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102330 Messages dans 7472 Sujets par 912 Membres - Dernier membre: pepeARea décembre 16, 2019, 04:02:49 am
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Messages - Arduilanar

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: février 19, 2018, 16:05:00 pm »
En Kuthona, dernier mois de l’année, nous poursuivîmes notre expansion vers le nord, agrandissant notre réseau routier et aménageant de nouvelles fermes. A Azarov, Béryl nous aida à construire un splendide hôtel de ville, où nous pûmes héberger notre administration naissante. Pendant qu’Auria s’affairait aux préparatifs de la Fête de Cristal, Ravvel nous entretint d’un projet visant à faire s’installer la harde des kobolds dans un réseau souterrain qu’il leur ferait construire sous la cité. Je m’y opposai avec véhémence, car cette mesure, outre les inévitables tensions que cette cohabitation aurait pu provoquer avec nos habitants, et le souci évident d’hygiène à laisser patauger des reptiliens dans nos égouts, était contraire aux articles de la Constitution que nous avions établie. Ne prêtant pas l’oreille à mes arguments cependant, Ravvel entreprit de faire visiter la ville à Mikmek, avant de faire une présentation officielle de son plan à la population.
Le 21 Kuthona, le jour du grand festival de Shelyn arriva enfin et tout Azarov se réjouit lors des célébrations de la Fête de Cristal. Les habitants avaient revêtu leurs plus beaux habits colorés, et les rues de notre cité avaient été ornées de milliers de lanternes, les jeux de lumière baignant la ville d’une ambiance féérique. La grande Poupée Zonzon, élaborée par Auria et les dévots de la Rose Eternelle, fut promenée dans son chariot, chaque citoyen étant appelé à lui faire don d’un morceau de tissu, d’un bout de dentelle ou de quelques perles et boutons. A la fin de la fête, la poupée fut rituellement jetée dans le Lac de la Défense, et alors que la foule éméchée s’apprêtait à se disperser, Ravvel en profita pour présenter Mikmek et discourir sur l’aide précieuse que les kobolds nous avaient jadis fournie – en taisant cependant le fait qu’il comptait faire s’installer ces créatures sous les propres pieds des citoyens. Les habitants, quelque peu surpris et surtout bien alcoolisés, firent bon accueil au jeune kobold, mais je ne pus m’empêcher de me sentir inquiet quant à leurs réactions le jour où ils apprendraient la vérité. Cependant les célébrations purent prendre fin sans heurts, ce qui était l  e principal.
Le mois d’Abadus marqua le commencement de l’année 4701. Nous progressâmes dans la construction de routes vers le nord, cherchant à rejoindre in fine le comptoir d’Oleg pour nous relier au chemin vers Restov, et nous érigeâmes des murs d’enceinte tout autour d’Azarov.
Au cours de ce mois, nous eûmes maille à partir avec des esclavagistes, cultistes d’Asmodée. Avertis par un de mes espions de la disparition d’un adolescent de la ville, parti visiter des parents fermiers établis à l’est de la Corneille, nous découvrîmes avec stupeur que les fermes étaient désertes, et portaient les traces évidentes du passage d’une troupe nombreuse. Mettant la main sur deux jeunes enfants rescapés, qui avaient trouvé refuge sous une trappe secrète dans une des fermes, nos craintes se confirmèrent : nos colons avaient été attaqués par une force encore inconnue. Suivant les empreintes laissées par les ravisseurs, nous cheminâmes vers le sud-est et traversâmes la Gudrine, jusqu’à apercevoir au loin les lueurs d’un campement.
Nous passâmes la nuit à l’abri des collines, puis partîmes dès l’aube inspecter les lieux. Je réussis à m’infiltrer dans le camp encore assoupi, et découvrit sous une grande tente les fermiers prisonniers. Nous avions donc vu juste ! Hélas, je ne parvins pas à dominer l’esprit du bandit de faction, et ne réussis qu’à donner l’alerte. Je me repliai au plus vite, et bientôt les malandrins s’avancèrent hors de leur camp, tenant nos colons en otages. Les négociations se déroulèrent de la plus exécrable manière : les brigands, que nous avions reconnus comme étant des chasseurs d’esclaves, nous expliquèrent calmement leur intention de vendre nos concitoyens sur les marchés de l’Est, et nos menaces ne les impressionnèrent nullement. Quand nous fîmes mine d’intervenir, la prêtresse d’Asmodée qui les dirigeait égorgea le premier des prisonniers puis se saisit d’un second, promettant de lui faire subir le même sort si nous nous approchions.
Me dissimulant aux regards par un sort d’invisibilité, je m’élançai pour secourir le paysan agonisant. Rapidement, la bataille éclata avec les esclavagistes : Albert ensorcela Ardamirë pour lui permettre de voler tout en le rendant lui aussi invisible, et le barbare se saisit de la prêtresse pour s’envoler avec elle vers les nuées. Ravvel donna la charge aux bandits, tandis qu’Albert prenait à son tour son envol. La prêtresse parvint avec difficultés de l’étreinte du demi-elfe, seulement pour se retrouver en chute libre à plus de cinq cent mètres du sol. Nous crûmes un instant qu’elle allait s’écraser et nous débarrasser ainsi de sa présence maléfique, mais elle parvint à se ressaisir in extremis à se ressaisir et à user d’un sort pour se maintenir dans les airs. Un combat violent s’engagea dans les hauteurs entre les lanceurs de sort, tandis que j’essayai de faire fuir le prisonnier que la prêtresse avait relâché, et qui n’était autre que l’adolescent dont on nous avait signalé la disparition.
Les maléfices de la suivante d’Asmodée affectèrent durement notre arcaniste, mais nous réussîmes à porter le coup de grâce à la prêtresse, puis dirigeâmes notre courroux contre les esclavagistes. Nous libérâmes tous les prisonniers en faisant un grand massacre de leurs ravisseurs, mais certains de ceux-ci parvinrent malgré tout à quitter le champ de bataille. Si leurs crimes avaient été moins odieux, nous les aurions peut-être laissés filer, mais leurs actes et leur culte étaient une telle abomination que nous leur donnâmes la chasse et, les rattrapant, les exterminâmes jusqu’au dernier.
Nous mîmes la main sur la prêtresse, qui bien que blessée respirait encore. Nous l’attachâmes solidement, et la ramenâmes à Azarov sous bonne garde, en même temps que les fermiers libérés et encore sous le choc de leur rapt. Ce fut notre première occasion de rendre justice en public, et de prononcer contre la sectatrice d’Asmodée la peine capitale, au grand plaisir d’Auria qui, en tant qu’Andorane, éprouvait une aversion féroce pour les dévots du Dieu-démon.
Au mois de Callistril 4701, nous revendiquâmes officiellement la région où s’était tenu le camp de l’Epine, et entreprîmes de le transformer en scierie. Nous bâtîmes également une mine pour exploiter le filon d’or que nous avions découvert dans les collines, nous assurant des revenus substantiels. Au cours de ce mois, j’appris avec le plus grand délice que la dame Elyssia Medvyed arrivait enfin du nord, et je me hâtai d’aller l’accueillir comme il se convenait.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: février 19, 2018, 15:06:43 pm »
Le lendemain de la fête de la Fondation, Auria nous présenta le demi-elfe Béryl, architecte de renom envoyé par Restov pour nous aider dans la tâche qui nous attendait. Grâce à ses conseils judicieux, nous dressâmes un audacieux plan de rénovation de l’ancien fort du Cerf en un château somptueux, aux éléments architecturaux humains et elfiques mêlés. Notre arcaniste Albert ayant confectionné une Lyre de Bâtisseur, nous pûmes user de la puissance de l’instrument pour donner libre cours à notre imagination, creusant de profonds fossés et élevant de hautes tours aux toits pointus, ciselant le bois et la pierre pour y faire naître des entrelacs végétaux et des motifs raffinés. Nous entamâmes aussi la construction des premières maisons pour nos colons, ainsi que l’édification de fermes sur les collines fertiles aux abords du Lac de la Défense. Ardamirë et Ravvel commencèrent à recruter des gardes pour former une milice de la ville, tandis que je m’occupai de fonder un scriptorium pour avoir le moyen de faire connaître nos édits et nos lois à la population, et pour recopier mes Chroniques.
Lors de ce mois d’Erastus, nous eûmes aussi la bonne surprise de recevoir la visite d’un prospère marchand andoran, qui remontait le Sellen en direction du Brévoy. Charmé par l’aspect pittoresque de notre petite colonie, il décida d’initier la construction d’un petit manoir où il pourrait venir se reposer chaque fois que ses affaires le mèneraient à nouveau dans notre belle contrée.
Le mois d’Arodus nous vit attelés à la construction de moulins et de pêcheries sur les bords du lac, et à nos colons rostais commencèrent à se mêlèrent des immigrants venus des autres Royaumes fluviaux. La tranquillité de notre toute récente communauté fut cependant ébranlée par deux meurtres sanglants : d’abord celui d’une serveuse de taverne, en ville, puis celui d’un jeune berger dans les collines. Nous saisissant de l’affaire, nous remontâmes les traces d’un loup monstrueux, qui nous menèrent en fin de compte à un étranger à l’air bien inoffensif. Méfiants malgré tout, nous lui donnâmes la chasse, le capturèrent et l’emmenèrent de force à notre château, à la tombée de la nuit.
Quand la pleine lune perça les nuages, nos craintes se virent confirmées : notre prisonnier n’était rien moins qu’un loup-garou ! La bête se défit des cordages qui l’enserraient sans le moindre effort et, l’écume aux lèvres, se jeta sur nous. Nous le maîtrisâmes sans trop de peine, mais Ardamirë fut mordu au cours de la lutte ; et quand nous attachâmes solidement le loup-garou par des chaînes de métal, c’est lui qui se métamorphosa à son tour.
Les yeux brillant de haine, la rage animale qui l’habitait allait le faire se jeter sur nous, ses propres alliés et amis. D’un geste preste, je lançai un charme qui le calma et lui ôta toute velléité meurtrière, mais ne le guérit pas du fléau qui le consumait. Au plus vite, nous fîmes mander Auria, qui nous rejoignit au château bien que l’ayons réveillée au milieu de la nuit. Hélas, non seulement ses pouvoirs se révélèrent insuffisants pour briser un tel enchantement, mais elle nous apprit aussi que nous ne disposions que de trois jours pour soigner notre ami barbare, sans quoi le mal deviendrait incurable.
Sans attendre, Ravvel enfourcha un destrier et partit au triple galop au sud, jusqu’à la demeure de Beldame. La vieille femme bougonna et grincha, comme à son habitude, mais accepta de le suivre devant son insistance et fit se changer son épouvantail en grand monstre ailé pour cheminer plus rapidement. Arrivée au château, elle commença par fourrer de force quelque mélange de plantes dans la gueule de Kendal, le loup-garou responsable des attaques contre nos citoyens. Cependant, l’enchanteresse prit la mouche devant le peu de considération que nous semblions lui porter, et se vexant, elle s’en retourna chez elle sans prodiguer le remède à Ardamirë, emportant l’étranger avec elle.
Contrit et profondément inquiet pour notre co-tétrarque, je pris le lendemain la route de la hutte de Beldame, et la priai humblement de recevoir mes excuses pour notre indigne conduite et notre manque de gratitude. Ne m’ouvrant pas sa porte, elle daigna tout de même me jeter un sachet d’herbes, dont je m’emparai en la remerciant avant de filer vers Azarov.
Là, la mixture de Beldame permit de guérir notre compagnon, à notre très grand soulagement. Tous les problèmes n’étaient pas résolus, cependant : il nous fallut annoncer à la population et aux familles des deux victimes que nous avions démasqué et attrapé le tueur, mais que justice n’avait pas été rendue. Nous fîmes de notre mieux pour les réconforter, mais nos mots étaient un baume bien insuffisant pour la sévérité de leur peine, et après avoir organisé des funérailles officielles, nous dûmes les laisser à leur deuil.
Je retournai voir Beldame, et lui fit part de mes remerciements pour avoir sauvé Ardamirë de l’infâme malédiction. L’enchanteresse, un peu plus affable, me révéla qu’elle avait recueilli Kendal chez qui elle travaillait à étouffer les tendances prédatrices. L’homme, qui était sans doute ensorcelé depuis des années, ne gardait aucun souvenir des nuits où il passait sous l’emprise de la bête en lui. Il exprima néanmoins le souhait de pouvoir s’exprimer devant les familles de ses victimes, lorsque le moment serait venu, et je lui promis de lui apporter mon aide à ce moment.
Le mois de Rova vit le retour au calme. Le cimetière de la ville fut achevé, ainsi que la construction de routes entre Azarov et les fermes. Pour ma part je m’occupai d’investir dans une presse pour transformer mon petit scriptorium en véritable imprimerie, capable de recopier en grands nombres les écrits de Hosetter ou de Darl Jubannich, ou ceux des philosophes que j’espérais, dans le futur, attirer dans notre belle cité. Je reçus justement un courrier d’un vieil ami du Galt, Fëanturi Eressëa, éminent sage et penseur : je m’empressai donc de lui répondre pour le convier à venir profiter des charmes de notre paisible colonie.
Albert, après avoir initié une classe pour alphabétiser les jeunes générations, passa beaucoup de temps enfermé dans ses quartiers à perfectionner son art de la divination. Ardamirë put s’occuper d’entraîner les jeunes louveteaux qu’il avait fait acheter au Brévoy dans l’idée d’en faire des animaux de combat, et Ravvel, lui, reçut la visite de deux naines membres du clergé de Torag. L’arrivée de l’automne fut saluée par le passage de fidèles de Desna, qui se rendirent au temple de l’Elan pour célébrer dans la forêt le festival de Machaon.
Le mois de Lamashan, nous érigeâmes une forge à Azarov. Curieux de savoir ce qu’Albert manigançait, je lui rendis visite dans ses appartements, et il me révéla qu’il usait d’un miroir de scrutation pour surveiller les faits et gestes d’une certaine Ioula Vendénine, une commerçante de Restov qui agissait en secret au sein d’un mouvement pour la scission du Brévoy et l’indépendance du Rost. Il accepta cependant de diriger aussi ses regards vers nos ennemis, les trolls et le viflin, et par les brèves visions de la scrutation, nous pûmes tout au long du mois commencer à en apprendre plus long sur leurs agissements.
Nous aperçûmes plusieurs fois l’émissaire troll, dans la forêt ou dans les salles de pierre d’une construction qui nous était inconnue. Il nous apparut un jour en compagnie d’une créature encore plus immonde que lui, d’une taille impressionnante et dotée de deux têtes hideuses. Je crus que le répugnant hybride était le dirigeant des trolls, mais leur conversation me détrompa, puisqu’ils se plaignirent qu’ils allaient devoir annoncer l’échec de la négociations avec les hommes-lézards devant leur chef… Je frémis à l’idée qu’ils étaient menés par un être encore plus puissant et laid que le géant à deux têtes, mais n’en apprit pas plus.
L’observation du viflin se révéla elle aussi très intéressante. Nous le vîmes notamment en compagnie de deux personnages étranges, ressemblant à des hommes ou des elfes mais dont les cheveux paraissaient plutôt être de substance végétale, et qui n’étaient pas sans me rappeler Erin, la créature que j’avais rencontrée chez les Medvyed et qui m’avait dit de me présenter aux fées comme l’Ami des Papillons. Peu amènes, les deux compères sermonnèrent sévèrement le viflin sur son incompétence et l’échec de l’opération menée auprès des hommes-lézards. La misérable petite fée était toujours aussi floue, mais je ne pus m’empêcher de ressentir un certain plaisir en imaginant sa vilaine face se tordre sous les remontrances.
Inspiré par les pouvoirs d’observation de l’arcaniste, je décidai d’employer mes propres moyens à l’élaboration d’un service de renseignement sur les évènements de notre Tétrarchie. En arpentant les tavernes, je commençai à recruter une équipe aux profils divers : un jeune élève de la classe d’Albert, une couturière, une commerçante éprise d’art elfique, un bûcheron, l’aide de l’aubergiste… J’instruisis tout ce petit monde des évènements dont ils devaient prendre note, et nous convînmes d’un rendez-vous hebdomadaire dans mon imprimerie, à la nuit tombée, pour qu’ils me fassent leurs rapports.
   Lors du mois de Neth, je reçus un nouveau courrier, adressé cette fois-ci par Elyssia Medvyed, la fille de mon mécène et protecteur, qui souhaitait courtoisement nous rendre visite. Je lui fis savoir que nous l’accueillerions avec le plus grand plaisir, et que nous serions fiers de lui montrer le développement spectaculaire que la région connaissait depuis sa pacification. Nous avions justement entrepris de nous étendre et commençâmes la colonisation des terres au nord-ouest d’Azarov, défrichant les collines pour y installer de nouvelles fermes. Dans notre capitale, nous poursuivîmes la construction des logements pour nos colons, toujours plus nombreux, et nous dotâmes également notre cité d’une nouvelle auberge.
Les rapports de mes subordonnés commencèrent à affluer, m’apportant de précieux renseignements sur la vie de nos citoyens. J’appris ainsi les tensions qui se développaient entre les colons rostais et ceux issus des Royaumes fluviaux, et eus vent du projet d’un couple de partir s’installer au cœur de la forêt. Lili Teskarten me confia que notre architecte Beryl était un fervent dévot de Findeladlara, et l’on m’informa aussi qu’une femme barde venait de faire son entrée en ville. Quant aux bûcherons qui opéraient le long de la Mouffette, ils étaient apparemment en proie aux troubles et ralentis dans leur travail par d’étranges manifestations.
Redoutant un danger pour nos braves travailleurs, je choisis de m’atteler à ce problème en priorité et suivit mon informateur Stas lorsque l’équipe de bûcherons retourna dans la forêt. Ceux-ci s’étaient installés aux abords d’un des lacis de la Mouffette, où les flots ralentis par la courbure s’étalaient en une large mare. Dès que les hommes se saisirent de leurs haches et s’attelèrent à abattre les arbres, j’entendis en effet des sons effrayants sortir de la forêt. Je m’élançai dans leur direction, me faisant accompagner de deux bûcherons ; mais bientôt ceux-ci s’arrêtèrent nets, comme sous l’emprise d’un charme, et je me mis à soupçonner quelque mauvais tour féérique. Le reste de la troupe commençait à paniquer, aussi, m’exprimant un sylvestre, je sommai le responsable de ces farces pendables de se montrer.
Au centre de la mare émergea alors la tête d’une créature, que je reconnus pour être une nixie, qui me tança de « chasser ces brutes ». J’eus la plus grande peine à contenir la colère des bûcherons tout en menant des négociations avec la désagréable petite fée, qui se plaignait qu’en abattant les arbres qui protégeaient sa demeure souterraine, nos hommes l’avaient privée de son abri. Désireux de faire progresser la situation, je m’engageai à faire cesser les coupes et à restaurer sa maison, à la condition qu’elle libère les victimes de son enchantement, mais la nixie ne l’entendait pas de cette oreille et la tension commença à monter avec Korax, le chef des bûcherons. Je dus envoyer Stas chercher à Azarov auprès d’Albert une plume d’arbre, artefact capable de faire croître instantanément un tel végétal, et après avoir demandé au reste de l’équipe de retourner en ville, je restai avec les deux ensorcelés et avec Korax, qui avait refusé de les laisser seuls.
Le temps me parut bien long jusqu’à ce que le bûcheron revînt avec la plume. Je passai deux jours entiers avec Korax qui était de fort méchante humeur, et la nixie qui bien que d’apparence charmante, se montrait particulièrement revêche et mal aimable. Melianse, car tel était son nom, ne portait guère de crédit aux promesses que je lui faisais, malgré toute mon autorité de Tétrarque, et semblait douter que je fus capable de mettre fin au saccage de son environnement. Elle mit même ma parole au doute au point de vouloir parier que j’échouerais à tenir ma promesse. Quand je lui révélai que j’étais un ami de Pervilash et Tyg, elle se radoucit quelque peu, mais demeura plus que circonspecte quand je tâchai de lui expliquer que notre Etat s’efforçait de tisser des relations amicales avec toutes les créatures douées de bonne volonté et animées d’un esprit d’entente. L’amenant sur le sujets des autres fées qui peuplaient la forêt, j’essayai de la faire me parler du viflin et des deux étranges êtres que nous avions vus en sa compagnie. Dès l’instant où j’évoquai le sujet cependant, son expression changea du tout au tout, et passa de l’effronterie moqueuse à la plus grande peur. Tout au plus parvins-je à lui faire me dire que ces êtres n’étaient en rien des fées, qu’ils appartenaient au Premier Peuple, et qu’ils étaient redoutablement dangereux.
Le troisième jour, Stas fit enfin son retour, à mon très grand soulagement. Grâce à la plume, je pus faire jaillir du sol en un claquement de doigt un magnifique chêne de près de vingt mètres de haut, ce qui ravit Melianse. Voyant enfin que ma parole était d’or et n’avait aucune raison d’être mise en doute, elle accepta de lever la fascination qu’elle avait fait peser sur les bûcherons, et j’obtins même d’elle qu’elle patrouille pour nous les rivières et cours d’eau de la Tétrarchie. Korax, lui, était moins enthousiaste. Montrant peu de gratitude pour la résolution pacifique du différend, il ne digérait pas le fait d’avoir à aller s’approvisionner ailleurs en bois de coupe, et se plaignit tant et plus du traitement inique qui était réservé aux bûcherons, tout cela pour les beaux yeux d’une fée. Je finis par lui intimer de cesser de se plaindre : il s’exécuta mais de bien mauvaise grâce, et je gageai qu’il en retint contre moi une rancune persistante.
A mon retour à Azarov, je m’entretins avec Roy et Latricia Rezbin, deux Brévoyens probablement adeptes de Gozreh ou de la Foi Verte, et qui cherchaient à s’installer dans la forêt, sur un site qu’ils avaient repéré loin en amont sur les berges de la Mouffette. L’idée me mettait mal à l’aise, et je prévins le couple des dangers mortels qui rôdaient sous les frondaisons, pensant notamment aux deux membres du Premier Peuple que Melianse m’avait décrits comme des tueurs sans scrupules. Cela n’altéra pas la résolution de Roy et Latricia, cependant, aussi leur donnai-je mon accord pour leur départ, et décidai de réfléchir à l’aide que nous pourrions leur apporter.
Je passai aussi un peu de temps avec Béryl, avec qui nous n’avions guère eu l’occasion de nous entretenir sur d’autres sujets que la construction de la ville. Il me parla de son enfance au Kyonin, sa naissance à Iadara puis ses études à l’université Albegarde, à la Tour Blanche. Très excité par le récit de ma découverte des ruines elfiques, il me fit part de son désir de pouvoir les explorer, ce pour quoi il reçut évidemment ma bénédiction. Je me rendis également au sanctuaire qu’Auria, devenue notre Grande Prêtresse, avait érigé en l’honneur de Shelyn avec le concours de l’architecte et des colons. Reconnaissante envers l’aide que Béryl lui avait apportée, elle ne fit évidemment aucun obstacle à ce que nous y déposions la statue de Findeladlara, permettant ainsi au demi-elfe de venir s’y recueillir liberment.
Pendant que Ravvel recevait la visite de Mikmek, le jeune kobold que nous avions secouru dans la tanière des mites et qui était en fait rien moins que le fils d’Ecailles-de-suie, Ardamirë me fit le récit de ses propres aventures dans la forêt. Parti se former au dressage avec ses jeunes loups auprès de Dévaré le druide, il y avait fait la connaissance de la dryade Tiresia, avec qui il s’était entretenu sur le sujet du Premier Monde. La dryade et le druide avaient usé d’un rituel ancien pour nouer un lien indéfectible entre le barbare et un de ses louveteaux, puis Tiresia s’était engagée à surveiller pour nous les bois des Narlmarches. Une excellente nouvelle donc, à porter toute entière au crédit de notre barbare et à son talent pour séduire la dryade !

