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Archives => IdF - Sstrad - Faery Tales => Livre 1er : Il était une fois... => Discussion démarrée par: Valaar le décembre 02, 2013, 15:04:19 pm

Titre: Chap. 5 : Dans la tête de Valaar, 11 ans.
Posté par: Valaar le décembre 02, 2013, 15:04:19 pm

Ainsi, il n’y avait pas de justice. On pouvait bien lui dire tout ce qu’on voulait, rien ne pouvait justifier aux yeux de Valaar, qui n’avait de nez que pour « Sarah Valmont », qu’elle soit arrachée aux siens et qu’elle lui soit enlevée. Valaar entrepris alors une grève mémorable de la faim qui dura… pas bien longtemps, à vrai dire.
Mais le fait est que bien que trop poli pour s’opposer directement à ce père paladin parce qu’il n’a rien fait contre les gardes (surtout qu’au yeux de Valaar, 30 gardes pour Phorgas et Black, c’est trop fastoche) ou contre le père Tinax qui pronait la fructification des deniers alors que là, maintenant, un seul être lui manque et tout est dépeuplé…

Phorgas n’ignorait rien du désarroi de Valaar mais ne mesurait pas l’importance de l’ainée des Valmont pour le jeune garçon. D’autant qu’autre chose avait retenu son attention, une clameur venue du nord… et une quasi-parfaite imitation d’un brame de cerf confirma son intuition.

Peu de temps après, Phorgas se battait contre Rhae Mar, un barbare de la tribu des Traque-Sang bien décidé à annuler la défaite que le paladin demi-orque lui avait infligé onze ans plus tot. Les combattants étaient seuls... jusqu’à ce qu’une bande de petits curieux n’arrive.

Valaar vit alors pour la première fois l’impensable. Dans un futur qui n’exista jamais, son père avait connu la mort face à un ennemi en surnombre, mais là, sous ses yeux, Phorgas était en train de perdre un combat.
Son adversaire, un immense demi-orque, n’était que férocité bestiale et tenait la dragée haute aux efforts conjugués du  champion d’Abadar et à Black. Valaar resta bouche bée : Phorgas lui avait un peu parlé de ses congénères mais en voir un en vrai était tout autre chose. L’adversaire se battait comme s’il était en transe, c’était un spectacle ahurissant. Sans doute même aurait-il remporté le duel sans l’intervention d’Aëlynn et de Corwyn, révélant des pouvoirs magiques inattendus.

(…)

Bien que cela le travaillait beaucoup, Valaar s’abstint de questionner Phorgas, sachant très bien que son père ne lui disait que ce qu’il voulait lui dire sans attendre d’être questionné.
Mais c’était sans compter la curiosité maladive des humains et l’incapacité des enfants à garder le silence. Cet affrontement fut connu de tous et le conseil fut réuni.
Pour le jeune garçon qu’est Valaar, ce conseil est devenu annonciateur de malheur : l’enfermement de la tante d’Aelynn avec la promesse de la condamner à mort, la mise en danger des amis de Valaar dans le terrifiant marais pour amuser le prince Joffrey qui voulait leur tête et les transpercer comme des baudruches.
Non, Valaar n’aime pas ce conseil, même si c’est un des préceptes d’Abadar. Cette fois, le conseil, où il y’a tout de même le père de Jovien, le père de Raynor et la mère de Fiona a décidé que Phorgas devait partir.
Finalement, Raynor, Jovien et Fiona auront tenu leur promesse de longue date : le faire chasser, lui et son père. Et comment madame Hern avait-elle pu accepter cela ?
Bien sur, ce n’était pas l’exacte vérité, mais pour Valaar, pourquoi penser autrement…

Le pire dans tout cela, c’est que Phorgas et Black allaient l’abandonner, le laisser là avec ces humains qui n’aiment pas les étrangers. Il y’eut beaucoup de monde pour s’assurer que Phorgas allait partir. Pour la première fois, Valaar supplia son père et reclama de partir avec lui. Partir pour ne pas rester ici.

