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Opale Campagnes  |  Archives  |  IdF - Sstrad - Carrion Crown  |  PJs (Modérateur: Sstrad)  |  Celena, Paladine de Sarenrae
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Auteur Sujet: Celena, Paladine de Sarenrae  (Lu 2048 fois)

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Hors ligne Celena

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Celena, Paladine de Sarenrae
« le: juillet 10, 2012, 23:51:00 pm »


Céléna a 19 ans.

Bien qu'ayant suivi des entrainements intensifs, elle ne possède pas une carrure impressionnante. Mesurant environ 1m70, les cheveux châtains, plutôt fine et élancée, elle ne marque pas les esprits par sa stature mais par son aura. Seuls ses habits mettent en garde les plus téméraires.

Son armement est essentiellement composé d'une magnifique cuirasse de maître, à laquelle elle tient particulièrement et d'un cimeterre à deux mains, arme de prédilection des suivants de la déesse Sarenrae.

Elle fait partie des paladins qui n'aiment pas exposer à la vue de tous leur statut parfois ostentatoire. Si elle possède sa tenue d'apparat brodée de fils d'or, elle lui préfère une tenue de cuir, plus appropriée au voyage. Longtemps habituée à se battre sans armure, elle ne porte pas sa cuirasse de façon systématique.

Un manteau, une bourse à la ceinture et un cheval constituent tous ses biens. Accrochée à la selle, on peut également voir une épée à deux mains dont le pommeau finement ouvragé est sans conteste l'oeuvre d'un grand maitre. Tout comme la cuirasse, elle représente une valeur très particulière à ses yeux.
Celena

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Re : Celena, Paladine de Sarenrae
« Réponse #1 le: juillet 10, 2012, 23:52:07 pm »
Céléna est une jeune femme au caractère bien trempé. Son passé tourmenté n'est pas étranger à ce tempérament fort.

Sa passion pour le maniement des armes lui sert d'exutoire face aux fantômes du passé. Originaire d'Andoran, elle a conservé en elle cette soif de justice et de liberté, si chères à ce peuple. 

Devenir paladine ne faisait pas parti de ses projets d'avenir. Son seizième anniversaire sera marqué par deux évènements dont sa rencontre avec Pétros Lorrimor. Son destin bascule alors. Il devient pour elle un père spirituel, et c'est en sa compagnie qu'elle entre à Dernier Rempart pour y intégrer le Collège des Croisés.

Ces années d'apprentissage seront marquées par la solitude. Elle n'aspire qu'à une chose,: rejoindre Pétros et se battre à ses côtés. Kendra lui manque également. Elle la considère comme sa jeune soeur et s'inquiète de les savoir seuls sur les routes.

Le jour de l'adoubement arrive enfin. Elle a déjà tout préparé en vue de son départ dès le lendemain. Mais le destin en décide autrement.

La cérémonie achevée, la grande prêtresse de Sarenrae lui remet la lettre annonçant le décès de Pétros. Sa lecture lui fait l'effet d'un coup de poignard.
De nature très intuitive, elle avait pressenti cette ombre funeste. Mais l'approche de l'adoubement l'avait poussé à écouter la raison et non son instinct. Elle ne se le pardonnera pas.

Elle prend immédiatement la route avec pour unique objectif: retrouver Kendra et la garder à ses côtés. Pétros lui avait fait faire cette promesse, s'il venait à disparaitre.
Elle ne laisserait personne lui barrer la route, elle en faisait le serment.
Celena

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Background Partie 1
« Réponse #2 le: février 02, 2013, 14:58:35 pm »
(15/07/2012)

Elle est née au pays d’Andoran, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie locale. Ses parents travaillaient pour la maison Champdoré, l’une des principales familles du Royaume, spécialisée dans les métaux. A l’âge de six ans, déjà connue des domestiques pour son caractère bien trempée, Céréna se glisse clandestinement à bord du bateau marchand de son père, faisant route vers les régions de Razmiran et Kyonin. Elle ne reverra jamais son pays natal.

Aux abords de Kyonin, alors que la remontée du fleuve touche à sa fin, le bateau est attaqué par des pirates. Impuissante, l’enfant assiste à l’exécution de l’équipage et de son père. Vidant le bateau de ses richesses et de ses vivres, ils finissent par la trouver, cachée derrière les barils de vin au fond de la cale. Elle doit sa vie à Barem, l’un des membres de l’équipage, récemment endeuillé par la mort de sa fillette, à peine plus âgée. Il tenait là le parfait présent de réconfort à ramener à son épouse.
Cette décision, marque le premier tournant de la vie de l’enfant. Elle est ramenée dans les terres des Royaumes Fluviaux.
Sa nouvelle famille vit au sein des remparts de Novoboro, capitale du petit royaume de Cordelon.

Les débuts furent marqués par les larmes et la colère qu’elle nourrissait pour les assassins de son père, quand bien même Barem n’y avait pas participé. Mais en dépit de ces relations conflictuelles, son épouse et lui s’étaient attachés à cette enfant et lui pardonnaient tout. Reportant certainement sur elle l’amour de leur enfant défunt. Et il était sincère.

Le temps finit toujours par guérir les blessures, même les plus profondes. Céréna était une enfant intelligente. Et la ville de Novoboro recelait de richesses en tout genre. Ancien centre de commerce elfique, la ville était l’une des rares où ces derniers étaient accueillis et vivaient en harmonie avec les habitants. Les populations extérieures n’étant guère appréciées dans les territoires des Royaumes Fluviaux. Novoboro connaissait une activité intense, régie par des règles et des croyances strictes. Si elle voulait se forger un avenir, elle devait s’intégrer. Et cela commença à la force des poings. D’un caractère fort et bagarreur, elle ne tarda pas à tenir tête aux garçons de son âge. Soucieux du devenir de sa fille et vivant dans la crainte qu’un nouveau malheur lui reprenne son enfant, Barem décida de la former aux armes.

Ces séances d’entrainement devinrent de véritables défouloirs pour Céréna, canalisant sa rage intérieure de révolte et de liberté. Les progrès étaient saisissants. Son ami d’alors, un jeune elfe répondant au nom de Siannodel, la sensibilisa au maniement de l’arc. Mais son arme privilégiée restait l’épée. Ces techniques de combat menant souvent au corps à corps, correspondaient davantage à son caractère et à sa conception du combat. Bientôt âgée de quinze ans, elle trouvait enfin une forme d’équilibre à son existence, partagée entre ses entrainements quotidiens et l’apprentissage des autres royaumes et peuples auprès de ses amis elfes. Grands voyageurs, souvent érudits, ils lui contaient les légendes vivantes et mortes, qui avaient dessinées les frontières d’aujourd’hui.

 Elle avait appris l’histoire de sa terre natale, de Kyonin, celle des Royaumes des Fleuves, mais également la plus connue de toutes : l’Ustalav. Elle n’osait l’exprimer à voix haute de peur de choquer, mais elle aurait aimé vivre en ces temps troublés. Elle aurait eu une raison de se battre, un but. Mais elle taisait ces pensées, même à son ami.

Les saisons passèrent et vint le moment de fêter son seizième printemps. Les récoltes étaient abondantes, et l’air à la fête. Pour une jeune femme, c’était également l’âge où les questions d’avenir naissaient sur les lèvres, où les hommes commencent à porter un intérêt tout nouveau à votre personne. Même Siannodel avait pris ses distances. Il ne lui adressait plus la parole de la même façon. Il y avait une sorte de déférence à présent.
Céréna regrettait les relations simples de l’enfance et méprisait son destin de femme. Fort heureusement, Barem l’avait élevée avec une grande liberté de mouvements et d’esprit. Il n’était pas de ces pères à vous marier pour de l’argent.

En ce matin de printemps, une rumeur court sur les étals. On parle à voix basse de la visite d’un voyageur de renom. Un mage dont les exploits et la vie exemplaire sont contés par delà les frontières.
Céréna a le pressentiment qu’il se déroule quelque chose d’unique. Il existe bien peu de raisons pouvant mettre en ébullition une population comme celle de Novoboro. Si cet homme dont on murmure le nom est si connu, alors les elfes doivent savoir des choses sur lui. C’est avec cette idée qu’elle fait irruption chez Siannodel.

Bien entendu, là aussi on ne parle que de ça.
Alors, comme des centaines de fois auparavant, l’ancêtre de la famille, véritable mémoire vivante, leur conta cet homme extraordinaire. Connu sous le nom de Pétros Lorrimor, c’est un homme de science, érudit et très bon mage. Il voue sa vie à étudier et combattre la non-vie, ces morts refusant le repos éternel. Avec fierté, sous les yeux émerveillés de son fils, le père de Siannodel reconnu s’être battu à ses côtés, de longues années auparavant. Céréna buvait littéralement leurs paroles. Pour la première fois de sa vie, l’une de ces histoires vibrait; elle lui était racontée au présent…

Elle du se résoudre à les quitter pour rejoindre la maison familiale, en vue de son repas d’anniversaire. Le tumulte des rues formait un bruit de fond lointain à ses oreilles. Son esprit était resté chez Siannodel, chevauchant au côté de Lorrimor. Des hurlements sur sa droite, la tirèrent de sa rêverie. Au bord du fleuve, des femmes criaient et se lamentaient, levant les bras au ciel. En quelques enjambées, Céréna rejoignit le groupe, cherchant à comprendre l’origine de leur état. L’une d’elle tendit son bras en direction du fleuve.

A cette période de l’année, les flots étaient grossis par les fontes des neiges, ce qui les rendait particulièrement instables et dangereux. Tout d’abord elle ne vit rien, en dehors de branches d’arbres charriées. Puis soudain, une main sortie hors des flots. Un enfant ! Sans réfléchir, elle sauta dans les remous déchainés, créant une nouvelle montée de cris chez les femmes. Elle du lutter de toutes ses forces, évitant les cadavres végétaux emportés par le fleuve. Au prix de bien des efforts, elle parvint enfin à se saisir de la petite main. Elle tira et sortit sa tête de l’eau.

L’enfant hoquetait. Au moins était-il vivant ! Tournant le dos au courant, elle jeta un regard vers la berge. L’attroupement avait grossi et des hommes, chargés de cordes, longeaient la rive, évaluant les chances de les tirer de là. Parmi eux, Barem son père. Leurs regards se croisèrent l’espace d’une seconde, puis un remous du fleuve lui fit piquer tête. Elle refit surface poussant l’enfant vers le haut pour lui permettre de respirer. Elle vit les hommes courir, les dépasser. Le pont ! C’était là qu’ils espéraient les rattraper !

Il fallait qu’elle tienne coute que coute jusque là. Elle sentait ses jambes broyées par le courant. Le corps de l’enfant pourtant frêle, semblait peser des dizaines de kilos. Elle vit la corde tendue entre les deux rives. Un énième remous leur fit boire une nouvelle fois la tasse. Elle ressorti la tête, avalant douloureusement le surplus d’eau. Regroupant ses dernières forces, elle tendit les bras et saisit leur unique chance de survie. Le choc fut terrible.

Elle sentit le cordage s’enfoncer dans ses chairs. Mais elle ne lâcherait pas, elle le jurait sur la tête de tous les dieux. Elle focalisait toute sa concentration sur la vie innocente qui dépendait d’elle. Il ne fallut pas longtemps aux hommes pour les hisser hors de l’eau. Le cauchemar prenait fin. Le reste n’était plus que vagues souvenirs. Les cris autour d’eux, le contact du sol chauffé par le soleil, son père se penchant sur elle, ses bras que l’ont écartait pour en retirer l’enfant, la brulure de la corde sortant de ses plaies. Elle se sentit soulevée du sol. Elle vit le soleil briller de mille feux, puis la nuit.

Des murmures provenant d’une pièce voisine la tirèrent doucement de sa torpeur. Elle ouvrit les yeux. La chambre était plongée dans une semi obscurité. Les volets avaient été fermés, mais on devinait les rayons du soleil. Elle fut prise de violents maux de tête. Voulant porter sa main au front, elle réalisa que cela lui était impossible. Ses bras étaient couverts de bandages jusqu’aux épaules. C’était à peine si elle les sentait. Bouger ses doigts relevait d’un effort presque surhumain.

Les images lui revinrent peu à peu en mémoire. L’enfant, le sauvetage… Est-il en vie ? Elle le souhaitait de tout cœur. Un bruissement lui fit tourner la tête. Siannodel venait d’entrer dans la chambre.
   - Par Calistria ! Tu es réveillée !

Il n’eut pas le temps d’en dire plus que la porte s’ouvrait en grand. Son père, sa mère, mais également les parents de Siannodel, ils étaient tous là. Et pour la première fois de sa vie, elle fut heureuse de voir sa « famille » ainsi réunie.
Les premiers instants tinrent plus de la cohue générale et d’une avalanche de baisers, que d’un discours compréhensible. Le calme revint petit à petit. On la rassura sur l’état de ses bras. Elle en recouvrirait l’usage. En disant ces mots, elle vit une ombre passer dans le regard de son père. Il lui cachait quelque chose, elle en était sûre. L’enfant ? Est-il mort ?

Le demi cercle s’écarta en son centre et une petite fille apparue. Céréna ne l’avait encore jamais vue auparavant. Elle devait avoir une dizaine d’années, ses cheveux châtain clair étaient noués en tresses. Un homme vint se poster derrière elle, posant ses mains sur les épaules de l’enfant. D’une certaine stature, il avait le teint basané des gens du voyage. D’une voix clair et posée, il prit la parole.
   - Mes mots et ma reconnaissance sont sans limites. Merci d’avoir sauver mon enfant.
   - Céréna, je te présente Pétros Lorrimor.

Elle resta sans voix. Cet illustre homme se tenait devant elle. Il paraissait si… « normal ».
Les jours qui suivirent furent riches d’échanges. Cérena l’inondait de questions. Siannodel lui aussi ne perdait pas une miette de ces instants privilégiés. De nouveau, elle se prit à rêver de chevauchées au côté de cet homme. Mais l’ombre dans le regard de son père lui revint en mémoire. Si ce n’était pas pour l’enfant, alors quelle en était la raison ?

A présent, elle ne portait plus de bandages aux bras. De vilaines cicatrices dessinaient sur sa peau les souvenirs de cet exploit. Peut-être serai-je assez repoussante pour ne pas être mariée, ironisa-t-elle intérieurement. Elle avait hâte de reprendre le cours de sa vie. Croiser le fer lui manquait. Lorsqu’elle évoqua ses pensées à son père, la même ombre passa sur son visage. Alors, le ton grave, il lui apprit que ses blessures ne lui permettraient plus jamais de tenir l’épée. Ils avaient réussi à lui sauver ses bras, mais les os étaient devenus fragiles et les muscles, atrophiés.

Céréna sentit le sol s’ouvrir sous ses pieds. Les larmes roulèrent sur ses joues. Suffisamment remise pour marcher, elle s’isola des autres. Elle ne parlait plus, ne riait plus. Son avenir s’était brutalement arrêté. Seul Pétros parvenait à l’approcher. Patiemment, il partageait ses souvenirs, ses expériences et son savoir. Mais ses récits ne la faisaient plus rêver. A présent, elle se les contait à l’imparfait.

Un jour cependant, la rejoignant comme de coutume, il la trouva différente.
D’ordinaire recroquevillée sur elle-même, ce matin là, elle observait les paysages.
   - Je ne me rendais plus compte de la beauté de la nature, Prof. Les couleurs sont si vives.
   - L’été est à nos portes.

Soucieuse, elle finit par lui révéler un songe troublant, fait la nuit passée. Une forme lumineuse entourée d’une aura chaude, lui promettait qu’elle tiendrait de nouveau l’épée, au nom de la justice et des âmes dans le besoin. Elle lui avait expliqué que cela n’était plus possible, qu’elle ne pouvait plus aider quiconque. Mais la forme lui avait souri avant de disparaître. Elle s’était réveillée avec les mots Derniers Remparts résonnant dans son esprit. Elle ne comprenait pas.

