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101583 Messages dans 7148 Sujets par 781 Membres - Dernier membre: Sandre novembre 19, 2017, 13:07:19 pm
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Auteur Sujet: Alis Vendest  (Lu 1379 fois)

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Hors ligne Dorothée

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Alis Vendest
« le: octobre 12, 2012, 19:05:19 pm »
« Alis !!! Où es-tu ? »

L'enfant était dans un buisson, essayant de se faire la plus petite possible. Avec un peu de chance, elle ne se ferait pas remarquer et sa mère abandonnerait les recherches.

« Alis !! Si tu ne viens pas immédiatement, tu seras punie ce soir ! Je ne plaisante pas ! »

Alis se mordillait les lèvres, la crainte de la punition était forte, mais l'idée d'aller dans la maison, de s’asseoir et de lire de vieux grimoires pendant des heures était pire que tout. Tant pis pour la punition, si elle pouvait éviter toute une après midi la torture de l'étude, ça en valait la peine.

Elle avait toujours détesté les cours de magie. Quelle perte de temps ! Elle n'arrivait jamais à se concentrer plus de cinq minutes, pourtant elle essayait vraiment, mais au bout de quelques minutes son esprit décrochait et elle se mettait à rêvasser. Alors sa mère se mettait à crier, se désespérant d'avoir une fille si peu douée, et invariablement Alis finissait privée de dessert, de jeux ou obligée à recopier des textes tous plus ennuyeux les uns que les autres. Qu'elle aille en cours ou pas, le résultat était toujours le même, elle était punie.   

Sur le pas de la porte, Thaïs, sa mère, soupira d'exaspération. Elle n'arrivait pas à comprendre comment des magiciens comme elle et son mari ont pu avoir une fille si réfractaire à l'art de la magie. Elle avait déjà cinq ans. Elle aurait dû commencer à maîtriser des petits tours mineurs, mais Alis refusait d'apprendre quoi que ce soit. Quelle différence avec son frère ! A 7 ans, Ravel était assidu et voulait toujours apprendre plus. Il s'entraînait sans se lasser et apprenait les sorts avec facilité. Nul doute qu'il deviendrait un bon magicien, pas comme Alis... Thaïs soupira à nouveau. Qu'allaient-ils faire de cet enfant ? Oh, elle n'était pas stupide, loin de là mais elle était tellement difficile. Elle n'en faisait qu'à sa tête et qu'importe les conséquences.

Thaïs allait rentrer dans la maison où l'attendait Ravel lorsqu'elle vit une petite tache rouge sortir d'un feuillage non loin de la maison. Ainsi, Alis s'était cachée là et se pensait sûrement hors d'atteinte. La femme avança d'un pas décidé. Quand elle s'approcha de la cachette, elle vit l'enfant sursauter, ainsi elle l'avait entendu approcher, bien ! Elle allait l'appeler quand elle entendit un bruit de course derrière elle. Une enfant courait en respirant fort. Ça alors ! Si elle n'avait pas sous les yeux les cheveux roux de sa fille, elle aurait juré que c'était elle qu'elle entendait courir ! Malgré elle, elle se retourna pour vérifier l'identité de la coureuse : personne. Par contre, alors qu'elle venait de tourner la tête, Alis bondit hors de sa cachette pour tenter de s'éloigner à toutes jambes. Elle n'eut pas le temps de faire trois pas qu'elle entendit sa mère marmonner et son corps se figea.

C'était pas juste ! Sa mère avait utilisé la magie pour l'empêcher de fuir. Elle allait être punie et obligée d'aller en cours. C'était vraiment trop injuste, elle avait été à deux doigts de réussir d'échapper à la vigilance de sa mère.

« Alis ! Maintenant assez joué ! Tu viens avec moi.
- Mais maman, s'il te plaît...
- Il n'y a pas de s'il te plaît qui tienne. Tu viens avec moi, un point c'est tout. Mais avant, tu vas me dire où tu as appris à lancer « Son Imaginaire ».
- A lancer quoi ?
- Le sort que tu viens de lancer ! Il ne fait pas partie des sorts que j'essaie de t'apprendre depuis des semaines, alors qui t'as appris à lancer ce sort ? C'est ton frère ?
- Non... C'est personne. J'ai juste voulu que tu regardes ailleurs, alors je me suis concentrée et... ça a fait du bruit là bas comme je l'imaginais dans ma tête.
- On en reparlera plus tard. Maintenant, en cours ! On a déjà perdu assez de temps, et ton frère est tout seul depuis tout à l'heure. »

La petite fille suivit sa mère la moue boudeuse et traînant des pieds. C'est sûr cet après midi, elle allait mourir d'ennui. La seule bonne nouvelle, c'est que sa mère n'avait pas reparlé de punition, elle allait peut être pouvoir y échapper.

Alors que les enfants étaient penchés sur leurs livres, Thaïs repensait à la scène qui venait de se passer. Serait-ce possible que la petite Alis ait réussi à lancer un sort sans l'apprendre ? Elle était issue d'une longue lignée de mage, des deux côtés, mais personne dans leurs familles n'avaient développé de magie instinctive. Quelque fois, un enfant n'avait aucun talent pour la magie, et c'est ce qu'elle avait craint pour sa fille, mais visiblement ce n'était pas le cas. La magie qui était dans son sang était-il suffisamment fort pour naître spontanément ? Mais pourquoi Ravel n'avait pas la même capacité ? Son frère était un magicien, ça ne faisait aucun doute. Elle allait devoir faire des recherches dessus. Et elle en parlerait à son mari dès que celui-ci serait de retour. En attendant, elle continuerait les cours, qu'Alis soit d'accord ou pas.




Hors ligne Dorothée

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Re : Alis Vendest
« Réponse #1 le: octobre 23, 2012, 09:24:13 am »
Les éclats de voix retentissaient dans toute la maison réveillant la petite fille. Encore une fois, ses parents criaient fort. Elle sortit de son lit, traversa la chambre à petits pas rapides et s'arrêta devant le deuxième lit de la pièce. Elle se mit à chuchoter en secouant le corps du garçon qui dormait.

