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102284 Messages dans 7473 Sujets par 819 Membres - Dernier membre: Robertfluts août 20, 2019, 09:41:43 am
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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Carrion Crown  |  Livre 2ème: Le procès de la Bête (Modérateur: Sstrad)  |  Chap.9 : Honte et Désillusions- 1ère partie
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Auteur Sujet: Chap.9 : Honte et Désillusions- 1ère partie  (Lu 622 fois)

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Hors ligne Celena

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Chap.9 : Honte et Désillusions- 1ère partie
« le: octobre 14, 2012, 22:47:33 pm »

La jeune femme entrouvrit les yeux. Les premiers rayons du soleil filtraient à travers les volets de sa chambre. La nuit fut courte et clairsemée de visions préoccupantes. Elle inspira profondément comme pour en chasser les dernières ombres. L’agitation du rez-de-chaussée lui parvint, tel un brouhaha diffus, mêlé de bruits de casseroles entrechoquées, de pas pressés et de voix murmurant.
Nous sommes à l’aube du second jour de procès de la bête.

Elle se redressa et s’assit au bord du lit. Cette fois, ce furent les bruits de la rue qui lui parvinrent. Les propos étaient incompréhensibles mais l’intonation ne laissa aucun doute sur leur nature : la colère et la rancœur animaient ces voix inconnues. La tension au sein de la population était palpable.  Hier, ils étaient parvenus à remporter la première manche en acquittant la bête. Restait deux procès et Forge serait de nouveau libre. Ils pourront enfin quitter cette ville et voler au secours d’Astra.

A cette pensée, ses doigts se crispèrent sur les draps. Arwyl et ses hommes étaient partis hier. Elle devait avoir foi en eux et patienter. Demain, elle pourra les rejoindre…
Son regard embrassa la plage de sable composant sa chambre, illusion magistrale du maître des lieux. Comme ce paysage lui était indifférent et éloigné de son état d’esprit.
Sans y prêter plus d’attention, elle se leva, s’habilla et choisi l’espace qui lui sembla le plus approprié pour son heure de prière.

Elle retrouva le reste de ses compagnons attablés dans la salle commune. Les regards lancés par les autres clients en direction de leur table lui confirmèrent la colère populaire pesante et silencieuse dont ils faisaient l’objet. Marco avait raison : la foule voulait un coupable. Pour réussir, il leur faudra trouver la véritable bête.
Restait deux heures avant le procès. Se séparer pour aller plus vite leur sembla judicieux. Elle accompagna Lyana au quartier des armuriers. Neculaï lui avait montré le meilleur d’entre eux. Mais les prix qu’il annonça pour ses armes étaient exorbitants. Nul doute qu’il leur faisait payer à sa façon le procès de la veille. N’ayant plus de flèches, Lyana céda et acheta. Céléna refusa. Elle n’était pas sans arme et pourrait patienter. Elle repasserait demain, après leur victoire.

Les deux jeunes femmes se rendirent au vieux moulin situé au port, afin d’interroger le seul survivant de la troisième affaire qui passera en jugement demain. Autant prendre un peu d’avance. Le trajet fut parsemé de bousculades et coup d’épaules volontaires. Elles n’étaient clairement plus les bienvenues. Pas d’importance, ils se faisaient certainement plus mal qu’elles…

En chemin, Céléna repensa songeuse à sa conversation de la veille avec Lyana. Celle-ci l’avait interceptée, alors qu’elle projetait de quitter la ville de nuit pour porter secours à Astra. Il avait fallu de la conviction et de la patience pour parvenir à lui faire renoncer. « Arwyl et 10 paladins sont partis la secourir ! Penses-tu faire la différence ? Et comment t’y rendras-tu ? On a besoin de toi ici, tu ne peux pas faire ça. Je suis désolée, mais je ne te laisserai pas passer. » Lyana se tenait devant elle, bras en croix, lui barrant la sortie des écuries. Son regard planté dans le sien ne semblait pas plaisanter.  Céléna serra le poing tout comme elle serra les rênes de son cheval. Une bouffée de colère l’envahie. Battre Lyana pour sortir ? Elle n’avait pas envisagé les choses de cette façon, mais après tout…

« Nous y voilà ! » La voix de la rodeuse la sortit de ses pensées.
La vieille bâtisse se dressait devant elles, sa roue à auges couinant sur son flanc droit.
Le dénommé Karl se fit une joie de leur conter ses mésaventures. Il était visiblement de ces hommes simples qui jubilait d’avoir leur heure de gloire, même si le prix en était la cécité. Céléna se tenait en retrait, laissant Lyana mener l’interrogatoire. Elle ne parvenait pas à s’habituer au détachement dont faisaient preuve les témoins ou rescapés liés aux procès de la bête. Seul un reste de décence les empêchait de sourire en contant leurs histoires.