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: janvier 22, 2018, 13:24:33 pm »
Le 10 Sarénith, nous prîmes la route des ruines elfiques dont Jubilost Narthople nous avait relaté l’existence en amont de la Murque. Notre première nuit dans la forêt fut troublée par l’intrusion d’un hodag, une énorme créature droit sortie du folklore, lézard monstrueux aux yeux rouges et couvert de pics, qui avait senti l’odeur de nos chevaux et était en train d’en dévorer un lorsque nous nous éveillâmes. La bête fut bientôt éliminée, regrettant le choix malavisé de son repas nocturne, et nous pûmes retourner à nos couchages.
Notre deuxième jour d’excursion nous fit arriver à une partie de la forêt encore plus ancienne que tout ce que nous avions vu jusqu’à présent. Le troisième jour nous arrivâmes enfin en vue des ruines d’un fort, couvertes par la végétation. La zone nous parut étonnamment silencieuse, générant un certain malaise au sein du groupe, et nous préférâmes bivouaquer pour explorer les ruines au petit matin plutôt qu’à la nuit tombée.
  C’est donc le 14 Sarénith que nous nous approchâmes véritablement des vestiges du fort elfique. Bien qu’ayant subi les outrages du temps, le bâtiment restait splendide, et ses hauts murs de pierre blanche, fissurés et craquelés, offraient support à une masse dense de lierre, glycine et clématite. Nous fîmes le tour de l’enceinte circulaire ponctuée de quatre tours : des deux portes d’origine, une seule avait été épargnée par les éboulis, c’est donc celle-ci que nous empruntâmes pour rentrer.
A peine nous étions-nous engagés sous la voûte de l’entrée que, dans un grand fracas, les restes rouillés de la herse s’abattirent sur nous. L’accueil n’était décidément guère convivial. Avec prudence, nous avançâmes vers l’espace central du fort, mais rapidement nous fûmes assaillis par un ennemi mystérieux dont les coups semblaient venir de partout à la fois, aussi bien de la surface du sol que du sommet de l’enceinte. Il nous fallut quelques instants avant de comprendre que la silhouette tout juste perceptible qui se déplaçait trop rapidement pour nos yeux était manifestement celle d’un viflin.   Poursuivant la créature dans les ruines d’une des tours, nous réussîmes à la faire tomber un terre un instant, mais malheureusement pas à l’empêcher de s’enfuir, sa vitesse étant vertigineuse.
Un peu dépités, mais bien décidés à nous venger de la misérable engeance à une autre occasion, nous reprîmes l’exploration des ruines. Mon attention fut très vite captée par la tour centrale, la pièce maîtresse du fort dont les murs d’ivoire s’élevaient avec grâce. Y pénétrant, je fus subjugué par la délicatesse des décorations qui l’ornaient : de grandes fresques aux motifs naturels s’étalaient sur les parois, et le sol était couvert d’un dallage travaillé de pierres polies aux couleurs pastel. Un escalier finement ouvragé et apparemment en bon état montait vers un étage, et mes compagnons se joignirent à moi pour y poursuivre l’exploration.
Avec étonnement, nous crûmes pénétrer dans une clairière, dominant l’enceinte du fort et offrant un panorama sur la forêt alentour. Le sol, couvert d’un épais terreau, était tapissé d’une profusion de plantes grimpantes et de fleurs chatoyantes, reflet vivant des arabesques végétales représentées sur les peintures murales et les vitraux. Au sommet du dôme, une ouverture circulaire révélait la canopée, décomposant la lumière du soleil en milliers de rayons verdoyants.
Au centre de la clairière enchanteresse se tenait une femme d’une grande beauté, d’apparence manifestement elfique, vêtue d’habits d’une coupe archaïque mais élégants. Ses yeux émeraude nous captivèrent, et lascivement, elle entama une danse fascinante. Nous remarquâmes à peine son comparse, un mâle d’allure elfique lui aussi, aux cheveux couleur feuille et à la peau verdâtre étrangement couverte de scarifications. Son sourire révélait des dents bien trop pointues, mais nous n’y prêtâmes pas garde, éblouis que nous étions par la danse de la femme-elfe.
Nous ne prêtâmes guère plus d’attention aux lianes qui commençaient à s’agiter sur le sol fleuri et entreprenaient de s’agripper à nos bottes et à nos chausses. Nous étions pris au piège, nos esprits prisonniers de l’enchantement de la danseuse. Un recoin encore alerte de mon esprit me susurra le nom de baobhan sith, cette fée maléfique qui use de sa danse pour captiver les voyageurs, puis se nourrit de leur sang. J’étais cependant, autant que mes compagnons, absolument incapable de réagir.
Quand la fée planta, devant nos yeux toujours hypnotisés, ses crocs dans le cou de notre arcaniste, alors seulement émergeâmes-nous de notre torpeur, pour découvrir que nous étions solidement rivés au sol par le lierre qui nous avait enchevêtrés. Les assauts sournois du mâle à la peau verte mirent notre compagnon Yuroï en bien mauvaise posture ; nous crûmes un instant le voir tomber, mais il se releva un instant plus tard, le regard animé d’une lueur divine. De son côté, Albert était aux prises avec la maîtresse des lieux, qui l’enserrait fermement et le vidait petit à petit de ses forces. Quant à mes sorts, les plantes grimpantes qui m’enserraient le corps perturbaient ma concentration et les faisaient échouer les uns après les autres.
Notre posture devenait quelque peu fâcheuse, mais nous sûmes brillamment nous ressaisir. Ardamirë, plus habile que nous à éviter les assauts insistants de la végétation grimpante, courut porter secours à notre oracle. Albert, puisant dans ses ressources d’arcaniste, parvint à faire surgir un trait de feu dévorant, qui vint roussir la chevelure argentée de la baobhan sith et mit fin à son étreinte mortelle. Quant à moi, j’usai de mes charmes de barde pour instiller la peur dans le cœur noir de nos ennemis, et instiller le doute dans leurs esprits tortueux.
C’est notre barbare qui mit fin aux maléfices suaves de la fée ; mais la retorse créature, en agonisant, proféra dans son dernier souffle une malédiction à son encontre, le laissant brusquement affaibli et pantelant. Nous finîmes de hacher menu son compagnon à la peau verte et les quelques lianes qui s’agitaient encore, puis voulûmes porter secours au demi-elfe : malheureusement, aucun de nous n’était capable de lever le mauvais sort, aussi dûmes-nous nous résoudre à faire profil bas et à prendre un peu de repos avant de partir à la recherche d’un guérisseur – un de nos prêtres, Auria ou Jodh, allait certainement être en mesure de soigner ce mal.
Nos adversaires vaincus, nous eûmes tout le loisir d’admirer pleinement les chefs d’œuvre d’art elfique dont ils avaient décoré leur repaire. Au milieu des délicates statues de marbre et des coffres de bijoux, parfums, amulettes, nous découvrîmes une imposante clepsydre de verre et d’or, rayonnant bijou de l’artisanat et de la science des elfes. Je mis aussi la main avec joie sur une harpe de maître. Trouvaille plus lugubre, nous dénichâmes une collection complète d’habits de belle facture, mais tous abominablement tachés de sang : les restes des malheureux qui, avant nous, avaient succombé aux charmes mortels de la baobhan sith. Nous embarquâmes la plupart des objets dans notre sac sans fond – où rôdait toujours, bien que réduit à l’impuissance, le feu follet capturé chez les lézards – mais, à ma grande peine, nous ne pûmes prendre les œuvres les plus volumineuses et les plus lourdes. Je jurai de revenir les chercher plus tard, et de les présenter dans un musée illustrant les prodiges de la civilisation elfique.
Après nous être débarrassés des carcasses de nos ennemis, nous piquâmes un bon roupillon dans la clairière enchantée. La journée du lendemain fut encore passée à reprendre des forces, surtout pour mes compagnons dont l’énergie avait été drainée par les fées buveuses de sang. Je m’occupai quant à moi d’incinérer les cadavres de ces vampires, afin de purifier définitivement les lieux de leur présence malfaisante.
Ce n’est que le 15 Sarénith que nous partîmes explorer les parties restantes du fort. Dans une des tours, dont la porte avait manifestement été remplacée récemment, nous découvrîmes ce qui devait être la cache du viflin, macabrement ornée de scalps maculés de sang séché. La créature avait filé depuis longtemps, mais notre barbare se fit un plaisir de saccager les lieux, d’une manière qui nous parut surprenante à nous autres civilisés, mais qui était après tout bien légitime. Une autre tour, la mieux préservée et encore dotée de sa porte d’origine aux motifs elfiques, se révéla être le repaire probable de la fée mâle, le traqueur. Dans la dernière tour enfin, nous mîmes au jour une impressionnante représentation de Findeladlara, admirablement ouvragée en mithral. Mon sang ne fit qu’un tour quand j’entendis Yuroï, pourtant un fidèle du dieu des artisans, proposer de fondre ce joyau d’art elfique pour en récupérer le matériau. Je le tançai vertement, devant le reste de nos compagnons fort amusés de nous voir nous prendre le bec pour un morceau de métal.
Le cheminement jusqu’au camp des colons fut long, et nous ne l’atteignîmes que le 25 du mois de Sarénith. Ceux-ci, braves gens mais superstitieux, s’écartèrent de notre passage en nous voyant arriver, ayant eu vent de la malédiction qui s’abattait sur l’un d’entre nous. Heureusement, les talents d’Auria prouvèrent une fois de plus leur utilité, et dès le lendemain Ardamirë était de retour sur pied et au plus grand de sa forme. Ce qui coïncida avec une autre bonne nouvelle : le sentier construit par les colons était enfin terminé !
C’est en grande pompe que, le 26 Sarénith, la longue file des chariots s’ébranla enfin et que la foule, galvanisée par mes discours, prit la route du Fort-Tempête, appelé à devenir le cœur de notre capitale Azarov. Sous notre surveillance attentive, le trajet se déroula sans la moindre embûche, et nous arrivâmes au bord du Lac de la Défense une semaine plus tard, le 3 Erastus. Nous proclamâmes ainsi, dans la liesse générale, la fondation officielle de la Tétrarchie d’Azarova, coïncidant avec la date de la Fête de l’Archer dédiée à Erastil. La journée fut donc consacrée à de grandes réjouissances, où les tétrarques se mêlèrent gaiement à la foule pour participer aux compétitions et jeux festifs.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: janvier 22, 2018, 12:20:44 pm »
A force de persuasion, je réussis enfin par convaincre un garde de nous amener jusqu’à la hutte du chef. Celle-ci, cependant, se révéla tristement vide, à l’exception des quelques trésors de la tribu saurienne. Nous finîmes cependant par aviser l’entrée d’un tunnel à demi inondé, où nous nous engageâmes non sans quelque réticence. Malgré la discrétion de notre approche, nos barbotements attirèrent l’attention des occupants de la salle située à l’autre extrémité du tunnel, et en toute hâte nous fîmes demi-tour cependant que le chef Vesket, flanqué de ses deux varans domestiques et furieux de cette intrusion, nous sommait de justifier notre présence.
De retour dans la hutte, nous découvrîmes que Vesket était accompagné du fameux émissaire troll dont il nous avait été fait mention. Si le chef des hommes-lézards se révéla peu aimable, le troll, ainsi que l’on peut s’attendre de la part d’une telle créature, nous fit preuve d’un mépris muet. Nonobstant le manque de chaleur de nos interlocuteurs, je déployai tous mes trésors de diplomatie pour tenter de faire valoir à Vesket l’intérêt d’un rapprochement entre sa tribu et notre Tétrarchie naissante. Las, seul l’émissaire troll avait l’attention du chef saurien, et toutes mes paroles tombèrent dans l’oreille d’un sourd. Quand j’insistai pour qu’au moins l’enfant tenu prisonnier nous fût remis, nous fûmes éconduits d’une bien discourtoise manière.
Ne nous le tenant pas pour dit, et refusant de céder devant la grossièreté et le manque de coopération du chef lézard, nous décidâmes, plutôt que de quitter le camp, de nous rendre à la hutte où nous avions compris que se trouvait l’enfant. Nous l’y découvrîmes effectivement, ligoté à un poteau et cerné par un varan qui faisait claquer ses mâchoires en direction de sa proie. Nous n’eûmes hélas pas le loisir de le libérer, puisque l’esprit ancestral des sauriens se manifesta alors, sous la forme d’un crâne nimbé de lumière verte en lévitation. Celui-ci donna aussitôt l’alerte ; aussi, préférant ne pas causer un bain de sang parmi les lézards, nous nous retirâmes en attendant un moment plus propice pour mettre notre plan à exécution
Après une nuit de repos sur les berges de la Murque, nous mîmes au point les détails de notre entreprise et planifiâmes soigneusement une attaque ciblée sur la hutte de l’esprit. Nous remémorant les évènements de la veille, l’évidence nous sauta enfin aux yeux : le prétendu esprit du clan n’était, en réalité, qu’un feu follet ! Seule cette explication donnait sens aux étranges évènements du camp : car les feux follets, ces infectes créatures, sont bien connues pour se repaître de la peur et du désespoir de leurs victimes. Ainsi, si l’enfant avait été capturé, tenu prisonnier et soumis à la terreur du varan plutôt que tué, c’était pour nourrir le sordide appétit du soi-disant esprit.
Dès le retour de l’obscurité, nous retournâmes au camp des lézards sous le couvert de la nuit. Notre barbare, rendu invisible, s’introduisit dans la cahute qui servait de geôle au petit prisonnier et délivra celui-ci au nez et à la barbe du feu follet, qui ne sut que hurler de rage et de dépit. Notre devoir avait été accompli avec brio !
Le lendemain, 27 Desnus, notre jeune miraculé put commencer à nous narrer les mésaventures tragiques qui l’avaient conduit à se retrouver en si périlleuse situation. Du nom de Tyg Tanners, l’enfant était arrivé de Restov avec les autres colons. Un soir qu’il se trouvait hors du camp, il avait été attaqué et saisi par une petite créature, se déplaçant trop rapidement pour que son œil parvînt à la discerner nettement. Il s’était ensuite retrouvé au matin au milieu des marécages de la Murque, où il avait été trouvé par les lézards accompagné de leur esprit, puis capturé et emmené jusqu’à leur village pour y connaître le sort dont nous avions été témoin. 