« Ravel !! Tu dors ?
- Mmmmm... oui. Laisse-moi.
- Ravel ! J'peux pas dormir... J'peux dormir avec toi ?
- Mais... hier t'as dit que c'était la dernière fois.
- Oui, mais ils crient toujours.
- C'est pas grave, ils arrêtent toujours.
- Ravel... s'il te plaît...

Il s'était tourné vers sa sœur en parlant, elle le regardait, les yeux plein de larmes, le menton tremblant. Quand elle le regardait comme ça, il ne pouvait rien lui refusait. Il poussa un long soupir  en se reculant et il ouvrit les draps. Elle monta dans le lit sans attendre, posant ses petits pieds glacés sur les jambes de son frère qui poussa un cri.
Un moment passa dans le silence puis la voix d'Alis résonna à nouveau.

« Ravel ?
- Dors.
- Pourquoi ils crient ? »

Le garçon ne répondit pas. Elle lui posait la même question toutes les nuits et il ne savait toujours pas comment lui répondre. Comment pouvait-il lui expliquer que leur père avait rencontré une femme au village et qu'il les quittait pour vivre avec elle ? Ravel avait vu la femme la semaine dernière au village, elle était tellement belle qu'elle paraissait à peine réelle. Elle était au village depuis à peine plus d'un an, mais ses longs cheveux noirs et ses yeux violets avaient tournés la tête de quasiment tous les hommes du village. Mais Anya avait choisi leur père. Et c'est pour ça que ses parents criaient. Leur mère n'arrivait pas à l'accepter. Tous les soirs Kel, leur père, venait pour la convaincre de le laisser voir ses enfants, et tous les soirs elle refusait. Invariablement cela se finissait en dispute violente.

La porte claqua violemment faisant sursauter la petite fille. Puis ce fut le silence. Les deux enfants finirent par s'endormir.

Le lendemain, le petit-déjeuner à peine englouti, Alis sortit à toute vitesse dehors, espérant éviter la leçon de magie. Pendant toute la journée, elle sursauta au moindre bruit craignant d'entendre sa mère l'appeler. Mais cela ne se produit pas. Sa mère avait dû oublier les leçons. Elle oublia aussi le lendemain et les jours suivants. Elle oubliait aussi les leçons de son frère. Ravel allait tous les jours à la bibliothèque familiale mais sa mère ne lui donnait plus aucune indication, plus aucun conseil. Thaïs restait des heures devant la fenêtre à regarder le chemin qui menait au village, leur père avait renoncer à venir et plus aucun cri ne retentissait le soir. Pourtant, Alis continuait à dormir dans le lit de son frère, le comportement de leur mère l'inquiétait. Elle semblait ailleurs. Elle leur faisait à manger mais ne leur parlait plus et paraissait ne plus se préoccuper de leur éducation. Quand les enfants essayaient de lui parler, elle ne leur répondait pas ou alors se montrait agressive. Petit à petit, les enfants avaient appris à ne plus déranger leur mère et à ne plus espérer qu'elle redevienne comme avant.

Alis passait ses journées dehors et elle commençait à s'ennuyer. Maintenant qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait elle ne trouvait plus ça aussi drôle. Où était le plaisir de réussir à échapper à une corvée quand rien ne vous obligeait à l'accomplir. Puis elle se sentait seule. Son frère était toujours dans ses livres, son père était au village et sa mère ne s'intéressait plus à elle. Au début, elle faisait tout pour être punie, juste pour voir comment réagirait sa mère. Elle était rentrée sale de la tête aux pieds après avoir joué dans les flaques de boue toute la journée. Mais sa mère n'avait fait aucun commentaire et la petite fille avait dû elle-même aller chercher l'eau pour se nettoyer. Non seulement elle avait détesté la sensation de la boue séchée sur sa peau mais elle avait encore plus détesté se nettoyer à l'eau glacée.

Deux mois s'étaient passés lorsqu'elle réussit à convaincre son frère de l'accompagner au village. Il ne voyait pas l'intérêt de cette excursion, si leur père avait voulu vraiment les voir il pouvait le faire à tout moment, il lui suffisait de venir en journée. Mais Alis insistait depuis plusieurs jours, cela paraissait si important pour elle qu'il avait cédé. Comme toujours.

Arrivés au village, ils se dirigèrent vers la maison d'Anya, la femme qui avait séduit leur père. Alis avait mis sa plus jolie robe du solardi, elle était nerveuse et excitée à l'idée de revoir leur père. Cela faisait si longtemps ! Ils tapèrent à la porte de la maison, sans réponse. Ils attendirent un long moment, mais personne ne vint leur ouvrir. La déception se voyait sur le visage de la petite fille. Elle refusait de partir, insistait pour qu'on tape plus fort, ils n'avaient peut-être pas entendu !  Une voisine s'approcha d'eux.

« Vous cherchez votre père les enfants ?
- Oui, m'dame, répondit Ravel. Vous savez où on peut le trouver ?
- Oh ben pas ici c'est certain. Il y a bien quinze jours qu'on ne l'a plus vu. Personne ne sait où il est parti.
- Et la femme qui vivait là ? Elle saura peut être nous répondre ?
- Anya ? J'compterai pas là d'ssus si j'étais vous. J'lai vu partir il y a trois jours, avec une carriole pleine à craquer. Elle avait l'air d'emporter tout ce qu'elle pouvait. Et c'est pas une grande perte, vous pouvez m'croire. M'est avis que le village se portera mieux sans elle. Une voleuse d'homme, c'est tout c'qu'elle est ! Rentrez chez vous les enfants, il n'y a rien pour vous ici. »

Alis était effondrée, il était parti sans même chercher à les revoir, sans même leur dire au-revoir. Il les avait vraiment abandonné. Ils rentrèrent en silence à la maison. Blottie contre son frère, elle pleura toute la nuit.