Les deux jeunes femmes ne tardèrent pas à reprendre la route vers le tribunal. L’homme  leur avait vaguement décrit la dispute entre la bête et le docteur Brada qu’il aurait vu se faire poignarder avant que lui-même ne soit assommé. Il s’était réveillé au milieu des flammes, aveugle. Mais l’information la plus importante était que le sanctuaire servait de mouroir aux personnes atteintes de malformations physiques. Un parfait vivier pour s’approvisionner en tissus humains et organes divers, personne ne pleurant ces malheureux oubliés de tous. Cette information confortait donc leur théorie d’un trafic d’organes. Restait à trouver les preuves chez V&G.

Elles furent les premières à arriver chez l’avocat. Dans les rues, la foule commençait à s’amasser et converger vers le tribunal. L’ambiance festive de la veille avait laissé place à une tension presque palpable. Il ne faisait pas bon trainer dehors. Elles trouvèrent maître Kapel plus nerveux que jamais. A lui aussi l’humeur de la foule n’avait pas échappé.
Dans l’effervescence ambiante, Céléna oublia que le pauvre homme ignorait tout de leur découverte macabre des corps des enfants. La nouvelle créa un choc à l’avocat qui se mit à bégayer de plus belle. Embarrassée, elle laissa Lyana reprendre la suite. Les faits établis, Céléna se porta volontaire pour témoigner à la barre au sujet de leur découverte. Personne ne mettrait en doute sa parole de paladine. Bartholomeu et Marco  finirent par les rejoindre. Derrière les portes, la salle commençait à se remplir. On entendait jurer à tout va. La mascarade devait cesser et la bête devait être tuée !

Le second procès démarra dans une atmosphère tendue. Après le laïus du procureur, vint le tour de maître Kapel qui appela à la barre la paladine ainsi que le prêtre de Pharasma. Leurs arguments et les preuves accumulées ne laissèrent pas de doute sur l’issue : ils gagnèrent la seconde manche. Plus que demain !
Cette fois, la colère s’empara de la foule.  Il était inconcevable que la bête puisse être acquittée. Le sergent Rocco et ses hommes dépensèrent toute leur énergie à dissiper tous les groupes amassés autour de la prison. A n’en pas douter, les heures qui allaient suivre seraient longues.
Pour obtenir les preuves nécessaires au lendemain, une dérogation officielle devenait obligatoire : perquisitionner l’entrepôt d’alchimie.

L’ambiance de la ville les dissuada de se rendre chez la juge. Ils reportèrent cela au soir et décidèrent de quitter Lepidstadt afin d’inspecter les ruines du sanctuaire.
Quatre goules cachées dans le sous sol seront la seule résistance rencontrée. Il ne reste rien du lieu ravagé par les flammes. Une nouvelle macabre découverte les attend : entassées dans un recoin de la cave, dix têtes desséchées visiblement arrachées de leurs corps. Parmi elle, celle du docteur. Marco trouve une fiole enfouie contenant un liquide vert et étiquetée comme produit nettoyant.
D’un commun accord, ils décidèrent de ramener la tête avec eux. Arrivés aux abords de la ville, ils utilisèrent le oui-ja pour faire parler le mort.
Ces derniers instants furent les cris d’une dispute où il menaçait l’un de associés V&G de tout révéler de leur trafic s’il n’obtenait pas la moitié des parts.
Céléna et ses compagnons se regardèrent d’un commun accord : Karl devait en savoir plus qu’il ne le prétendait. Ils retournèrent donc au moulin. Ce dernier ne leur réserva pas le même accueil, visiblement agacé de toutes ces questions. Ils n’obtinrent rien de plus que le sanctuaire achetait à V&G des produits d’entretien, ce qui corroborait la découverte de la fiole.