Pétros l’observait attentivement, un sourire flottant sur son visage.
   - Dernier Rempart… Alors ça y est.
   - Que veux-tu dire Prof ? Qu’est-ce que Dernier Rempart ?
   - Tu as l’âme de ceux qui se battent pour le Bien, Céréna.
   - Peut être, lui répondit-elle lasse, mais qu’est ce qu’une âme lorsque l’elle ne peut protéger par l’épée, Prof.
   - Le temps est venu. C’est à mon tour de te rendre ce qui t’est cher. Suis-moi.
Elle le regarda, intriguée. Depuis plusieurs semaines, elle avait eu le privilège de côtoyer cet être à part. Il était devenu un modèle pour elle, et un second père spirituel. Marcher à ses côtés et lever l’épée pour défendre de justes causes étaient tout ce dont elle rêvait.

Il se tourna vers elle, avec ce regard brillant, si caractéristique chez lui d’un changement.

   - Je me disais…Céréna… j’ai toujours trouvé ce prénom un peu dur pour une fine lame. Pour cette nouvelle vie, que dirais-tu de Céléna, jeune paladine?
Celena

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Celena Background Partie 2
« Réponse #3 le: février 02, 2013, 14:59:32 pm »
«  Bien chers Parents,

Je vous écris en cette veille de ce qui sera pour moi un événement central de ma vie. Demain s’achève mes classes. A travers le rituel ancestral de l’adoubement, j’endosserai officiellement ma charge de Paladine. Et ce, jusque ma mort.

Je prends soudainement conscience de l’ampleur de cette mission, et de sa lourdeur. Est-ce la crainte de ce lendemain ou les temps sombres que je sens se profiler sous nos cieux qui me font avoir ces pensées ? Je ne saurai le dire.
Mes rêves sont troubles et mon cœur agité, telle l’innocente proie survolée par l’ombre assassine. Le soleil inonde nos journées d’été, et pourtant, il me semble y déceler des spectres. Furtifs, glissants…Ils sont de plus en plus nombreux.

Lorsque je prends mon épée, ma main est moite. Je sens le froid glisser dans mon dos et la mort murmurer à mon oreille.
Je l’ai déjà rencontrée par deux fois et elle ne m’avait jamais troublée comme aujourd’hui. Peut-être parce que ces rencontres avaient été violentes et rapides. Mais cette fois-ci, elle prend son temps. Je sens les ombres entourer nos cous de cordes invisibles ; tout en moi se hérisse à ce contact. Mais je ne peux en parler. Qui écouterait une jeune femme avoir de simples intuitions ? Je n’ai nulle preuve de ce que j’avance. Juste mon instinct, et il ne pèsera pas lourd dans cette balance.

Les gens sont à la fête, plongés dans les préparatifs de cette cérémonie. Et j’aimerai tant partager leur joie et leur légèreté.
Astra dépense sans compter son énergie à me faire sourire. Trop parfois ! Mais je suis heureuse de la sentir à mes côtés. J’ai foi en nous et en ce que nous défendons. Et je suis fière et honorée de devenir paladine. Cette voix est la mienne, je le sais.
Chers Parents, j’espère ne pas vous avoir inquiétés par mes propos. Cela m’a soulagé de vous en parler.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous et dites à Siannodel que sa compagnie me manque. J’espère avoir l’opportunité de vous revoir prochainement. Puisse la déesse Sarenrae veiller sur vous.

Céléna. »



Elle déposa la plume d’oie et relut sa lettre.
« Moi qui voulais écrire quelque chose de gai…  S’ils lisent ça, ils vont embarquer sur le premier bateau ! »
D’un geste agacé, elle la réduisit en miettes.
Lasse, elle retomba contre le dossier de sa chaise. L’après-midi était déjà bien entamée et il régnait une chaleur étouffante dans sa chambre.

Voilà trois ans déjà qu’elle était arrivée à Vigil, capitale de Dernier Rempart. Tout comme Novoboro, la ville grouillait de vie.
Elle ne se trouva pas dépaysée par le tumulte ambiant qui résonnait familièrement à ses oreilles. Suivant les indications de Pétros, elle s’était d’abord rendue au haut lieu de formation des Paladins, le collège de Guerre des Croisés. C’était en ces murs que les officiers ayant tenu tête à celui qui murmure, avait faits leur classe.  Elle se souvint de leurs visages graves et de l’accueil glacial qu’on lui avait réservé. L’atmosphère ambiante était en total contraste avec l’extérieur, bouillonnant, chaleureux et vivant. Au point qu’elle pensa s’être trompée d’adresse. Ils étaient trois : deux hommes d’un certain âge, une femme sèche au sens propre comme au figuré.

Elle se souvint de leurs regards inquisiteurs tandis qu’ils la scrutaient des pieds à la tête.
Céléna avait couvert ses bras d’un tissu camouflant ses cicatrices. En cet instant, elle s’en était félicitée : pour rien au monde elle n’aurait aimé parler de cela avec eux. La femme fixait le tissu, et Céléna eut la désagréable sensation qu’elle voyait au travers. Mais elle ne dit mot.
Suivant toujours les indications de Pétros, elle leur remit un parchemin, écrit de la main de ce dernier. Elle se souvint du changement quasi immédiat que cela avait provoqué chez eux.
Elle avait l’impression de s’être transformer en objet de curiosité. Leur excitation était presque palpable, ils discutaient à voix basse en lui jetant constamment des regards de biais.

 Ces minutes lui parurent interminables. Puis, d’un seul coup, les deux hommes l’inondèrent de questions. « Comment l’as-tu rencontré ? Comment va-t-il ? Où est-il ? » et bien d’autres encore.
Ils ne lui laissaient même pas le temps de répondre. Elle leur servit des réponses assez vagues, d’une part car elle ne souhaitait pas vraiment partager ces précieux instants, et d’autre part, parce qu’elle ignorait sincèrement certaines réponses.
Ils lui proposèrent une chambre au sein de l’établissement. Mais elle déclina l’offre. En ces terres inconnues, elle ne possédait plus qu’une chose : sa liberté. Et elle avait bien l’intention de la conserver. Elle trouverait un toit en ville.

La suite fut plus simple. Pétros lui avait donné l’adresse de l’une de ses connaissances où elle pouvait demander le gîte. Et c’était là qu’elle vivait depuis trois ans.
Céléna jeta un coup d’œil circulaire à la pièce.

Elle était certes petite mais comportait tout le confort nécessaire à son quotidien : un lit, une table de repas et un bureau. Une petite salle d’eau y était attenante. Non, vraiment pas besoin de plus, songea-t-elle.
Ce qui lui avait surtout plu, c’était son emplacement. Sa chambre se trouvait au dernier étage d’une maisonnette, elle-même située au bord du fleuve. La proximité de l’eau lui rappelait sa propre maison, en terre des Royaumes Fluviaux.

De sa fenêtre, elle avait une vue imprenable sur les bords de fleuves, mais également sur les Montagnes Affamées. Leurs silhouettes sinistres et inquiétantes, se découpaient à perte de vue. Par delà cet obstacle naturel, les terres de l’Ustalav, tristement célèbres.
Céléna se détourna de la vue.

Ses pensées étaient suffisamment sombres, inutile d’en ajouter. Traversant la pièce, elle s’arrêta face à sa table de travail. Son épée était adossée au mur, soigneusement rangée dans son fourreau.
Elle caressa le pommeau du bout des doigts. Demain, elle recevra l’armure des Paladins et le cimeterre à deux mains, arme symbolique des suivants de la déesse Sarenrae.

Mais au fond d’elle, sa décision était prise depuis longtemps : elle conserverait son épée avec elle. C’était l’unique souvenir de son père Barem. Il l’avait faite réalisée chez l’un des meilleurs forgerons de Novoboro et lui avait offert en cadeau lorsqu’elle quitta les Royaumes Fluviaux pour Dernier Rempart.

Il était resté froid, et lui avait souhaité bonne route de son ton bourru habituel, lui jetant presque l’épée dans les bras. Comme s’ils allaient se revoir le lendemain. Mais ce jour-là, le soleil l’avait trahi, faisant scintiller les perles d’eau piégées dans sa barbe, preuve des larmes versées en secret avant ces au revoir.

 Elle lui fit honneur, le remercia simplement et après un ultime regard, se tourna vers sa destinée. Lui non plus ne verrait pas ses larmes silencieuses glisser sur ces joues.
Pétros et Kandra avaient eu la délicatesse de ne rien dire.

Cette première journée de marche se déroula dans le silence. Deux jours auparavant, la déesse Serenrae était apparue en songe à Céléna et sa vie avait basculée.
Elle devait se rendre à Dernier Rempart. Pétros lui proposa de l’y accompagner. « C’est ma direction » avait-il justifié.

La route fut longue et ils mirent plusieurs semaines à atteindre leur but. Le rêve de Céléna était devenu réalité : elle marchait à ses côtés et s’apprêter à vouer sa vie et son arme à la défense du Bien. Pétros continuait de lui dispenser ses expériences passées ce qui ne lassait jamais la jeune fille. Kendra était le rayon de soleil de cette traversée. Elle apportait fraicheur et gaité autour d’elle.
Les paysages défilaient et la fatigue du voyage se faisait sentir.
       - Comment vas-tu me rendre la santé de mes bras ?

   - Je ne le puis. Je suis mage et non prêtre. Mais à Dernier Rempart, ils feront le nécessaire. »

Cette réponse l’avait surprise. Elle s’attendait à ce qu’il la guérisse. Puis vint le jour où ils parvinrent au lac d’Encarthan. La traversée se fit sans difficultés et ils accostèrent enfin à Dernier Rempart. 

«  Que ceux qui descendent ici, se pressent ! hurla le capitaine. J’ai d’autres arrêts ! Allez ! »
Céléna se fraya un passage dans la mêlée de voyageurs, parfois lourdement chargés. A croire que la moitié du navire débarquait ici ! Ce fut avec un certain soulagement qu’elle posa le pied sur la terre ferme.
La foule continuait de descendre, certains se déchargeant brutalement de leur lourde cargaison.

Elle donna des épaules et parvint à sortir de la cohue. Elle chercha du regard Pétros et Kendra, dont la petite main lui avait échappée dès la descente de la passerelle. 
Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’ils étaient restés à bord.

Kendra tenait la main de son père et de l’autre, essuyait ses larmes. Céléna voulut revenir vers eux mais Pétros l’arrêta d’un geste.
        - Que ce passe-t-il Prof ?
    - Tout va bien rassures-toi. Mais tu ne dois pas te retourner. Nos chemins se séparent ici.
   - Comment ça ?!
   - Je t’avais promis de t’accompagner à Dernier Rempart et c’est ce que j’ai fait. Tu n’aurais pas été en état de te défendre en cas de danger, si tu avais fait ce voyage seule.
   - Mais Prof… »
Les larmes lui montaient aux yeux. Elle ne s’était pas préparée à cette séparation. Pas maintenant, pas comme ça.

        - Je suis certain que tu deviendras une grande paladine. J’ai rédigé un parchemin que j’ai placé dans ton bagage. Remet le au Collège.
   - Je…
   - Bonne chance Céléna. C’est à toi de continuer. Seule.
   - Au revoir Léna ! lui cria Kendra entre deux hoquets.

Le bateau s’éloigna du quai et lentement entama un demi-tour. Céléna mis quelques instants à prendre conscience de ce qui se passait. Elle serra les poings. Il avait raison et elle le savait. Alors, courant vers la rive et mettant ses mains en porte voix, elle hurla :
         - Kendra, ne t’approche plus trop près de l’eau ! On se reverra Prof ! Merci pour tout !
Puis elle tourna les talons et serrant les dents, avança vers son avenir.

Céléna n’avait jamais vu si peu de monde : trois villes pour un territoire ! La plupart des hommes portaient l’armure. Elle avait l’impression de traverser une terre occupée par une armée. Ce qui n’était pas si faux que ça à bien y réfléchir.
Quelques jours plus tard, les remparts de Vigil se dressèrent devant elle, puissants et fiers. Sa destinée était devant, là, au bout du pont levis. Elle inspira profondément et s’avança d’un pas décidé. Elle se sentit plus légère, comme si l’on venait de lui ôter un lourd manteau. Elle s’arrêta, interpellée par ce sentiment. N’en comprenant pas l’origine, elle se tourna vers Pétros. Mais il n’était plus là pour y répondre. Une boule lui noua la gorge. Les rires de Kendra lui manquaient aussi. Elle reprit alors la traversée du pont, avec l’étrange sensation d’abandonner sur l’autre rive sa vie passée.

Des coups martelés à sa porte la ramenèrent brutalement à l’instant présent.
        - Céléna ! Tu es là ?!
C’était la voix d’Astra. Elle lui ouvrit et s’écarta pour la laisser entrer.

        - Que fais-tu seule la veille d’un si grand jour ?!
   - Pas grand chose. Je range…
   - Tu ranges ?! Tu te payes ma tête ! Comme si c’était le moment !
   - Qu’est-ce qui t’amènes ? C’est Arwyl qui t’envoie ?
   - Pas le moins du monde. Enfin presque. Mais là n’est pas le problème. Il n’a pas tort, tu sais. Qu’est-ce qui t’arrives ces derniers temps ? Tu es devenue distante et tu sembles préoccupée. Je suis ton amie. Qu’est-ce qui ne va pas ?
   - Rien. C’est plutôt les préparatifs qui creusent ce contraste. Vous êtes tellement excités que du coup, je parais très calme à côté de vous. Voilà tout.

Astra planta son regard dans le sien, visiblement peu convaincue de ces arguments.
Cela faisait deux ans que les deux jeunes femmes s’étaient liées d’amitié, et elle savait reconnaître ces moments où elle ne tirerait rien de Céléna. Elle poussa un soupir et se dirigea vers la fenêtre, grande ouverte. Elle observa la foule et la cohue des rues bondées.
       - Franchement, reprit-elle. Je n’ai jamais compris comment tu pouvais trouver le repos avec tant de bruit. Nous sommes si bien installés au Collège. Tant de personnes envient notre place ! Et toi, tu l’as refusée.
   - C’est plutôt moi qui n’ai jamais compris comment vous faisiez pour vivre dans ce monastère.
   - Céléna ! Un peu de respect tout de même !
   - Tu veux que je te dise pourquoi j’aime tant vivre ici ? lui répondit-elle en s’accoudant à son tour à la fenêtre.
   - Essayes toujours…
   - Tu vois ces gens ? Tu vois ces enfants courir ? Tu vois ces paysages ? Et bien ce sont eux qui me donnent le courage de lever l’épée. Leur chaleur, leurs rires résonnent en moi. Ils guérissent ma fatigue et mes blessures. La chaleur de notre déesse les enveloppe. Je peux le sentir. Ils me rappellent pourquoi j’ai choisi cette voix.

Astra l’observa sans mot dire. C’était la première fois que Céléna lui révélait de telles raisons. Elles étaient très différentes l’une de l’autre. On dit souvent que les opposés s’attirent. Cela devait être vrai. Pour elle, son choix de vie était parfaitement à l’opposé de celui de son amie. C’était justement cette proximité et les prières à leur déesse, qui lui donnaient la foie. Depuis sa révélation, elle ne se battait plus qu’en son nom. Le reste appartenait à un second plan.
        - Allez ! Je t’emmène !
   - Où ça ?
   - Aux bains ! Avec cette chaleur, rien de tel. Et puis, il faut nous préparer pour demain !

Et joignant le geste à la parole, elle ferma les battants de fenêtre, attrapa Céléna par le bras et la tira vers la porte. Cette dernière la suivit, sans résister. Elles ne mirent pas longtemps à atteindre les thermes du Collège. Quelques minutes plus tard, elles glissaient dans une eau tiède parfumée à la rose. Il était difficile de ne pas se détendre. Les vapeurs de fleurs, la lumière tamisée du lieu, la fraicheur des pierres, tout enjoignait à la détente. Céléna se laissa happer par ce bien-être et ferma les yeux, remerciant intérieurement Astra de l’avoir emmenée.