Quelques jours après, alors qu'ils prenaient le repas du matin, on frappa à leur porte. Ravel alla ouvrir et revint avec un des conseillers du village. Celui-ci annonça à leur mère qu'une étrange malédiction semblait s’abattre sur le village. Depuis cinq jours, chaque nuit un villageois mourrait. Il n'y avait aucun signe avant-coureur. L'homme ou la femme se couchait et ne se réveillait jamais. Personne ne savait ce qui provoquait ses décès, le prêtre du village avouait son incompréhension. Et le conseiller était venu voir Thaïs en espérant que la magie profane pouvait apporter une solution ou au moins une explication. La femme regardait l'homme d'un regard vide et lui annonça sans hésiter qu'elle ne savait pas ce que pouvait être cette malédiction, qu'il perdait son temps à venir ici et qu'elle ne le raccompagnait pas, il savait où était la porte, Merci.

Au fil des jours, de nombreuses personnes passèrent sur la route devant leur maison, ils fuyaient le village maudit. Chaque nuit, une personne mourait. Et chaque jour, les gens fuyaient.
Un matin, Alis et Ravel se réveillèrent dans une maison étrangement silencieuse. Alors qu'à cette heure là, leur mère s'affairait logiquement dans la cuisine, aujourd'hui nul son n'en provenait. Ils descendirent et ne trouvèrent personne. Leur mère n'était pas là. Ils l'appelèrent, la cherchèrent partout, fouillèrent sa chambre, les alentours mais elle ne répondait pas. Alis commença à pleurnicher, leur mère les avait abandonnés, elle en était sûre. Ravel cherchait encore. La vieille jument était encore dans l'écurie, si leur mère était partie, elle l'aurait emportée, et aucun objet ne semblait manquer. Mais il ne trouva aucune trace de leur mère.

Ils restèrent dans la maison, Ravel prit tout en main. Il faisait à manger, il s'occupait d'Alis, l'obligeait même à étudier. Pour une fois, elle ne chercha pas à éviter les cours, au contraire, après toutes ces journées passées dehors, se retrouver dans la bibliothèque la rassurait. Et puis comme ça elle restait près de Ravel. Elle ne voulait pas s'éloigner de lui, quoiqu'il fasse elle le suivait. Elle était persuadée que si elle ne le voyait plus, il disparaîtrait pour toujours. Ils allèrent plusieurs fois au village, Ravel avait trouvé l'argent de leur mère et il espérait pouvoir acheter de la nourriture. Mais il n'y avait plus personne dans le village. Une dizaine de tombes dans le cimetière près du temple témoignaient du nombre des victimes de la malédiction. Les autres habitants avaient fuit, sans exception.
Ils prirent la nourriture qu'ils trouvèrent, Ravel hésita un instant à laisser quelques pièces, il ne voulait pas être un voleur. Mais puisque tout le monde était parti, la nourriture n'appartenait à personne, n'est-ce pas ?

Un matin, Alis se réveilla mais Ravel resta immobile dans le lit. Elle le secoua mais il ne réagit pas. Elle l'appela un long moment, le secouant de toutes ses forces. Mais sans le moindre succès, le garçon ne bougeait pas. Son corps était froid. Elle cria de toutes ses forces, sanglotant, elle ne voulait pas accepter que Ravel était mort, il lui avait juré qu'il resterait toujours avec elle, qu'il prendrait soin d'elle. Elle avait encore été abandonnée, il lui avait menti, il ne restera pas avec elle. Elle n'était peut être pas digne d'être aimée ? Si tout le monde la quittait c'est qu'elle devait le mériter, sinon elle ne serait pas seule. 

Pendant deux jours, elle resta dans la maison, elle dormait dans la bibliothèque et se nourrissait comme elle pouvait. Alors qu'elle dormait dans un fauteuil, elle entendit une voix chuchoter :

« Viens jouer avec moi. Alis. Je serai toujours près de toi. »

Elle se réveilla en sursaut, cherchant partout d'où venait la voix. Il n'y avait personne mais la voix chuchotait toujours.

« Alis. Je te quitterai jamais. »

Apeurée, elle se boucha les oreilles mais la voix semblait parler dans sa tête. Elle sortit de la maison, en courant. Elle courut aussi vite que ses jambes pouvaient aller, elle se précipita dans la nuit, tomba plusieurs fois, et se recroquevilla dans la cachette où elle évitait les cours de magie. La voix semblait s'être tue. Elle resta là le reste de la nuit et une bonne partie de la journée. La faim la fit sortir, elle retourna en tremblant dans la cuisine mais il n'y avait plus rien à manger. Et elle ne savait pas comment faire pour cuisiner. Elle réussit à prendre quelques œufs dans le poulailler qu'elle goba crus. Elle faisait la grimace, c'était pas bon mais elle était affamée.
Elle passa la nuit dehors, elle ne voulait pas dormir dans la maison, elle avait peur de la voix. La lune était pleine et éclairait la nuit. Alis regardait la maison qui était gage de sécurité il y avait encore pas si longtemps. Soudain, elle vit une ombre humaine longer la façade. Elle semblait flotter plus que marcher et elle se dirigeait vers elle. Plus elle approchait plus Alis se rendait compte que ce n'était qu'une ombre. Il n'y avait pas de corps, elle avait la taille d'un enfant assez jeune, mais elle semblait étirée, amincie. Alors qu'elle n'était qu'à quelque pas de la petite fille, l'ombre se tourna vers elle, et son visage sans yeux la regardait fixement.

« Viens avec moi, Alis. On ne va plus jamais être séparés. »

L'ombre avait la voix de Ravel, Alis hurla en reculant, elle courut le plus vite possible, tomba, se releva, et courut encore. Elle traversa le village en courant, s'enfonçant dans la forêt. Elle tomba et se recroquevilla  au pied d'un arbre le corps traversé de sanglots silencieux.
L'ombre réapparut la nuit suivante, elle appelait toujours Alis avec la voix de son frère. Alis n'arrivait plus à crier, elle restait bouche grande ouverte mais aucun bruit ne semblait plus en sortir. Elle courut à nouveau sans savoir où elle allait. Elle ne cessait de tomber sur les racines et se relevait pour courir à nouveau, cherchant à fuir l'ombre.
Quand le jour se leva, elle aperçut les maisons du village, elle ne s'était pas éloignée, dans la panique, elle n'avait fait que tourner en rond. Elle resta au pied d'un arbre, le corps replié sur lui même, elle avait faim, elle avait froid, elle avait mal, ses chutes de la nuit avaient couvert son corps de plaies et d’ecchymoses. Et elle avait peur. Peur que l'ombre ne revienne encore, et surtout peur de ne pas réussir à s'enfuir. Épuisée, elle finit par succomber de sommeil.