La soirée débutait. Céléna et Marco décidèrent de se rendre au bureau de la juge Daramid afin d’obtenir le précieux sésame. Elle accepta et fit mander le sergent Rocco, alors en patrouille. Ils se donnèrent rendez-vous près de l’entrepôt. Ce fut soulagés qu’ils retrouvèrent leurs compagnons et se rendirent aux portes de V&G. Près d’une heure d’attente et Rocco finit par arriver accompagné de neuf hommes. Il les apostropha sans ménagement, furieux de se retrouver là alors que la ville grondait.

Céléna fut stupéfaite qu’il soit venu avec autant de soldats. Ils n’étaient déjà pas nombreux. Cela signifiait donc qu’ils devait en rester tout au plus deux ou trois pour garder la prison. Elle écouta les bruits de la ville. Non…ils n’oseraient tout de même pas aller à l’encontre de la loi en attaquant la prison… Il restait un procès. Rocco devait savoir ce qu’il faisait en laissant si peu d’hommes là-bas…
Elle chassa ses sombres pensées et se concentra sur leur objectif : trouver des preuves pour demain. Elle jeta un œil vers Marco. Honteusement, elle espérait secrètement que son habileté de voleur ferait merveille ce soir.

Après sommation et une attente qui leur parue interminable, un gnome difforme fini par leur ouvrir la porte tout en tenant fermement ce qui ressemblait vaguement à un chien. Une masse hideuse de chairs recousues et de muscles : un golem. 
Elle vit Rocco observer la bête d’un regard de dégout. Il somma l’ouverture de l’entrepôt pour inspection. Tendu et sous pression, lui et ses hommes ne faisaient pas dans la dentelle. Tout y passa. Le gnome, qui n’était autre que l’un des associés, observait une attitude affable et servile, les promenant littéralement de caisse en caisse. Le temps perdu ici leur permettait certainement de dissimuler les preuves ailleurs. Il fallait entrer dans le bâtiment principal sans plus tarder. Mais Rocco était le chef de cette expédition. Une telle suggestion n’aurait certainement pas été la bienvenue. Céléna se contenta donc de le suivre tout en rongeant son frein.

Ils parvinrent enfin au sein de l’usine. Une odeur acre presque insoutenable les agressa dès l’ouverture de la porte. Les hommes eurent un mouvement de recul, pris de nausées. Rocco, suivit de la paladine, tinrent bon et entrèrent. Le spectacle était à une tout autre échelle. Devant eux, six cuves géantes s’élevaient de près de six mètres vers le toit. D’épaisses fumées s’en dégageaient et convergeaient vers la grande cheminée centrale. Elles semblaient liées entre elles par un système de passerelles métalliques. Céléna laissa son regard descendre le long des cuves métalliques mais ne parvint pas à voir leur base, enfouie dans les profondeurs noires qui s’étendaient sous eux. 
Le gnome leur indiqua une échelle verticale, sur le coté de la passerelle. Un à un, ils la descendirent. Près de quatre mètres les séparaient du sol. En bas, le noir complet. Pas la moindre trace de vie non plus.

Ils longèrent un mur menant à une seconde échelle. Céléna observa les cuves qui les dominaient de dix mètres. Leurs silhouettes massives et noires avaient quelque chose de sinistre. Elle perçut Marco trainant volontairement derrière eux, se fondant petit à petit dans cette obscurité. Ils gravirent de nouveau et se retrouvèrent sur une seconde plateforme. Celle-ci relativement étroite, décrivait un L autour des cuves et desservait plusieures portes. Rocco les fit ouvrir une à une, sans résultat. Soudain, le gnome s’égosilla, indiquant la disparition de Marco. Puis, il se pencha par dessus la rambarde et lui intima l’ordre de remonter. Elle n’en était pas sûre, mais Céléna eut juré qu’il y voyait comme en plein jour.