Cette dernière l’observait, dans la pénombre du bain. Leur première rencontre lui revint en mémoire.
Céléna s’était montrée différente des autres, dès son arrivée à Vigil. Sa force de caractère et son indépendance, la faisait sortir des rangs. Il n’y avait que peu de femme Paladin et son arrivée au Collège s’était vite répandue. Mais sa rencontre avec Arwyl dès le premier jour, avait fait le tour des remparts encore plus vite.

Suivant de la déesse Iomedae, beau jeune homme dans la force de l’âge, il était l’un des meilleurs paladins du Collège. Son habileté à l’épée et son courage n’étaient plus à faire. Mais la jeunesse et les dons de la Nature vous poussent parfois à perdre votre humilité. Arwyl avait pleinement conscience de sa position privilégiée et de l’impact qu’il avait sur son entourage.

Les autres paladins de son ordre lui vouaient une sorte de respect, quant à la gente féminine, il n’en était pas une qui ne rêvait de se promener à son bras. Astra, était arrivée un an avant Céléna et avait rejoint les suivants de la déesse Sarenrae.
 Les prouesses d’Arwyl lui étaient rapidement parvenues. La curiosité avait laissée place à la déception, devant ce jeune homme, certes beau, mais imbu de lui-même.
Elle avait été choquée de trouver une telle personnalité chez un paladin. A ces yeux, leur mission divine se plaçait bien au-dessus de ces attitudes puériles. Très vite, la tension était montée entre les deux jeunes gens. Arwyl, peu habitué à cette réaction, ne manquait pas une occasion, quant à Astra, elle était mise en quarantaine par les rares femmes paladins, pour avoir osé porter un autre regard sur lui.

 Elle avait donc passé sa première année relativement isolée des autres, vouant son temps et sa ferveur à sa déesse. L’arrivée de Céléna, un an plus tard, devait rompre cet isolement. C’était une belle journée de fin d’été. La jeune femme, fraichement arrivée, s’était présentée au Collège pour y être admise et y recevoir l’enseignement sacré.

Très rapidement, la nouvelle d’une nouvelle femme paladin s’était répandue ; et paraitrait-il qu’elle connaît Pétros Lorrimor ! Tous cherchaient à croiser cette inconnue, que de surcroit, l’on disait belle. Ce fut Arwyl qui la trouva le premier.
Grand mal lui en a prit ! songea Astra un sourire au lèvres.
Céléna reprenait le chemin de la ville, lorsqu’il lui barra la route.
        -  Alors, c’est toi la nouvelle ?
Mais elle ne releva pas.
        - Je t’ai parlé !
   - Et moi je ne réponds pas aux inconnus qui me barrent le passage.

Elle lui avait assené cette réponse d’un ton tranchant, le regard planté dans le sien.
Astra, qui était arrivée par un sentier de côté, observait cette scène surprenante. Elle vit le rouge monter aux joues d’Arwyl. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui réponde ainsi. Piqué au vif, ne cachant plus son agressivité, il reprit :
        - Alors comme ça tu penses pouvoir devenir Paladin ? Avec tes maigres bras, tu imagines pouvoir soulever une épée ? Laisses-moi rire. Tu es plutôt jolie. Pourquoi ne te chercherais-tu pas un mari ?

La jeune femme se contenta de le fixer, puis fit mine de vouloir le contourner. Mais il écarta les bras, démontrant clairement ses intentions de ne pas la laisser passer. Astra porta la main à sa ceinture. Elle savait ce qu’Arwyl cherchait à faire : provoquer un combat, ce qui état formellement interdit dans l’enceinte sacrée.
Tout désobéissance était passable d’exclusion. La nouvelle devait ignorer cette règle.
        - Où vas-tu comme ça ?
   - Ca ne te concerne pas.
   - Alors comme ça, je ne suis pas assez bien pour que tu m’adresses la parole ? Voyez-vous ça. Ce vieux Lorrimor devait être éméché pour t’avoir fait croire que tu deviendrais pala…

Il n’eut pas le temps d’achever. La lame de Céléna se trouvait pointée sous sa gorge.
     - Son nom dans ta bouche sonne comme un blasphème. Ecartes-toi à présent.
Il porta à son tour sa main sur la garde de son épée.
« Arrêtez immédiatement ! »
Salé trottinait à vive allure vers eux, les yeux furibonds.

« Ca va chauffer » songea Astra. « Notre prêtresse est intransigeante avec les lois »
Céléna reconnut la petite femme sèche qui l’avait reçue quelques instants plus tôt.
        - Arwyl ! Disparaissez de ma vue ! Quand à toi ! lança-t-elle à Céléna, tu me suis !
   - Mais, je… essaya-t-elle de justifier.
   - Silence ! »
Astra les vit passer non loin d’elle. Elle compatissait pleinement.


        - A quoi songes-tu ?
Céléna venait de rouvrir les yeux, et observait son amie.
        - Oh, à rien d’important…
   - Tu semblais sourire pourtant.
   - Oui, confessa Astra. Je repensais à ton arrivée au Collège, et plus précisément à ta rencontre avec Arwyl.
   - Ah… en effet.
   - Tu n’as pas idée comme j’étais heureuse ce jour là. Enfin quelqu’un à qui il ne faisait pas d’effet ! Et en plus, tu rejoignais l’ordre de Sarenrae et non celui de Iomedae.
   - J’étais heureuse de te rencontrer. Une personne avec qui je pouvais discuter sans me sentir jugée.

Céléna se redressa, posant son bras sur le rebord du bain.
        - Tu portes encore ce bracelet ? demanda Astra.
   - Oui. Je ne l’enlèverai pas.
   - Ils te manquent toujours n’est-ce pas ?
   - Si tu avais eu le privilège que fut le mien, de croiser la route de Pétros, peut-être me comprendrais-tu.
   - C’est touchant que Kendra t’ait fait ce cadeau.
   - Oui.

Céléna regarda songeuse, le fin cordon de cuir à son poignet droit. Une petite amulette y était suspendue, représentant le soleil. A son arrivée à Vigil, le bijou était tombé du fond de son sac en déballant ses affaires. « Pour toi » enroulaient le cadeau. Les mots étaient écrits d’une main d’enfant. Elle avait échangé des lettres avec eux mais voilà près d’un an qu’elle n’avait plus de nouvelles. Et cela l’inquiétait.

Céléna plongea la tête sous l’eau parfumée. Le silence lui fit du bien. Elle en ressortit et proposa à son amie d’aller se restaurer.
La nuit était à présent tombée mais les rues ne désemplissaient par pour autant. Les passants ne cessaient de les héler, tantôt les félicitant, tantôt leur souhaitant bonne chance pour le lendemain.

La soirée était déjà bien avancée, lorsqu’elle rentra enfin chez elle. Elle se sentait épuisée.
Elle laissa glisser sa fine chemise au sol, et s’allongea sur son lit. Les rayons du disque lunaire éclairaient la chambre. On y voyait comme en plein jour. Elle tendit les bras vers le plafond.
Ces cicatrices se dessinaient tout le long, tels des serpents entrelacés. Elle serra les poings et sentit la force soulever ses muscles. Elle savait que ses paroles, évoquées dans cette chambre quelques heures plus tôt, avaient choquées Astra. Ce n’était pas le but. Elle avait été sincère. Si elle puisait dans cette vie bouillonnante, le courage de se battre, elle n’oubliait pas qu’elle devait tout cela a sa déesse. Si ses bras avaient aujourd’hui la force de lever l’épée, c’était grâce à Sarenrae.
La guérison avait été lente mais les résultats, extraordinaires. Elle repensa à la conversation du bain, et à cette première rencontre avec Arwyl. Lentement, son esprit glissa dans le sommeil, vers ces instants passés.


       - Suivez-moi !
Salé marchait devant elle, visiblement furieuse. Céléna maugréait en son fort intérieur. Rien ne lui serait épargné. Elle était épuisée et n’aspirait qu’à une chose : dormir. Pourquoi avait-il fallu qu’elle croise cet homme ? Et pire que tout, pourquoi fallait-il que ce soit cette vieille peau qui soit intervenue ?!

Elle la suivit un bon moment, attirant les regards de tous ceux qu’elles croisaient.
Salé la conduisit dans un temple visiblement dédié à Sarenrae. Elles entrèrent dans une salle où s’affairaient des servantes. Céléna chercha du regard le prêtre, convaincue qu’elle avait été conduite ici pour y être réprimandée, voir punie.
Une servante s’approcha de la vieille, et, s’inclinant respectueusement, demanda :
        - Puis-je vous être utile, Grande Prêtresse ?
   - Non, vous pouvez disposer. Merci.

Céléna restait figée sur place. « Grande Prêtresse ?!!! » Non, ce n’était pas possible ! Cette petite vieille serait la représentante de Sarenrae et donc sa supérieure !!!!
Elle en avait le souffle coupé.
        - Un problème jeune fille ?
Salé la fixait de son regard perçant.
        - Non, non, aucun.
 Inutile de s’attirer plus d’ennuis.

        - Alors comme ça, à peine arrivée et tu veux croiser le fer ?
   - Pas du tout ! Il m’empêchait de passer et tenait des propos déplacés.
   - Voilà tout ?
   - Il a manqué de respect envers un grand homme.
   - Ton excuse est pathétique. Tu manques de sagesse et ton jeune âge doit en être la cause.
   - Mais puisque je…
   - Silence ! Tu t’apprêtes à devenir Paladine. C’est une mission noble et divine. Nombres de personnes que tu rencontreras manqueront de respect mais il n’est nulle question d’utiliser ton statut ou ta force pour réparer des causes personnelles. Tu es au service de Sarenrae et ton épée ne doit être dégainée qu’en son nom. Ne l’oublie jamais. Et d’ailleurs, comment comptais-tu te battre face à l’un des meilleurs paladins de Iomedae ?
   - Je ne comprends pas.
   - Ne fais pas l’innocente.

Et s’approchant de Céléna, elle ôta brutalement le tissu couvrant ses bras, dévoilant leurs cicatrices et leur terrible maigreur.
        - Je veux parler de tes bras. Tu pensais que je ne m’en étais pas rendue compte ? Je doute fort que tu sois en mesure de manier l’épée jeune fille.

Céléna serra les dents. Elle avait raison. Rien que le fait de la brandir brutalement tout à l’heure, lui avait provoqué de terribles élancements dans les avant-bras. S’il avait dégainé, s’en était fini d’elle.

         - Mmm… je vois à ton expression que j’ai vu juste. En résumé, je t’ai tout bonnement sauvée en intervenant. Bien… maintenant que les choses sont claires, occupons-nous de ces bras.
Céléna leva vers elle un regard empli de surprise. Elle s’apprêtait à recevoir de nouvelles remontrances, et voilà que Salé lui parlait de guérison ?
         - Je ne met pas en doute la bonne foi de la lettre que tu nous a présentée. Elle vient bien de Pétros. Tu as été élue pour rejoindre les suivants de notre déesse Sarenrae. Par conséquent il est de mon devoir, en tant que Grande Prêtresse, de te guérir, afin que tu puisses combattre en son nom. Ce sera long et parfois douloureux. Mais il n’existe pas d’autre moyen. Il te sera formellement interdit de lever l’épée, tant que la guérison ne sera pas achevée. Est-ce bien clair ?
   - Tout à fait. Merci.
   - Remercie Pétros.

Les semaines qui suivirent tinrent plus du calvaire qu’autre chose. Elle devait s’asseoir à même la pierre glacée, dans une pièce où une fenêtre pour aérer n’aurait pas été un mal. On lui recouvrait les bras d’onguents aux odeurs insoutenables, puis Salé, face à elle, déversait flot d’incantations dans un dialecte inconnu.
Le plus dur restait à venir : Céléna sentait ses muscles bouger seuls. Elle ne les métrisait plus. Chaque mouvement, chaque pulsion lui tordait le visage de douleur et elle devait se mordre l’intérieur des joues pour ne pas crier. Ces sensations étaient terrifiantes, lui faisant passer la peau d’un brasier ardent au froid le plus intense. On lui plaçait un boudin de pâte sur les genoux, afin qu’elle puisse le serrer pour oublier la douleur. Cela durait des heures, la conduisant dans un état d’épuisement qu’elle n’avait encore jamais connu.

« On te fait repousser les muscles » lui avait-on expliqué un jour.
Ses bras étaient devenus si faibles qu’elle n’était plus en mesure de lever une chope pleine. Une servante l’assistait et l’aidait comme une handicapée. Elle était coupée des autres paladins et recevait ses instructions directement de Salé, le soir. La voix de la vieille prêtresse résonnait de façon lointaine. Et bien souvent, elle finissait par s’endormir. Les jours filèrent ainsi. Elle s’étonnait de mémoriser ces enseignements compte tenu de son état. D’autant plus qu’elle était intimement convaincue d’en avoir déjà entendu certains, contées par une voix plus jeune.

Enfin, au bout de deux mois, Salé la déclara guérie. On lui amena son épée. Quelle ne fut pas sa joie de parvenir à la soulever comme avant ! Des larmes roulèrent sur ses joues. Salé l’observait, souriante.
        - Te voilà prête. Tu retrouveras les autres suivants de notre déesse dès demain et tu poursuivras ton apprentissage à leurs côtés.
   - Je ne sais comment vous remercier.
   - Tant que nous y sommes. Souhaites-tu que je fasse disparaître ces horribles marques ?

Céléna regarda ses bras. Ils avaient recouvert leur vigueur et leur force, mais les cicatrices laissées par la corde y étaient encore bien visibles.
        - Non, je vous remercie. Je souhaite les conserver.
   - Ah bon ?
   - lles me permettront de me souvenir comment et à qui je dois ma nouvelle vie.
Salé sourit. C’était un fait, cette épreuve avait changé la jeune fille. La souffrance et l’isolement lui avaient appris à canaliser ses émotions et son énergie. Elle en était certaine, elle n’était plus cette jeune fille fraichement arrivée, dégainant son épée sur une simple provocation verbale.
Le lendemain, elle rejoignit les autres. C’est là qu’elle fit connaissance d’Astra avec qui une amitié sans faille devait se nouer.


Les rayons du soleil caressèrent le visage de Céléna. Le jour pointait à l’horizon, chassant les dernières ombres de la nuit. Elle ouvrit les yeux. Les rues étaient encore calmes à cette heure-ci. Elle s’étira et s’assit au bord du lit.
Ca y était. Le grand jour était enfin arrivé.

Elle avait bien dormie et se sentait reposée. Elle décida de profiter de ce calme pour marcher. Elle adorait ce moment de la journée où la ville semblait lui appartenir, où le son du fleuve prenait le dessus sur les bruits de la cité. Elle le remonta lentement, en direction du Collège, s’arrêtant par moment pour s’y rafraichir. Après cette journée, elle prendrait la route en quête de Pétros. Cela faisait un an qu’elle n’avait plus de nouvelles et cela l’inquiétait.

Autour d’elle, les habitants s’éveillaient et l’on entendait claquer les premiers volets. Les échoppes rouvraient leurs portes et les premières odeurs de pain cuit embaumaient l’air. Elle se laissa porter avec délice vers les étals. C’était un grand jour pour la ville. De ce fait aucun artisan ne voulut recevoir son argent et lui offrait avec cœur son premier repas de la journée.

Céléna mordait à pleines dents son pain. Cela faisait un moment qu’elle ne s’était pas sentie aussi bien. Elle percevait une harmonie entre les choses. Oui, il se passait quelque chose d’extraordinaire aujourd’hui. Chaque fibre de son être pouvait le pressentir.

La soif la poussa vers une nouvelle échoppe où le même scénario se répéta. Elle en ressortit avec un gobelet empli de jus de fruits. La ville reprenait ses droits. Bientôt, les rues seraient de nouveau bondées. Pressant le pas pour échapper à cette cohue imminente, elle percuta de plein fouet un jeune homme. Il avait brutalement fait irruption sur sa droite, ne lui donnant pas le temps de l’esquiver. Le liquide vola, finissant sa course en une énorme tache sur son vêtement clair. Il la regardait, consterné.
        - Je suis désolée, je ne vous avais pas vu.
   - En effet. Moi qui était déjà en retard, voilà qu’il faut que je m’en retourne me changer !
   - Puis-je vous dédommager ? demanda-t-elle se saisissant de sa bourse.
   - Inutile. Votre bourse n’est pas assez pleine pour couvrir les réparations de cet habit.
Le regard de l’inconnu glissa le long des bras de Céléna. Sortie rapidement ce matin-là, elle avait omis de les couvrir.
Puis s’en ajouter un mot, il tourna les talons et disparut dans la foule.