Le soleil était encore haut dans le ciel quand l'homme entra dans le village. Il marchait aidé d'un bâton et guidant une mule derrière lui.  Il inspecta le village et circula entre les maisons un long moment lorsqu'il aperçu un petit tas de vêtements surmontés de cheveux roux vif. Il s'approcha sans bruit, sans gestes brusques et s'assit à ses côtés. Il fouilla dans ses poches, sortit un morceau de fromage, son couteau et commença à en couper des tranches. La petite fille remua dans son sommeil et se réveilla en sentant l'odeur du fromage. Elle se redressa regardant autours d'elle et sursauta en voyant l'homme au visage grêlé qui lui faisait face. Elle hésita un instant, devait-elle fuir ou rester ? L'homme lui tendit un morceau de fromage en silence. Elle le saisit et le dévora. Il la nourrit morceau après morceau. Quand elle eut fini de manger, il lui parla d'une voix calme, lui demanda ce qu'il s'était passé. Mais elle n'arrivait pas à parler. Elle essayait mais aucun mot ne voulait sortir, elle s'énervait en essayant. Il la rassura, sa voix grave l'apaisait. Il lui annonça qu'il venait d'un monastère, qu'il allait l'emmener là bas, on saurait s'occuper d'elle, elle ne serait plus seule. Les larmes coulaient sur les joues de la petite fille, elle voulait tellement ne plus être seule. Mais elle restait méfiante. Pouvait-elle vraiment le croire ? N'allait-il pas partir sans elle ?

La nuit allait tomber et elle devint nerveuse, l'ombre allait revenir. Le moine s'aperçut de sa nervosité mais l'enfant ne pouvait pas lui expliquer de quoi elle avait peur. Soudain il la vit se figer, la bouche ouverte dans un cri muet. Il regarda dans sa direction et vit l'ombre approcher. Il se leva et lui fit face. La fillette ne comprit pas ce qu'il s'était passé. L'ombre avançait, l'homme bougea à toute vitesse et d'un seul coup l'ombre disparut en un nuage noir en lançant un dernier cri :

« Alis !!! »

Le moine revint s'asseoir près d'elle comme s'il ne s'était rien passé. Il sortit une couverture et l'étendit sur le corps de la fillette. Elle passa la nuit, se sentant en sécurité comme elle ne s'était pas sentie depuis longtemps. Au matin, ils partirent tous les deux en direction du monastère.

Edit le 30/10/2012 : correction orthographique
« Modifié: octobre 30, 2012, 12:55:02 pm par Dorothée »

Hors ligne Dorothée

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« Réponse #2 le: novembre 05, 2012, 15:31:49 pm »
C'était jour de fête à l'orphelinat. Tous les enfants et les moines s'étaient réunis dans la cour du monastère afin de fêter le départ de Clarissa. A dix-sept ans, la jeune fille quittait ce qui avait été son foyer pendant dix ans. Elle allait enfin vivre sa vie. Elle ne savait pas ce qui l'attendait mais elle avait hâte de commencer cette nouvelle vie.
Elle avait attendu ce jour avec impatience, comme tous les orphelins, elle avait atteint l'âge où il lui fallait enfin prendre son destin en main. Certains partaient à partir de 16 ans d'autres un peu plus tard, mais tous partaient. Sauf ceux qui décidaient de devenir moines. Mais ces derniers étaient rares, au sortir de l'enfance les orphelins quittaient le monastère pour se lancer dans la vie.

Dans le groupe d'enfants, Alis regardait Clarissa avec un grand sourire. Cela faisait maintenant un peu plus d'un an qu'elle était arrivée au monastère et après des débuts un peu difficiles, elle avait réussi à trouver sa place. Grâce notamment à Clarissa qui s'était occupée d'elle et surtout grâce à Dragon. Le garçon était à ses côtés et faisait de grands signes de la main.

Un peu après l'arrivée d'Alis au monastère, le garçon s'était approché de la nouvelle qui restait toujours toute seule dans son coin et qui ne parlait à personne. Il lui avait dit s'appeler Dragon et que si elle avait besoin de quelque chose, il ferait tout pour l'aider. Un regard méfiant fut la seule réponse qu'il reçut. Mais il lui en fallait plus pour le décourager, tous les jours il venait lui parler. Les premiers jours, elle gardait une moue boudeuse et restait silencieuse. Depuis son arrivée, elle n'avait pas prononcé un seul mot. En fait, elle n'arrivait plus à parler depuis que l'ombre de son frère lui était apparu. Petit à petit, à force de persévérance, Dragon avait réussi à la faire sourire. Si, lorsqu'il arrivait, elle semblait toujours agacée de le voir, il s'était rendu compte qu'elle n'était jamais très loin. Comme si elle recherchait sa présence mais ne voulait pas l'avouer. Il souriait en la regardant, mais il ne fit aucun commentaire, il avait bien compris que la petite fille était fragile malgré ses airs bravaches et il ne voulait pas qu'elle pense qu'il se moquait d'elle. Il se contentait de rester près d'elle, de lui parler le plus possible, et de ralentir en marchant pour lui permettre de le suivre, ce qu'elle ne manquait jamais de faire, en essayant de faire croire qu'elle était là par hasard.

Petit à petit, jour après jour, il avait réussi à l'apprivoiser, elle ne cachait plus le fait de le suivre. Elle trouvait sa présence rassurante, après les épreuves qu'elle avait vécu, elle avait terriblement besoin de pouvoir compter sur quelqu'un. Et elle avait besoin de sentir qu'on s'occupait d'elle.