Nous arrivâmes au camp des colons le 3 du mois de Sarénith, où Oleg nous apprit qu’une attaque avait effectivement eu lieu quelque part entre son comptoir et le camp de l’Epine, causant trois morts parmi notre population.
Nous nous mîmes donc en route pour le camp de l’Epine, où nous pûmes remettre Tyg à ses parents éperdus de joie devant le retour de leur enfant. Les laissant à leurs heureuses retrouvailles, nous allâmes enquêter à l’orée de la forêt, là où avait eu lieu l’attaque deux semaines plus tôt. Tous les signes de l’altercation avaient bien entendu eu le temps de disparaître. Cependant, en nous enfonçant dans le sous-bois, nous décelâmes des empreintes de pas de trolls, préservées de la pluie par les frondaisons. Ainsi les ignobles bêtes étaient-elles responsables de l’assaut mené contre nos gens. Nos cœurs battirent à l’unisson d’une rage froide, et nous jurâmes de rendre justice et de venger nos pertes.
Le 4 Sarénith, nous traversâmes la forêt jusqu’au repaire des fées Pervilash et Tyg-Titter-Tut, espérant qu’ils pourraient nous renseigner sur l’attaque de nos colons, puisqu’elle avait eu lieu aux abords directs de leur résidence sylvestre. Ils nous confirmèrent qu’en effet, ils avaient vu récemment passer un ou deux trolls, ainsi qu’un viflin – une fée à la célérité bien connue, si preste qu’elle sait se rendre presque invisible. La description du viflin, nous donnant froid dans le dos, nous rappela les dires de l’enfant enlevé : nous tenions manifestement l’identité du ravisseur, même si plusieurs pièces manquaient encore au puzzle.
Le 9 Sarénith, nous étions de retour au camp des lézards, bien décidés à faire s’abattre le glaive de notre justice sur les complices de ceux qui avaient osé s’en prendre à notre peuple. Réussissant une nouvelle infiltration, nous pénétrâmes indétectés dans la hutte du chef Vesket, qu’Ardamirë exécuta d’un coup de sa lame elfique. Nous nous retrouvâmes ensuite aux prises avec les varans domestiques qui gardaient le lit du défunt chef de tribu, tandis que les femelles s’échappaient de ce même lit en piaillant.
Sortant couverts de sang de la hutte de Vesket, les lézards se contentèrent de nous observer et de se tenir à l’écart tandis que la confrontation s’engageait contre le feu follet. Celui-ci chercha à nous transpercer de ses rais de foudre, mais dans son habileté notre arcaniste nous avait prémunis contre de tels dégâts, rendant la magie de notre ennemi absolument inutile. Celui-ci, comprenant qu’il ne pourrait plus triompher, chercha à s’enfuir ; mais, d’une manœuvre habile, nous parvînmes à le capturer dans notre sac sans fond, mettant fin au combat.
L’agitation calmée dans le village, les femelles du harem revinrent vers nous et nous remercièrent de les avoir épargnées, nous offrant leurs bijoux. Elles nous apprirent que les trolls avaient requis l’allégeance des lézards, en leur offrant en échange de leur apporter de nouvelles proies, ainsi qu’ils l’avaient déjà fait avec l’enfant humain. La nouvelle confirma nos suspicions : une force hostile était à l’œuvre dans la forêt, et cherchait à nous nuire en fédérant autour d’elle les différentes créatures des bois. Le viflin d’abord, les lézards ensuite.
Ceux-ci, cependant, s’avérèrent reconnaissants que nous les ayions libérés du joug de Vesket, dont le règne était devenu despotique et qui avait fait exécuter bon nombre de ceux qui remettaient en cause sa façon de gouverner. Un nouveau saurien allait maintenant pouvoir le remplacer, inaugurant peut-être la naissance de relations plus chaleureuses avec la civilisation. Nous fîmes, en partant, la promesse de revenir pour renforcer les liens existant désormais entre leur village et notre Tétrarchie.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: janvier 01, 2018, 20:36:17 pm »
Nous nous y retrouvâmes tous réunis le lendemain, étant moi-même revenu de ma visite de courtoisie auprès de nos colons. Notre répit fut cependant de bien courte durée, car au milieu de la nuit, nous reçûmes tous au milieu de nos rêves un appel désespéré de la vieille Beldame, nous priant de retourner le plus rapidement possible sur le Lac aux Chandelles. Nous fîmes donc route dans l’urgence, pressentant dans l’empressement de la vieille alchimiste l’imminence d’un danger mortel. A nouveau, les dons de métamorphose animale de Dévaré se montrèrent utiles, et en quelques heures de navigation nous pûmes atteindre les eaux du Lac, surmontées d’une brume particulièrement dense agitée de lueurs blanches, jaunes, vertes et bleues.
Beldame nous rejoignit, transportée par son épouvantail magique dont nous avions déjà croisé le chemin : l’inquiétante créature avait encore ajouté à son aspect troublant et arborait maintenant deux monstrueuses ailes noires, et tenait sa maîtresse dans une unique serre de rapace. L’équipée enfin au complet, nous pûmes poser le pied sur l’île aux Chandelles, et nous sentîmes immédiatement, même les profanes, les terribles pulsations magiques qui animaient le sol. Quelque chose s’y tramait bel et bien, cela ne faisait aucun doute, et l’effarement visible sur les traits d’habitude sereins de Beldame nous donnaient tout lieu de nous inquiéter.
Dans l’ambiance surnaturelle du brouillard, cernés par les feux follets, nous nous hâtâmes jusqu’à la tour, uniquement pour y être accueillis par une horde hurlante d’esprits d’outre-tombe, qui fuyaient les lieux en hurlant de leurs voix sépulcrales. Le spectacle terrifiant mit nos nerfs à rude épreuve : il fallut rassembler toute notre volonté pour oser poursuivre le chemin vers la tour maudite, et nous nous préparâmes à affronter les monstruosités sans nom qui y étaient à l’œuvre.
Nous pénétrâmes les lieux baignés d’une ambiance de mort et parcourus d’énergie magique, et entamâmes l’ascension des étages de la tour. L’attention de notre arcaniste se vit un instant captée par une dague, manifestement laissée à l’abandon à l’un des niveaux : dès qu’il posa les yeux dessus, l’arme maudite s’empara de son esprit, et il s’en approcha puis s’en saisit, dans le dessein, comme nous le comprîmes avec horreur, de l’utiliser pour s’ouvrir les entrailles. Nous dûmes conjuguer tous nos efforts pour l’arracher à l’emprise de la lame maléfique, puis nous reprîmes l’ascension.
A l’étage supérieur, ce fut mon tour de m’égarer : les murs étaient couverts d’étranges inscriptions luisantes, et je ne pus m’empêcher de chercher à les déchiffrer. Très vite, je me rendis compte que j’étais en train d’incanter sans être capable de me contrôler. Par bonheur, Yuroï fit voler en éclats les inscriptions, me libérant de leur fascination ; je pus enfin m’arrêter, et vomis sur le sol de pierre.
Enfin nous arrivâmes au sommet de la tour, baigné d’une brume opaque et malsaine, et résonnant des paroles répétitives d’une incantation : il était évident que le cœur de cet incroyable déferlement de magie brute était juste devant nous. Ceux d’entre nous dotés de la vue la plus perçante purent apercevoir une femme brune, entourée d’un cercle de lames tourbillonnantes, en train d’effectuer son rituel diabolique devant une antique porte de pierre sculptée. Beldame nous intima d’agir au plus vite, mais nous ne pûmes être assez rapides : la femme termina son incantation, et de la porte surgit une créature de cauchemars, d’une allure vaguement quadrupède mais à la silhouette ravagée, hérissée d’un amas chaotique de tentacules, d’yeux cruels et de bouches dévorantes.
Un long et difficile combat s’ensuivit contre l’invocatrice et son abomination d’outre-plan, et l’assistance de Dévaré et Beldame ne s’avéra pas de trop. La créature chercha à nous enchevêtrer dans un piège de lianes et de plantes grimpantes qu’elle avait faillir du sol de la tour, tandis que la femme nous harcelait de sortilèges. L’assaillant brutalement, notre barbare Adramirë parvint à la réduire au silence ; l’atrocité sortie du portail, par contre, se montrait étrangement résistante à nos sortilèges aussi bien qu’à nos attaques physiques, et manqua de nous broyer sous sa masse monstrueuse. Enfin, mettant en commun tous nos efforts, nous terrassâmes la bête immonde : alors, exténués et pantelants, mais goûtant avec délectation la saveur de la victoire, nous vîmes le tumulte qui agitait les lieux enfin s’apaiser, et la sérénité revenir sur terre.
  Notre tâche n’était cependant pas tout à fait accomplie : quittant la tour, Beldame nous incita à lancer une incantation contre le Chaos pour purifier les lieux pour de bon. Lorsque ce fut accompli, un fracas terrible retentit, et les murs subsistant du dernier étage s’effondrèrent : seul resta debout le cadre du portail qui avait vu naître l’abomination, brillant à la lumière de l’aube.
L’examen des effets de l’invocatrice nous permit d’éclaircir son identité. A côté d’une chevalière marquée des armes de la maison Lébéda, nous avions trouvé un journal relatant le périple de cette prêtresse d’Abadar au sein de la précédente expédition envoyée par le Brévoy. Après la défaite du premier Seigneur Cerf, Leïla Lébéda avait voulu poursuivre son exploration des terres sauvages, jusqu’à tomber sur cette tour. En lisant les incantations qu’elle y avait trouvées, sa volonté avait été affectée et elle avait été prise du désir de remédier au désordre du monde en le faisant détruire par une créature extraplanaire, afin de le faire « repartir de zéro »…
Nous comprîmes également la nature du portail mystérieux au sommet de la tour : ce que nous avions trouvé n’était rien de moins qu’un ayudara ! Ces portes à la puissance fantastique avaient été érigées par les elfes des millénaires plus tôt, et c’étaient elles qui leur avaient permis de revenir de Sovirian après leur long exil. Le pouvoir d’un ayudara dépassait de loin notre capacité de contrôle, cependant nous résolûmes de travailler à exploiter son incroyable potentiel.
Nous passâmes toute la journée du 24 Desnus à explorer l’île. Une trappe située sous la tour nous permit d’accéder à des souterrains poussiéreux, où je découvris, soigneusement dissimulé derrière une caché secrète, un précieux coffre d’adamantium portant le nom d’un très ancien archimage elfe. Mes efforts pour l’ouvrir s’avérèrent cependant vains, ce qui n’atténua que légèrement mon immense joie d’avoir mis la main sur une telle relique.
Après une nuit de repos dûment mérité, nous reprîmes notre route le matin du 25 Desnus, après avoir fait nos adieux à Dévaré et à Beldame. Nos délivrâmes notre cargaison de bière à Munguk le géant, qui s’en montra extrêmement reconnaissant, et nous offrit plusieurs cadeaux en échange – nous préférâmes ne pas l’interroger sur leur origine, mais nul doute qu’ils avaient appartenu à quelques malheureux qui avaient eu le malheur de croiser la route du géant un jour où il avait faim.
Nous partîmes ensuite sur la Murque, en direction de la forêt où nous avions entendu dire que se trouvait un complexe de ruines d’origines elfiques. Nous croisâmes sur notre route un pittoresque petit village, érigé par des hommes-lézards sur un îlot boueux à l’orée de la forêt. Ses occupants refusèrent cependant de nous recevoir, au motif que leur chef recevait déjà un émissaire.
Nous aurions passé notre chemin, si nous n’avions entendu en provenance du village ce qui nous avait paru ressembler aux hurlements d’un enfant : aussi décidâmes-nous de ne pas nous en laisser conter par une bande de sauriens, et faisant mine de nous éloigner, nous lançâmes en fait une mission de reconnaissance en combinant les sortilèges de vol d’Albert avec mes propres sorts d’invisibilité. Hélas, toute ingénieuse qu’elle fut, notre infiltration ne nous permit pas d’obtenir les réponses aux questions que nous nous posions légitimement. Aussi, changeant de stratégie, j’usai de mes pouvoirs de barde pour gagner l’amitié des gardes de faction à la porte, qui nous introduisirent dans le village.
J’avais espéré que nous pourrions enfin rencontrer le chef des hommes-lézards, un dénommé Vesket, mais en vain : refusant malgré tout d’interrompre l’entrevue de leur meneur avec l’émissaire, les gardes nous installèrent dans une cahute et nous demandèrent de patienter. Le dialogue avec eux permit cependant de commencer à faire la lumière sur les évènements sordides qui se tramaient dans le village. Il semblait qu’un esprit de l’ancêtre de la tribu s’était récemment manifesté, et depuis lors avait commencé à régenter la vie des hommes-lézards, les accompagnant dans leurs chasses et ordonnant des rituels en son nom. Quand un petit humain avait été capturé, l’esprit ancestral avait demandé à ce qu’il soit emprisonné plutôt que dévoré, puis soumis à la torture – ce que les hommes-lézards désapprouvaient à demi-mot. Nous n’étions guère avancés, mais avions au moins la confirmation qu’il était bien de notre devoir d’agir pour venir en aide à ce malheureux enfant.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: décembre 02, 2017, 15:54:10 pm »
A notre retour à Fort-Tempête, c’est justement Yuroï qui nous accueillit. Il venait d’achever la construction de sa forge, et alors qu’il s’était tout juste attelé au travail, ainsi qu’il nous le conta avec trouble, il avait reçu une vision envoyée directement par son dieu, Torag. De nature plutôt incrédule pour la plupart d’entre nous, nous aurions pu douter du récit qu’il nous fit, impliquant une discussion avec Torag et la révélation d’un message prophétique, cependant nous dûmes bien nous rendre à l’évidence : le visage de notre compagnon avait été marqué d’une bien étrange façon, et un dessin ésotérique couvrait maintenant toute une partie de sa figure. Voici donc quel avait été l’avertissement transmis par le dieu de la forge à son fidèle, tel qu’il nous le transmit :
Les chemins de Telvurin sont foulés
Doucement, au milieu des ombres étoilées.
Alors que prospère la cité,
Esprit à la dame des tombes insoumis,
Menace le foyer de sa folie.
Ronce en acier,
De la beauté, réponse,
Erige-toi protecteur
Contre la séculaire fureur.
Manœuvre, pour que de trophée,
Ne serve ta terre arrachée.