Elle resta un moment plantée là, lorsqu’une voix bien trop familière l’interpella.
        - Alors, on rêvasse ?
C’était Arwyl. La journée avait pourtant si bien commencée… Après cet inconnu antipathique, voilà que se pointait le Don Juan de service.
        - Oh ! Mais Mademoiselle ne sait pas boire proprement ? fit-il d’un ton moqueur en regardant les taches de rouge sur sa robe blanche.
   - Tais-toi veux-tu. Je ne me disputerai pas avec toi aujourd’hui. Inutile de me chercher des noises.
   - Tu es devenue bien sage depuis notre première rencontre.
   - Il y a de quoi devenir une sainte avec toi, tu sais.
   - Allons allons ! ce n’est pas ce que disent ces demoiselles d’ordinaire. 
   - Comme je les plains.
   - Ca non plus ce n’est pas ce qu’elles disent.
   - Quant même. Comment peux-tu être…
   - Etre ?
   - … Ca ! Enfin ce que tu es ! Tu prends tout avec cynisme. Tu te joues des sentiments de ces filles, tu profites de ton charisme pour obtenir ce que tu veux. Tu es un Paladin ! Comment peux-tu te conduire ainsi !
Il la regarda droit dans les yeux, puis se détournant, reprit sa route.
        - Eh ! Je te parle ! Tu n’as rien à répondre ?
   - As-tu une vague idée de l’espérance de vie d’un Paladin ?
   - Pas très longue je suppose.
   - Tu supposes bien. Cela devrait répondre à tes questions. Je suis Paladin, mais je suis aussi un homme. Et j’entends bien profiter de cette vie, si courte soit-elle.
Puis, d’un pas ferme il la devança et disparut à son tour dans la foule.

 Certes, vue comme cela, elle le comprenait mieux mais ne validait pas pour autant son arrogance et son état d’esprit. Ce fut avec ses pensées qu’elle parvint enfin au Collège.
Les lieux avaient été décorés de fleurs et de rubans. Les servants étaient en émoi et couraient dans tous les sens. Les festivités promettaient d’être grandioses. Des paladins de tout âge, arboraient leurs plus belles armures. On y croisait des mages, des prêtres en tenue d’apparat. Des tournebroches énormes trônaient dans la cour, et déjà l’on s’affairait autour.

Elle se hâta de rejoindre les suivants de Sarenrae. Astra était déjà là. Elles se changèrent, enfilant une tenue blanche et courte, dégageant ainsi leurs jambes. Le reste leur sera remis lors de la cérémonie.
On les regroupa. Elles n’étaient que deux femmes pour la déesse Sarenrae et une chez Iomedae. Dehors, la population s’était rassemblée et l’on entendait distinctement les chants et les clameurs.

La cérémonie débuta peu avant midi, avec les suivants de Iomedae. Elle vit Arwyl, s’avancer en tête et du lui reconnaître une certaine prestance. Son visage était sérieux et son regard, focalisé sur l’événement. Rien à voir avec ses expressions grotesques de d’habitude. Il reçut son épée, son boulier ainsi que son armure, frappée aux armoiries de la déesse. On entendait les femmes se pâmer dans l’assemblée et Céléna se surprit à ressentir de la compassion pour elles.

Il en fut ainsi pendant deux bonnes heures, puis vint le tour des suivants de Sarenrae. Le soleil avait atteint son zénith et inondait l’autel de ses rayons. Céléna se sentait comme enveloppée dans cette chaleur.
Vint son tour de monter les marches menant à Salé, grande Prêtresse, richement vêtue pour la circonstance. Deux suivantes entourèrent Céléna et lui passèrent une tunique blanche brodée d’or fin. Nouée le long du buste, sous les bras, le tissu se fendait de chaque côté sur toute sa hauteur du haut des cuisses jusqu’en bas afin de laisser une totale liberté de mouvement aux jambes.

 On lui plaça son armure au niveau de la poitrine et des épaules, une autre le long de sa cuisse droite, des genouillères, des coudières. Elle retint sa surprise. Le plastron était différent de celui d'Astra. Il était clairement d'un maitre d'armes et le travail dessus était magnifique. Il faudra qu'elle en demande l'explication à Salé, après la cérémonie.
Elle enfila des gants blancs couvrant ses avant bras jusqu’aux coudes. Une ceinture de cuir entourait sa taille, attachant la tunique à l’armure.
Les servantes s’écartèrent. Salé s’avança vers elle, tenant l’arme de prédilection des suivants de Sarenrae.
« - Céléna, je te remet ce cimeterre. Puisse-t-il toujours guider ton bras pour défendre le Bien. Par cet acte, je te fais Paladine de la déesse Sarenrae. Relèves-toi. »

Céléna se releva et reçut l’arme. A cet instant, elle ressentit une immense lumière descendre sur elle. Ou plutôt en elle ? Elle n’en savait rien. Ce sentiment était des plus étrange. Comme si l’on venait de lui recouvrir les épaules d’un manteau de lumière.
Bouleversée, elle reprit sa place dans les rangs aux côtés d’Astra.
Lorsqu’ils furent tous passés, un brouhaha général s’éleva. Chacun prenait conscience qu’une nouvelle page se tournait. Ils étaient Paladins.
Un homme monta les marches et leur fit face.

« En devenant Paladins, vous mettez votre arme au service du Bien. C’est là l’origine même de Dernier Rempart. Vous prêtez le serment pour cette cause défendue au prix de beaucoup de sang. C’est avec fierté que je vous regarde aujourd’hui, moi, Roi de Vigil… »
Céléna n’entendit plus la suite. Devant elle, se tenait l’homme qu’elle avait taché le matin même.
Celena

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Le prix d'un beignet
« Réponse #4 le: février 02, 2013, 15:02:57 pm »
(21/01/2013) FLASHBACK :

« Mmm….mmm !! … » ….
Il inspira profondément, se concentrant pour conserver le rythme.
Les bruits filtrant du dehors laissaient deviner que la matinée était déjà bien avancée. Il dégagea son bras gauche pris dans le drap et le repositionna, prenant soin de ne pas s’appuyer sur la chevelure de sa partenaire.
Elle étendit les bras, ramenant son torse vers elle. Il sentit les perles de sueur glisser dans son dos et venir mourir au creux de ses reins. Il intensifia son balancement. Les ongles de la jeune femme s’enfoncèrent un peu plus dans sa peau.
Il l’observa. Elle était belle, comme chacune de ses conquêtes.
Il posa sa main droite sur sa hanche, la maintenant fermement.
« Mes beignets, mes bei (…) »
Les gémissements qui s’élevèrent, couvrirent les appels à la volée du marchand.

« Je vous en achète un s’il vous plait ! »
-   Une pièce ma p’tite dame.
-   Tenez. Merci ! »
« Mes beignets, mes beignets ! Qui veut mes beignets ?! »
Céléna observa l’homme s’éloigner puis croqua à pleine dents dans son petit déjeuner.
Cela valait vraiment le coup de traverser une partie de la ville. Ces beignets étaient sans nul doute les meilleurs de Vigil !
Un de ce jour, sa gourmandise la perdrait !
Elle se décala sur le côté de la rue et observa les alentours. Elle ne connaissait presque pas ce coin de la capitale. Les bâtisses sur sa droite contrastaient avec l’architecture du reste de la ville. Leurs proportions bien plus massives, ne laissaient pas de doute quand à leurs fonctions. Elle se trouvait à la limite du quartier des maisons closes.
Tous les genres, tous les âges s’y mêlaient dans une cohue inimaginable.
Céléna se cala contre un mur, absorbée par la contemplation de ce tableau social exubérant. On y voyait de tout, de l’homme affichant fièrement l’expression du « devoir  accompli» à celui rasant les murs, dans l’espoir de ne pas être reconnu.
Et puis il y avait les femmes bien sur. Brunes, blondes, petites, grandes, minces, enveloppées. Il y en avait pour tous les goûts. Aguicheuses, elles interpelaient le passant, faisant onduler leurs formes sous des tissus chamarrés, laissant par moment « échapper » une épaule ou le début d’un sein.
Céléna ne put s’empêcher de les comparer aux sirènes des histoires d’autrefois. Certaines étaient de véritables beautés, c’était un fait.

« … Tu reviendras ?
-   Peut-être, répondit-il machinalement en se rhabillant.
-   Mmm…Pourquoi les hommes ne sont-ils jamais fidèles à leurs conquêtes ?
-   Parce que ce sont des conquêtes. ..Merci, le service était très bien. »
Il déposa sur le meuble en bois plusieures pièces de platine et sortit sans se retourner.
La jeune femme s’étira langoureusement sous les draps, puis, les ramassant autour d’elle se leva et se dirigea vers le meuble. Elle se saisit de l’une des pièces et mordit dedans. Satisfaite, elle les lâcha dans un petit vase, se dirigea vers son miroir, remit de l’ordre dans ses cheveux et se prépara. Elle entendit l’escalier craquer sous les pas du jeune homme, et poussa un soupir. Des clients payant aussi bien, elle ne s’y faisait pas. Elle se félicita d’avoir intégré cette prestigieuse maison fréquentée par les plus grands.

D’un geste machinal, Céléna froissa le papier où feu son beignet reposait. Se redressant, elle chercha du regard un endroit convenable où se défaire du cadavre, lorsqu’une main se glissa doucement sous sa chevelure, venant lui caresser la nuque. La jeune femme se raidit, un frisson lui parcourant l’échine. Elle se retourna vivement.
«  Cherches-tu le plaisir ma belle ? »
Estomaquée, elle dévisagea la ravissante créature. Elle devait être un peu plus âgée qu’elle. Sa longue chevelure brune ondulait sur ses épaules, descendant sur ses seins dont le tissu semi transparent laissait deviner le galbe généreux. Sa robe était fendue haut sur la cuisse…pour ne pas dire jusqu’à la hanche.
L’inconnue s’approcha d’elle sans hésiter.
« Tu es belle. Cela te dirait de passer du temps ensemble ? Nous avons tout ce qu’il faut à l’intérieur. »
Sans attendre sa réponse, elle se colla à elle, laissant glisser sa main de la nuque vers son sein droit et lui soupirant à l’oreille :
« Je te ferai un bon prix. »
Revenue de sa surprise, Céléna s’écarta prestement de l’aguicheuse. Elle n’avait jamais pensé que les femmes pouvaient également être la clientèle !
« Mer…merci, articula-t-elle. Mais je ne suis pas intéressée.
-   Ah… dommage, répondit l’autre, viiblement déçue.
-   Au revoir. »
Et sans demander son reste, elle tourna les talons et prit la direction de la Vigil qu’elle connaissait.

Le jeune homme se figea sur place. A quelques mètres devant lui, une chevelure rougeoyante s’enfonçait vers la ville haute.
Céléna ?  Cette chevelure… il n’y avait pas de doute possible. Que faisait-elle là ?
Soudain, une fille de joie fit irruption sur sa gauche. Faisant un signe d’au revoir de la main, il l’entendit hurler :
« A bientôt ma chérie ! J’attendrai ton retour avec impatience ! »
Elle se retourna, faisant face à l’homme, esquissa un sourire enjôleur en lui envoyant un baiser et disparut dans sa maison.
Figé par la surprise, il suivit des yeux la chevelure rouge jusqu’à sa disparition, refusant de croire à ce qu’il venait de voir.

Céléna traçait droit devant elle, sans vraiment se préoccuper de la direction à suivre. Elle ne souhaitait qu’une chose, s’éloigner au plus vite de ce quartier. Oui, vraiment, sa gourmandise la perdrait un jour.
Les paroles de la fille de joie résonnèrent dans sa tête et lui firent monter le rose aux joues. Quelque part, il fallait le prendre comme un compliment !
Les rues lui redevinrent familières. Retrouvant ses marques, elle ralentit enfin le pas, puis obliqua instinctivement vers la droite pour rentrer chez elle. 
Ce fut avec soulagement qu’elle reconnue la silhouette de sa modeste maison.
« Enfin te voilà ! »
Astra l’attendait, plantée devant la porte.
« Où étais-tu ? reprit-elle.
-   Nulle part. Je vais monter me faire un brin de toilette. Tu m’attends là ou tu montes ?
-   Je monte. »
Céléna passa devant et ouvrit la porte.
« Nulle part, hein… que de parfums pourtant… » songea Astra en humant le sillon d’air laissé par son amie. 

Le jeune homme traversa la foule ambiante dans un état second. Il ne revenait toujours pas de sa surprise. Pourtant, rien ne pouvait laisser paraître chez elle son penchant pour les … . Comment ne s’était-il rendu compte de rien. Serait-ce la raison pour laquelle elles sont toujours ensembles, avec Astra ?
Impossible, Astra était avec son… . Et pourtant, jamais Astra ne s’était liée avec qui que ce fut, restant toujours à l’écart, ne se mêlant pas aux autres. Et pour cause ! songea-t-il.
Jamais, excepté depuis l’arrivée de Céléna. Elles ne se quittaient plus. Un véritable coup de foudre…
Il arrivait enfin à la hauteur du Collège, retournant mille fois le sujet dans sa tête. Il n’ignorait pas l’irrégularité des entrevues entre Madrake et Astra. Cette dernière s’était-elle trouvée une substitution ?
« Arwyll ! Arwyll ! »
Marcus arriva au pas de course vers lui.
« Ben dis donc, quel air sérieux ! Je t’appelle depuis un moment sans résultat. Un problème ?
-   Non aucun, mentit Arwylll. Qui a-t-il ?
-   Nous aurions besoin de toi », répondit Marcus.
Arwyll dévisagea le géant. Il avait le sourire béat d’un gamin préparant une farce ou un mauvais coup.  Cela l’intrigua.
«  Qu’est-ce  vous fabriquez ? Pourquoi avez-vous besoin de moi ? demanda-t-il soupçonneux.
-   Faut qu’tu m’suives ! Peux rien te dire ici. »
Et joignant le geste à la parole, il tourna les talons. Arwyll le regarda s’éloigner, hésitant quelques secondes avant de lui emboiter le pas. Lui qui espérait prendre un bain après cette nuit… Qu’est ce que cette journée allait encore lui réserver ?

«  Non ça ne va pas ! »
Céléna jeta le tissu mouillé sur le bord de la bassine. Elle avait entamée une toilette légère mais cela n’y changeait rien. Les parfums des bas quartiers collaient à sa peau et à ses cheveux.
«  Je suis désolée Astra, mais je vais me rendre au Collège. J’ai besoin d’un bain. On se retrouve plus tard si tu veux.
-   Bah, je veux bien t’accompagner. Prends tes affaires, nous y allons. »
Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes serpentaient à travers les rues. Midi approchait et les tavernes commençaient à se remplir. Elles poursuivirent leur progression jusqu’à ce que Céléna se heurte de plein fouet à une montagne humaine.
«  Excus… Marcus ?!
-   Tiens la p’tite nouvelle de Sarenrae ! Et bien sur suivie d’Astra ! »
Cette dernière arriva sur les talons de son amie et salua son frère d’arme.
«  Vous allez aux bains ? » reprit-il, le regard baissé vers le seau de Céléna. « Vous avez raison, prenez bien soin de vous ! » Poursuivit-il avec un sourire malicieux.
En sans plus d’explications, il s’engouffra dans la taverne, lança par dessus son épaule un « Tu me suis ?! »
Quelle ne fut pas leur surprise de se trouver nez à nez avec Arwyll !
Le regard du jeune homme glissa automatiquement vers le seau, puis remonta jusqu’à croiser celui de la paladine.
Elle lui adressa un bonjour gêné, tout en tentant de cacher son nécessaire de toilette derrière elle.
Aucune parole ne vint en retour. Il se contentait de planter son regard dans le sien,  semblant y chercher des réponses.
«  T’es sourd ? On t’a dit bonjour ! »
L’intonation tranchante d’Astra mit un terme à cette inquisition muette. Changeant de cible, il la scruta à son tour, dans un silence obstiné.
«  Que ce passe-t-il ? Y a un problème ? » l’interpella la jeune femme, sans chercher à dissimuler son agacement. «  T’es devenu muet ou quoi ? Et l’autre là, poursuivit-elle en désignant du menton la porte par laquelle Marcus avait disparu, c’était quoi cet air niais ? Vous mijotez quoi encore ? »
Arwyll s’avança vers elles, et, à leur stupeur, les dépassa en passant au milieu, non sans les avoir bousculées au passage. Il poussa la porte et entra à son tour dans la taverne, plantant les deux amies sur place sans plus de cérémonie.