Valaar fut entouré par ses amis et l’affection de beaucoup de monde. Malgré cela, l’absence de l’encadrement de Phorgas écorna peu à peu le relatif verni civilisé du jeune garçon…

Rapidement, un autre sujet retint son attention : un étranger habillé comme un troubadour était arrivé au village et de ce qu’on disait, enfin de ce qui lui disait Lyssa, ce Pierre de Robes cherchait les Valmont mais pas pour du bien. Il faisait ça en parlant très gentiment à Mme Hern qui lui faisait visiter Dragonfall.
Pendant ce temps, Valaar du voir les Valmont quitter à leur tour le village. Ce qui signifiait qu’il ne pourrait plus dormir chez eux et sentir la présence de « Sarah »… Il eut aussi la douloureuse tâche de prévenir Aëlynn et sa tante et les voir fuir pareillement. Elles devaient partir dans l’urgence. La cadette des Valmont comprenait mieux que lui le risque irrémédiable de se perdre définitivement de vue aussi lui donna-t-elle son serre-tête tressé de cuir qu’elle ôta avec émotion. Un serre-tête avec quelques cheveux arrachés, des cheveux blonds comme le soleil.

Plus tard, ce conseil de malheur se réunit encore. Cette fois, il fallait que tout le monde quitte Dragonfall pour se cacher dans les tunnels des mines! On parlait des orcs qui allaient déferler sur le village pour manger le troupeau, tuer les hommes et voler les femmes. (?)
Voulant se rendre utile durant l’exode, Valaar répeta à ceux qui voudraient bien l’entendre ce qu’il savait de son père sur les orcs… Mais il eut la sagesse de se taire rapidement en constatant que bon nombre le regardaient comme une bête curieuse, une version réduite des plaies qui allaient s’abattre sur Dragonfall.

Et puis, les éclaireurs signalèrent que le chef de la horde était à Dragonfall et qu’elle voulait voir monsieur Hern. Quand celui-ci est revenu, il était blanc comme un drap propre : ce chef, cette déesse réclamait qu’on lui amène les enfants sinon elle tuerait tout le monde comme on étouffe une taupe dans un trou. Et aussi que Phorgas était inconscient à ses pieds.
Le sang de Valaar ne fit qu’un tour, il devait voir cette déesse, lui demi-orc pourra lui demander de libérer son père, de le laisser vivre.
Pour son bien, les humains ne voulaient pas qu’il sorte mais Valaar n’écoutait déjà plus. Et écouter quoi ? Qu’il était trop petit pour comprendre ? Que c’était la volonté d’Abadar de se mettre à genoux et de se faire retirer tout ceux qu’il aime ?
Madame Hern l’agrippa et lui donna des ordres comme s’il était son mari ou son enfant. Valaar redevenu sauvageon lui rétorqua sèchement qu’elle n’était pas sa mère et se débattit bec et ongles pour se libérer. C’est alors que Kelvan Hern, le pourtant toujours calme, le projeta contre le mur et lui hurla dessus comme un dément. Le demi-orc ne comprenait pas un traitre mot de ce qu’il lui disait : qu’elle lui avait sauvé la vie, qu’elle l’avait nourri. Valaar ne comprenait pas ce qui se passait : il n’étaient tous, lui compris, que des taupes qui tremblaient de peur dans un terrier. Il n’y avait plus de baron ni de baronne, il n’y avait que son père mourant sur la place du village.
Valaar fut l’objet d’une magie d’apaisement qui fit qu’il retrouva son calme. Assez de calme pour voir la peur chez tout le monde et sentir la rancoeur de Kelvan à son égard et d’imaginer, certainement à tord, qu’il n’était pas le seul à voir en lui un rejeton de cette race sanguinaire.
Valaar promis de rester sage et docile… comme un animal apprivoisé qui fait ce qu’on lui demande. Accepter la violence, accepter d’être impuissant, c’est quelque chose qui lui était familier depuis fort longtemps…

Le baron repartit voir la déesse après avoir pleuré à chaudes larmes avec madame Hern. Bien sur, certains l’accompagnèrent et bien sur, certains enfants se faufilèrent pour rejoindre la surface. Parmi ceux-ci, Lyssa. Décidé à la protéger coute que coute, Valaar la rattrapa pour la ramener de force aux tunnels mais eux et d’autres furent capturés par des orcs immenses et conduits à leur chef.