Elle passait une partie de ses journées avec Clarissa qui, avec le Frère Antonev Belkof, essayaient de lui apprendre les rudiments du tissage ou de la cuisine. Le frère régnait dans la cuisine en trottant d'un bout à l'autre à petits pas bedonnant, Alis avait été impressionée au début, mais très vite elle s'était prise d'affection pour le moine surtout qu'il lui laissait faire à peu près tout ce qu'elle voulait.  L'autre partie des journées était consacrée aux études. Le Frère Andrei Malkof avait été surpris et impressionné d'apprendre qu'à son âge elle savait déjà lire et écrire parfaitement et il insistait pour qu'elle assiste aux leçons tous les jours. Comme lors des leçons avec sa mère, elle trouvait ça interminable. Contrairement au frère Belkof, le frère chargé de l'instruction des enfants était taciturne, austère et il ne se laissait pas attendrir par Alis. Il avait décidé de l'instruire, et il l'instruirait, quoiqu'elle en pense. Poussant de longs soupirs de désespoir, elle restait assise près de la fenêtre et elle passait une partie des cours à regarder dehors. Dragon était souvent dans la cour intérieure à s'entraîner aux armes ou au combat.

Un jour, alors qu'elle était en train de le regarder combattre contre le Frère Sergei Romanov, l'impressionnant moine chargé de son entraînement, il ne sut pas parer un coup de bâton qui le fit tomber. Elle regarda la scène inquiète, il paraissait sonné, elle se mordillait nerveusement la lèvre inférieure attendant qu'il se relève. Mais il restait toujours à terre. Angoissée, elle se leva et sortit en courant de la bibliothèque sans faire attention aux appels de son professeur. Elle se précipita dans la cour où le garçon était toujours allongé. Elle fit une pause et au comble de l'angoisse, les larmes coulant sur les joues, elle cria le nom de Dragon en courant vers lui. Il ouvrit les yeux en essayant de s'asseoir.

« T'as pas le droit de mourir ! T'as pas le droit de me laisser toute seule !
- Hey. T'as une jolie voix. »

Elle le regarda surprise, elle n'avait pas remarqué qu'elle avait recouvré la voix. Elle lui sourit heureuse, puis repris sa moue boudeuse en répétant qu'il n'avait pas le droit de mourir et de la laisser toute seule. Le moine qui regardait la scène avec amusement les interrompit et renvoya Alis dans la salle de cours où l'attendait d'un pied ferme Frère Malkof.

A partir de ce jour, Alis quitta encore moins souvent Dragon.

****

Une fois la voix retrouvée, Alis s'intégra parfaitement au monastère. Elle avait pris ses marques et ses habitudes. Douée pour les études, Frère Malkof l'encourageait à suivre cette voie même si elle s'y ennuyait. Le seul avantage qu'elle trouvait à s'enfermer dans la bibliothèque c'est qu'elle échappait au Frère Belkof et à ses corvées de nettoyage, de cuisine ou de tissage.
Au bout de quelques mois, elle pouvait presque dire qu'elle était heureuse. Mais sa famille lui manquait, son frère surtout. Elle essayait de ne pas y penser, mais le soir quand elle s'endormait, lorsqu'elle fermait les yeux dans sa petite cellule, elle revoyait son frère. Elle le voyait comme il était quand il acceptait de quitter ses livres pour jouer avec elle, puis sa silhouette se déformait, sa voix devenait plus criarde, et il devenait une ombre qui essayait de l'attraper en lui demandant de jouer avec elle.
Elle se réveillait toujours juste avant le moment où la main de l'ombre allait l'attraper. Elle se retrouvait assise, couverte de sueur, bouche grande ouverte incapable de crier. Elle restait les yeux grands ouverts dans la nuit, apeurée à l'idée de se rendormir. Et ce n'est qu'après des heures d'attente qu'elle s'effondrait de sommeil.

Une fois, alors qu'elle venait de s'éveiller après un de ces cauchemars, elle prit la décision qu'elle repoussait depuis plusieurs nuit. Elle se leva de son lit, sortit dans le couloir sans un bruit, les pieds nus sur le sol glacé elle remonta le couloir jusqu'à une porte familière. Elle resta indécise une longue minute, mais ne voulant pas retourner dans son lit seule et effrayée elle ouvrit la porte discrètement.
Sur le lit, une silhouette était allongée et semblait dormir du sommeil du juste. Elle s'approcha sans bruit et secoua légèrement le garçon en murmurant :

« Dragon ! Tu dors ? »

Le garçon fronça les sourcils dans son sommeil et tourna le dos à la source de bruit. Excédée, la fillette le secoua plus fortement :

« Dragon ! Réveille toi ! »

Il ouvrit un œil endormi, et grommela des mots incompréhensibles.

« Dragon ! »

Le deuxième œil s'ouvrit et le garçon la regarda. Il se réveilla tout à fait, inquiet, il s'assit :

« Alis ! Qu'est ce que tu fais ici ? Tu es malade ? Il t'est arrivé quelque chose ? Tu veux que j'appelle frère Belkof, c'est lui qui est de garde cette nuit ?
- J'arrive pas à dormir. Je peux dormir avec toi ? »

Il semblait sidéré par la demande. Il ne savait pas quoi répondre. Elle le regarda, les yeux remplis de larmes.

« S'il te plait...
- Mais... je sais pas... c'est... tu comprend... faudrait appeler le frère, il saura t'aider à dormir...
- S'il te plait. Si je retourne dans ma chambre les mauvais rêves vont revenir, je le sais.
- Mais...
- S'il te plait... »

Elle le regardait maintenant une larme coulant sur sa joue, le menton tremblant. Et il sut qu'il avait perdu. Jamais il n'aurait le cœur de la renvoyer toute seule dans sa chambre en proie aux cauchemars. Poussant un long soupir, il se poussa contre le mur ouvrant les draps.

« Viens. »

Le sourire qui illumina le visage d'Alis convainquit Dragon qu'il avait eu raison. Elle grimpa sans hésiter dans son lit et se pelotonna contre lui. Il poussa un cri quand elle colla ses pieds glacés contre ses jambes. Il ne fallut pas cinq minutes pour que la fillette s'endorme. Le garçon la suivit quelques minutes plus tard.