Astra se raidit. L’odeur que dégageait Arwyll était similaire à celle de … Céléna ??
Aucun doute, ils avaient fréquenté le même endroit. Elle se retourna vers son amie, le regard interrogateur. Ils ne l’auraient quand même pas fait sans lui dire ?!
Céléna se remit en route sans plus attendre. Astra lui emboita immédiatement le pas, bien décidée à obtenir des réponses. Mais leur solitude ne fut que de courte durée.
« Céléna ! Hé ! Céléna ! »
Agacée, la jeune femme s’arrêta et se tourna en direction de l’intéressé. A ce rythme, elle n’arriverait pas aux bains avant ce soir !
Elle se détendit en voyant arriver vers elle Danel et Priadan, deux paladins de Sarenrae,
Elle les appréciaient tous deux mais partageait davantage d’affinités avec Danel. Il mesurait près d’un mètre quatre vingt dix, les épaules larges, des cheveux mi longs châtains encadrant un regard d’un vert émeraude. En terme de notoriété féminine, il était incontestablement le pendant d’Arwyll, mais en beaucoup plus réservé.
Priadan n’avait rien à envier à son camarade. D’une stature presque similaire, sa peau mate et ses cheveux couleur de jais en faisant tomber plus d’une.
Non, vraiment, du côté de Sarenrae, il n’y avait pas à se plaindre !
« Désolé de te retarder », s’excusa Danel en jetant un regard vers le seau.
Céléna ne chercha même plus à le dissimuler. A ce stade…
Un silence gêné s’installa.
«  Et bien ? » demanda-t-elle intriguée.
Nouveau silence gêné. Les deux jeunes femmes échangèrent un regard surpris.
Danel se décida enfin à briser le silence.
«  Nous vous cherchions toutes les deux….et…
-   Et ? l’encouragea Céléna.
-   Et… voulez-vous sortir avec nous ? »
La question fit l’effet d’une bombe. Les deux amies en restèrent bouche bée. Danel profita de l’effet de surprise pour étoffer sa demande.
«  Céléna, ça va faire un peu plus d’un an que nous nous fréquentons et je, enfin, j’aimerai partager davantage…
-   Moi de même, releva Priadan à l’attention d’Astra. Je le souhaite depuis longtemps.
-   Et pourquoi n’étais-tu jamais venu me voir ? le coupa Astra.
-   Parce que tu paraissais inaccessible. Tu ne te mêlais à personne, excepté depuis l’arrivée de Céléna. »
Cette dernière restait plantée, sans qu’aucun son ne parvienne à sortir. Elle sentait Danel suspendu à ses lèvres, se qui aggrava encore plus son malaise.
«  C’est d’accord ! »
Astra leur sourit et appuya une nouvelle fois sur sa réponse : « C’est d’accord pour nous deux. Elle est trop timide pour répondre !»
Céléna se retourna vers elle, stupéfaite. Astra la regarda, visiblement fière d’elle.
« C’est vrai ? s’esclama DaneL Formidable !»
Et il se saisit de Céléna qu’il serra puissamment contre lui.
« Nous sommes attendus, mais nous vous retrouvons tout à l’heure !
-   Vous êtes attendus ? releva Astra.
-   Oui »
Et il indiqua la taverne du menton.
«  Marcus de Iomedae nous a demandé de le rejoindre ici. J’ignore ce qu’il veut mais peu importe ! »
Sans plus attendre, le cœur léger et le sourire aux lèvres, les deux hommes entrèrent à leur tour dans la taverne.

Céléna resta plantée là, son seau dans les bras, essayant de comprendre ce qui venait de se produire.
«  A ce rythme, nous n’arriverons jamais aux bains tu sais ! De plus, nous avons une bonne raison de nous faire belles à présent ! »
Astra ne dissimulait pas sa joie, ce qui fit exploser Céléna.
« Tu te fous de moi ?! C’était quoi ça ?! Comment oses-tu prendre de tels engagements en mon nom ?!
-   Tu apprécies Danel non ? Vous allez très bien ensemble. Et c’est un très bel homme qui plus est, ce qui ne gâte rien. Dis-moi merci plutôt !
-   Merci ?! Danel est un ami, je ne l’ai jamais vu autrement ! Apprécier une personne ne signifie pas l’aimer !
-   Vraiment ? Tu crois ça ? Au moins, lui, a-t-il eu le courage de voir les choses en face. Mais faut croire que t’es pas encore mature pour ça…
-   Matu.. ? et puis merde Astra ! Dégages ! »
Excédée, Céléna bouscula brutalement son amie et prit la route des bains. L’univers pourrait bien s’écrouler, elle ne s’arrêterait plus.
Astra l’observa s’éloigner, un sourire flottant sur le visage. « L’intervention de Danel était providentielle. » songea-t-elle.  « Je vais enfin savoir ce qu’il en est réellement. »

Au Bouclier d’Or, l’ambiance était survoltée. Les bières défilaient par dizaine à la table réservée par Marcus, pour la plus grande joie du tavernier. Ce dernier n’avait jamais vu autant de paladins regroupés dans ses murs. Danel et Priadan repérèrent immédiatement l’assemblée et s’y joignirent. Bon nombre de paladins de Sarenrae s’y trouvaient déjà, tantôt mêlés à ceux de Iomedae, tantôt restant entre eux. Marcus présidait cette assemblée surprenante, riant et buvant.
« Voilà enfin les derniers ! lança-t-il à l’attention des deux hommes. Nous allons pouvoir parler de choses sérieuses ! »
Les visages se tournèrent vers les retardataires. Danel balaya d’un regard la tablée. Quelque chose manquait… mais quoi donc ? Un sentiment étrange…
Il chercha à s’asseoir mais les places étaient chères.
« Ici ! » L’un de ses camarades lui fit signe. Il se fraya un chemin jusqu’au tabouret et prit enfin place. Relevant la tête, il découvrit Arwyl, assis en face de lui.
L’homme le toisait, la mine sombre. Tout dans son attitude indiquait qu’il goutait peu le fait d’être là et rongeait son impatience. Les deux hommes échangèrent un salut. Ils se côtoyaient assez fréquemment lors de missions et reconnaissaient la valeur de l’autre au combat. Quant à l’homme en lui même, leurs points de vues divergeaient. 
Marcus se racla bruyamment la gorge, indiquant le début de la réunion.
Les discussions cessèrent, les regards se tournèrent vers lui.
« Bien, tout d’abord, merci à tous d’être venus. Comme certains d’entre vous ont pu le remarquer, cette assemblée est exclusivement masculine. Cet oubli est une volonté. »
Les murmures parcoururent la table. Danel se redressa : c’était cela le sentiment éprouvé en entrant ! Il n’y avait pas de femmes paladins à la table !
Marcus attendit que l’agitation retombe et poursuivit, un sourire étrange sur le visage.
 « Voilà plus d’un an, voir plus pour certains, que nous sommes ici. Combats, missions, duels, sont notre lot quotidien. Nous nous efforçons tous de faire de notre mieux, de progresser et dépasser les difficultés. Fort de ce constat, il m’est venu une idée dont je souhaitais vous faire part.»
Le silence de la table lui répondit, chacun attendant avec une curiosité non dissimulée la suite. Arwyll s’était redressé également, de plus en plus intrigué.
« Je reste persuadé que le mental est aussi important que le physique. De ce fait, que penseriez-vous de (…) ? »
Les murs du Bouclier d’Or vibrèrent sous les cris de joie des hommes. Peu importait leur déesse, l’idée les unissait. Marcus les observait, hilare.
« A la santé de Marcus ! » Hurla l’un d’entre eux, aussitôt imité.
Arwyll n’en revenait pas. De mémoire de paladin, il n’avait jamais ouïe telle proposition. Machinalement, il tourna la tête vers Danel. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que la mine sombre avait changé de côté de table…

Céléna se glissa dans l’eau chaude des thermes, savourant cet instant tant attendu.
Enfin seule… Le Collège était anormalement calme, mais aujourd’hui, elle s’en moquait. Bien au contraire, pour une fois que quelque chose allait. Au moins était-elle sûre d’avoir la paix !
Très vite, l’image de Danel lui revint en mémoire. Son étreinte également… Qu’allait-elle faire ?  Elle appréciait le jeune homme, c’était un fait. Mais…
Les sentiments, ce n’étaient pas son terrain. Sur ce point, elle enviait les autres jeunes femmes, bien plus libérées sur le sujet. Comme elle eut donné cher pour y être aussi à l’aise qu’au maniement de l’épée ! Le visage de Danel s’effaça, laissant place à celui d’Arwyll. Ou plutôt à son regard d’acier. Sa façon de la dévisager l’avait mise mal à l’aise. On eut dit qu’il observait un coupable. Qu’avait-il encore à lui reprocher cette fois ci ?   
Agacée, elle plongea sous l’eau, écoutant les battements de son cœur, unique bruit dans ce monde de silence. Les vibrations de l’eau l’informèrent qu’elle n’était plus seule.
Elle remonta à la surface, s’agrippant au rebord.
Astra était entrée et l’observait. Leurs regards se croisèrent, mais Céléna lui tourna le dos.
« Tu m’en veux encore on dirait. »
(Silence)
« Bon, d’accord, je te présente mes plus plates excuses. »
(Silence)
« Eh ! J’y suis allée un peu fort, d’accord. Mais depuis que je te connais, je ne t’ai jamais vue avec personne. On est paladin, certes, mais quand même ! Tu as le droit de vivre tu sais ! Où est le mal de profiter un peu ?
-   Pff, je vais finir par croire que le terme « profiter » fait parti du vocabulaire de Iomedae ! J’ai l’impression d’entendre l’autre idiot !
-   Et bien l’autre idiot… n’a pas toujours tort. Et toi, à force de passer à côté de tout, tu finiras par le regretter.
-   Mêles-toi de tes affaires et tout ira bien.
-   Je vois… peut-être ai-je fait fausse route depuis le début… »
En quelques brassées, elle la rejoignit et la coinça, dos contre le bord.
Elle appuya avec force son corps contre le sien. Céléna se raidit au contact de son amie. Elle pouvait percevoir chaque partie de l’anatomie d’Astra : sa poitrine généreuse, son corps étonnamment chaud, ses hanches heurtant les siennes, sa jambe droite s’immiscent entre les siennes.
« Peut-être que ce ne sont pas les hommes qui t’intéressent mais les femmes. » lui souffla cette dernière, tout en mordillant le lobe de son oreille. Elle sentit sa main frôler son sein avant de glisser lentement vers son ventre. 
Prise par une bouffée de chaleur, elle repoussa violemment Astra.
« Mais t’es devenue folle ou quoi ?
-   Donc, tu préfères les hommes.
-   La ferme ! Je ne veux plus te voir tu m’entends ! »
Elle sortit aussitôt de l’eau, ramassa son vêtement et quitta les thermes.
Le silence retomba.
Astra regagna doucement le bord, y appuyant son front sur ses mains. Quelques minutes s’écoulèrent ainsi, durant lesquelles elle laissa courir sa main sur la pierre froide. Puis la jeune femme sortit à son tour de l’eau, quittant également les bains.
Derrière elle, l’humidité effaçait peu à peu des traces au sol où l’on pouvait lire les vestiges du nom « Madrake »…

Le soleil brillait déjà haut dans le ciel lorsque les hommes sortirent enfin de la taverne.
Leur bonne humeur n’était pas redescendue, bien au contraire. Leur groupe créait un véritable attroupement devant l’établissement.
« Formidable ce Marcus ! » « Oui alors ! »
Arwyll se tenait en retrait, adossé près de la porte d’entrée. Il les observait sans mot dire. Danel apparut à son tour sur le seuil. C’était lui qu’il attendait. Le changement d’humeur du jeune homme ne lui avait pas échappé et il voulait en connaître la raison.
«  Tu n’as pas l’air plus réjoui que cela », lui lança-t-il en guise d’introduction.
Danel le dévisagea un instant.
«  Pas plus que toi me semble-t-il.
-   J’avais déjà cette tête avant l’annonce. C’est personnel. Toi par contre, c’est après que t’as changé d’expression. Y a un truc qui te va pas ?
-   … Rien qui te concerne.
-   Alors pourquoi tu te mêles pas à eux ?
-   C’est personnel.
-   Parce que votre annonce concernent nos compagnes et que ça nous déplait au plus au point.
Priadan venait d’interrompre leur échange, visiblement moins scrupuleux que Danel à confier la cause de son mécontentement.
Arwyll le dévisagea, interloqué.
« Vos…compagnes ?
-   T’as bien compris.
-   Desquelles s’agit-il ? s’entendit-il demander.
-   Moi, c’est Astra et lui, fit-il en indiquant Danel du menton, c’est Céléna. »
Des sifflements s’élevèrent, suivis de claquements de main. Priadan se dirigea vers le groupe, curieux de connaître cette nouvelle source d’excitation.
Arwyll et Danel se fixaient mutuellement. Entre eux, le temps semblait être suspendu.
« Eh ! En v’là une justement !
-   Mais c’est la p’tite de Sarenrae ! »
Céléna avait traversé la ville d’un pas rapide, pressée de rentrer chez elle. Elle était arrivée en vue de la taverne et remarqua aussitôt l’attroupement inhabituel. A bien y regarder, il s’agissait de…
Elle n’en revint pas. Que faisaient-ils tous là ?
Des sifflements lui parvinrent. Ils lui étaient visiblement destinés. Son instinct lui murmurait de passer ailleurs, mais sa fierté le lui interdisait. Après tout, elle les connaissait. Elle fonça droit vers le groupe, bien décidée à rentrer chez elle par le plus court chemin. Elle n’était pas d’humeur.
La traversée fut houleuse. Elle tenta de ne pas prêter attention à eux, poursuivant sa percée. Mais qu’est-ce qu’ils avaient tous aujourd’hui ?
L’espace d’un instant, son regard croisa celui de Danel, puis celui d’Arwyll.
Elle força un peu plus l’allure et parvint enfin à sortir du groupe.
Elle traça sans se retourner, bien consciente des regards qui l’accompagnaient.

Le groupe finit par se dissoudre, chacun repartant de son côté. Danel se retourna vers Arwyll afin de clore leur conversation, mais ce dernier avait disparu. Il haussa les épaules et prit la route du Collège.
Astra se dirigea d’un pas hésitant vers la maison de Céléna. Elle y avait été un peu fort mais le mutisme de son amie l’agaçait au plus au point.
Le jour déclinait. Elle traina dans les rues puis finit par se décider.
La nuit était tout à fait tombée sur Vigil, ramenant le calme dans les rues.
Arwyll était partagé entre de multiples sentiments contradictoires. Une part de lui était bien entendu soulagée quant aux orientations de la jeune femme, mais une autre part bouillait d’une colère contenue. Et Astra ? Qu’est-ce que cela signifiait ?

Cette question, il la posa à voix haute à son frère.
Ce dernier le regarda longuement avant de lui répondre.
«  C’est une situation bien compliquée. Je ne peux lui demander de m’être fidèle.
-   Mais vous êtes ensemble non ? Ca ne te dérange pas de l’imaginer…
-   Et après ? je suis incapable de lui offrir une vie à mes côtés. A quoi pouvais-je m’attendre d’autre ? Mais … (il se tourna vers son frère) je te remercie de ton intérêt. Es-tu sûr que ton agacement ne trouve pas sa source ailleurs ? »
Arwyll serra le poing. Il vida d’un trait son gobelet, se leva. Il n’y avait plus rien à dire.
Il salua le roi et quitta. Quelques minutes plus tard, ce dernier le vit descendre les marches du palais.