Les vers, pour peu compréhensibles qu’ils nous furent, nous glacèrent néanmoins le sang et nous emplirent d’un sourd sentiment de menace. Nous eûmes bien du mal à trouver le sommeil cette nuit-là…
Le lendemain, 18 Desnus, nous retournâmes à notre exploration des environs d’Azarov – car tel est le nom dont, collectivement, nous avions choisi que nous baptiserions notre capitale dès qu’elle serait fondée. Nous partîmes cette fois en reconnaissance le long de la Gudrine, affluent oriental du Petit Sellen qui rejoint son cours au niveau du lac de la Défense.
Rapidement, nous nous rapprochâmes du lieu où la vieille Beldame nous avait prévenus que Claquebec se cachait. La tortue, aux dires des locaux, était une vieille bête retorse d’une force redoutable, qui n’hésitait pas à attaquer les bateaux des pêcheurs, et allait même jusqu’à briser les coques de ses mâchoires de fer. Nous nous engageâmes donc avec la plus grande prudence sur un petit chemin côtier, qui descendait du plateau vers la falaise bordant le lac. Nous n’étions cependant même pas arrivés en contrebas qu’une créature énorme surgit de l’eau comme un projectile, happant ma jambe de son bec. Le combat fut ardu, entravés que nous étions par l’exigüité du sentier, et la carapace formidable de la tortue la rendait quasiment insensible à nos coups. Notre ami Yuroï, cependant, sut mettre à profit le pouvoir de la pierre qu’il avait extraite de la coiffe de feu le Seigneur-Cerf, et il utilisa son impressionnant souffle de glace pour venir à bout de l’animal enragé.
Le 19 Desnus, avançant vers le sud, nous atteignîmes la Cuvette de Boue dont Beldame nous avait également parlé. Curieux de voir si nous pourrions y récupérer les fameux champignons à grelots noirs que souhaitait obtenir l’alchimiste, nous nous approchâmes de la fosse dont l’odeur pestilentielle incommoda fortement mes compagnons. Lesdits champignons y poussaient effectivement par grappes, sur les parois couvertes de végétation pourrissante de la cuvette. Tandis que je réfléchissais à un moyen de les récolter sans avoir à tremper mes bottes dans le fond de la fosse, qui me paraissait fort peu engageante, Albert et Yuroï prirent les devants et y descendirent.
Mal leur en avait pris ! La paroi de la fosse s’anima soudain, et ce que nous avions pris pour un simple amas de débris végétaux s’anima pour prendre la forme d’une plante titanesque, qui happa notre arcaniste avant de – vision d’horreur – le happer tout entier. Pendant que Yuroï chargeait l’ennemi au marteau de guerre, et que je tentais de mon mieux de faire mouche avec ma petite arbalète de poing, le tendricule, car tel était le nom de notre adversaire monstrueux, poussa un crissement retentissant, et la paroi de ce qui devait être sa poche digestive se rompit dans un crépitement de flammes. Albert, qui avait survécu à son ingestion, était parvenu à frapper la plante à son point le plus sensible, son appareil digestif. Il est cependant de mon devoir de noter que malgré l’héroïsme de son geste, il chut ensuite lourdement dans la boue, tout couvert de sucs digestifs et d’une façon qui manquait quelque peu de panache.
Je ne menai moi-même pas large lors de ce combat. Nonobstant le peu d’apport calorique que je représentai, le tendricule décida ensuite de s’en prendre à moi, et à mon tour je fus saisi et projeté vers les boyaux de la créature. De justesse, je parvins à mon tour à me libérer en me frayant un chemin dans la paroi digestive à coups de dague, puis je me retrouvai dans l’argile puante de la cuvette sans plus de façons que mon camarade avant moi. Yuroï, faisant à nouveau montre de son talent, porta un coup sévère à la plante grâce à son souffle gelé. Cependant, je ne suis pas peu fier de dire que j’ai porté moi-même le coup final à notre adversaire, d’un trait d’arbalète bien ajusté – à peine une aiguille à l’échelle du monstre dantesque, mais néanmoins un trait fatal.
Après avoir récolté quelques chapeaux à grelots noirs pour Beldame, nous allâmes avec soulagement nous laver des sucs putrides du tendricule dans le lac aux Chandelles. Puis, enfin propres et frais, nous dressâmes un campement pour la nuit, en prenant cependant le soin de nous écarter des eaux à la sinistre réputation.
Au petit matin du 20 Desnus, poursuivant en direction du sud, nous atteignîmes les eaux de la Corneille. A proximité de son point de jonction avec le Petit Sellen, nous découvrîmes les restants de quelques bâtiments de bois, tous pourrissants, et les ruines de ce qui avait été un bac. Plus loin à l’est, dans un paysage de collines, notre exploration fut stoppée par des cris de femme dans le lointain. Etonnés de trouver une présence humaine aussi loin de toute civilisation, nous nous hâtâmes de chercher la provenance de la voix, afin de porter secours au plus vite à la malheureuse.
Nous ne trouvâmes point de demoiselle en détresse… mais quelque chose nous trouva, nous. Une chimère monstrueuse, tout droit sortie d’un cauchemar, fondit sur nous. Sa tête, qui aurait évoqué celle d’un blaireau sans l’expression de prédateur frénétique qui s’y peignait, s’ornait de ramures démesurées pareilles en leur forme à celles d’un cerf. Le corps, quant à lui, aurait pu être celui d’un lion colossal. Les souvenirs issus de la lecture de vieux grimoires nous apprirent qu’il s’agissait d’un leucrotta, une créature magique douée d’intelligence, et particulièrement connue pour imiter la voix humaine afin de prendre au piège ses proies.
Après un combat épique, c’est Yuroï qui porta le coup de grâce à la bête d’un coup de marteau. Explorant les collines des environs, nous parvînmes à trouver sous un affleurement rocheux un antre fétide qui avait dû être celle du monstre. Parmi quelques babioles, sans doute les résidus de digestion de précédentes victimes du leucrotta, nous eûmes toutefois la très heureuse surprise de mettre au jour une splendide armure de peau de dragon bleu, accompagnée d’un bouclier de même facture !
Le 21 Desnus, nous fîmes la rencontre du patibulaire Munguk, un géant des collines à la recherche de baies de licier bleu – lesdites baies lui permettant de distiller son propre alcool. Je lui proposai plutôt de lui faire parvenir de la gnôle de Fort-Tempête, dont nous disposions en quantités considérables, ce qui capta tout de suite l’attention de la créature assoiffée. Nous rebroussâmes donc chemin pour aller nous approvisionner, en fixant rendez-vous à la créature près des ruines du bac pour notre retour.
Le 22, ayant fait le plein d’alcool, nous embarquâmes notre chargement sur un radeau confectionné à notre égard par les résidents du fort. Tandis qu’Albert et Yuroï prenaient la direction du sud sur leur embarcation de fortune, je partis vers le nord rendre visite au camp des colons.
Mes compagnons réalisèrent bientôt les périls qui les guettaient sur le Lac aux Chandelles. Partis explorer les ruines de la grande tour de l’île, ils y furent assaillis par un vieil homme à la peau étrangement bleutée. Comprenant qu’il agissait sous l’emprise d’une volonté étrangère à la sienne, ils réussirent par un tour de force à l’exorciser plutôt qu’à l’occire, et le vieil homme enfin libéré de ses démons, après les avoir chaleureusement remerciés, put leur en apprendre davantage sur les mystères de la tour. Le bâtiment, plusieurs fois millénaire, avait été bâti sur un puissant nœud de pouvoir, et avait longtemps été dédié à l’adoration de divinités maléfiques. Récemment encore, les adorateurs d’un Grand Ancien y avaient établi leur repaire, contribuant à noircir davantage l’aura du lieu.
Quant à lui-même, le vieil homme révéla être un druide du nom de Dévaré Snowgaard, et avoir été possédé par l’esprit d’un puissant feu follet alors qu’il officiait sur les rives du Lac aux Chandelles. Albert et Yuroï n’étaient cependant pas au bout de leur peine : le druide leur apprit également qu’une autre personne, sans doute possédée elle aussi, se trouvait encore dans les étages supérieurs de la tour maudite… Dévaré, se métamorphosant ensuite en dauphin et tirant leur radeau, permit à Albert et Yuroï de regagner au plus vite Fort-Tempête.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: novembre 13, 2017, 18:45:45 pm »
De retour à Fort-Tempête, un soir auprès du feu, notre compagnon Ravvel nous fit une déclaration des plus surprenantes. Se confiant enfin à nous, il nous révéla que son passé avait été agité, et que les évènements qu’il avait traversés l’avaient contraint à fuir son village d’origine et à adopter un nom d’emprunt. Ainsi, Ravvel Cosca n’était pas sa véritable identité : comme il nous l’apprit, son nom de naissance était Yuroï Dagon. Touchés par cette marque de confiance de notre camarade, nous l’assurâmes que nos sentiments à son égard n’en étaient en rien altérés, bien au contraire, et nous le remerciâmes de sa sincérité.
Quelques jours paisibles s’écoulèrent, où nous pûmes profiter d’un repos dûment mérité. Ravvel-Yuroï s’en retourna visiter ses amis à écailles, tandis que le reste de la troupe tentait d’organiser quelque peu notre bande de malandrins repentis pour les atteler à la remise en état du fort. Le 24 de Pharast, Auria, Albert et Akiros nous quittèrent pour partir au Brévoy quérir l’aide du clergé de Pharasma, afin de lever la malédiction pesant sur nos collines et de rendre cette terre enfin habitable.
Le lendemain, 25 de Pharast, nous reçûmes enfin des nouvelles de nos mandataires, en la personne d’un émissaire de Restov. Nous félicitant pour notre glorieuse victoire et le succès brillant de notre mission de pacification, il nous remit la nouvelle charte rédigée à notre intention par le seigneur-maire Selimnius – et qui nous reconnaissait seigneurs et maîtres de la région ! Cette nouvelle nous ébahit. De simples mercenaires, nous nous retrouvâmes subitement propulsés à la dignité de dirigeants d’un Etat, encore fictif et restant à bâtir il est vrai, mais dirigeants tout de même. La charte stipulait également que nous allions bientôt recevoir une assistance matérielle et des colons du Brévoy pour nous aider à la fondation de notre nouvel Etat.
Le mois suivant, le 24 Gozran, nos compagnons revinrent du Brévoy accompagnés de Jonald, prêtre de Pharasma – personnage plutôt pince-sans-rire et entièrement vêtu de noir, comme il sied évidemment à un cultiste de la déesse de la Mort. Nous pûmes donc enfin exorciser les collines hantées du maléfice antique qui condamnait les morts à s’y relever éternellement, les recrues formées par Ardamirë défendant Auria et Jonald pendant leurs incantations.
Il fallut attendre encore deux semaines pour voir arriver les colons que nous attendions tant : ceux-ci atteignirent le comptoir d’Oleg le 10 du mois de Desnus. Nous nous portâmes à leur rencontre, et fûmes impressionnés de l’équipée que cela représentait : plus de cinq cents citoyens du Brévoy, hommes, femmes, enfants et adolescents, des chars à bœufs innombrables, des tentes, des outils, des matériaux de construction… A cette occasion, l’émissaire qui nous avait déjà rendu visite nous transmit une chevalière de signature, offerte par le seigneur-maire de Restov. A moi, de la part du seigneur Medvyed, il offrit une splendide lanterne de bois ouvragé, réalisée par les druides de la forêt de Gronzi et abritant la lumière d’une flamme éternelle.
Nous étions impatients de mener notre nouvelle population au Fort-Tempête afin de jeter les fondations de notre capitale, mais la réalité de la logistique se rappela à nous cruellement. Au comptoir d’Oleg prenait fin la route de Restov, et le paysage de collines de notre région n’allait pas permettre si aisément le passage des lourds chariots des nouveaux arrivants… Nous dûmes nous résigner à engager des travaux de terrassement, pour ouvrir un sentier praticable jusqu’au lac de la Défense, mais même avec l’abondante main d’œuvre disponible le projet n’allait pas être fini en un jour : estimant la durée de percement de la route à plus de quarante jours, les colons durent monter un campement provisoire aux abords du comptoir d’Oleg. Auria et Akiros se portèrent volontaires pour organiser leur camp, tandis que nous retournâmes un peu dépités à notre forteresse croulante.
Nous résolûmes, pour occuper notre attente, d’explorer les terres encore sauvages de notre futur domaine, afin d’en faciliter la revendication ultérieure. Nous partîmes donc le 12 de Desnus en mission de reconnaissance. Au nord-ouest de Fort-Tempête, un étrange buisson attira notre curiosité : bien que chargé de baies brillantes, nous ne nous risquâmes pas à y mettre la main, car il était gardé par une quantité impressionnante de petites araignées, sans doute inoffensives prises individuellement, mais dont la masse était telle que nous ne pouvions la percevoir autrement que comme une menace. En fin de compte, c’est l’emploi d’un tour permettant d’invoquer un serviteur invisible qui nous permit de déjouer la vigilance des arthropodes : l’être désincarné nous permit de mettre la main sur les précieuses baies, qui s’avérèrent être des ingrédients particulièrement utiles pour la réalisation de potions.
Le lendemain, 13 Desnus, nous franchîmes le gué jusqu’à arriver à un grand sycomore de plus de trente mètres de haut, sentinelle solitaire des collines. L’arbre vénérable paraissait mourant : ses branches sèches et cassantes et son feuillage grisonnant attirèrent notre attention, et nous résolûmes de percer le mystère de son dépérissement. Bien dissimulée aux abords du sycomore, nous découvrîmes finalement l’entrée d’un terrier, qui de long boyau obscur finissait par se transformer en caverne. Quelque peu répugnés, nous débouchâmes dans un antre puant au milieu d’un amoncellement d’immondices, de fumier et d’ordures en décomposition, pour être accueillis avec hostilité par une créature ridiculement petite à la peau bleue qui lança contre nous une horde de mille-pattes géants.
Je ne fus pas long à comprendre que nous avions fait irruption dans l’antre de mites. Il est bien connu que leur race et celle des gnomes se voue une haine féroce depuis des temps immémoriaux, aussi me montrai-je particulièrement décidé à libérer notre terre de leur présence malfaisante. Débouchant sur une salle où six de ces créatures jouaient un air désagréable sur des instruments de musique d’une conception grossière, je fis d’une seule invective exploser toutes les cervelles. Dans la pièce suivante, une tique monstrueuse de la taille d’un chien s’accrocha à Albert pour en pomper le sang, tandis qu’Ardamirë tailladait les fées de grands coups de sa lame elfique – manquant au passage de me couper en deux, ce dont, magnanime, je ne lui tins pas rigueur bien longtemps. A l’issue du combat, nous mîmes la main sur une fort désagréable statuette d’ivoire, représentant un diablotin reptilien endormi, puis nous poursuivîmes notre chemin dans les souterrains malpropres.
Une créature insectoïde d’une taille monstrueuse tenta bien de nous barrer le chemin, mais notre arcaniste fit montre de l’étendue de son talent et la roussit sur place d’un seul trait de magie, nous dégageant le passage. Dans une chambre parcourue de racines blafardes, nous tombâmes sur un nouveau groupe de mites affairées à torturer un kobold, manifestement le dernier survivant d’un groupe dont les autres membres avaient déjà succombé aux mauvais traitements. Bien que naturellement peu enclin à la sympathie envers les écailleux, le spectacle me répugna et je déchaînai une nouvelle fois le pouvoir de mes mots : j’insultai si copieusement les infâmes tortionnaires, que leur vilaine peau bleue s’embrasa et qu’elles furent grillées vives. Nous pûmes enfin libérer le kobold, un pauvre hère du nom de Mikmek venu de la tribu d’Ecailles-de-suie pour récupérer la statuette sacrée du camp – statuette que nous avions justement retrouvée tantôt.
Le long cheminement dans l’antre malodorant des mites nous ayant malgré tout fatigué, nous nous dirigeâmes d’abord vers le camp de l’Epine pour nous y reposer. Nous reçûmes également les soins de Jhod, affairé depuis plusieurs semaines à l’étude de la ruine du temple de Kurshanus, et qui nous raconta avec excitation que sa déesse lui avait adressé un nouveau songe, lui révélant l’image d’une statue de cerf couverte par la végétation – ce qui ne nous captiva pas particulièrement sur le moment.
Le lendemain, 14 Desnus, nous pûmes raccompagner le petit Mikmek jusqu’à la caverne des kobolds, et nous leur rendîmes également leur statuette de diablotin, malgré notre réticence à les voir adorer une idole manifestement malsaine. Les lézards nous accueillirent avec grand joie, et nous invitèrent à un grand festin où nous partageâmes la viande de sangliers qu’ils avaient chassés. Le ventre bien plein, nous partîmes ensuite vers le nord-est.
Nous arrivâmes à un pont en ruines, dit « des Orties ». Une cloche à demi-rouillée étant encore présente, nous la sonnâmes pour en voir le résultat, provoquant ainsi l’apparition d’un mort-vivant qui sortit de l’eau et nous demanda, de sa voix d’outre-tombe, de lui livrer le cadavre du Seigneur-cerf. Nous pliant à sa demande, nous retournâmes au Fort-Tempête et le 15 Desnus, nous jetâmes à la rivière les restes passablement faisandés du chef des brigands. Le spectre – que nous apprîmes être celui de Davik Orties, qui avait été passeur jusqu’à connaître une fin atroce aux mains des sbires du Cerf – s’empara du corps et l’entraîna sous les eaux pour y disparaître, son âme enfin apaisée.
Poussant davantage notre exploration, nous partîmes ensuite au nord-est vers un rocher escarpé qu’Ardamirë, de ses yeux perçants, avait remarqué de loin. A la base de ce rocher s’ouvrait une fissure, dans laquelle nous nous glissâmes en dérangeant au passage une colonie de chauves-souris qui s’y étaient établies. Une fois les pénibles chiroptères dispersés, nous eûmes un serrement de cœur en voyant les rayons du soleil venir frapper la paroi de l’anfractuosité : le reflet scintillant de la lumière était celui d’un filon d’or ! Nous retournâmes nous reposer à l’Epine fort contents de notre heureuse découverte, qui promettait d’apporter la prospérité à notre futur Etat.
La journée du 16 Desnus fut dédiée à une exploration des zones demeurées sauvages de la forêt des Narlmarches. Notre seule découverte digne d’être notée fut une plantation de radis lunaires, dans une clairière adoptant étrangement la forme d’un fer à cheval.
Le 17 Desnus, nous poussâmes vers l’est une nouvelle fois, en direction d’un tumulus. Poussé comme à mon habitude par mon souci d’investigation et de curiosité scientifique, je m’introduisis par une fissure jusqu’à l’intérieur du tertre, où je fus accueilli par de sinistres représentations des Quatre Vents. Activant sans m’en rendre compte un mécanisme destiné à écarter les pilleurs de tombes, les bouches ouvertes des quatre statues crachèrent une brume noire, qui me laissèrent tout pantelant mais ne réfrénèrent pas mon désir légitime de faire le tour de cette ruine antique.
Mes compagnons me suivirent donc à l’intérieur du tumulus, qui nous réservait d’autres surprises désagréables. Alors que j’entreprenais d’étudier des tapisseries miraculeusement préservées, nous fûmes attaqués par des squelettes ranimés par quelque magie maléfique. Pis, en franchissant le seuil de la salle la plus profonde du complexe, nous éveillâmes l’ire du gardien des lieux, un nécrophage des cairns qui nous assaillit avec brutalité, nous ayant pris pour des pillards. La force de la créature mort-vivante nous parut vite démesurée, aussi préférâmes-nous nous retirer en bon ordre de la sépulture.
Cela ne suffit pas à décourager le nécrophage, qui nous suivit hors du tertre, menaçant alors notre escorte qui nous avait attendus à l’entrée. Ne pouvant le laisser s’en prendre à nos hommes, nous l’attirâmes le plus loin possible du cairn avant de faire volte-face, et les talents combinés de notre barbare et de notre arcaniste mirent fin de façon définitive aux maléfices qui animaient la carcasse décharnée. L’élaboration de la carte de la région ayant formidablement progressé grâce à notre expédition, nous décidâmes enfin de rentrer au Fort-Tempête pour y retrouver Yuroï, qui s’était attelé pendant ce temps à la réalisation de sa forge.