La déesse était juché sur un trône de crane d’humains. Les langues et les yeux exorbités des têtes coupées offraient un spectacle effrayant. En tant normal, Valaar aurait serré fort Lyssa dans ses bras pour la rassurer mais son regard restait figé sur Phorgas, quasi mourant, allongé sur le sol au pied de cette femme effrayante. Le temps que le baron lui amène les enfants restés dans les tunnels, la déesse forniqua avec Phorgas sous le regard médusé des captifs. Les sens de Valaar étaient embrumés par l’odeur de mort pestilentielle mélangés à la sueur de son père et de la succube, les rires déments de celle-ci et le gout de ses propres larmes.

Une fois tout les enfants présentés à elle, la déesse déclara en vouloir trois. Fiona avança malgré le désaccord de Corwyn qui voulait prendre sa place. La démente leur ordonna de gagner leur place par un duel que remporta Fiona.
Melléarn se dévoua aussi malgré la détresse de son père.
Il n’en restait plus qu’un à partir. Valaar était maintenant convaincu que Lyssa y échapperait et voulait se dévouer pour implorer d’épargner Phorgas.
Sauf que Raynor fut le plus rapide. Valaar réclama quand même la place et commençait à prêcher pour la survie de Phorgas. Il dut lui aussi se battre mais le combat était perdue d’avance.
Raynor le lui avait déjà dit : c’est lui qui le tuerait. Après une attaque par surprise, le second coup d’épée du grand garçon ouvrit la gorge de Valaar qui tomba à genoux, essayant de retenir son propre sang qui giclait entre ses mains. Qu’avait-il cru ? Pourquoi n’avait-il pas compris que plus rien ne retenait le bras de Raynor en ce jour fou ?

Valaar s’évanouit, abandonné à une mort certaine. Tandis qu’il glissait dans l’inconscience, face contre terre en miroir avec son père, il se revoyait espionnant la maison des Valmont, voyant Sarah sourire et rougir à ce Raynor qui ne vivait que pour le briser dans sa chair et son âme.

(…)

Combien de jours, de semaine, avait-il été inconscient ? Il avait survécu, certainement grâce à des soins magiques. Son père aussi. Tout deux parlèrent encore moins que d’habitude et savaient que rien ne serait plus pareil.
Ainsi, Phorgas n’était pas un géant.
Ainsi, une mortelle pouvait rire et cracher sur Abadar, la civilisation.
Ainsi, un orc, c’est ça ?

Des soldats vinrent cette fois chercher Phorgas pour le conduire en prison à la capitale. Personne au village ne broncha. Les rumeurs disaient qu’on l’emmenait à cause de ses origines.

Ca a toujours été à cause de nos origines, se disait Valaar, Abadar s’est moqué de nous tout ce temps. Valaar ne voulait plus vivre dans cette cage dorée. Qu’allait-il faire ? Suivre les gardes et libérer Phorgas en mordant ses liens ? Il sait qu’il peut le faire, il l’a déjà fait.

Sans un bruit, à la tombée de la nuit, le demi-orque quitta le village. A peine eut-il mis le nez dehors qu’il fut saisi et plaqué au sol.

« Non ! Lachez-moi ! Grrrrrrrrrr !!!
- Tu crois avoir affaire à qui, là ? Tais-toi ou je t’assomme.
- Grrrrr ?
- Tu veux vérifier ? »


Rhae Mar le releva comme un fétu de paille et ajouta en se grattant la tête:

« J’aurais mieux fait de battre ton père… Qu’est-ce que je vais bien pouvoir tirer d’un gringalet comme toi ? »