« Bienvenu dans les affres de l’amour petit frère. Tu vas découvrir toute l’étendue de la faiblesse et de la lâcheté des hommes. » murmura-t-il en levant son verre dans sa direction.


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Ablutions thermales...
« Réponse #5 le: février 02, 2013, 15:06:29 pm »



Barth : "mais pourquoi je suis pas là pour... euh... apaiser les tensions ?"  ;D




"Mais quelle journée de m**** !"
« Modifié: février 02, 2013, 18:20:01 pm par Sstrad »
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Obstination
« Réponse #6 le: février 02, 2013, 15:08:05 pm »
(31/01/2013) FLASHBACK 2/3 :

Les bruits de la rue la tirèrent progressivement de son sommeil.
Céléna s’étira langoureusement sous les draps. Le soleil filtrant à travers les rideaux, laissait deviner une météo au beau fixe. 
Elle resta là, immobile, prêtant l’oreille au tumulte extérieur. Combien de temps s’écoula ainsi ? Elle n’aurait su le dire. Se résignant, elle finit par se lever et se préparer, doucement, lentement. Non, décidemment, elle n’avait pas hâte de se rendre au Collège.
Mais avait-elle le choix ?
Pas vraiment, songea-t-elle en fermant sa porte.
La vie extérieure lui apporta une bouffée d’oxygène et lui fit oublier, le temps du trajet, le sujet de son tracas. Ce ne fut qu’arrivée devant la silhouette imposante du bâtiment, qu’elle reprit contact avec la réalité.
Elle se prit à espérer trouver un ordre de mission. Mais c’était trop demandé ! Ces choses là n’arrivent jamais comme vous l’auriez souhaité !
Qu’allait-elle faire ? Et d’ailleurs, à bien y réfléchir, elle n’avait pas revue Astra…

Céléna se décida à pénétrer dans l’enceinte et prit la direction du temple de Sarenrae, lorsqu’une silhouette familière lui apparut.
Arwyll s’avançait en sens inverse, dans sa direction. Il était vêtu de son armure d’entrainement, la main gauche reposant sur le pommeau de son épée. Il avançait d’un pas décidé, le visage sérieux et fermé. Cette expression interpella la jeune femme.
« Bonjour, lui fit-elle en arrivant à sa hauteur.
-   Bonjour. »
Elle ne répondit pas, attendant sa raillerie habituelle mais rien ne vint. Il se contentait de l’observer, sans ajouter un mot. Céléna tenta de masquer sa surprise. Il semblait vraiment préoccupé finalement…
« Tu as vu Astra ce matin ? lui demanda-t-elle
-   Non, pourquoi, j’aurai du ? répondit-il d’un ton glacial.
-   Oui, euh, non.
-   Oui ou non ?
-   Ben, d’ordinaire, tu sais toujours où elle est, alors je me disais que…
-   Tu te trompes. Mais si la question t’importe tant, demandes donc à Danel ou Priadan. »
Céléna se raidit. Il était au courant ? Soudain, la vision de la veille lui revint comme un flash. Les deux hommes discutant devant le Bouclier d’Or tandis qu’elle traversait le groupe de paladins.
« Tu pensais que je ne l’apprendrais pas peut-être ? reprit-il d’un voix cinglante.
-   Euh…
-   Oui ?
-   Nous allons nous entrainer cette après midi avec Astra. Tu seras là ? »
Mais qu’est-ce que tu dis ?! se reprocha-t-elle intérieurement.
En réalité, la réaction d’Arwyll l’avait désarçonnée. Elle ressentait une colère se dégager du jeune homme et elle n’en comprenait pas le fondement.
Il planta son regard froid dans le sien. Céléna se sentit des plus mal à l’aise.
Puis, sans un mot, il la contourna et poursuivit son chemin.
Elle le regarda s’éloigner, sans comprendre.
Elle inspira profondément et reprit sa route également.
La journée promettait d’être longue…

« Bonjour ! Comment vas-tu ? »
Danel s’approcha d’elle, le sourire aux lèvres. Céléna lui rendit son salut, un peu crispée.
Elle appréciait vraiment son compagnon d’arme, et il était très beau, c’était un fait. Mais elle ne s’était jamais projetée autrement.
Que ces relations étaient compliquées ! Elle avait échappé de justesse à ces parades en quittant pour Vigile. Elle avait cru naïvement que le paladinat effacerait ces questions épineuses. Mais voilà qu’elles la rattrapaient ! Quelle idiote. Ils n’en restaient pas moins des hommes et des femmes avec tout ce que cela pouvait impliquer.
« Alors votre réunion avec Marcus ? Pourquoi y étiez-vous tous ? »
Danel lui adressa un sourire embarrassé. Il avait secrètement espéré qu’elle oublierait ce détail. Mais c’était mal la connaître.
« Bah, rien de bien intéressant. Des trucs d’hommes.
-   Des trucs d’hommes ?
-   Ben oui, les sujets habituels tu sais. Les combats, les entrainements, les filles, la politique… rien de bien passionnant.
-   Ah bon ? Vous aviez l’air plutôt gais hier. Et passablement éméchés pour certains.
-   Des trucs d’hommes quoi. Mais parlons de choses plus intéressantes. Qu’aimerais-tu faire aujourd’hui ?
-   Rien de spécial. Je…
-   Eh !! »
Priadan venait d’interrompre leur conversation. Il arriva vers eux, quelque peu essoufflé.
«  Eh ! Désolé de vous couper mais… l’un de vous aurait-il vu Astra ? »
Sa question était clairement destinée à Céléna.
« Non, répondit-elle surprise. Mais elle doit être avec les siens, au temple de Iomedae.
-   J’en reviens figures-toi. Et personne ne l’y a vue. 
-   Comment ça ?
-   Tu m’as bien entendue. En vérité, personne ne se souvient l’avoir vue depuis hier soir. »

Céléna arpenta les rues de Vigil, fouillant du regard chaque endroit où son amie aimait à se rendre. Sans succès.
Il lui avait fallu un moment pour dissuader les deux hommes de se joindre à elle. Inutile d’être trois à se faire réprimander. Astra n’étant pas de Sarenrae, il n’y avait pas de justification à ce qu’ils s’absentent. 
Elle se sentait responsable de cette « disparition ». L’altercation avec Astra lui revint en mémoire. Quant même… elle l’avait bien cherché aussi.
Près de deux heures s’écoulèrent ainsi. Céléna finit par se poser. Piétiner de la sorte l’avait fatiguée plus qu’elle ne l’aurait cru. Mais il y avait autre chose.
Elle avait vérifié chaque endroit, sans trouver la moindre trace. A présent, une inquiétude grandissante naissait en elle. Non pas qu’Astra ne fut pas capable de se débrouiller seule, mais c’était la première fois qu’elle disparaissait ainsi, aussi longtemps.
Céléna leva les yeux au ciel. Le soleil était à son zénith. Il devait être midi.

« Un bon repas ma p’tite dame ?! »
L’aubergiste lui adressa un large sourire tout en l’invitant à prendre place sous son toit.
La jeune femme déclina poliment. Elle n’avait pas l’esprit à cela. Elle devait retrouver Astra.
Soudain, elle fut prise d’une étrange sensation. Pour une raison insensée, elle avait la conviction que son amie avait quitté la ville. Mais pour aller où ?
Elle ne connaissait qu’une seule personne, susceptible de lui répondre…

Elle entra d’un pas décidé dans le temple de Iomedae. Les autres paladins la dévisagèrent avec étonnement. Aujourd’hui était une journée exclusivement dédiée à leur déesse. Ils n’étaient pas censés se voir ni quitter leur temple respectif.
Comme ça, je vais me prendre une double dose de réprimande maintenant, songea la paladine tout en poursuivant sa progression.
« Halte ! Que faites-vous ici ? »
Et voilà… fin de mon intrusion…
« Pardonnez ma présence en vos murs en ce jour, mais je souhaiterai voir une personne.
-   Vous n’avez rien à faire ici, paladine.
-   Ce ne sera pas long » insista-t-elle.
Le garde s’approcha.
« Qui souhaitez-vous voir ainsi qui ne puisse attendre ce soir ?
-   Arwyll. »
Des rires étouffés lui firent prendre conscience qu’ils n’étaient pas seuls. Elle jeta un regard furtif vers les petits groupes assistants à la scène. Les sourires en coin et les regards de biais ne laissaient pas de doute sur le sujet de leur conversation. Elle inspira. Peu lui importait ce qu’ils pensaient. Depuis hier, elle avait renoncé à comprendre ces histoires qui pour elle, n’avaient ni queue ni tête.
Le garde l’observait étrangement. A bien y regarder, il sembla à la jeune femme qu’il prenait sur lui pour ne pas rire aussi. Il se redressa pour se donner de la constance, se racla la gorge et reprit d’un ton qu’il voulait assuré.
« Rien ne justifie votre démarche. Revenez ce soir.
-   Je suis navrée d’insister mais je dois le voir, c’est important. Il est la seule personne qui puisse m’aider.
-   Je vous crois sur parole. Vous êtes nombreuses à dire ça. »
Les fous rires reprirent de plus belle. Céléna sentit l’agacement pointer. Etait-il en train de la comparer à l’une de ces créatures pendues au cou du paladin ? Elle s’apprêtait à lui répondre âprement lorsqu’une voix familière les interrompit.
« Que faites-vous tous ici ? Les prières vont débuter ! »
Le ton était sec, autoritaire.
Les rires cessèrent aussitôt et, dans un silence devenu presque palpable, le hall se vida.
Céléna se retrouva seule, accompagnée du garde qui reprit sa position, dégageant la vue sur Arwyll. Il planta son regard dans le sien, visiblement surpris par sa présence.

D’un pas décidé, elle s’approcha. Elle voulait lui parler à l’abri des oreilles indiscrètes.
Elle en fut si proche qu’elle se surprit à apprécier la volute de parfum qui émanait de lui.
Il ne bougea pas d’un pouce, le visage impassible.
Que son regard est froid, songea-t-elle. Rien de comparable avec les yeux de braises de Danel.
« Eh bien ? demanda-t-il d’un ton tranchant.
-   Je ne trouve pas Astra. »
L’espace d’un instant, elle crut qu’il ne l’avait pas entendu. Elle avait parlé si bas que cela était tout à fait possible. Mais sa réaction lui indiqua le contraire.
« Comment ça tu ne la trouves pas ?
-   Tu as bien compris. Elle n’est nulle part. J’ai fouillé toute la ville.
-   Aucune trace ?
-   Non, aucune. C’est la première fois. Cela peu paraître stupide, mais quelque chose me dit qu’elle…
-   …qu’elle ?
-   Qu’elle a quitté la ville. Ce n’est pas fondé mais c’est ce que je ressens. Tu la connais depuis plus longtemps. Cela c’est-il déjà produit ? »
Elle lui sembla percevoir une lueur d’inquiétude dans les yeux du jeune homme.
«Cela c’est produit une fois.
-   Et alors ? Où l’as-tu retrouvée ?
-   A Bois Vorace.
-   Bois Vorace ?! Mais c’est à une bonne journée d’ici !
-   Ça dépend de la vitesse à laquelle tu t’y rends.
-   Pourquoi là-bas ? Quelle drôle d’idée !
-   Tu n’auras qu’à le lui demander.
-   Tu ne viens pas ?
-   Non.
-   Ça ne t’inquiète pas plus que ça ?
-   Non.
-   Bon… très bien.
-   Tu ne devrais pas t’en faire non plus. Retournes à ton temple. Astra est une grande fille.
-   Désolée de t’avoir dérangé. »

Elle tourna les talons et s’éloigna. Prit d’une intuition, il l’interpella.
« Où vas-tu ?
-   Tu me l’as toi-même indiqué !
-   Puisque je te dis que c’est inutile !
-   C’est ça ! »
Et Merde. Il la rejoignit en quelques enjambées et la saisit par le bras.
« T’es têtue tu sais. Retournes prier, cela vaudra mieux. »
Elle se dégagea sèchement. Elle n’avait plus envie de plaisanter. Astra était comme sa sœur et leur altercation de la veille n’était pas étrangère à sa disparition. Elle se sentait responsable. Peu lui importaient les sanctions, elle irait.
Cette détermination devait se lire sur le visage de la paladine car il ne tenta plus de l’en dissuader.
« Soit, puisque c’est ainsi… Garde ! Excusez-moi auprès de ma grande prêtresse !
-   Tu viens ?
-   Je ne vais pas te laisser aller seule là-bas…Pff…. Incroyable le nombre de problèmes que vous m’amenez vous deux. 
-   Le problème te remercie. »


Deux chevaux quittèrent Vigil en direction de Bois Vorace.
Ils lancèrent leurs montures à pleine puissance. Céléna se sentit fendre le vent. Ces cheveux dénoués, claquaient à ses oreilles. Elle adorait cette ivresse donnée par ces folles chevauchées. Ce sentiment de liberté. Finalement, elle l’avait sa mission !
Elle observa son compagnon de route. C’était la première fois qu’ils chevauchaient ainsi côte à côte. Etrange sensation…
Sa monture était splendide. Un magnifique cheval à la robe d’une blancheur éclatante. Centaure ? Oui, il lui semblait bien que c’était le nom qu’elle l’avait entendu dire.  Un jour, elle aussi chevaucherait sur une bête aussi belle. Enfin…si elle en avait les moyens… Ce n’était pas demain la veille !

L’après-midi était déjà bien avancée lorsqu’ils firent une halte. Les chevaux avaient l’écume aux mords. Céléna nettoya le sien et l’abreuva. Contrairement à Centaure, l’animal commençait à montrer des signes de fatigue. Elle flatta son encolure, remettant en ordre la crinière, vérifiant les jambes avant. C’était son père qui lui avait enseigné ça. Des gestes simples qui permettaient de ménager sa monture lors d’efforts intenses.
Appliquant consciencieusement son apprentissage, elle versa de l’eau dans sa paume et massa le poitrail, remontant vers la selle.
Près d’un quart d’heure s’écoula, lorsqu’elle recula pour observer son cheval. Ce dernier semblait plus frais et dispo.
« Et bien, en voilà un cheval chanceux… »
Céléna sursauta. Elle en avait oublié qu’elle n’était pas seule.
Arwyll l’observait, visiblement admiratif.
« Tu sais drôlement bien t’en occuper. C’est impressionnant.
-   Oh, ce n’est pas grand chose. Il n’aurait pas tenu.
-   Peut-être bien. N’empêche, si je devais te confier mon cheval un jour, me voilà rassurer sur son traitement.
-   Pff… en voilà une drôle d’idée. Pourquoi te séparerais-tu de ton cheval ?
-   On ne sait jamais. En tout cas, je suis sur qu’il adorerait être massé de la sorte. »
Céléna l’observa, se demandant si elle devait prendre ombrage d’un quelconque sous-entendu. 
« Bon, en route. »
Et il remonta en selle, aussitôt imité par la jeune femme.