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Gestion / Titulatures ronflantes
« le: septembre 03, 2017, 21:11:11 pm »
Oyez oyez, compagnons !

Maintenant que l'existence de notre État est officiellement reconnue - au moins par nos voisins rostais - il est temps de régler certaines questions de la plus haute importance. Quel sera le nom de notre glorieux Etat, et quel emblème allons-nous adopter ?
Par ailleurs, nous pouvons en profiter pour renommer certains des lieux que nous avons conquis, parmi lesquels le cap de l'Epine ou le fort du Cerf.

Je vous soumets donc quelques propositions, mais vous encourage vivement à enrichir cette liste de vos propres idées.

Nom de l'Etat
Il faudrait sans doute, déjà, définir quel va être notre régime politique, mais cela ne va pas être une mince affaire. En attendant de savoir si l'on a fondé un royaume, une république ou autre chose, on peut déjà réfléchir à quelques possibilités :
- la Ceinture Verte. Avec ça, tout le monde sait de quoi on parle, mais ça manque un peu de clinquant et surtout, ça ne marque pas le changement qui est en train de s'opérer sur ces terres.
- le nom de notre capitale (qui reste encore à définir). Ça fait d'une pierre deux coups, mais ça implique de trouver un nom très classe pour la capitale, et puis une fois qu'on sera un empire mondial ça aura l'air bête d'avoir pour nom celui d'une unique cité.
- un nom forgé pour l'occasion : l'occasion de donner libre cours à notre imagination. La Zoshtorée ou l'Alferinie ne manqueraient pas de panache, par exemple. Sinon, de manière plus consensuelle, on peut s'inspirer des particularités de notre terrain : Prasin ou Prasinie, du grec prasinos pour "vert" ; Viribalt, du latin viridis balteus, "Ceinture Verte" ; Viricol, sur le même principe, pour "colline verte".... (Oui je sais, ça fait un peu nom de médicament.) Ou bien, comme on vient du Brévoy qui est d'inspiration slave, Zélénie, d'après le mot russe pour "vert".

Nom de la capitale
Anciennement le fort du Cerf, provisoirement Fort-Tempête en souvenir de notre combat épique sous un Ciel déchaîné. Une âme avisée m'ayant cependant fait remarquer que la région n'était pas franchement agitée d'un point de vue météorologique, il serait peut-être opportun de déterminer un nom qui convienne mieux. Fort-Victoire par exemple, si l'on veut rester proche de Fort-Tempête. Sinon, si on veut des consonances plus slaves, Silnigrad, littéralement "ville-forteresse", ou Sloboda, "liberté'" ; ou bien encore Ozerograd, la ville sur le lac. Toutes vos idées sont également bienvenues.

Emblème
Cela va sans doute être une partie encore plus ardue, puisqu'avant de choisir quel symbole est à même de nous représenter, il va bien falloir définir ce que l'on est, et quelles seront les valeurs de notre nouvel Etat... Or nous avons deja tous des visions assez divergentes, nous menant à des projets différents. Pour l'instant je n'ai pas trop d'idées donc, ce serait à mon sens plutôt à définir une fois que nous aurons choisis un nom pour notre capitale et pour notre État.


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Gestion / Re : Notre Royaume
« le: août 30, 2017, 13:49:59 pm »
À savoir, il me semble que les chiffres de Tom ne sont pas les bons. Ce seraient les coûts pour construire nous mêmes en tant que particuliers, quand on construit en tant que dirigeants d'un royaume c'est plus cher parce qu'on considère qu'on fonde tout un quartier autour de chaque bâtiment.

Edit du MJ : Je confirme !

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: août 27, 2017, 20:38:48 pm »
Avec excitation, nous dépouillâmes le tyran des attributs de sa puissance : son fameux casque aux andouillers, qui, à notre surprise, renfermait quatre pierres débordant d’une énergie magique peu commune. Puis nous entreprîmes de prendre possession des lieux, tandis que le chariot de mes comparses gnomes, qui avaient assisté à la scène de loin, faisait son entrée dans le fort libéré en nous acclamant du titre glorieux de « Guerriers de la Tempête ». La chambre du cerf nous livra quelques objets de valeur, le plus précieux d’entre eux étant peut-être, à mes yeux, le journal de l’ancien maître des lieux. Ainsi seulement apprîmes-nous toute la vérité sur celui que nous venions d’éliminer : rien moins qu’un des membres de l’expédition précédente, qui, après avoir vaincu le chef des bandits, avait sombré peu à peu dans la démence jusqu’à prendre sa place et assumer son identité – découverte qui nous fit froid dans le dos.
Poursuivant notre exploration du fort, nous trouvâmes sous la salle des rôtis l’accès vers un cellier, où nous pûmes libérer dix kobolds de la tribu d’Ecaille-de-Suie, retenus prisonniers dans une cage comme autant d’animaux. C’était aussi le lieu où les bandits avaient accumulé le produit de leurs rapines, et nos yeux brillèrent à la vue de ces coffres débordant d’or et de pierres précieuses… Nous fîmes enfin l’inventaire de l’armurerie, contenant de quoi armer toute une petite troupe avec le matériel frustre mais efficace des hors-la-loi.
Ravis de nos découvertes, nous nous préparâmes enfin à prendre un repos dûment mérité. Je profitai cependant de quelques instants seuls avec Akiros, qui nous avait si miraculeusement sauvé de la situation épineuse où nous nous étions trouvé, pour interroger l’ancien homme de confiance du Cerf sur son histoire et ses motivations. A contre-cœur, l’homme finit par me livrer qu’il avait été autrefois paladin de la déesse Erastil, au Taldor. Amoureux de la femme d’un marchand qu’il avait rencontrée juste avant son entrée dans l’ordre, la découverte de leur liaison avait tourné au drame : son aimée s’était retournée contre lui et l’avait accusée de viol. Akiros l’avait donc tuée, elle puis son mari, avant de fuir jusqu’aux Royaumes fluviaux où il avait gagné sa place auprès du Seigneur-Cerf. Tourmenté par le remords cependant, il n’avait trouvé aucune satisfaction à la vie parmi les brigands, ce qui l’avait convaincu de retourner sa veste : notre arrivée lui avait ainsi fourni l’occasion qu’il attendait pour se racheter et mettre fin au règne du Cerf.
Nous nous endormîmes dans la salle commune, au coin du feu, pendant que Narthople nous berçait en chantant les exploits des preux Guerriers de la Tempête…
Notre répit fut de courte durée, car de lourdes tâches nous attendaient le lendemain, 15ème jour de Pharast. Avant toute chose, je prévins Oleg de notre victoire, en usant d’un sortilège impressionnant qui me permit d’animer l’un des portraits que le marchand avait en sa possession, et de faire entendre ma voix à travers le papier. Puis nous rassemblâmes nos prisonniers de la veille, au nombre de vingt, pour les informer de leur nouvelle condition et de l’ordre que nous venions installer. Après cela, nous eûmes la curiosité de nous rendre sur les collines à l’ouest du fort, que la légende disait hantées. Et nous ne fûmes pas déçus ! A peine le pied posé sur le sol stérile de la colline, une horde de morts-vivants jaillit de terre pour nous assaillir, et le renfort d’Auria elle-même ne suffit pas à endiguer leur éternelle résurrection. Nous battîmes donc en retraite, à la recherche d’une façon de lever cet encombrant maléfice.
Dans la salle commune, nous découvrîmes d’étranges graffitis sous le plâtre : Auria et moi y reconnûmes les traces laissées par des fidèles de Girona, la Sorcière Colérique, une ancienne divinité maléfique dont le symbole est un œil injecté de sang. La prêtresse en déduisit que le fort avait jadis dû être un petit monastère dédié à Girona, et le maléfice sur les collines, probablement un mode de protection des cultistes. Nos moyens étant insuffisants pour conjurer le mauvais sort, nous résolûmes de faire appel au clergé de Pharasma, particulièrement présent au Brévoy ; mais pour l’heure, nous laissâmes le problème des morts-vivants de côté, et chargeâmes plutôt les anciens bandits de remettre en état le nouvellement renommé Fort-Tempête, et de chercher des zones propices à l’agriculture dans les environs.
Le 16 Pharast, sur l’injonction de Ravvel, qui avait particulièrement sympathisé avec Ecaille-de-suie, nous partîmes vers l’emplacement du clan des kobolds, afin de libérer les derniers membres de l’emprise de Tartuk, le chamane qui s’était allié au Cerf et avait contribué à réduire son propre peuple en esclavage. Ecaille-de-suie, revenu la veille avec 2 kobolds retrouvés dans les terres sauvages, se joignit bien sûr à notre expédition avec ceux de son clan qui nous avaient déjà rejoints.
Notre troupe n’arriva que le lendemain à l’antre puante des kobolds. Je fascinai les premiers individus sur lesquels nous tombâmes pour les inciter à acclamer le retour de leur chef légitime, puis nous pénétrâmes à l’intérieur d’une caverne. Notre progression fut aisée, jusqu’à ce que nous tombions dans l’embûche tendue par Tartuk et un comparse druide, qui nous attaqua sous la forme d’un glouton. Le vil chamane, non content d’appeler à son secours une fourmi géante, nous harassa depuis le plafond en se déplaçant dans la pierre. En fin de compte heureusement, nous réussîmes à nous débarrasser de l’irritante petite créature et de ses alliés, et Ecaille-de-suie put reprendre sa place auprès de son peuple réuni.
Ne cédant pas à l’émotion devant les manifestations de joie des reptiloïdes, je me chargeai plutôt de décrypter un étrange manuscrit qui avait de toute évidence appartenu au chamane. Quelle étrange révélation j’y découvris ! Ces lignes rédigées en commun des profondeurs m’apprirent que Tartuk n’avait pas toujours été un kobold, et qu’il s’agissait de rien de moins qu’un gnome (imaginez ma surprise !), réincarné après un mauvais coup du sort en la répugnante créature écailleuse que nous avions combattue. Pétri de haine pour sa nouvelle espèce d’adoption, il avait peu à peu pris le contrôle de la tribu, en recourant aussi bien aux mensonges qu’à son art de la magie, jusqu’à faire emprisonner Ecaille-de-suie et ses fidèles par les hommes du Cerf, qui en avaient fait leurs esclaves. Je ne fus que d’autant plus soulagé d’avoir mis fin aux agissements de ce méprisable lézard, et pendant que les kobolds acclamaient Ecaille-de-suie, nous nous vîmes remettre par celui-ci le trésor de la tribu en signe de gratitude.