A partir de cette nuit là, Alis venait tous les soirs rejoindre Dragon, elle n'essayait même plus de dormir seule, convaincue que Dragon saurait chasser l'ombre de son frère.

Les moines évidemment l'apprirent et essayèrent de la convaincre de dormir seul, mais dès qu'ils abordaient la question elle s'enfermait dans un mutisme obtus. Maître Victkor Arendon, le maître du monastère, demanda à Dragon de ne pas céder et de la renvoyer dans sa chambre, le garçon promettait d'essayer et devant les larmes de la petite cédait.
Alors, Maître Arendon ordonna aux moines de fermer la porte de la fillette à clé la nuit, convaincu qu'il fallait qu'elle fasse face à ses peurs. Elle essaya d'ouvrir la porte en vain, elle frappa sur la porte une bonne partie de la nuit, sanglotant. Le lendemain, elle était à nouveau muette et restait seule dans son coin. Dragon était désespéré de la voir dans cette état, mais il pensait que les moines savaient ce qu'ils faisaient.  Trois nuits, les moines fermèrent la porte à clé, trois nuits elle essaya de l'ouvrir. Ses yeux cernés prouvaient qu'elle n'arrivait pas à dormir.
Tous les jours, Dragon allait voir le maître du monastère pour lui demander de laisser Alis le rejoindre. Mais il refusa de céder à ce qu'il appelait ses « caprices ».
A partir de la quatrième nuit, elle n'essayait même plus d'ouvrir la porte mais elle ne dormait pas plus. La journée, elle manquait de s'écrouler de sommeil à tout moment, les cernes teintés de noir et elle avait de nouveau cessé de parler.

Le sixième soir, Dragon resta dans le couloir pour regarder le frère Belkof fermer la porte de la fillette comme il faisait toujours. Le frère grassouillet mit la clé dans la serrure et au lieu de tourner la clé, il réfléchit un instant, regarda le garçon et en lui souriant enleva la clé sans l'avoir tournée. Il partit tranquillement faire son tour d'inspection. Sans réfléchir, Dragon courut vers la porte quand il entendit la voix du frère :

« Fais le discrètement au moins ! Et arrange toi pour qu'elle soit dans sa chambre avant le réveil.
- Merci !
- Je ne vois pas de quoi tu parles... »

Dragon ouvrit doucement la porte de la chambre d'Alis, la petite fille était recroquevillée dans un coin de son lit, pleurant sans un bruit. Quand elle vit la porte s'ouvrir et Dragon apparaître, elle bondit et sauta dans les bras du garçon. Il lui fit signe de ne pas parler et ils allèrent tous deux dans sa chambre. A peine, la tête posée sur l'oreiller la fillette s'endormit profondément. Il la regarda un instant la couvant d'un regard protecteur avant de pousser un petit cri : elle venait de poser ses pieds glacés sur ses jambes.

A partir de ce soir, elle dormit toutes les nuits dans la chambre de Dragon. Maître Arendon affectait de ne rien voir, elle allait tous les soirs dans sa chambre et était toujours dans sa chambre au réveil. Cela suffisait. De toute façon, il n'avait pas le choix, les moines étaient presque tous venus le voir pour plaider en faveur de l'enfant, ne supportant pas de voir la petite pleurer toute la journée.

Dragon et Alis devenaient de plus en plus inséparables. Elle avait trouvé en lui le frère qu'elle avait perdu et le protecteur dont elle avait besoin. Et lui avait trouvé une personne à protéger, une personne qui avait vraiment besoin de lui, pour qui il était important.
En fait, ils se complétaient parfaitement. 

******

Les acclamations autours d'elle arrachèrent Alis à ses pensées. Elle était heureuse pour Clarissa, souvent la jeune fille racontait à l'enfant ce qu'elle comptait faire une fois dehors, comment elle pourrait faire ce qu'elle voulait, comme et quand elle voulait, quels vêtements elle s’achèterait pour remplacer les tristes tenues de l'orphelinat.
Alis pensa qu'elle aussi quand viendrait son temps partira du monastère, elle comptait sur ses dons magiques pour vivre comme sa famille le faisait depuis des générations. Ou alors elle partirait à l'aventure, découvrant des nouveaux pays. Dragon, évidemment, partirait avec elle. Il était hors de question qu'ils se séparent.
Elle compta le nombre d'années qu'il lui restait avant de partir. Elle avait sept ans, si elle partait à dix-sept ans, ça faisait dix années à attendre. Bien, d'ici là elle aurait développé sa magie et apprit ce qu'il fallait pour vivre dehors, Dragon lui aura fini son apprentissage. Il avait dix ans et  il avait commencé à apprendre à se battre tôt, en plus il était doué, il gagnait presque toujours. Donc logiquement il devrait terminer à 17 ans environ, certainement même avant, il lui fallait encore à peu près sept ans.
Alis recalcula mentalement. C'est bien ça, il a dix ans, il part à 17 ou 18 ans, il faut donc... elle compte sur ses doigts... sept ou huit ans !
Elle sourit fière de son raisonnement. Elle se tourna vers Dragon pour lui expliquer lorsque le sourire s'effaça d'un coup de son visage : sept ou huit ans ! Mais à elle, il lui en fallait au moins dix ! Neuf au minimum. Il va partir sans elle ! C'est sûr, quand il aura l'âge, il partira sans elle, comme tout les autres sont partis. Comme son père est parti, comme sa mère est partie, et comme son frère est parti. Et à nouveau, elle sera seule.
Des larmes menacèrent de couler. Elle serra les dents s'empêchant de pleurer. Et bien, s'il veut partir qu'il parte ! Elle n'en a rien à faire ! Elle saura très bien vivre toute seule !