Les paysages défilèrent ainsi jusqu’à ce que le ciel se teinte de rouge.
« Il fera bientôt nuit. Nous devrions trouver un endroit où manger et dormir. »
Céléna tira sur les rênes, ramenant au pas sa monture. D’un regard circulaire, elle balaya l’horizon. Nulle âme qui vive en vue. Le campement au clair de lune lui paraissait inévitable.
Arwyll, en combattant aguerri, choisi un endroit à l’écart de la route. L’espace, cerclé par une haie d’arbustes, les abriterait du vent.
La préparation du feu se fit en silence. Céléna fit mine de vérifier l’attache des chevaux.
Décidemment, depuis hier, les situations les plus improbables se succédaient. Si elle avait imaginé en se levant ce matin, qu’elle dormirait le soir même à la belle étoile, seule avec Arwyll… Pourquoi ce malaise en elle ? 
Agacée, elle revint s’installer auprès du feu. Ridicule. Il ne l’attirait absolument pas.
Le repas se déroula sans accroche, à parler essentiellement d’Astra.
« Je prend le premier tour de garde. Reposes-toi. » décréta-t-il.
Soudain, elle prit conscience de l’origine de son malaise. Dormir. Cela signifiait enlever l’armure. Se laisser aller en perdant toute notion de ce qui vous entoure.
Elle n’était pas sûre d’y parvenir dans cette situation.
Elle s’allongea et ferma les yeux, tentant de s’imaginer dans sa chambre.
Un craquement dans son dos…
Sa chambre…
Arwyll se déplaçant…
Dormir…
Nouveau craquement…
Elle se redressa. Impossible.
Arwyll l’observait par-delà les flammes. Elle détourna le regard.
« J’arrive pas à dormir, lâcha-t-elle d’un ton trop agressif.
-   J’avais remarqué. Tu veux te mettre contre moi ?
-   Quoi ?
-   Les jeunes femmes dorment très bien près de moi. Tu devrais essayer.»
Piquée au vif, elle se recoucha en lui tournant le dos.
Le silence retomba. Le vent souffla doucement, faisant bruisser les feuilles. Il faisait doux. Le quartier de lune baignait ce tableau d’une douce lumière bleutée.
Un bruit, non loin, attira l’attention de Céléna. Puis un second. Elle retint son souffle. Pas de doute, quelque chose approchait.
Elle se retourna doucement. Arwyll s’était redressé, sortant lentement son épée de son fourreau. Il fixait une direction précise, fouillant l’obscurité de son regard perçant.
Céléna tendit doucement le bras et se saisit de son cimeterre. Avec une infinie prudence, elle s’agenouilla à son tour.
Non loin devant, elle perçut l’ombre des herbes hautes s’écarter.

Ce qui approchait, avançait furtivement dans le silence de la nuit.
« Modifié: février 17, 2013, 23:38:48 pm par Celena »
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La ronde des sentiments
« Réponse #7 le: février 03, 2013, 00:18:43 am »
Elle retint son souffle, parfaitement immobile et jeta un regard vers Arwyll.
Recroquevillé, l’épée à la main, on pouvait deviner chaque muscle tendu sous l’armure. Il lui fit penser à un félin tapi dans l’ombre, guettant sa proie.
Son armure… Céléna regarda sur sa gauche où son plastron reposait au sol. Impossible de l’enfiler sans bruit. Un combat dans son état, était des plus risqué.
Devant eux, les craquements avaient cessés. Un silence pesant s’installa, le temps semblait figé. Même la brise s’était tue.
Elle entendit des coups sourds. Du regard, elle chercha à en deviner l’origine lorsqu’elle réalisa soudain qu’il s’agissait de son propre cœur. Elle serra un peu plus le pommeau de son arme. Se battre ainsi sans protection l’angoissait…
Accroupie depuis de longues minutes maintenant, elle sentait une douleur lancinante courir dans ses cuisses ankylosées. Lentement, elle tenta de dégager sa jambe droite. C’était pire que ce qu’elle pensait. Elle ne la sentait plus du tout.
Un nouveau craquement résonna dans la nuit, déchirant le silence.
Céléna sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Le bruit venait de sa gauche à présent.  Aussi incroyable que cela paraissait, la chose était parvenue à se déplacer sans qu’ils ne la repèrent.
Elle jeta un regard vers Arwyll. Il avait pivoté dans sa direction, comprenant également le changement de position de leur ennemi invisible.
Doucement, il entama une approche vers elle.
Céléna pivota sur sa gauche, faisant face à ce qui s’approchait. Ironie du sort, entre elle et ce danger, reposait son armure… La lune, face à elle, ne lui facilitait pas la tâche, créant une sorte de contre jour qui confondait les formes et les choses.
Un hennissement la fit sursauter. Son cheval, visiblement très nerveux, piétinait et tirait sur son attache. Centaure, lui, semblait conserver son calme, du moins en apparence.
Elle sentit la moiteur de ses mains sur le pommeau de son arme. Elle prit conscience du danger que cela représentait. Un premier contact et son arme pouvait littéralement lui glisser des mains.
Sans cesser de fixer devant elle, lentement, elle lâcha la main droite et tenta de l’essuyer sur son habit.

Tout bascula en une fraction de seconde.
Cette masse noire, immense, jaillissant devant elle.
Ses bras, lancés de toutes ses forces dans un moment circulaire devant elle.
Sa lame se planta dans la masse.
Le bruit du vent fendu par une patte monstrueuse.
Une douleur immense à son épaule gauche, puis à sa tempe.
La voix d’Arwyll.
Le pommeau de son cimeterre glissant de ses mains.
Et puis, cette seconde masse noire sortant de nulle part et fondant sur la première dans un feulement à vous en saisir d’effroi.
Le ciel étoilé.
Les hurlements de bêtes.
Le contact brutal de son dos avec le sol.
Le bruit d’os brisés.
Le froid du métal rattrapant de justesse sa tête avant l’impact.
Le visage d’Arwyll au-dessus du sien.
Le noir.

Arwyll ?... Astra ?... Où êtes-vous ?
 Quel est donc ce bruit au loin ? (elle se concentre)
Des crépitements ? Un feu ? Il fait noir pourtant... Si noir…


(….)

« Merci. Tu nous as sauvé la vie. »
Astra observa le paladin. En deux ans, c’était bien la première fois qu’il s’adressait à elle ainsi. Lui qui ne la considérait que comme une…bête.
Elle hocha simplement la tête en remerciement puis reporta son attention sur Céléna.
La jeune femme était étendue sur le dos, son habit blanc maculé de sang. Paladins en apprentissage, ils ne maitrisaient pas encore le savoir divin de leurs aînés pour guérir et panser les plaies. Et celle-ci n’était vraiment pas belle à voir.
Les griffes acérées de l’ours avaient déchiré les chairs sur toute l’épaule gauche avant de finir leur course en remontant le visage, le long du cuir chevelu, y laissant une profonde plaie d’où coulait sans interruption un filet de sang.
Arwyll se tenait à genoux de l’autre côté du corps. Déchirant un pan de sa tunique, il entreprit d’essuyer tant bien que mal le sang. Il cala le tissu, puis arrachant un second pan, tamponna doucement l’épaule meurtrie avant de confectionner un bandage de fortune.
Astra l’observait. Pourquoi les hommes étaient-ils si compliqués ? L’inquiétude lisible sur ses traits, la douceur de ses gestes, l’armure de ses yeux de glace brisée. Tout en lui en cet instant respirait son attachement à la jeune femme. Pourquoi taisait-il ses sentiments ? De quel malheur se cachait-il ainsi ?
Elle détourna le regard et fixa la lune. Madrake…

«  Nous devons nous mettre en route. Elle ne peut pas passer la nuit ainsi. Elle perd trop de sang. »
La voix d’Arwyll venait de l’arracher à sa contemplation du disque lunaire. 
« Que disais-tu ?
-   Qu’il faut nous mettre en route. Elle ne peut pas rester comme ça.
-   De nuit, avec un blessé, ce sera compliqué de galoper pour ne pas dire impossible. Et c’est en espérant que son cheval veuille bien que je l’approche…
-   Je ne vais pas rester là à la regarder se vider ! répondit-il sans cacher sa colère. C’est pour toi qu’elle est là ! C’est tout ce que ça te fait ?!
Astra marqua un temps d’arrêt puis reprit calmement.
« Tu m’as mal comprise il me semble. Je te disais juste qu’à cheval avec un blessé, cela me semblait compliqué. »
Il la regarda puis ses yeux s’agrandirent. Etait-il bien en train de comprendre ? Astra lui proposait-elle de voyager… ?
Elle soutint son regard sans ciller.
« A ta tête, tu sembles avoir compris.
-   T’es sérieuse là ?
-   Très. Contrairement à eux (et elle désigna les chevaux du menton), je peux courir sans aucun problème et mes yeux sont parfaitement adaptés à l’obscurité. C’est sans nul doute le moyen le plus rapide et le plus sur de revenir à Vigil. Sans parler qu’aucun animal n’osera nous attaquer de nouveau… Alors ? Que décides-tu ? »
Arwyll resta figé. Lui ? Dépendre de cette… Monter sur un … ? Il sera le poing. Jamais ! Jamais il n’accepterait ! Comment osait-elle proposer ça ?!
Astra se leva et se dirigea vers les chevaux.
« Où vas-tu ?
-   Vu ta tête, j’en conclue que c’est non. Je prépare les chevaux pour que l’on y aille. »
Centaure recula à son approche sans pour autant chercher à l’éviter, ce qui ne fut  pas du tout le cas du cheval de Céléna. Littéralement paniqué, l’animal se cabra, tira de toutes ses forces sur ses rênes qui, déjà durement éprouvées par ses récentes tentatives de fuite, finirent par lâcher. Il partit au grand galop dans l’obscurité de la nuit, comme si le diable lui-même était à ses trousses.
«  Mais t’es idiote où quoi ! »
Arwyll avait bondi sur ses pieds, fulminant de rage.
« Evidemment que cette pauvre bête allait fuir à ton approche !
-   Désolée… Bon, que fait-on ? » demanda-t-elle d’un ton innocent.
Le jeune homme bouillait intérieurement. Elle l’avait fait exprès, il en était sur.
Astra le toisait, attendant sa décision. Allait-il faire passer ses opinions ou aurait-il le courage de ses actes ? Si Madrake l’avait acceptée telle qu’elle était, c’était loin d’être le cas de son frère Arwyll, qui conservait une défiance permanente à son égard. Lui qui n’avait jamais eu à s’inquiéter de rien, ni à affronter les décisions pesant sur les épaules de son frère. Il était aisé de juger lorsque l’on se trouvait à sa place. Mais maintenant ? Comment allait-il réagir à cette épreuve ? Son égo démesuré allait-il guider comme d’ordinaire ses actes ? Aurait-il ne serait-ce que l’ombre de la sagesse de son frère ?
 
« Je n’y arriverai pas comme ça. »
Elle retint son souffle. Cela signifiait-il qu’il acceptait ?
Il planta son regard dans le sien.
« Je n’arriverai pas à me maintenir sur ton dos tout en la tenant. Nous risquerions de tomber et d’aggraver ses blessures. »
Il fallut quelques secondes à Astra pour revenir de sa surprise. Alors… il cédait… !
Il se tenait debout, face à elle, attendant qu’elle s’exprime. Elle inspira profondément. Un sourire furtif passa sur son visage. Finalement, il valait mieux que ce qu’elle pensait.
« Enlèves les rênes de ton cheval et utilises-les pour te maintenir sur moi. »

Quelques instants plus tard, il se trouvait juché sur le dos de la louve géante, maintenant fermement les rênes ainsi qu’une bonne touffe de poils de sa main gauche, tandis qu’il enserrait le corps de Céléna contre lui de son bras droit, aidé par son manteau qu’il avait noué autour d’eux. Il ordonna à Centaure de les suivre.
Au grondement sourd s’élevant de sa « monture », il répondit par « Je suis prêt ».

La suite dépassait l’entendement.
Jamais il n’avait vu les paysages ainsi. Astra bondissait, traversant tous les obstacles avec une aisance stupéfiante. Les arbres défilaient, évités de justesse à la dernière minute, d’un simple petit écart de course. Un silence absolu accompagnait leur progression.
Aucun animal n’osera nous attaquer de nouveau…
Les paroles d’Astra lui revinrent à l’esprit. La nature elle-même se taisait sur le passage de la bête. Il nota la souplesse des mouvements, le silence du déplacement, l’endurance des muscles. L’espace d’un instant, il songea aux simples voyageurs pris en chasse par ces monstres. Il n’existait pas de salut face à cette puissance.

Il perdait la notion du temps. Sa main gauche commençait à le faire souffrir mais il resserra un peu plus sa poigne. Pas question de lâcher. Son bras droit n’était plus que douleur, totalement tétanisé par le poids du corps inerte de la paladine.
 Il jeta un regard de côté, dans l’espoir d’apercevoir Centaure. En vain…
Soudain, il sentit Astra ralentir. Regardant devant lui, il en compris la raison : Vigil se dressait droit devant eux, ses eaux scintillantes sous la lune.
Astra s’arrêta tout à fait. Le jeune homme se laissa glisser sur le côté, emmenant Céléna avec lui. La course l’avait éprouvé bien plus qu’il ne le pensait. Il tomba à genoux, le souffle court. Au sol, il vit l’ombre géante disparaître pour redevenir forme humaine. Relevant la tête, il vit Astra. Elle s’assit également.
« Faut finir à pied, ou à cheval si le tien arrive à nous rattraper.
-   Ramènes-la, toi.
-   Pardon ?
-   Portes-la et ramènes-la. Je vais rester ici attendre Centaure puis je rentrerai à mon tour.
-   Centaure sait revenir à Vigil. C’est quoi ce délire ?
-   Fais ce que je te demande. S’il te plait…
-   T’as peur de t’afficher, c’est ça ? Faudrait pas qu’elle sache ?
-   Astra…
-   Donnes-la moi. »
Et sans attendre, elle défit les liens qui les retenaient et se saisit du corps de Céléna.
Se remettant debout, elle fit face à la ville.
« Espèce de lâche. »
Et sans plus attendre, elle se mit en route.
Arwyll les observa s’éloigner, accompagnant aussi loin que possible du regard la chevelure rouge flottant au vent. Lâche ? Face à elle, telle était sa réalité.

« Halte ! Qui va là ?
-   Astra de Iomedae ! Je porte ma sœur d’arme tombée sous l’attaque d’un ours ! »
La suite se déroula très vite. La vieille Salé réveillée en pleine nuit. Les suivantes s’affairant autour de Céléna, déposant sur ses plaies des onguents en tout genre. Astra, laissée de côté, simple spectatrice.

Un crépitement ? De nouveau un feu ?
La chute d’un caillou au sol résonna sur les parois en pierre de la pièce, faisant sursauter la jeune suivante. Elle se redressa et observa sa malade.
La paladine avait été ramenée en pleine nuit, grièvement blessée à l’épaule et à la tête.
Un bruit provenant de son estomac lui fit penser qu’il ne devait pas être loin de midi à présent. Son regard se reporta de nouveau sur la jeune femme lorsqu’elle fut attirée par un mouvement sur sa droite. La paladine remuait faiblement les doigts. Elle se réveillait !
La suivante courut avertir sa grande prêtresse.