La tension au sein de l’équipe de Rocco émanait d’eux telle une aura de colère et d’agressivité. Ils faisaient chou blanc depuis près d’une heure. Ils inspectèrent la chambre du gnome. Ce fut une vision d’horreur. Les murs portaient des bocaux de formol contenant des morceaux de ce qui aurait pu être des corps. L’unique table était couverte de sang séché. Rocco ne cacha pas son dégout profond et son aversion du lieu. Mais la chambre ne révéla rien. L’attitude du gnome quant à elle se transformait. Servile et affable devant les représentants de la loi, son regard devenait meurtrier et sauvage envers le reste de la troupe.

Rocco fit réveiller le second associé. Il n’avait rien de commun avec le premier : c’était un géant de près de deux mètres tout en muscles. Une brute épaisse.
Le pouvoir de sa déesse confirma à Céléna qu’il était aussi mauvais que le gnome. Mais elle gardait cela pour elle pour le moment. Il était dans le cadre d’une perquisition officielle et elle n’avait pas les commandes. Elle laissa Rocco inspecter la chambre.

Aussi opposée que son propriétaire : parfaitement rangée et contenant de nombreux ouvrages de valeurs. Ils allaient rebrousser chemin les mains vides. Alors que les preuves étaient là ! Bartholomeu tira de l’armoire un grand manteau noir. Soudain le déclic se fit : l’homme immense enveloppé d’une cape, c’était lui ! Elle vit Chèvrefeuille s’approcher de Rocco. Celui-ci revint vers le géant et lui ordonna de défaire sa chemise. Bien sur ! Bien vu Bourguignon ! La fameuse cicatrice de caïman ! La brute commença à s’exécuter. Son regard était bestial. Seule la présence de Rocco évitait l’affrontement.

Soudain, un cor de chasse déchira le silence de la nuit.
« Merde ! hurla Rocco. On dégage ! La prison est attaquée ! Je le savais ! »
Tout ce passa à la vitesse de l’éclair. Elle vit les hommes faire demi tour et se précipiter vers l’échelle. Le regard mauvais de leurs hôtes n’échappa pas à Céléna, ni leur rictus de victoire. L’envie de dégainer pour effacer leurs sourires l’envahie. Mais il ne fallait pas. Ils devaient éviter le combat. Sans preuve, cela jouerait contre eux.
Elle suivit Rocco et le vit descendre à toute vitesse l’échelle. L’accident fut inévitable : il rata un échelon et tomba lourdement au sol, se brisant le bras en lâchant un cri de douleur.

Elle jeta un regard en arrière vers ses compagnons. Elle vit le géant et le gnome profiter de ce retournement de situation et provoquer ouvertement Lyana et Marco.
Elle regarda de nouveau le sergent et le vit se relever, tentant d’atteindre la seconde échelle pour remonter. Avec le bras droit dans cet état, il lui serait impossible de la gravir et encore moins, de défendre la prison. Une chute mortelle de plusieurs mètres était plus qu’envisageable. Il était têtu. Elle savait qu’il ne renoncerait pas.

Sa décision était prise, elle descendit à son tour, priant que ces compagnons de répondent pas aux attaques verbales. Elle rejoint rapidement Rocco et lui guérit ses blessures.
Il émit son grognement habituel pour la remercier.
Soudain, des cris venant d’en haut leur firent lever la tête. Ce que Céléna redoutait venait de se produire : Lyana avait dégainé son épée et faisait face au géant.
Ils étaient en faute. Rocco entra dans une rage noire et intima à la jeune femme de rester là tendit qu’il mettait un terme à tout ce foutoir.
Mais la situation avait déjà trop dérapée.
« Excusez-moi Sergent, mais je vais vous désobéir et remonter pour les séparer. Allez avec vos hommes à la prison et sauvez le golem, il est innocent ! Les véritables coupables sont ici ! »
Et joignant le geste à la parole, elle remonta l’échelle.
Elle avait presque atteint la passerelle lorsqu’une violente explosion la plaqua contre les barreaux. La douleur fut immense, elle sentit ses os se briser dans le souffle brulant. Puis une seconde la projeta littéralement par dessus, contre le mur.
Elle ne sentait plus rien. Tout était noir autour d’elle. Tout était silencieux. Son corps flottait comme en apesanteur. Il n’y avait plus ni douleur, ni crainte. C’était le vide absolu, le néant.

Etait-ce donc cela la mort ?
Celena

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