Clarissa était maintenant partie, les enfants s'éparpillaient. Dragon lui parla mais elle ne l'entendit pas, concentrée sur ses pensées. Quand il lui prit la main pour l'emmener dans le monastère, elle se dégagea brutalement et partit en courant sous le regard interloqué du garçon. Il la suivit mais elle refusait de lui parler. Il allait insister mais un frère l'appela. Il la quitta à contrecœur.
Il ne réussit pas à lui parler pendant le repas et elle ne le rejoignit pas pendant la nuit. Inquiet, il se leva et alla la voir dans sa chambre mais la porte était fermée de l'intérieur. Elle avait fermée sa porte à clé. Il l'appela à travers la porte mais elle ne répondit pas. Il eut du mal à dormir cette nuit-là.
Le lendemain matin, il la guetta, et dès qu'elle sortit de sa chambre il fonça droit vers elle. Elle refusait toujours de lui parler et de le regarder. Il allait abandonner quand il vit qu'elle commençait à pleurer.

« Qu'est-ce que tu as ?
- Laisse-moi ! Toute façon, c'est de ta faute !
- Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
- Tu vas partir et tu vas m'abandonner ! Alors c'est pas la peine de faire semblant de t'intéresser à moi.
- Partir où et quand ? Je vais pas partir !
- Si ! Tu vas partir dans sept ans et moi... moi je resterai encore au moins deux ans et je serais toute seule parce que tu vas m'abandonner et que tu penseras même plus à moi et tu m'oublieras... »
Elle éclata en sanglot en parlant. Il la regarda vraiment surpris, essayant de comprendre ce qu'elle disait. Puis d'un coup, il comprit.

« Tu crois que quand je serais grand, je partirai sans toi ? »

Elle hocha vigoureusement la tête entre deux sanglots. Il fronça les sourcils, visiblement très mécontent.

« Comment tu peux penser ça ? Jamais je t'abandonnerai ! Même si tu le mériterais rien que pour l'avoir pensé !
- Mais tu es plus vieux que moi, tu vas partir sans moi.
- Je t'attendrai ! Tu es comme ma petite sœur, je pourrais pas t'abandonner.
- Je suis vraiment ta petite sœur ?
- Oui.
- Alors t'es mon frère ?
- Oui.
- Alors on se quittera jamais ?
- Non, p'tite sœur, on se quittera jamais. »

Il la prit dans les bras, elle se blottit contre lui, le corps secoué par des derniers sanglots. Ému, il la serra plus fort dans ses bras. Les larmes aux yeux, il se rendit compte qu'il avait enfin trouvé un début de famille.

***

Cela faisait plusieurs années qu'Alis était arrivée au monastère quand une fille de son âge arriva à son tour. Elle disait s'appelait Ellen. Dragon avait de la peine pour elle, elle venait de perdre ses parents et elle semblait très triste et fragile, il ne savait pas comment l'aider mais il voulait essayer qu'elle se sente bien parmi eux.
Alis la détesta aussitôt. Tout ce qu'elle voyait c'est que Dragon s'intéressait à elle et elle n'aimait pas ça. Tout le temps qu'il passait à s'occuper de la nouvelle était du temps qu'il ne passait pas avec elle, et elle craignait qu'il trouve Ellen plus intéressante qu'elle. Elle avait toujours peur de le perdre, qu'il l'abandonne. Pour l'instant, Ellen représentait cette menace.
C'est sûr, jamais elle ne pourra aimer cette rivale.

***

Alis, enfant

 
« Modifié: février 01, 2013, 00:01:09 am par Dorothée »

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« Réponse #3 le: janvier 07, 2013, 22:42:59 pm »
« Allez Ellen, on sort !
- Oui, oui, un instant, j'ai bientôt fini...
- Tu dis ça depuis au moins une heure ! Allez, dépêche-toi, on y va.
- T'as qu'à y aller et je te rejoindrai, Alis. Je termine de recopier ce parchemin et j'arrive. Je n'en ai plus pour longtemps.
- Tu parles ! Tu dis ça et quand tu auras fini celui-là, t'en trouveras un autre. Regarde, il fait beau, c'est le premier jour de vrai été et toi tu veux rester enfermée avec tous tes papiers poussiéreux... La vie est dehors, Ellen, pas dans la bibliothèque.
- Pense ce que tu veux mais moi j'aime les livres. Mais vas-y, toi. Je te rejoindrai.
- C'est vraiment nul ! Pour une fois que les frères nous laisse l'après midi libre, toi tu restes enfermée...
- Vas-y ! Plus tu me parles moins vite je terminerai. Donc sors, je vois bien que tu en meurs d'envie et je te rejoins. Promis. »

La jeune fille rousse regarda son amie avec suspicion. Elle savait qu'Ellen était sincère quand elle disait vouloir la rejoindre, mais elle n'était pas certaine qu'elle s'en souviendrait. Lorsque celle-ci était dans ses chers livres, elle oubliait tout. Alis soupira bruyamment, elle ne comprenait pas comment on pouvait autant aimer des vieux bouts de papier. Elle hésitait à partir, sans Ellen c'était moins amusant. Parmi toutes les filles du monastère, c'était sa seule vraie amie. Les autres filles était souvent trop stupides, toujours à glousser bêtement et elle avait l'impression que c'était de pire en pire...  Elle avait espéré que ça allait s'arranger mais elle avait maintenant quinze ans et elle avait abandonné tout espoir.

Ellen s'était replongée dans l'étude du manuscrit, Alis regarda le soleil à travers l'étroite fenêtre. Ne résistant plus, elle se tourna une ultime fois vers son amie :

« Une heure ! Je te donne une heure pour me rejoindre, après je viens te chercher et je te jure que tu sortiras, quelque soit le travail que sera en train de faire. »

Un vague murmure d'assentiment lui répondit.

Alis sortit, heureuse de pouvoir sentir de nouveau le soleil sur son visage. Après plus de trois semaines de pluies continues et un hiver qui n'en finissait pas, le beau temps arrivait enfin et elle avait envie d'en profiter au maximum.

Elle arriva dans la cour principale du monastère quand elle vit un attroupement de jeunes filles, toutes regardaient la même chose. Intriguée, elle s'approcha. Toutes les orphelines de 13 à 18 ans semblaient être là, les novices aussi et même les rares femmes hôtes qui séjournaient au monastère. En fait, en faisant le compte il ne manquait qu'Ellen et elle-même. Elle s'approcha afin de savoir ce qui semblait tellement les captiver.