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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: août 27, 2017, 20:37:43 pm »
Le 13 Pharast, notre route se sépara de celle des gnomes et, laissant notre troupe et notre équipement au campement, nous pénétrâmes dans les marais de la rive ouest du lac de la Défense. Après une exploration pénible de ce bourbier fétide, nous découvrîmes enfin le but de notre expédition : une petite hutte circulaire, établie sur une petite parcelle de terre ferme ceinte d’une palissade. Prudemment, nous allâmes actionner une vieille cloche de bronze installée à l’abord de la palissade. La réponse ne se fit pas attendre : nous entendîmes aussitôt des vociférations s’élevant de la cahute, demandant à avoir la paix et nous intimant de quitter les lieux. Devant notre insistance, un terrifiant épouvantail, à la figure menaçante et paraissant presque vivant, s’approcha de nous pour nous ouvrir le passage : notre estimé lecteur imaginera sans peine que nous nous avançâmes dans la plus grande crainte jusqu’au repaire de la vieille Beldame.
Celle-ci, bien que revêche, s’avéra en fin de compte moins redoutable qu’elle ne feignait de l’être, et elle accepta de préparer pour nous une potion destinée à droguer la bière, et devant provoquer chez ceux qui la consommeraient une torpeur magique. En échange, il ne nous était demandé qu’une bagatelle : aller récupérer pour Beldame quelques champignons répondant au doux nom de « chapeaux à grelots noirs », qui poussaient un peu plus à l’ouest, sur l’autre ric du lac de la Défense, au lieu-dit la Cuvette de Boue. Mes compagnons cependant, réticents à s’enfoncer davantage dans les terres sauvages et impatients à l’idée d’en découdre avec le Seigneur Cerf, préférèrent rémunérer la vieille préparatrice de potions pour ses services. Le prix qu’elle nous en demanda passa d’abord pour une plaisanterie : mille cinq cents pièces d’or pour une fiole de potion de sommeil ! Cependant, devant l’inflexibilité de Beldame et notre refus d’aller à la chasse aux champignons, nous nous acquittâmes de cette somme astronomique rubis sur l’ongle, puis regagnâmes notre camp de base.
Le matin du 14 Pharast, nous mîmes au point les derniers détails de notre plan avec nos compagnons. Ravvel, Albert, Ardamirë et moi-même, accompagnés d’Auria, irions nous infiltrer dans le fort du Cerf en nous faisant passer pour des volontaires à la vie de brigandage, apportant notre chargement de bière en prétendant l’avoir volé. Après avoir fait boire la garnison des bandits et les avoir magiquement assoupis, nous adresserions à notre troupe restée hors des murs un signal pour les faire rentrer et nous lancer à l’assaut du Seigneur Cerf.
Nous passâmes les portes du fort sans grande difficulté, surtout une fois que les vigies eurent avisé notre cargaison alcoolisée. On nous fit rentrer dans la salle commune, un antre puant et misérable où les gredins trompaient le temps en jouant aux cartes ou en mangeant. Nous fîmes de notre mieux pour nous intégrer à la foule des malandrins ; cet effort me fut néanmoins particulièrement pénible : un gnome de mon rang était plus habitué à fréquenter les palais des puissants que les repaires des hors-la-loi !
Si entrer dans le fort avait été une simple formalité, les choses sérieuses commencèrent quand un grand escogriffe balafré s’approcha de nous pour nous interroger. A son nom, Akiros Ismor, nous reconnûmes un des hommes de confiance du Seigneur Cerf, ce qui ne fit rien pour nous rassurer ; d’autant que l’homme se montrait particulièrement suspicieux, et après nous avoir longuement examinés, il prit Ravvel à part pour lui poser d’autres questions, mettant vite notre compagnon très mal à l’aise. Cependant, ses réponses durent convenir d’une façon ou d’une autre, car Akiros s’écarta ensuite de nous – notre couverture était sauve, du moins pour le moment.
Il nous fallut attendre le soir pour mettre nos fûts de bière en perce et lancer l’exécution de notre plan. Pendant que Ravvel allait porter des chopes aux gardes de faction à l’entrée, deux nouveaux personnages firent leur entrée dans la salle commune : Dovan, un grand échalas aux cheveux longs vêtu de cuir noir clouté, et Auchs, une brute épaisse de plus de deux mètres de haut et qui aurait pu passer pour le fruit des amours d’un auroch et d’une géante. Les deux compères ne tardèrent pas à venir nous chercher noise. Dovan, particulièrement intrigué par l’unique présence féminine du fort, osa faire des avances particulièrement déplacées à notre prêtresse, qui en retour le gratifia d’une gifle. Sans se défaire, le gredin ordonna à Auchs de l’empoigner, et il la fit traîner jusqu’à sa chambre.
   Alarmés et pressentant le pire, nous emboîtames le pas à Dovan et intervînmes alors qu’il s’apprêtait à violenter Auria. Albert assomma Auchs d’un éclair de magie, mais Dovan, lui, parvint à s’enfuir. Nous libérâmes notre amie la prêtresse – et Albert, finissant le travail, acheva le géant étourdi en lui tranchant la gorge. Lorsque nous sortîmes en feignant l’innocence, Akiros nous mit la main dessus et nous demanda de nous expliquer ce qui s’était passé avec Dovan. Choisissant de révéler une partie de la vérité, nous lui expliquâmes avoir pris la défense de notre amie. Furieux, Akiros alla attraper Dovan par le col et l’entraîna à l’écart pour mettre les choses au clair.
Pendant que les deux lieutenants du Cerf « s’expliquaient », nous guettions avec anxiété l’apparition des effets de notre bière arrangée. Nous remarquâmes alors que nous avions attiré l’attention des comparses de Dovan. Nous tentâmes de nous éclipser dehors, mais les brigands nous suivirent et voulurent provoquer une rixe, en nous reprochant de ne pas « partager » notre compagne. Je réussis à les convaincre par quelques belles paroles que cette altercation n’en valait pas la peine, et qu’ils risquaient eux aussi de s’attirer de violents ennuis avec Akiros.
A notre retour dans la salle commune, nous vîmes Dovan quitter en trombe la salle où Akiros l’avait emmené, et revenir furieux vers sa chambre… où l’attendait le cadavre d’Auchs. Tentant de prévenir la catastrophe, nous entrâmes à sa suite et nous apprêtâmes à l’écorcher – mais Akiros nous avait entendu, et il pénétra à son tour dans la chambre, nous trouvant couteaux tirés et prêts à en découdre. Alors que nous nous attendions à de très sérieux problèmes, à notre grande surprise Akiros se débarrassa de son insigne du Cerf, et se rua avec nous sur son acolyte ! 
Dovan éliminé, nous retournâmes une fois de plus dans la salle commune, pour enfin constater avec soulagement que les bandits s’assoupissaient les uns après les autres. Nous fonçâmes vers les portes, où Ravvel avait eu quelques déboires avec les gardes, et nous levâmes la herse pour faire rentrer notre troupe. Nous entendîmes alors le grincement glaçant d’une grille, et un cri surnaturel retentit depuis l’intérieur du fort. L’explication ne tarda pas à se faire connaître : le Cerf venait de faire lâcher sur nous un ours-hibou ! La lutte qui s’ensuivit fut intense, et Ravvel fut jeté à terre sous les coups de griffe monstrueux de la créature. Déchaînant sa fureur, le barbare trancha littéralement la bête en morceaux ; et alors nous vîmes enfin apparaître dans les airs, pareil à un oiseau de proie, celui que nous traquions sans relâche depuis notre départ de Restov : le Seigneur Cerf lui-même.
Le combat contre l’ours-hibou avait été rude, mais sans commune mesure avec celui qui nous attendait à présent. Le Seigneur-Cerf, voltigeant dans les airs, fit pleuvoir sur nous ses pouvoirs de magicien, pendant que les derniers bandits ayant échappé à notre charme de sommeil nous lardaient de flèches depuis l’étage supérieur. Nous ordonnâmes à nos hommes de charger les archers, pendant que nous nous occupions nous-mêmes du Cerf. Affaiblis par la mise hors-combat de Ravvel, nous nous montrâmes bien en peine de contenir la tempête de magie qui s’abattait sur nous : malmenés par les décharges d’énergie pure et le tonnerre que déchaînait notre adversaire, nos tentatives de riposte à l’arc ou à l’arbalète nous paraissaient bien futiles.
Auria, qui avait disparu lorsque nous affrontions l’ours-hibou, refit alors son apparition vêtue de son armure de prêtresse et armée de sa corsèque rituelle, qu’elle venait de récupérer dans le trésor du fort. Prodiguant un soin urgent au tueur tombé à terre, elle accourut ensuite près du barbare, et lui permit de s’élancer dans les airs grâce à un parchemin. Ce geste décisif changea le cours de la bataille. Ardamirë s’envola jusqu’au Cerf, ralenti par le fou rire dont je l’avais gratifié, et le ceintura étroitement après un bref corps-à-corps avant de le ramener au sol. Le rapport de force passa en notre faveur. Pendant que le demi-elfe contenait de maintenir sa proie, de concert nous nous jetâmes sur le tyran mis à bas, le lardant de coups de poignard. Le Seigneur Cerf tenta une dernière riposte magique, qui faillit nous être fatale : mais alors nous lui assénâmes tous ensemble le coup de grâce, et le redoutable despote vit son règne de terreur prendre fin.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: août 27, 2017, 20:37:06 pm »
Le 6 Pharast, nous partîmes vers le lieu où, selon les fées, Breeg avait connu sa fin tragique mais méritée. Nous découvrîmes en effet les restes aplatis du chasseur, écrasé sous des rondins : Breeg manifestement, avait été pris à son propre piège, mais peut-être pas sans un coup de main de Tyg ou Pervilash. Nous décidâmes ensuite, malgré le danger, d’aller explorer la zone où Breeg avait tendu ses filets. Nous y passâmes la journée du 6, la nuit et la journée du 7, mais n’en tirâmes rien, à part des jarrets cruellement happés par les pièges à ours du trappeur, et nous rentrâmes au camp de l’Epine quelque peu dépités.
Nous y retrouvâmes le bandit que nous avions laissé en triste état, et qui avait à présent eu le temps de récupérer. Crager Kench, puisque tel était son nom, se plia comme ses compagnons avant lui à nos règles, et vint grossir nos rangs. Je passai la journée du 8 à m’entretenir avec la prêtresse Auria, dont la conversation s’avéra fort intéressante. J’appris ainsi que la jeune femme partageait mon amour pour la linguistique et les arts du discours, et à sa demande, j’entrepris de la former à la science de la rhétorique. Notre ami le demi-elfe, de son côté, retourna en exploration en forêt vers l’emplacement supposé du temple abandonné.
Le 9 Pharast, Ardamirë revint de son excursion dans les bois, après avoir effectivement localisé des ruines impressionnantes dans une clairière. Malheureusement, son discours était assez peu clair, et nous décidâmes d’élucider ce mystère plus tard. Après avoir donné un cours de draconien à Auria, toujours aussi avide d’apprendre, je l’emmenai avec moi en forêt lorsque je retournai voir les fées – espérant que la grigue ou le dragonnet serait à même de m’apprendre un de leur tour de passe-passe. Albert et Ravvel, quant à eux, partirent vers le camp d’Oleg, accompagnés de Garess qui retournait assurer la défense du comptoir commercial.
Quand nous rentrâmes de nos diverses destinations, nous découvrîmes avec horreur que le camp de l’Epine était assailli par des brigands, de retour de chez le Seigneur Cerf ! Seul Ardamirë et notre maigre garnison de repentis garnissaient les murailles, et nous accourûmes pour leur prêter main forte. Un grand combat s’engagea au milieu des arbres, dans la panique et la confusion la plus totale – Auria ayant fait montre de ses talents en illusion pour effrayer nos adversaires. A la fin de cette échauffourée sauvage, trois morts jonchaient le sol, dont le chef des bandits, un dénommé Ayless – une brute cruelle, ancien esclavagiste. Nous fîmes également quatre prisonniers, des noms de Nifred, Théon, Drasu et Muelhes, qui vinrent grossir nos rangs. Hélas, deux des malandrins avaient par contre eu le temps de fuir avant la bataille ; le fort du Cerf n’allait donc pas tarder à être au courant que le camp de l’Epine était tombé entre nos mains…
Le 10 Pharast, nous nous mîmes en route vers les ruines du temple, que Jhod avait su identifier comme relevant de l’antique Kurshanus – un dieu de la Nature à l’allure bestiale, oublié depuis longtemps. Au centre de la clairière découverte plus tôt par Ardamirë, bordant les eaux troubles d’un bassin contaminé, s’élevait effectivement une étrange formation rocheuse. En des temps immémoriaux y avait été taillée la figure menaçante d’un homme-bête, créature à la gueule de prédateur et aux bois de cerf, manifestement l’avatar de Kurshanus. Nous avançant prudemment parmi les lieux empreints d’une ambiance pesante, nous fûmes sauvagement attaqués par le gardien du temple : une hyène monstrueuse, redoutablement véloce et aux attaques meurtrières. Quand la bête infâme fut mise à mort, horreur ! nous la vîmes se relever, arborant les traits d’un mort-vivant. Nous dûmes batailler à nouveau pour mettre fin à l’existence de cette abomination. Quand cela fut fait, à notre surprise, l’ignoble carcasse prit la forme d’un vénérable vieillard, qui poussa son dernier soupir avec soulagement avant de s’envoler en poussière. Les vases turbides et corrompues de l’étang disparurent au même temps, laissant place à une eau cristalline : nous comprîmes qu’en éliminant le gardien, nous avions en fait levé la malédiction millénaire qui accablait ce sanctuaire, et lui avions rendu sa pureté originelle.
Nous profitons de notre présence en forêt pour nous livrer à la chasse au sanglier : nous traquâmes le vieux Gouttière, une vieille bête rusée et d’une force peu commune, qui terrorisait la région. Tout matois qu’il était, le pauvre cochon n’eut pas l’ombre dans une chance : piégé dans une fosse, nous les fîmes rôtir à coup de fioles de feu grégeois… jusqu’à ce que Ravvel, déséquilibré par les coups furieux donnés par l’animal contre les parois de son piège, chût et vînt abréger ses souffrances par un littéral « coup de cul ».
Le 11 Pharast, fiers de nos accomplissements de la veille, nous mîmes nos brillants esprits en commun pour élaborer un plan d’attaque contre le véritable ennemi : le Seigneur Cerf lui-même. Réfléchissant à un moyen de nous infiltrer dans le camp, Auria nous fit remarquer que les mots de passe appris un peu plus ne nous seraient sans doute plus d’une grande utilité. Maintenant que la perte du camp de l’Epine était connue, nul doute que les brigands auraient changé leur système de codes… Nous nous résolûmes donc à simplement nous faire passer pour de nouvelles recrues, avides de nous lancer dans des carrières de hors-la-loi. Pour faciliter notre entrée, nous décidâmes d’emporter avec nous un plein chariot de fûts de bière ; il nous serait aisé de prétendre les avoir extorqués à un marchand de passage. Mais, surtout, nous comptions nous servir de l’alcool pour tromper la vigilance de nos adversaires et combattre la faiblesse de notre nombre. Pour potentialiser les effets de l’ébriété, néanmoins, un peu d’aide magique ne pourrait être que la bienvenue…
