui à l’abri, les attendant. Il leur raconta la prise de la prison par la population en furie, comment la Bête s’était laissée traîner au début puis comment elle a attaqué la foule, les yeux rouges, tuant des dizaines de personnes. Forge a réussi à calmer la bête qui s’est enfuie, mais des cadavres jonchaient les rues. 

Cette nuit avait donc vraiment vu l’horreur s’abattre sur la ville.

Ils partirent sans attendre vers le nord, Lyana les guida sans hésitation jusqu’à l’ancien sanctuaire en ruine qu’ils avaient visité la veille. C’était la veille et pourtant cela paraissait si loin, tellement de choses s’étaient passées depuis.

Adivion était là, mais il n’était pas seul. Il était en pleine conversation avec la juge Embreth d’Aramide. La conversation paraissait animée.

« Je suis venu chercher « Feu du Soleil »
- Je ne peux pas vous le donner, il appartient à l’Ordre.
- Ne m’obligez pas à venir le chercher moi-même. Demain matin, vous viendrez avec « Feu du Soleil. » »

Elle acquiesça en silence, elle semblait éprouver un grand respect vis à vis de l’homme qui lui faisait face, ainsi qu’une grande… peur ?
Elle aperçut enfin le groupe d’aventuriers et son visage se ferma. Ses yeux n’étaient que ressentiments, elle les tenait pour responsables de tous les événements de la nuit, et pire que tout, elle se tenait pour responsable. Ils s’étaient certainement fait une ennemie puissante à Lepidstadt.

Alors Adivion annonça qu’il répondrait à toutes leurs questions, ça sera la seule et unique fois. Il expliqua que la Voie qui Murmure savait que le Tyran qui Murmure allait se réveiller après mille ans de sommeil. Tar Baphon était un Azlant, après sa lutte contre celui qu’on appellait « Le Dernier des Azlants » et qui fut le Dieu Aroden, il avait dû se réincarner dans un corps non azlant. Mais pour le rituel de la Voie qui Murmure, il fallait un corps de sang pur azlant. Il n’y en a plus que deux sur Golarion, Kendra et Adivion. 
Pétros savait tout cela, pour protéger Kendra, il était parti à Sharm espérant ne revenir qu’après le rituel, laissant Adivion seul face à la Voie. Revenir au bout de sept mois et non de sept ans comme prévu avait vu ses plans s’effondrer. Il ne pouvait plus retourner à Sharm, il était bien trop affaibli par la traversée des portails, seuls des azlants de sangs purs pouvaient les traverser sans dommage.
Mais Pétros avait d’autres atouts dans sa manche pour protéger Kendra. Si Adivion ne suffisait pas, il se pouvait que des sangs mêlés azlants conviennent pour le rituel, il avait donc passé la fin de sa vie à rechercher des sangs mêlés, il les avait marqués afin de les retrouver facilement, il les avait réunis et les avait lancés sur la piste de la Voie qui Murmure.
Lyana se figea, c’était donc ça, ce n’était pas pour être protégée ou autres, non, Pétros les avait marqués pour mieux pouvoir les sacrifier. Il voulait les livrer, sciemment, à la Voie qui Murmure.
A aucun moment, la jeune fille ne mit en doute les paroles de l’oncle de Kendra, tout sonnait juste, et toutes les questions qu’elle se posait et qui tournaient sans cesse dans sa tête trouvaient maintenant une réponse.

Pour Forge, c’était différent, il y avait un plan pour lui, mais il ne dit pas lequel. Il déclara également que les forgeliers étaient traités en esclave dans son plan d’origine.

Céléna lui demanda s’il était vrai que la vieille Salé était bien de sa famille, oui c’était vrai. Il savait peut-être ce que contenait le pli qu’elle avait confié à Astra ? Non, il n’était pas au courant de ça. Il se tut un instant, ferma les yeux, puis regarda Céléna et lui annonça que le pli concernait la mère d’Astra : Kvalka. Il n’en dit pas plus.

A présent, le groupe devait lui dire où était la statuette dérobée à l’université, les jeunes gens ne savaient pas, très vraisemblablement dans les mains du Comte Alpone Caromarck mais même ça ils n’en étaient pas certains. Elle était en plomb et devait sûrement contenir quelque chose mais quoi ? Tout ce qu’ils savaient c’est qu’elle s’appelait « Le Sage Des Mers » et qu’elle avait été donnée à l’université par Magdalena Adrissant, il y avait deux cents ans. Il sembla surpris de cette nouvelle, il ne devait pas être au courant. Connaissait-il cette Magdalena ? Oui, il s’agissait de sa sœur, la mère de Kendra, Magdalena était son deuxième prénom. Mais comment cela se pouvait-il ? Comment sa sœur avait pu donner un objet à l’université, deux cents ans auparavant ? Les azlants de sang pur vivaient bien plus longtemps, ainsi lui-même était âgé de quatre cents ans, et la mère de Kendra était sa sœur jumelle. A la naissance de Kendra, elle avait fait un souhait à Desna et elle avait été exaucée. Quel souhait ? Cela ne regardait qu’elle et sa déesse.