Où suis-je ? Que c’est-il passé ?
« Tu es au temple, mon enfant. »
Céléna entrouvrit les yeux. Les rayons du soleil l’agressèrent et lui soutirèrent un gémissement de douleur. Elle les rouvrit progressivement.
Sa tête lui faisait horriblement mal. Elle tenta de se situer.
Sa dernière vision… le visage d’Arwyll penché au-dessus du sien…remplacé par celui tout fripé de la vieille Salé ??!!
La jeune femme eut un mouvement de recul devant l’apparition, ce que gouta peu la prêtresse qui la fusilla du regard.
« Salé ? Euh… Grande prêtresse ?
-   Ca y est. Te voilà enfin réveillée.
-   Comment suis-je arrivée ici ?
-   Tu demanderas à ton amie Astra.
-   Astra ? elle est revenue ?
-   C’est elle qui t’a ramenée.
-   … ?
-   Allez ! avec ce que je t’ai donné, tu devrais pouvoir te mettre debout. »
Céléna se redressa lentement. En dépit de quelques douleurs résiduelles, elle avait retrouvé l’utilisation de son bras.
« Merci grande prêtresse.
-   Merci ? Parce que tu t’imagines t’en tirer à si bon compte ?
-   Je…
-   Tu as désobéis hier. Non seulement tu n’es pas venu à la prière, mais tu t’es rendue au temple de Iomedae et tu as convaincu ce pauvre Arwyll de te suivre.
-   Ce pauvre… ?
-   Tu es responsable de tout ceci, par conséquent une sentence s’impose.
-   Mais je…
-   Debout ! Tu seras la première à ouvrir les jeux inter-déesses qui vont avoir lieu !
-   ..?? Je ne comprends pas un mot de ce que vous dites.
-   Et bien tu vas vite comprendre. Marcus de Iomedae, soutenus par l’ensemble des paladins, nous a soumis une proposition certes, très inattendue mais pas intéressante. Et comme le temple de Iomedae, à sa lecture, a relevé le défi, nous nous devons d’en faire de même !
-   Vous êtes sûre que ça va ?
-   Céléna ! tu seras notre leader ! Toi et les autres allez prouver que les femmes de Sarenrae sont aussi belles et aussi douées au combat que celles de Iomedae !
-   QUOI ??!
-   Les jeux débutent dans dix jours, juste le temps de préparer l’arène. Il y aura une succession d’épreuve portant sur la beauté, les tenues et bien entendu, le combat. Et nous allons gagner !
-   Vous… vous plaisantez n’est-ce pas ? »
Salé fit brusquement volte face, le visage grave.
« Pas du tout jeune fille. Je ne plaisante jamais avec l’honneur de Sarenrae ! »


« Cette jeune génération de paladins nous promet bien des surprises ! Voilà qui va enfin secouer cette vieille ville trop sérieuse. Je commençais à m’ennuyer ferme depuis le temps.
Enfin, que Sarenrae ou Iomedae l’emporte, je serai gagnante ! »

La vieille femme trotta d’un pas léger dans les couloirs du temple, l’air satisfait et guilleret.
Celena

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Re : Celena, Paladine de Sarenrae
« Réponse #8 le: mai 21, 2013, 23:40:56 pm »
Jours heureux (Livre 5ème)


Les tiens viendront?
Céléna ne sembla pas entendre la question de son amie. Allongée sur le dos, au bord du fleuve, elle observait d’un air absent la masse cotonneuse des nuages glisser sur le ciel bleu azur.
Astra l’observa. Leurs classes touchaient à leur fin. Dans moins de deux mois, elles seraient des paladins à part entière, quittant dès lors les murs protecteurs de Vigil pour des missions à travers le royaume, sous l’étendard de leurs déesses.
Elle leva les yeux, observant à son tour le ciel, songeuse.

La question de son amie résonna au loin, noyée par une multitude d’autres.
Que leur réservait leur destin ? Leurs routes se sépareront-elles ? Que ce passera-t-il le jour où, l’une d’elle ne reviendrait pas ?
A cette pensée, la jeune femme ferma les yeux, chassant au loin ces sombres augures.
C’était une belle journée de printemps. L’air doux, l’éclosion de la végétation en une palette foisonnante de couleur, l’adoubement tant attendu, tout devait être sujet à réjouissance. Et pourtant… une ombre se profilait dans le cœur de la jeune femme. Le sentiment étrange que leurs vies allaient basculer. Sentiment infondé et irraisonné mais pourtant bien présent.

Tu m’écoutes ?
Le visage d’Astra apparu soudain au-dessus d’elle, masquant la valse nuageuse. La contrariété se lisait sur ses traits. Céléna lui sourit et se redressa.
Excuses-moi… Tu disais ?
Mmm… je te demandais si les tiens viendraient.
Les miens… Non.

Sous le regard interrogateur d’Astra, elle justifia sa maigre réponse.
Les miens ne sont plus.
Tu veux dire que ta famille à Novoborro…
N’est pas ma famille. Ils m’ont… « recueillie ».

Ce dernier mot, elle l’avait prononcé à mi-voix, comme pour elle-même. 
 Voilà des années qu’elle avait emmuré sa mémoire. Vivre avec ces souvenirs était trop douloureux. Alors elle s’était appliquée à les effacer, pour parvenir à grandir, libérée des sentiments de haine et de vengeance.
Elle avait presque oublié jusqu’à leur existence. Jusqu’à ces dernières semaines où ses nuits étaient agitées. Elle s’éveillait une angoisse au ventre. Les fantômes de ce passé enterré se relevaient. Ils n’étaient encore qu’ombres mouvantes, informes et éthérées, mais au plus profond d’elle-même, elle les reconnaissait entre mille.  Et cela lui glaçait le sang.
Pour vivre libre, il était des choses qu’il valait mieux oublier.

(…)
Regades le joli papion !
L’enfant, aux anges, tendit ses petites mains vers la domestique chargée de veiller sur elle. Celle-ci lui répondit par un sourire en hochant la tête en signe d’acquiescement.
Vais le montrer à maman !
Et sans attendre, elle fit volte face et s’élança. L’’imposante silhouette du manoir se dressait devant elle dans le ciel bleu d’Andoran. C’était sans nul doute l’une des plus belles et des plus riches demeures du pays. Les terres s’étendaient à perte de vue, « aussi loin que ton regard peut aller » comme lui disait son papa lorsqu’il la portait dans ses bras.
Voilà plusieurs jours déjà qu’il était absent, parti une nouvelle fois en mission pour sa déesse. Et comme toujours, l’enfant l’avait suivi comme son ombre. Elle détestait ces départs, mais elle ne pleurait plus maintenant. Elle savait que c’était important. Mais quand même, comment sa maman acceptait de le partager avec cette grande dame entourée de feu et d’épées ? Elle faisait peur.
D’ailleurs, son papa possédait une épée comme elle : toute dorée. Il lui parlait. Saléna l’avait déjà vu faire. Il lui avait proposée de la toucher mais elle lui faisait trop peur.
La petite fille reculait d’un air craintif à la vue de l’arme. Non, elle aimait pas cette grande dame.

Elle entra en courant dans la demeure, manquant de renverser une domestique lourdement chargée.
Saléna !
L’enfant s’immobilisa aussitôt. La voix de sa mère venait de déchirer le silence. Elle n’avait pas le droit de courir ainsi, et la réprimande arrivait.
Elle se tourna lentement en direction du salon.
Loriane se tenait debout et observait d’un air courroucé sa fille.
Venez ici jeune fille.
Saléna avança doucement, resserrant un peu plus ses mains sur son papion.
Tu ne dois pas courir dans le manoir. Imagines si ces lourds plateaux t’étaient tombés dessus ! Qu’aurions-nous fait ? C’est dangereux. Tu es petite, les domestiques ne te voient pas toujours. Une prochaine désobéissance et tu seras punie. Suis-je claire ?
Oui maman
, répondit tout bas l’enfant en regardant le sol.
…Bien. … Pourquoi courais-tu ainsi ?
L’enfant releva aussitôt la tête, arborant un sourire lumineux et tendit ses petites mains vers sa mère.
Loriane observa sa fille. Il était visible que la réprimande était déjà oubliée. Marik la couvait vraiment trop.  Elle inspira, résignée. Elle saisit entre ses mains celles de sa fille et les ouvrit doucement, découvrant un magnifique papillon aux ailes d’un bleu profond, saupoudrées d’argent.
C’est pour maman !
Merci ma chérie.
Madame, veuillez m’excusez mais des voyageurs demandent humblement le couvert.

Elles se tournèrent ensembles vers Henri, leur vieux majordome. Cet homme d’un âge certain, toujours impeccablement habillé, se tenait droit comme un piquet dans l’encadrure de la porte, attendant les instructions de la maitresse des lieux.
Des voyageurs ?
Oui Madame. Ils demandent l’aumône pour le couvert.
Combien sont-ils ?
Cinq hommes Madame. En piteux état et fort sales.
Un instant.


Elle fit un signe et un domestique apparu au côté d’Henri.
Conduisez Saléna dans ses appartements et veillez qu’elle n’en sorte pas.
Bien maitresse.

Saléna regarda sa mère. Elle savait qu’il était inutile de discuter. Avec son papa, s’était possible, mais sa maman était bien plus sévère. Elle suivit donc sans discuter le domestique.
Loriane regarda sa fille disparaître. Une fois cela fait, elle se tourna vers Henri.
Conduisez-moi à eux.

Le majordome la guida jusqu’aux portes du jardin intérieur, officialisant l’entrée au sein du manoir en lui même.
Un groupe d’hommes vêtu de guenilles patientait sous la morsure du soleil d’été.
Elle les détailla rapidement. Des hères du voyage sans nul doute.
Elle donna l’ordre de les nourrir et de leur fournir des vivres pour reprendre la route dans les meilleurs délais.
Les hommes tombèrent à genoux, pleurant et remerciant.
Loriane acquiesça et retourna au manoir, reprenant son travail là où sa fille l’avait interrompue quelques instants plus tôt.

A l’étage, Saléna tendait l’oreille contre la porte, dans l’espoir de percevoir les conversations. Mais rien ne lui parvint. Il faisait un temps magnifique dehors et elle n’avait pas l’intention de rester coincée entre des murs. Heureusement,  Alban, le fils du cuisinier, lui avait montré un passage pour sortir sans être vue. Un passage où seul un enfant pouvait se glisser. Doucement, elle poussa sa petite commode, fit pivoter le panneau et se glissa aussitôt dans le petit boyau.
Elle ressortit quelques mètres plus loin derrière l’une des armures d’apparat qui ornait le long couloir de l’étage. Il lui fallait à présent descendre doucement, repasser par le salon et sortir. Cela ne devrait pas être difficile. Sa mère devait être avec ces « voyageurs ».
L’enfant parvint sans encombre au salon. S’apprêtant à le traverser à toutes jambes, elle se figea. Sa mère se tenait assise au bureau, visiblement absorbée par une longue missive. Saléna trouva aussitôt refuge derrière un meuble, le cœur battant. Si elle était découverte, elle subirait une punition mémorable, elle n’en doutait pas un instant.
Il lui fallait retourner dans sa chambre sans tarder. Elle s’apprêtait à rejoindre l’escalier lorsqu’Henri fit de nouveau irruption.

Navré de vous interrompre de nouveau mais les voyageurs ont fini et souhaitent ardemment vous remercier.
Loriane se redressa, visiblement agacée.
Dites-leur que ce n’est pas nécessaire. Que les dieux veillent sur eux et qu’ils fassent bonne route.
Madame, je le leur ai déjà dit mais ils insistent et disent qu’ils veulent vous remettre un cadeau.

Le silence retomba quelques secondes.
Bien… Faites les entrer.
Henri s’inclina respectueusement et sortit.

Il revint quelques minutes plus tard, escorté de cinq hommes. Saléna suivait la scène, bien cachée. Elle n’avait jamais vu de personnes si sales.
Henri s’inclina de nouveau et sortit, fermant les portes.
Madame, un grand merci pour votre générosité envers d’humbles voyageurs.
Je vous souhaite bonne route, étrangers.
 Madame, veuillez accepter ce modeste présent. Il n’a pas de valeur mais cela serait un honneur pour nous.

Saléna vit alors l’homme sortir de son sac un collier. La petite fille grimaça. L’homme avait raison, il n’était pas très beau et ne plaira surement pas à sa maman.
Mais Loriane ne montra rien et reçu le présent en les remerciant.
Madame, pourriez-vous nous accorder une ultime faveur si j’ose ?
Laquelle voyageur ?
Il est rare pour des gueux comme nous de voir si grande beauté. Ce présent est sans nul doute une insulte à vos yeux habitués aux bijoux de valeur, mais pour nous, cela serait un honneur de le voir à votre cou ne serait-ce qu’un instant. Accepteriez-vous d’offrir aux pauvres voyageurs que nous sommes, le bonheur d’emmener avec nous ce souvenir ?

Loriane observa l’homme un instant, ne sachant trop quoi penser. La demande était des plus surprenante. Elle observa le cadeau. Le collier, fort simple, n’était en effet en rien comparable à ses bijoux.
Si cela peut alléger vos cœurs.
Elle porta à son cou la parure sous les regards brillants des hommes. Aussitôt, elle eut comme une faiblesse, s’appuyant au dossier de son fauteuil.
Saléna vit l’homme se redresser, un sourire aux lèvres.
Fermez la porte, ordonna-t-il.

D’un geste rapide, il saisit sa mère par le bras. Saléna sourit. Sa mère était puissante. L’homme allait regretter.
Ce qui suivit, l’enfant ne parvint pas à en détacher son regard.
Pourquoi ? Pourquoi ne se défendait-elle pas ?
Elle voulait hurler mais la peur et l’horreur paralysaient sa petite voix.
Après un temps qui lui parut interminable, les hommes sortirent de la pièce.
Mais l’enfant les remarqua à peine. Son regard restait fixé sur le corps inerte et ensanglanté de sa mère dont les yeux grands ouverts fixaient pour l’éternité les moulures du plafond.


Céléna se redressa haletante, le corps en sueur, le visage baigné de larmes.
Elle atteint péniblement la fenêtre de sa chambre qu’elle ouvrit en grand.
L’air glacé de la nuit s’engouffra mais elle frissonna à peine.
Pourquoi ? Pourquoi tout ceci lui était revenu ?
Elle se tourna vers Feu.
Pourquoi me fais-tu cela ?
Tu dois te souvenir, paladine.
Pourquoi
! hurla-t-elle. En quoi cela peut-il m’aider ? 
Tu dois te souvenir…de lui.
Elle s’arrêta et senti son estomac remonter. Elle se pencha de nouveau au-dessus du vide.
De lui… Cet homme offrant le collier, elle le connaissait.
Elle ferma les yeux, en proie à une vision d’horreur. Oui elle le connaissait. Il avait quinze ans de plus et gardait aujourd’hui l’Abbaye Caliphvaso sous le nom de Léonard.
A présent, tu sais aussi pourquoi ta mère ne s’est pas défendue ce jour là.
Elle se tourna lentement vers Feu. Ce dernier avait pris forme humaine et lui faisait face.
Ce collier. Elle en avait revu un depuis : autour du cou d’Adivion, le réduisant lui, l’un des trois plus puissant mage encore en vie, à l’état de marionnette. Un collier de servitude bloquant toute magie. Ce jour là, sa mère n’avait eu aucune chance.

Céléna sentit alors une vague de colère et de haine monter en elle et la submerger. Son cœur, son âme criaient vengeance. Son pouls s’accéléra, sa respiration entrecoupée attestait d’un effort de contrôle quasi surhumain.
Tous ces sentiments refoulés depuis de si longues années, venaient d’être brutalement libérés, emplissant son esprit et son âme tel un océan déchainé dévastant tout sur son passage. Feu venait de faire voler en éclat les ultimes barrages si patiemment construits par l’enfant qu’elle fut.
Elle porta une main tremblante à son front. Il lui semblait que sa tête était sur le point d’exploser. Vengeance… était l’unique sentiment qui l’habitait en cet instant.     
Vengeance ?
La voix de Feu venait de rompre le silence de son esprit.
Comptes-tu tomber sous les mêmes erreurs que ton père ou sauras-tu te montrer à la hauteur de ton devoir ?
La provocation contenue dans les paroles de l’épée lui fit l’effet d’une gifle.
Céléna se redressa.
Si tu as si peur, pourquoi avoir pris le risque de me rendre la mémoire ? lâcha-t-elle d’un ton mordant.

Feu l’observa puis répondit, détaché.
L’explosion de sentiments si violents est une arme redoutable dont tes ennemies ne se seraient pas privées. Maintenant, ils ne peuvent plus t’atteindre par ce biais. A toi de me démontrer ta valeur à présent, paladine.
Son père avait perdu son paladinat en vengeant sa mère. Allait-elle commettre la même erreur ? L’histoire allait-elle se répéter ?
Soudain, le visage d’Arwyll lui apparut. Elle le revit, enchainé au sol, prisonnier de la ville souterraine vampire. Elle devait le sauver. Elle n’avait pas le droit de l’abandonner.
Elle serra les dents et assena contre le mur un coup de poing rageur.
Elle ne devait pas se laisser emporter par ses émotions, sinon s’en était fini d’elle. Pire, elle condamnait à mort son pair.
Elle sentait Feu sonder son âme, en quête d’une réponse satisfaisante.

Céléna se tourna vers lui et approcha d’un pas décidé.
Elle tendit le bras et se saisit de l’épée.
Allons sauver Arwyll. 
Elle sentit Feu inonder son âme, déversant en elle une douce chaleur.
L’épée résonna mélodieusement.
Céléna eut un pauvre sourire.
Un nouvel échelon vers la fusion venait d’être franchi.

Pour vivre libre, il était des choses qu’il valait mieux oublier.
Celena

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