Pendant que Ravvel partit chez Oleg faire l’acquisition de la bière, Albert et Ardamirë firent route vers le fort du Cerf pour mener une mission de reconnaissance, pendant qu’Auria et moi-même retournâmes voir nos amis les fées. Celles-ci, ravies à l’idée de la farce dont je leur expliquai les rouages, m’informèrent qu’une femme était capable d’apporter son concours à notre entreprise : la vieille Beldame, une herboriste et fabricante de potions de grand talent, qui vivait comme une recluse sur les bords du lac de la Défense, au milieu des marais.
De leur côté, l’arcaniste et le demi-elfe attendirent la nuit pour passer à l’action. Profitant de l’averse pour s’approcher discrètement du fort, une construction effrayante ceinte d’une solide palissade, Albert sut par un sortilège habile se projeter dans l’esprit du garde de faction, afin de voir par ses yeux et d’entendre par ses oreilles. Hélas, la pluie qui dissimulait nos compagnons réduisait aussi le champ de vision du garde, réduisant ce que l’arcaniste put percevoir de l’intérieur du camp. Leur mission néanmoins accomplie, et de précieux renseignements ayant malgré tout été glanés, ils firent route vers l’Epine pour nous faire part de leurs découvertes.
C’est donc le 12 Pharast que, réunis à nouveau, nous fîmes de concert route vers le Sud, accompagnés de la prêtresse Auria et de notre petite armée de kobolds, bandits repentis et soldats du Brévoy – et, bien sûr, amenant avec nous notre chariot chargé de bière. Arrivés près de la rivière Mouffette, un torrent boueux et nauséabond méritant bien son nom, nous croisâmes inopinément un équipage de gnomes en bien mauvaise posture. Mes frères de race, conduisant leur attelage à travers la rivière, avaient embourbé leur chariot que le courant menaçait à présent d’emporter… Notre sang-froid et notre détermination permirent d’éviter une conclusion tragique, et nous secourûmes les poneys, les gnomes, et enfin leur chariot lui-même.
Reconnaissants, les gnomes nous remercièrent chaudement – tous, mis à part leur chef, un triste sire du nom de Jubilost Narthropple, et prétendument explorateur et cartographe de son état. Entre pratiquants du même art, je lui proposai ingénument de nous aider mutuellement à compléter nos cartes, mais l’affreuse petite créature comptait bien protéger ses secrets. Aussi dus-je user de tout mon talent de diplomate pour enfin lui tirer les vers du nez, alors qu’il aurait été si simple de se livrer tout de suite à un échange de bons procédés !
Nonobstant l’humeur acariâtre et l’égocentrisme de leur chef de troupe, les gnomes se révélèrent de fort agréable et joyeuse compagnie, et d’autant plus quand nous mîmes en perce un de nos tonneaux de bière pour arroser le dîner. Ils nous racontèrent leurs péripéties à travers les Terres Volées, notamment leur rencontre mouvementée avec un clan de kobolds dans la forêt – cette information mit aussitôt la puce à l’oreille d’Ecailles-de-suie, et nous chargeâmes le chef kobold d’aller voir s’il ne s’agissait pas de membres égarés de sa tribu, qu’il aurait pu fédérer à notre cause.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: août 27, 2017, 20:36:36 pm »
Accompagné de nos deux otages, l’un devant être porté sur une civière, nous nous rendîmes vers le camp de l’Epine, enthousiasmés par notre brillant succès mais encore quelque peu inquiets de la résistance que nous pourrions rencontrer au fortin. Accueillis par deux sentinelles et un obèse, nous tentâmes de raisonner les bandits et de leur faire valoir que la reddition était leur seul espoir de s’en sortir. Las ! Les malfrats ne l’entendaient pas de cette oreille, et bien que très impressionnés par la manière dont nous avions défaits leur chef et leurs camarades, ils refusèrent de nous ouvrir les portes du camp – à moins que nous ne les laissions fuir, ce qui était bien entendu hors de propos étant donnée notre mission.
La nuit tomba sur ces entrefaites, la situation n’ayant toujours pas trouvé de résolution. Jouant alors de ruse, nous persuadâmes les deux guetteurs de nous obéir et de nous laisser pénétrer dans le camp, en échange de quoi nous jurâmes sur Pharazma de ne pas les retenir prisonniers. Bientôt les portes nous furent alors ouvertes, et pénétrant subrepticement dans le camp dépeuplé, nous trouvâmes le gros bandit qui avait refusé de se rendre, alcoolisé par ses compagnons et profondément endormi. Nous le maîtrisâmes évidemment sans effort. Les marauds avaient tenté de nous faire croire qu’ils étaient encore vingt à tenir la place, pourtant la réalité nous sauta aux yeux : ils n’étaient plus que trois bandits, les deux nous ayant rejoints, et le gros Nori maintenant fait prisonnier. Nous prîmes donc triomphalement possession des lieux !
L’exploration du camp nous occupa toute la fin de la nuit et jusqu’au petit matin. A l’aube du 3 Pharast, dans ce qui avait été le repaire de Kressle, nous trouvâmes une prisonnière bâillonnée et ligotée, la tête couverte d’un sac. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir sous le tissu les traits aimables d’une prêtresse de Shelyn ! Auria, puisque tel était son prénom, était tombée avec son groupe de compagnons dans une embuscade menée par les brigands quelques jours plus tôt. Elle seule avait été épargnée : les autres avaient trouvé, sous les coups des bandits, une fin terrible… Mes compagnons s’empressèrent donc, bien sûr, de consoler la ravissante prêtresse.
Je pris ensuite la route du comptoir d’Oleg, pour y requérir l’aide de Kesten Garess et de ses hommes, et accomplir notre promesse de libérer Happs Bidon. Pendant ce temps mes compagnons poursuivirent leurs fouilles. Ils mirent la main sur quelques objets précieux, mais l’essentiel du butin accumulé par les occupants du camp était déjà parti pour le sud, vers le camp du Seigneur-Cerf. Ils libérèrent par contre d’autres prisonniers : quatre kobolds, dont un dénommé Ecailles-de-Suie qui avait été leur chef avant d’être réduit en esclavage. Mes compagnons ne purent, hélas, que leur révéler le triste sort qui avait échu à leurs comparses qui travaillaient dans la forêt, et tous pétris de remords qu’ils étaient ils cherchèrent à faire amende honorable. Ravvel en particulier, hanté par le poids de la culpabilité, déploya tous les efforts imaginables pour montrer sa bonne foi aux petites créatures écailleuses.
En fin de journée, je rentrai fièrement au camp, accompagné du capitaine Garess et ses soldats, de Bidon enfin libéré de ses chaînes, et même du timoré Jhod qui avait tenu à se joindre à nous. Nous pûmes alors enfin mettre en application pour la première fois notre mission de représentants de justice du Brévoy. Nous nous assemblâmes tous et tînmes le procès du gros Nori, seul homme du camp à avoir refusé de se rendre. Albert se chargea de l’accusation, tandis qu’Auria prenait le parti de la défense, malgré les sévices qu’elle avait subis à cause des brigands. En ma qualité de meneur et émissaire officiel du Brévoy, je pris place en tant que juge, accompagné de Kesten. Ardamirë, lui, se coiffa d’une cagoule de bourreau et, sa grande lame elfique dégainée, attendait d’exécuter la sentence.
Il nous apparut qu’en dépit des apparences, ledit gros Nori n’était absolument pas un meneur, bien que ce soit lui qui ait été désigné par ses camarades pour parlementer avec nous aux portes la veille. Comme son imposante bedaine aurait pu nous le laisser deviner, il s’agissait simplement d’un cuisinier… Devant le repentir apparemment sincère de l’homme, et sa velléité de se joindre à notre projet de pacification de la région, nous épargnâmes sa vie. Nous décidâmes ainsi que tous les bandits renonçant à leurs activités criminelles seraient graciés, à la condition de nous rejoindre et de travailler à destituer le Seigneur-Cerf, jusqu’à notre victoire sur celui-ci. Justice étant rendue, nous pûmes aller nous coucher avec le sentiment du devoir accompli.
Le lendemain, 4ème jour du mois de Pharast, le gros Nori se confia à nous, nous livrant de précieuses informations sur notre objectif, le fort du Seigneur-Cerf : sa position exacte, ses remparts de pierre et sa palissade de bois, mais aussi ses codes – des phrases sans queue ni tête évoquant les « os de Saint Guilmore » ou « la puanteur du chacal ». Il nous en apprit aussi davantage sur les lieutenants du Seigneur-Cerf, sinistres personnages répondants aux noms de Dovan, Akiros et Auchs, et sur la population de la place forte, qui comptait une trentaine d’hommes deux mois plus tôt lors de la dernière visite de Nori.
Ces renseignements soigneusement notés par votre serviteur, nous décidâmes d’aller en exploration dans la partie nord de la forêt, territoire de Breeg le reclus, espérant y trouver de nouveaux soutiens dans notre lutte contre les brigands encore actifs. Laissant la garde du camp à Garess et ses hommes, nous remontâmes en amont de la rivière, au plus profond des bois.
Une ambiance singulière régnait sur cette contrée sauvage. Nous nous sentions épiés, aux aguets, mais même en étant sur nos gardes la présence qui semblait nous entourer demeurait invisible. Seuls nous parvenaient de lointains échos, des piaillements aigus qui nous faisaient frissonner et nous maintenaient en alerte. La nuit se déroula de la même façon, mais sous une pluie cinglante. Pendant mon tour de garde, j’entendis à nouveau les cris distants qui nous avaient poursuivis toute la journée. Je sus déceler une aura magique aux alentours, mais rien de plus, et finit par laisser mes compagnons prendre leur quart.
Au petit matin du 5 Pharast, horreur ! Notre ami Albert se réveilla privé de ses vêtements ! Couvert de honte, il se ceignit les reins de ma cape, mais ne se sentit vraiment à l’aise qu’une fois sa pudeur dissimulée sous la toile épaisse de sa tente. Tout fit enfin sens pour moi : nous étions sur le territoire de fées ! Ces petites créatures malicieuses, mes lointaines parentes, se plaisaient en effet à faire de tels tours aux voyageurs. Je tentai de les interpeller dans la langue sylvestre, sans succès. Puis, me souvenant qu’elles appréciaient les cadeaux, chaque membre de notre compagnie se défit de menus objets, dans le but de les convaincre de rendre ses habits à notre arcaniste. Nos présents, manifestement, ne les satisfirent point. Ardamirë fit donc route vers le camp de l’Epine pour en rapporter de l’alcool – les fées étant, c’est bien connu, friandes de liqueurs et boissons fortes.
Pendant ce temps, laissant Albert seul au camp, Ravvel et moi poursuivîmes l’exploration des lieux. Nous n’en retirâmes pas grand-chose, à part une longue et humiliante chute sur le flanc d’une colline qui nous mena droit dans les tréfonds boueux de l’Epine. Crotté et grelottant de froid, je découvris sans grande surprise qu’une cordelette avait été tendue entre les arbres, ce qui expliquait notre déconvenue – encore un coup de nos amis fées, qui s’en rendirent nettement moins drôles à mes yeux. Nous rentrâmes donc au camp bredouilles et de passablement mauvaise humeur, mais seulement pour découvrir Ardamirë et Albert, toujours nu, essayant tous deux d’éteindre les flammes qui s’attaquait à l’une de nos tentes. Le début d’incendie maîtrisé, l’arcaniste nous apprit qu’il avait reçu la visite inattendue d’une jeune femme charmante mais muette, qui lui avait déposé ses vêtements. Mais Albert, sentant un nouveau tour des fées et encore pétri de ressentiment, avait cherché à percer l’apparition d’un trait enflammé –  la femme s’était évanouie, illusion qu’elle était, et c’est au milieu du campement que la boule de feu avait chu.
Pour cette deuxième nuit dans la forêt, notre ami arcaniste prit la peine de dormir entièrement vêtu, se refusant à être deux fois le dindon d’une même farce. Mais quand je fus tiré du lit pour prendre mon tour de garde, c’était Ravvel et Ardamirë qui s’étaient retrouvés floués ! Fort marris, mes compagnons tâchèrent de se couvrir de leurs armures, nonobstant le frottement désagréable des écailles de métal ou de cuir sur leur peau nue. Quant à moi, mon attention fut attirée par une lumière apparue brusquement au milieu des arbres. L’interpellant en sylvestre, elle me répondit de la suivre – moi, et moi seul.
Fort peu rassuré, je m’exécutai néanmoins. Nous nous écartâmes du campement bien plus que je ne l’aurais souhaité, et je dus crapahuter dans l’ombre pendant un temps qui me sembla infini, jusqu’à arriver au pied d’un grand sapin. Je découvris enfin les créatures qui s’étaient jouées de nous pendant tout ce temps : la grigue Tyg-Titter-Tut, une petite fée au minois humanoïde mais au corps de grillon, et le dragon féérique Pervilash, aux ailes de papillon mais au corps bedonnant. Je me présentai galamment comme « l’ami des papillons », salutation qui m’avait été enseignée avant le début de notre quête par l’enchanteresse Erin. Ces mots, à ma surprise, firent surtout pouffer mes deux interlocuteurs. Ils reconnurent néanmoins sur le dos de ma main une marque, restée jusque-là imperceptible à mes yeux, et certainement apposée par la même Erin : ils me reconnurent ainsi comme un connaisseur et un ami du peuple féérique.
Tyg et Pervilash daignèrent accepter de cesser leurs plaisanteries à nos dépens, en échange de la promesse d’une généreuse ration de tord-boyaux. Les deux fées me renseignèrent également sur cette partie de la forêt, qu’elles connaissaient bien. Au nord s’étendait effectivement le territoire de Breeg. L’homme n’était pas seulement un reclus comme on nous l’avait dit, mais un être vil et cruel, qui avait truffé son coin de la forêt de pièges et ne répugnait pas à traquer le gibier humain. Fort heureusement, la fripouille avait trouvé la mort quelques jours plus tôt – dans des circonstances « accidentelles » à propos desquelles les fées refusèrent de s’étendre. Interrogées à propos des visions de Jhod, elles me confirmèrent également la présence des ruines d’un temple, un peu plus loin à l’ouest. Elles me mirent cependant en garde : les lieux étaient gardés par une engeance particulièrement maléfique, et même elles ne se risquaient pas à s’y aventurer.
Remerciant bien mes hôtes, je repris la route de notre campement, les bras chargés des habits dérobés à Ravvel et Ardamirë. Pourtant, quand je retrouvai l’endroit où nos tentes étaient dressées lorsque j’étais parti, je ne retrouvai qu’Albert, non seulement dénudé, mais étendu sur le sol et privé de sa couverture et de sa tente, ronflant pourtant comme un bienheureux. Guidé par les lumières d’un autre feu de camp, je ne tardai pas à tirer au clair cet embrouillamini : Ravvel et Ardamirë, certainement acquis par le goût des fées pour les plaisanteries douteuses, avaient dépouillé eux-mêmes leur compagnon assoupi et démonté le campement pour le réinstaller un peu plus loin. Je les tançai vertement, les rappelant à leur sens des responsabilités, mais leur rendit néanmoins leurs effets quand ils retournèrent les siens à l’arcaniste, et nous pûmes tous, enfin, achever de passer la nuit.