Pour créer une liche, il fallait des ingrédients spécifiques, toujours différents à chaque rituel, et c’était ce qu’était en train d’entreprendre la Voie qui Murmure. Le premier ingrédient était une âme pure, le deuxième était contenu dans la statue, il leur en restait quatre à rassembler.
Voici la mission qu’il leur confia, retrouver la piste de la Voie qui Murmure, et accomplir eux-mêmes le rituel, Adivion servira de réceptacle pour l’âme du Tyran qui Murmure, il réussira à le contenir et à le contrôler, ainsi quand il mourra, le Tyran mourra avec lui. Et s’il ne réussissait pas à le contrôler, il comptait sur eux pour faire ce qu’il fallait pour le détruire.
Lyana pâlit en l’entendant prononcer ces paroles. Ce n’est pas possible, elle avait dû mal entendre.
Mais non, sous les questions de ses amis, il confirma ce qu’il venait de dire, cela faisait des centaines d’années qu’il savait ce qui arriverait et il était prêt pour cela.

La conversation continua encore un moment, mais Lyana n’entendait plus rien, elle ne pouvait plus penser, un bourdonnement envahi son esprit. Alors qu’il s’apprêtait à partir, elle demanda à le voir en tête-à-tête. Une fois seuls, elle prit la parole, les larmes qu’elles retenaient depuis tout à l’heure coulaient maintenant sans qu’elle s’en rende compte.

« Vous ne pouvez pas nous demander ça !
- Chacun a son destin. Je sais depuis longtemps que ça doit arriver.
- Vous ne pouvez pas me demander ça !
- Je le fais pourtant. J’ai besoin d’un Guide et c’est toi.
- Je ne veux pas ! Je ne peux pas vous regarder mourir…
- Adieu petite Lyana. »
Il lui caressa tendrement la joue, elle ferma les yeux, sanglotant.
« Je vous aime »

Elle ouvrit les yeux et il n’était plus là, l’avait-il seulement entendu ? Elle resta un long moment seule sur place, le corps secoué par les sanglots. Puis quand elle fut calmée, elle essuya ses larmes et rejoignit le groupe, les yeux encore rouges.

S’occuper, il fallait qu’elle s’occupe. Puisqu’on allait rester ici jusqu’au lendemain pour attendre la juge, elle commença à préparer le campement. Elle partit chasser quelque gibier pour le repas qu’elle commença ensuite à cuisiner. Surtout ne pas rester inoccupée, ne pas penser. Le campement était silencieux, personne ne parlait, chacun paraissait perdu dans ses pensées. Elle partit un long moment avec Ombre, elle avait besoin de s’isoler.

Le soir tomba et l’on parla de ce qu’on allait faire demain. Il fallait décider si on allait continuer la piste du Comte Alpone Caromarck, si on passait à la cabane près de l’eau à Herstag où la Bête avait peut-être trouvé refuge, ou si on se dirigeait vers Bois Frisson à la recherche d’Astra.
Céléna était en colère, une fureur sourde ne semblait pas vouloir la quitter.
Barth était silencieux, il ne parlait que si on l’interrogeait directement, la culpabilité le rongeait encore. Tous étaient sombres. Et aucune décision ne fut prise.
Puis vint le moment de se coucher, Forge montait la garde comme à l’accoutumée. Le dos tourné vers le feu, blottie contre Ombre, Lyana restait les yeux ouverts, elle n’arrivait pas à dormir. Le chagrin l’envahissait, les larmes coulaient sans s’arrêter, l’idée de la mort de l’homme qu’elle aimait la terrassait. Et l’idée qu’elle devrait être l’un des instruments de sa mort la révulsait au plus haut point. Son corps était secoué de sanglots silencieux, et elle espérait que l’obscurité la cachait du regard des autres.

Au matin, elle se leva les yeux gonflés et rouges et prépara le petit déjeuner pour ses compagnons dans le plus profond silence. Après avoir essayé de manger, elle était en train de brosser Majesté lorsque la juge Embreth d’Aramide arriva, portant un lourd coffre doré, elle le posa près du feu sans un mot et repartit aussitôt.

Céléna s’approcha du coffre avec hésitation, elle l’ouvrit et une grande lumière dorée explosa.
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