A quelques mètres devant le groupe, les garçons s'entraînaient au combat. Elle regarda plus attentivement afin de comprendre. Il n'y avait là rien d'insolite, ils s'entraînaient ici tous les jours. La seule chose qui changeait, c'était qu'à cause de la chaleur la plupart des combattants avaient enlevé leur tunique et étaient maintenant torse nu. Rien qui pouvait expliquer les gloussements et les soupirs des dindes qui semblaient hypnotisées par ces hommes luisant de sueur.
En regardant plus attentivement, elle se rendit compte que ce n'était pas les garçons qui fascinaient les filles mais bien UN garçon. Dragon s'entraînait, indifférent au public, cherchant la perfection du mouvement, les muscles saillants et les abdominaux parfaitement dessinés sous la fine pellicule de sueur qui coulait sur sa peau. Après quelques instants d'observation, elle rectifia son jugement, il n'était absolument pas indifférent au public, au contraire même quelque soit les mouvements qu'il faisait, il s'arrangeait pour être toujours face aux femmes et il prenait des postures qui faisaient gonfler ses muscles même si c'était inutile. Alis secoua la tête, cherchant à comprendre ce qui captivaient tant ses camarades, d'accord pendant l'hiver le garçon avait pris pas mal de centimètres en hauteur comme en largeur mais c'était Dragon, quoi, elle le connaissait par cœur.

Après une série d'exercice d'abdominaux, Dragon se leva et se dirigea vers un seau, il sortit la louche et commença à boire à grandes gorgées, bandant outrageusement les muscles de son bras. L'eau coulait sur sa peau en rigoles, de légères volutes de fumée s'élevaient de sa peau, contraste entre la fraîcheur de l'eau et son corps surchauffé par l'exercice. De petits couinements retentirent du groupe de filles et plusieurs gémissements s'élevèrent. A croire qu'elles voyaient Erastil en personne. Les yeux de Dragon parcoururent l'assemblée, se posèrent sur Alis qui était restée un peu à l'écart du groupe et lui fit un clin d’œil. Elle ne put s'empêcher de répondre par un grand sourire et  un signe de la main. Alors qu'il reposait la louche dans le seau en arrêtant de minauder, les soupirs extatiques féminins se transformaient en murmures courroucés, des regards noirs étaient jetés en direction de la rousse :

« Depuis quand elle est là celle-là ?
- Elle a vraiment le don de tout gâcher !
- Chuuut ! Moins fort, elle va nous entendre...
- Et alors ? Qu'est-ce que ça peut faire ?
- J'ai pas envie qu'elle me jette un sort pour se venger.
- Elle oserait pas...
- Dis-ça à Serna, il y a trois ans, elle a fait pleurer Ellen, et hop le lendemain, elle était tellement malade qu'elle a failli mourir.
- Ca a jamais été prouvé que c'était elle !
- Ouais ben moi, j'préfère quand même faire attention. »

Sentant le poids de leur regard sur elle, Alis se tourna vers elles brusquement, les filles sursautèrent et se dépêchèrent de quitter l'endroit le plus naturellement possible. Dragon arriva vers elle, indifférent au départ de sa cour :

« Alors, t'as enfin décidé de sortir profiter du soleil ?
- Hey ! Je s'rai sortie plus tôt si j'avais pu mais j'étais en train d'essayer de persuader Ellen de lâcher ses papiers et de venir profiter du soleil.
- Avec succès, je vois !
- Arrête de te moquer et rhabille toi ! A deux, on arrivera à la convaincre.
- Pourquoi je dois me rhabiller ? Tu ne veux plus voir mes superbes abdos ? »

La fille essaya de prendre un air sévère pendant que le garçon prenait plusieurs poses grotesques, gonflant ses muscles et soufflant fort, mais en vain, elle éclata de rire très vite devant le spectacle. Puis Dragon se redressa et regarda par dessus l'épaule d'Alis :

« C'est pas la peine d'aller la chercher, la voilà. »

Ellen arrivait tranquillement, heureuse d'avoir céder aux suppliques de son amie, savourant la chaleur du soleil sur la peau et riant en entendant Alis presser Dragon de se rhabiller au plus vite, ne laissant à ce dernier aucun répit.

Quelques minutes après, ils prirent le chemin menant vers la rivière qui passait non loin du monastère. Alis annonça le programme de l'après-midi :

« On se repose un instant sur l'herbe pour profiter du soleil, puis Dragon pêche plusieurs poissons et fait un petit feu, comme ça Ellen, tu pourras cuire les poissons. Tu feras ta superbe recette avec toutes les herbes, t'auras même le temps de les cueillir pendant que Dragon pêchera. Et on se régalera juste avant de devoir retourner au Monastère. C'est pas un super programme ça ? »

Dragon la regarda, suspicieux :

« Si si mais et toi ?
- Quoi moi ?
- Oui toi ! Moi, je pèche et je fais du feu, Ellen cueille les herbes et cuisine, et toi pendant tout ce temps tu fais quoi ?
- Ben moi, j'ai donné les idées ! Chacun son boulot ! Toi c'est les muscles, moi c'est le cerveau !
- Tu vas voir, toi ! »

Il se précipita vers la jeune fille mais elle avait anticipé sa réaction et s'était déjà mise à courir avant d'entendre la réponse à sa phrase. Ellen riait aux éclats en regardant la course poursuite, nul doute que le garçon rattraperait facilement la jeune fille mais elle savait aussi qu'au final tout se passerait plus ou moins comme Alis l'avait décidé. Dragon péchera et fera du feu, elle-même cueillera les plantes et cuira le poisson pendant qu'Alis fera semblant d'aider noyant ses camarades sous un flot de paroles continu. Mais ils seront heureux, c'est tout ce qui comptait et ce soir quand Dragon sera dans son lit et qu'Alis aura rejoint Ellen dans le sien, tous s'endormiront le sourire aux lèvres, le cœur plein de joie d'avoir trouvé ce qui ressemblait à une famille.

Hors ligne Dorothée

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Re : Alis Vendest
« Réponse #4 le: janvier 11, 2013, 16:15:57 pm »
Voici Alis Vendest


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