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Histoire / Re : Chroniques d'Azarova
« le: août 27, 2017, 20:36:05 pm »
Après un repos bien mérité à l’auberge du comptoir, nous entamâmes enfin notre mission d’exploration et partîmes en vadrouille, le 28 de Callistril. Nos pas nous menèrent d’abord vers la cahute de feu Bokken, qui nous offrit un bien triste spectacle. Les bandits, quand ils avaient pris en otage le vieil ermite, avaient saccagé sa pourtant pauvre demeure, et l’avaient dépouillée de tous ses biens de valeur. Nous pûmes pourtant mettre la main sur un petit coffre de bois soigneusement dissimulé, qui contenait des potions de soin. Heureuse trouvaille !

Le cœur ravi par notre découverte, nous poursuivîmes notre périple dans les verts paysages des Terres Volées, jusqu’à tomber sur un étrange accident de terrain. Un bien mystérieux tunnel venait s’ouvrir au milieu des vallons, sans explication géologique. Mais ce qui, bien sûr, nous alerta bien d’avantage, fut de constater que le sol était jonché d’ossements, essentiellement de gibier, mais aussi humains. Nous apprîmes rapidement que nous venions de tomber sur la tanière d’une araignée géante, quand le monstre velu sortit de son antre en agitant furieusement ses pédipalpes. Un rude combat s’engagea, et notre ami Ravvel sut faire un usage ingénieux de fioles de feu grégeois que nous avions trouvées sur les dépouilles des bandits la veille. La carapace de chitine s’embrasa, forçant la créature immonde à se retirer dans son trou pour s’y rouler avec désespoir, tentant dans ses mouvements frénétiques de faire taire les flammes. D’un coup magistral de sa lame elfique, Ardamirë mit fin à ses tourments, et nous tractâmes la carcasse encore fumante jusqu’au comptoir pour accrocher notre trophée sur la palissade d’entrée.
C’est ce soir-là que nous fîmes la connaissance de Jhod Kafken, nébuleux prêtre de Desna. Le saint homme avait eu vent des expéditions lancées dans les Terres Sauvages, et sa déesse l’avait enjoint d’y apporter son secours de guérisseur. Mieux encore, chaque nuit Desna venait visiter les rêves de son fidèle, lui communiquant des visions de ruines sacrées au milieu de la forêt – visions que Jhod s’empressa de partager avec nous, car il les soupçonnait d’être d’une importance capitale pour la suite de notre périple.
Enfin réunis autour du bon dîner préparé par Svetlana, l’on discuta autour de la table de nos projets du lendemain : au programme, exploration des abords du camp de l’Epine, mais aussi empaillage d’arthropode géant. Nous nous couchâmes de bonne heure, excités par le programme à venir.
La nuit, cependant, ne fut pas de tout repos. Réveillé en sursaut, je découvris que deux de mes compagnons, Ravvel et Ardamirë, s’éclipsaient hors de notre chambre. Intrigué, je me faufilai à leur suite, et les suivis dans la cour du comptoir d’Oleg. Le demi-elfe alla s’entretenir avec le capitaine Garess, qui à sa demande ouvrit les portes du fortin. Voilà qui était étrange. Mais encore plus étrange était la conduite de Ravvel, qui se rendit aux écuries, assomma notre prisonnier Bidon, et le chargea sur son cheval !
N’écoutant que mon courage, je choisis ce moment pour m’interposer et réclamai des explications. Le tueur crut qu’il pouvait m’écarter de son chemin et foncer vers les portes ouvertes, mais la petite taille des gnomes ne réduit en rien leur pugnacité, et en fin de compte ce fut moi qui le maîtrisai et le forçai à s’interrompre. Je finis par apprendre des balbutiements gênés de mes camarades, qu’ils avaient échafaudé un plan douteux consistant à éloigner Bidon du fort, l’égorger, puis se servir de sa dépouille pour exciter l’ire de ses camarades de brigandage et les pousser à quitter l’abri de leur camp… Furieux, mais avant tout déçu, je fis jurer au capitaine Garess de me prévenir s’il avait vent de nouvelles machinations de ce genre, puis nous retournâmes enfin à nos lits, après avoir par notre raffut réveillé tous les résidents du comptoir.
Le lendemain, premier jour du mois de Pharast, je répétai à mes compagnons à quel point l’esprit d’équipe et la confiance mutuelle étaient indispensables à la bonne tenue de la mission qui nous était confiée. Après ce discours galvanisant, nous nous mîmes en route, comme prévu la veille, vers la forêt pour trouver l’emplacement exact du camp de l’Epine.
Nous fîmes halte à l’orée des bois pour attacher nos montures, puis nous enfonçâmes sous l’ombre des frondaisons. Il nous apparut rapidement que la forêt était habitée : partout, des souches et des troncs d’arbres fraîchement abattus montraient les signes d’une intense activité d’exploitation du bois. Au détour d’une clairière, nous tombâmes de façon inopinée sur d’étranges petites créatures à écailles, qui eurent l’air aussi surprises que nous. Ni une, ni deux, mes compagnons se mirent en chasse, pendant que les lézards fuyaient en tous sens. Ce fut une véritable boucherie : les écailleux ne se défendirent même pas, et furent exécutés de façon sordide. Seulement alors comprîmes nous que ces kobolds, enchaînés, étaient manifestement esclaves des bandits et obligés par eux à cette tâche d’abattage du bois… Tragique bévue.
Cet épisode malheureux s’était accompagné, qui plus est, d’une bien piètre prestation au tir de notre ami Ravvel, qui avait ainsi gratifié Ardamirë d’une flèche dans le fondement. Sitôt la mise à mort des kobolds achevée, l’homme s’empressa d’aller réparer sa maladresse, et tenta d’extraire le projectile. Bien mal lui en prit, car il ôta du même coup un douloureux lambeau de fesse à son coéquipier. Le malheureux demi-elfe fut ainsi blessé deux fois par la même flèche, et de la propre main de son camarade : pourtant en brave barbare qu’il était, il ne lui en garda point rancune.
Remis de nos émois, nous reprîmes la direction que nous supposions celle du camp, nous faisant aussi discrets que possible malgré les fessiers endoloris de certains. Nous arrivâmes ainsi devant une impressionnante palissage de pieux, qui expliquait la taille intensive des arbres à laquelle nous avions assistée : les bandits étaient en train de se construire une redoutable forteresse forestière.
Notre reconnaissance fut interrompue quand une patrouille du camp découvrit le carnage que nous avions commis parmi leurs serviteurs à écailles. Nous défîmes rapidement ces malandrins, mais l’alerte avait été donnée, et quand nous entendîmes que les chiens étaient lâchés à nos trousses, nous préférâmes opérer un repli stratégique.
Ayant quitté la forêt mais pour mieux y retourner plus tard, nous profitâmes de notre excursion pour explorer les lieux décrits par la carte au trésor trouvée la veille. Parmi les racines d’un arbre mort, comme indiqué sur l’antique parchemin, nous mîmes la main sur un petit butin, sans doute le fruit de quelque rapine passée. Ne dédaignant point ce maigre gain, nous retournâmes pleins d’allant vers le comptoir d’Oleg, où Jhod gagna sa première occasion de se montrer utile. Il put en effet raccommoder le postérieur sérieusement malmené de notre ami barbare. Celui-ci fit montre du sens du naturel propre aux siens, d’une façon certes inattendue, puisqu’au grand étonnement de tout le comptoir il présenta son séant devant un véritable parterre de spectateurs, et demanda au prêtre de venir lui apposer les mains. Celui-ci s’exécuta, bien que rougissant jusqu’aux oreilles, et dans un soupir extatique Ardamirë fut enfin soulagé de ses mésaventures fessières.
Ce soir-là, notre hôtesse se plia à la demande de cuisiner la chair de l’araignée monstrueuse ramenée plus tôt. Nous nous vîmes donc servir des beignets d’araignée frite au dîner… Autant vous dire que votre serviteur préféra ne pas y toucher, même si cela lui valut les foudres de la maîtresse de maison. Je discutai plutôt avec Kasten Garess, et finit par reconnaître sous les traits du rude capitaine le fils du seigneur Evan Garess. Kasten avait en fait été banni par son père pour avoir voulu épouser une roturière du Brévoy ; déshonoré, et contraint même à laisser derrière lui son aimée, le capitaine avait ainsi rejoint les Terres Volées pour s’y faire un nom et laver son honneur.
Albert et moi ne dormîmes que d’un œil cette nuit-là, redoutant secrètement que nos compagnons ne tentent d’exécuter à nouveau leur forfanterie de la veille. Nos craintes n’étaient heureusement pas fondées, et le matin du 2 Pharast put être sereinement employé à mettre au point un plan d’action pour démanteler le camp de l’Epine. Ayant donné l’alerte lors de notre première visite, les bandits allaient désormais être tout particulièrement vigilants. Toute tentative d’infiltration était donc vouée à l’échec. Par contre, nous espérions pouvoir créer une diversion, et attirer notamment hors du camp la redoutable Kressle – chef du camp de l’Epine, comme nous l’avait appris Happs, et particulièrement redoutée de ses hommes. Si Kressle tombait dans notre embuscade, le reste du camp se débanderait aussitôt, et nous élaborâmes un stratagème complexe et subtil impliquant l’utilisation de grandes quantités de feu grégeois, de flasques d’acide et de pierres-tonnerres.
Retournés dans la forêt, le cœur confiant dans la réussite de notre plan ingénieux, nous nous évertuâmes d’abord à débusquer les guetteurs, dont Bidon nous avait dit qu’ils officiaient depuis des plateformes situées au sommet des arbres. Nous ne tardâmes en effet peu à trouver un premier poste d’observation, et profitant de ma petite taille et de ma légèreté, je grimpai comme un écureuil dans les branches pour profiter d’une meilleure vue sur notre ennemi. Hélas, trois fois hélas, l’environnement sylvestre avait réveillé en moi la fougue qui m’habitait lorsque j’avais exploré les forêts du Kyonin, mais j’avais, dans mon élan, omis le fait que trois quarts de siècle avaient passé depuis lors. Mon adresse n’était plus celle du jouvenceau que j’avais été, et la gravité se chargea cruellement de me le rappeler : lorsque je cherchai à me rapprocher de la plateforme de guet, je chus lamentablement, me faisant sévèrement griffer par les branchages au long de ma longue dégringolade, et m’échouant douloureusement sur le sol.
Bien entendu, mon raffut n’était pas passé inaperçu, et le guetteur nous ayant remarqués enjoignit de nous larder de flèches. Promptement, Ardamirë escalada l’arbre où se terrait le bandit, et nous débarrassa de la menace qu’il représentait. L’alerte avait pourtant déjà été transmise : nous eûmes à peine le temps de nous rassembler, qu’une vaste troupe de ruffians nous chargea, avec à leur tête la terrible Kressle.
Redoutable morceau de femme que celle-là ! Happs Bidon n’avait en rien exagéré le tableau qu’il nous avait dressé d’elle. Haute de près de deux mètres, elle avait un cou de taureau, des bras larges comme des troncs d’arbre, et des cuisses à l’avenant. Le démon femelle était d’une force tout à fait titanesque, et qui plus est insufflait courage et férocité à ses subordonnés. Un bien rude combat s’engagea donc.
J’eus alors l’occasion de me rattraper de la maladresse qui nous avait plongés dans ce pétrin. D’un bon mot bien placé, accompagné de mes talents suggestifs de barde, je fis s’effondrer la bougresse, prise d’éclats de rire incontrôlables. Ardamirë put la découper proprement sans qu’elle esquisse même un geste de défense, et pendant ce temps Ravvel et Albert, à coups de lame et de boules de feu, avaient réduit à néant la résistance des brigands. Quand l’on brandit la tête de leur chef, les derniers survivants comprirent qu’il était vain de s’opposer à nous, et plutôt que d’affronter une mort certaine ils se rendirent aussitôt et se constituèrent nos prisonniers. Nous étions victorieux !

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Histoire / Chroniques d'Azarova
« le: août 27, 2017, 20:35:17 pm »
Chroniques d'Azarova
par le Tétrarque Zoshtor Alferin, Maître Barde


Laissez-moi vous conter, émérite lecteur, la vaillante épopée des preux mieux connus sous le nom de Guerriers de la Tempête.
Dans la froidure du mois de Callistril, les plus vaillants et les plus téméraires des aventuriers du Rost et du Brévoy se réunirent en la prospère cité de Restov, attirés par la promesse d’une équipée audacieuse dans les terres du Sud. Le seigneur-maire Iosef Selimnius, excusez du peu, avait en effet fait savoir qu’une nouvelle expédition allait être menée en direction de la Ceinture Verte, région de sinistre aloi aussi surnommée Terres Volées : infestée de bandits, livrée en pâture aux bêtes fauves, cette contrée hostile requérait les plus vaillants des guerriers pour se voir pacifiée.
Votre humble serviteur eut l’insigne honneur d’assister aux épreuves de sélection des heureux champions. Non point dans la boue de l’arène ! Mais dans la loge réservée aux puissants de ce monde, et en la compagnie de sa seigneurie Elissia Medvyed, fille aînée du noble seigneur de Grimpepierre. C’est donc du haut des gradins que je devisai les joutes successives, pouvant admirer du haut de mon perchoir les prouesses des combattants en contrebas.
La première épreuve fut une terrifiante mêlée générale. S’y illustrèrent de valeureux guerriers, dont un jeune homme d’apparence mal dégrossie, mais redoutable bretteur : je devais plus tard apprendre qu’il s’agissait d’un demi-elfe, répondant au nom d’Ardamirë.
La seconde épreuve fut moins impressionnante pour nous autres spectateurs, bien que tout aussi terrible : car le duel entre les maîtres des arcanes n’eut pas lieu sur le plan physique mais spirituel. De la lutte acharnée que se livrèrent les esprits des magiciens, nous ne perçûmes rien, mais j’obtins le récit de ces évènements de l’acteur principal lui-même, et ce qu’il me raconta me glaça le sang. Je n’effraierai pas le lecteur en lui rapportant ces scènes terribles d’affrontement entre créatures de cauchemar, griffes contre aiguillons, tentacules contre fourrure. Les deux combattants sortirent mentalement éprouvés après avoir durement bataillé, mais un seul pouvait être nommé vainqueur : et il s’agit du sieur Albert, arcaniste de son état.
La dernière épreuve vit se rassembler les survivants des étapes précédentes, réunis en équipe. Le demi-elfe et l’arcaniste, alliés pour la circonstance à Ravvel, un grand guerrier à l’air féroce et au crâne chauve, luttèrent avec acharnement contre un adversaire de force presque égale. Les dieux, pourtant, devaient regarder nos héros d’un œil favorable, car ils surent avec adresse faire pencher la balance en leur faveur, et arrachèrent brillamment la victoire. Ainsi, sous les acclamations de la foule en liesse, Ravvel, Albert et Ardamirë furent sacrés champions, gagnant leur place dans l’expédition.
La cérémonie de conclusion eut lieu dans le propre palais du seigneur-maire Selemmius, à l’occasion d’un fastueux banquet. Nos trois preux y furent accueillis triomphalement, et je me joignis alors à eux pour achever de former l’équipe qui allait officier dans le sud. Enfin réunis, nous reçûmes nos ordres de mission de la part du seigneur-maire : explorer la Ceinture Verte, éliminer toute menace pouvant peser sur le commerce ou les entreprises de colonisation, et mettre fin aux agissements du Seigneur-Cerf, un roi des bandits à la sombre réputation. La tâche ne s’annonçait point aisée : moins d’un mois avant nous avait été menée une première expédition, qui malgré une série de premiers succès avait ensuite cessé de donner signe de vie. Mais même cette nouvelle ne suffit à refroidir nos ardeurs aventurières : nous étions prêts à affronter toutes les menaces, tous les dangers.
La nuit se passa pour les uns dans la chaleur douillette des draps, pour les autres à la lueur des bougies, le nez penché sur les manuscrits de la bibliothèque de Restov. Toute information allait être utile pour le périlleux voyage qui s’annonçait, et dans la poussière des ouvrages anciens nous découvrîmes de précieux renseignements sur l’histoire des lieux que nous allions visiter, notamment sur leurs occupants des temps jadis, elfes puis taldoriens.
Aux premières heures du lendemain, journée du 24 de Callistril 4699 qui marqua le début de notre glorieuse expédition, nous quittâmes Restov sous les dernières salutations de Iosef Selemmius. Notre direction : le comptoir commercial d’Oleg, à trois ou quatre jours au sud, dernier avant-poste de civilisation dans l’étendue sauvage des Terres Volées.
La journée du 24 comme celles de 25 se passèrent sans encombre. Notre petit groupe apprit à faire connaissance, les rôles se répartissant naturellement selon les capacités et les goûts de chacun. Ravvel, compagnon peu loquace mais fort efficace chasseur, fut officiellement chargé de notre approvisionnement alimentaire ; le studieux Albert, lui, prit la direction de notre trésorerie. Les compétences et la connaissance des terres sauvages d’Ardamirë lui valurent d’établir le bestiaire des créatures que nous allions rencontrer. Quant à moi, il m’échut les rôles fastidieux mais ô combien gratifiants de chroniqueur, cartographe et illustrateur : à moi de consigner nos aventures, de dresser les cartes des contrées visitées, et de dresser un portrait de nos adversaires.
Le 26 Callistril débuta sous un épais brouillard, plus dense qu’une purée de pois et qui dura toute la matinée, nous obligeant à cheminer à l’aveuglette. Mais vers midi la brume fit place à un grand soleil, juste au moment où nous atteignions le sommet d’une colline : ainsi s’ouvrit à nous pour la première fois le spectacle grandiose des Terres Volées, panorama bucolique de vallons verdoyants. Au loin nous pûmes distinguer un petit fortin de bois qui s’avéra être notre destination, le comptoir d’Oleg. Enfin arrivions-nous en vue !
C’est aussi ce jour du 26 que nous fîmes la connaissance de Brug, trappeur de son état et terreur des lapins. L’homme qui, comme nous se rendait chez Oleg, se joignit à notre groupe pour la portion de route qu’il nous restait à accomplir. Fin connaisseur de la Ceinture Verte et de ses habitants, l’homme devisa gaiement en chemin, nous narrant les rumeurs qui couraient sur le nord de la forêt, territoire de Breeg le chasseur, un homme reclus peu enclin à accueillir des visiteurs, ou sur le vieux Bokken, un ermite résidant non loin du comptoir.
La nuit tombée, nous dressâmes le campement pour nous retrouver presque aussitôt assaillis par une pénible averse de grêle. Courageux mais pas téméraire, je me blottis à l’abri sous le chariot, pour découvrir avec dépit que notre arcaniste Albert avait eu l’idée avant moi. Nécessité faisant loi, je fis fi de sa présence et nous partageâmes la place, pendant qu’autour de nous les précipitations transformaient le sol en pataugeoire.
J’avais fini par trouver le sommeil, malgré le manque de confort de ma position et les ronflements sonores de mon voisin, quand nous fûmes tous réveillés par les cris de Ravvel. Nous étions attaqués ! J’usai de mes pouvoirs pour illuminer le champ de bataille, mais préférai garder la protection que m’offrait le chariot. Bien m’en prit, car l’un de nos assaillants tenta de me percer le lard à coup de dague – fort heureusement, son manque d’allonge l’empêcha de m’atteindre, et je pus préparer tranquillement ma riposte à l’arbalète. Un seul tir me suffit : je privai mon adversaire tout à la fois de sa virilité, de sa dignité et de sa vie, et il s’effondra dans la boue les mains encore crispées sur son entrejambe.
Mes compagnons n’avaient pas chômé non plus, et quand je m’extirpai de sous le chariot, ce fut pour découvrir que les cadavres de nos assaillants jonchaient le terrain. Mieux, l’un d’entre eux, manifestement leur meneur, avait été capturé vivant grâce aux talents de notre barbare. Une analyse rapide nous apprit sans tarder qu’il s’agissait de bandits, justement affiliés au Seigneur-Cerf que nous avions pour tâche de traquer. Pendant que Brug, disparu pendant l’attaque, revenait vers nous un peu honteux d’avoir été se cacher, mes comparses entamèrent le creusement d’une fosse pour ensevelir les dépouilles. Quant à moi, j’attendis que notre prisonnier recouvrît ses esprits pour aller l’interroger.
Devant mon charme naturel, le chef bandit – un pauvre hère répondant au patronyme malheureux de Happs Bidon – se confondit en excuses et jura de faire amende honorable pour ses mauvaises actions passées. Pour nous prouver sa sincérité, il nous apprit qu’il venait du camp de l’Epine, une tanière de ruffians située dans la forêt, à deux jours au sud. Il promit même de demander pardon à Oleg et à son épouse Svetlana pour les torts qu’il avait pu leur causer. C’est donc en sa compagnie que nous atteignîmes enfin le comptoir, le 27 de Callistril.
Nous rencontrâmes donc pour la première fois lesdits Oleg et Svetlana, ainsi que Kasten Garess, un capitaine issu d’une noble maison du Brévoy, mandaté pour défendre le fort avec quelques soldats. Si l’on nous fit bon accueil, il n’en fut pas de même pour le sieur Bidon, qui se compissait littéralement devant l’hostilité affichée des maîtres des lieux. Oleg nous apprit que le maraud et sa bande avaient longtemps taxé son commerce, menant de réduire son fortin en cendres et de s’en prendre à son épouse. Pis, ils avaient exécuté Bokken l’ermite quand le commerçant avait refusé de leur ouvrir ses portes. Peu importaient donc à Oleg les excuses du bandit repenti : il souhaitait le voir dûment châtié pour ses méfaits, même si sa femme répugnait à assister à une exécution.
Notre mandat nous autorisait à exécuter les malfaiteurs qui persistaient dans leurs crimes. Bidon, pourtant, avait accepté d’être guidé vers le droit chemin, je considérais donc qu’il ne méritait pas la mort. En attendant de lui trouver une occupation, nous le laissâmes donc à la garde des deux tenanciers du comptoir, qui acceptèrent de le tenir sous surveillance dans leur écurie. Notre repenti ne nous sut pas gré de notre décision, qui lui épargnait pourtant la corde, et nous nous quittâmes en assez mauvais termes. Je savais pourtant qu’il finirait par comprendre que tout cela valait mieux pour lui, et que nous n’agissions que dans son propre intérêt.

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